dimanche 18 avril 2010

La dictature patrimoniale

Je ne résiste pas à vous mettre cet article de Thomas Piketty, même s'il a déjà un an :

La dictature patrimoniale
Le Monde via ContreInfo, Thomas Piketty, 30/04/2009 (en Français texte en français )
http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=6538
Il y a urgence à penser le capitalisme du XXIe siècle

A une vision du monde opposant travailleurs et capitalistes, en vogue jusqu'en 1914 et encore dans l'entre-deux-guerres, nous avons progressivement substitué à partir de 1945 une vision tout aussi dichotomique, mais plus apaisante, opposant d'une part les "ménages", supposés vivre uniquement de leurs salaires, et d'autre part les "entreprises", univers certes dominé par une implacable logique de productivité et d'efficacité, mais surtout lieux où sont distribués les salaires, toujours croissants. En oubliant au passage que les détenteurs ultimes des entreprises et de leur capital sont toujours des personnes physiques, des ménages en chair et en os. Et que l'inégale répartition de la propriété des patrimoines et de leurs revenus (dividendes, intérêts, loyers, plus-values) demeure l'inégalité fondamentale du système capitaliste : Marx avait au moins raison sur ce point.

Sans le formuler explicitement, on a même cru un moment que les revenus du capital avaient tout bonnement disparu au bénéfice des revenus du travail. On s'est pris à imaginer que les cadres méritants avaient définitivement remplacé les actionnaires bedonnants. On s'est mis à penser les inégalités uniquement à travers le prisme apaisant des inégalités salariales entre ouvriers, employés, cadres. Mais un monde uni, communiant dans le même culte du travail, fondé sur l'idéal méritocratique.

Tout laisse à penser que les patrimoines et leurs revenus vont se situer au XXIe siècle à des niveaux au moins équivalents à ceux du XIXe et du début du XXe.

Plus rien n'empêchera alors le capitalisme de retrouver les sommets inégalitaires du XIXe siècle. C'est-à-dire un monde où Vautrin pouvait benoîtement expliquer à Rastignac que la réussite par les études et le travail était une voie sans issue, et que la seule bonne stratégie d'ascension sociale consistait à mettre la main sur un patrimoine.

seul un pourcentage insignifiant de la population était susceptible de recevoir en héritage l’équivalent d’une vie de travail au salaire minimum (environ 500 000 € actuellement). Ce pourcentage, qui a décuplé en vingt ans, devrait dépasser les 10 % dans les années 2010, et plus encore si l’on prend en compte les rendements des capitaux correspondants. Et même si cela mettra plus de temps à se faire sentir, la part des capitaux reçus de la génération précédente dans ceux transmis à la génération suivante ne cessera d’augmenter.

L'idéal d'une accumulation du capital fondée sur l'épargne méritante issue des revenus du travail, valable pendant les Trente Glorieuses et dans les périodes de très forte croissance économique ou démographique, disparaît mécaniquement dès lors que les séquelles des guerres s'éloignent et que les rendements du capital dépassent durablement les taux de croissance.

Au XXe siècle, ce sont les guerres qui ont fait table rase du passé et qui ont temporairement donné l’illusion d’un dépassement structurel du capitalisme. Pour que le XXIe siècle invente un dépassement à la fois plus pacifique et plus durable, il est urgent de repenser le capitalisme dans ses fondements, sereinement et radicalement.

Vers la fin de la méritocratie et l'instauration d'une nouvelle société de castes par la naissance. Surtout qu'il n'aborde ici que la transmission des patrimoines et ne parle pas de celle des revenus, avec des emplois les mieux rémunérés de plus en plus réservés aux gosses de riches décadents, quelque soit leur médiocrité. En plus d'être parfaitement injuste, tout ceci va rendre la société beaucoup plus inefficace, en ne mettant que des glands "fils de" aux postes à responsabilité.

1 commentaire:

  1. C'est très clair comme article. Et je suis du même avis que lui. Je n'ai jamais vraiment apprécié le capitalisme et encore plus maintenant en voyant la tournure qu'il prend.

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