mardi 13 mars 2012

Le Peak Everything et l'abandon de la loi de l'offre et de la demande pour déterminer le prix

Pour ce post, je vous invite à écouter l'interview hier au 12-15 de Michel Rocard :
Michel Rocard - Ancien Premier Ministre
BFM Business, 12/03/2012 (en Français texte en français )
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Pas mal d'écogogolerie de gôche dans cette interview, mais à la marge.

Je m'inscris notamment en faux sur l'impossibilité de faire de la croissance, alors qu'on a des possibilités d'investissement phénoménales dans l'efficacité de l'Etat et que la gôche fait toujours bien gaffe à ne pas entrevoir ce que permettrait comme croissance la déflation de la rente, notamment celle de ses clientèles...

Il n'y a rien non plus sur la surpopulation et aucune réflexion sur le ponzi démographique français que-c'est-une-chance-pour-le-pays. Aucune réflexion sur l'inversion logique du rapport jeunes/vieux qu'implique un retournement de la pyramide des âges.

Mais il y a surtout une prise de conscience intéressante et plutôt mesurée des enjeux du Peak Everything...

Et je vous mets également une chronique ce matin sur Europe 1, sur le sommet mondial de l'eau :
L'eau, un liquide en or
Europe 1, Eric Le Boucher, 13/03/2012 (en Français texte en français )
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Il y est question notamment des tarifs sociaux sur l'eau au Brésil.

On voit qu'on se prépare déjà partout à des ressources de plus en plus rares.

Et face à une pénurie croissante, l'accès aux ressources n'est plus exclusivement fixé par l'offre et la demande, en fonction du porte monnaie de chacun. Et leurs prix sont distordus par un système de tarifs progressifs...



On n'en est pas aux tickets de rationnement mais il y a là clairement un changement profond de paradigme...

C'est à relier aux propositions de Hollande de tarif progressif sur l'eau et le gaz.

Notez que je me suis bien gardé de critiquer ça (contrairement à Bertez). En dehors de toute considération subjective de justice sociale, quand on rentre dans un régime de pénurie, l'exclusion de la demande excédentaire par le prix n'est pas forcément la plus optimale économiquement.

Prenons ce simple exemple...

Vaut-il mieux pour la richesse produite qu'un litre d'essence aille à un smicard qui en a besoin pour aller au travail ou bien à quelqu'un qui en a besoin pour aller chercher le pain en 4x4 ?

Idem, vaut-il mieux pour la société qu'une personne pauvre aie suffisamment d'eau pour l'hygiène et ne pas tomber malade, ou qu'un riche en aie assez pour remplir sa piscine ?

La loi de l'offre et de la demande, les marchés, resteront de toute évidence la règle pour déterminer le prix des ressources, au niveau mondial, entre pays. Mais au sein d'une même nation, cette loi va être distordue. Et les pays vont devoir de plus en plus subventionner la consommation la plus efficace, productive, de première nécessité et directement indispensable à l'activité économique.

Et au passage, on voit poindre aussi à l'horizon avec la hausse des prix du pétrole et de l'énergie, tout ce que ça implique pour suburbia, et tous ses jolis pavillons loin de tout achetés à crédit sur 25 ans...

13 commentaires:

  1. C'est la tendance pour l'avenir, c'est certain.

    Par contre, pour faire admettre cela à des gens habitués à avoir tout tout de suite...

    Néanmoins, tu te leurre sur un point : si la pénurie devient la norme, la société sera changée.
    Les villes vont se vider, les banlieues seront désertées.
    Les boulots qui ne produisent rien de concret (chercheur, avocat ou informaticien, ce n'est pas concret, donc ils ne crouteront pas) ou qui ne réparent ni gens ni choses seront réduits à la portion congrue.
    Nos conditions de vie reviendront à celles des années 60. Une bonne partie des gens retournera vivre dans des maisons familiales à la campagne.
    Les entreprises seront relocalisées, l'état providence et les pensions de retraite disparaitront faute de moyens.

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    1. Pas du tout d'accord.

      Les villes ne vont pas se vider, au contraire. Tout le monde va se tasser autour des transports en commun.

      Sur la complexité inutile, oui, elle va disparaître. En revanche, tout ce qui fera de la complexité utile va avoir le vent en poupe. Et à ce sujet, je ne suis pas du tout inquiet pour l'informatique. Surtout que les gens vont devoir passer de plus en plus de temps de leurs loisirs devant des écrans alors que les sorties karting ou à la dune du Pyla vont devenir inabordables.

      Là où je te suis, c'est que je crois également qu'il va y avoir un retournement dans la diminution tendancielle de la taille des foyers. Les divorces vont diminuer. On va voir les vieux revenir vivre avec leurs enfants. Et au passage, je ne suis pas sûr que les gens en seront moins heureux, au contraire. Ce que les vieux ont aujourd'hui en pouvoâr dâchâ et en croisières costa sera remplacé par la joie de vivre au quotidien avec ses petits enfants...

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    2. Sur la relocalisation des entreprises, tout dépend de ce que représente le coût du transport international dans le prix du produit fini.

      Et pour la plupart des produits, c'est peanuts. Ça passera juste de peanuts 2% à peanuts 4%. Pas de quoi changer la donne de ce côté ci.

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  2. Pour les villes, d'accord.
    Tout ce qui est éloigné des transports en commun, de la distribution des fluides, etc... du genre pavillons, vont se vider. Les centre villes vont se redensifier.

    Par contre, il va y avoir hausse du chômage, surtout de ceux des professions de service, devenues moins utiles. La campagne constitue des opportunités de carrière dans ce cas (métier de production primaire), et un refuge pour les définitivement déclassés.

    Pour l'informatique, je ne suis pas convaincu de la pérennité du secteur, comme pour la recherche d'ailleurs... dans la crise russe, les chercheurs se dont soit expatriés avec leur matériel, soit mis à la plomberie, soit dans le racket...

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  3. je vois aussi l'informatique continuer à se développer, en mode monde virtuel où on bouge plus le cul de chez soi.

    Par contre le procès en écogogolerie sur Rocard, je le trouve un peu poussé. Moi il m'a l'air assez sensé sur le sujet.

    Voiture électrique, c'est ok pour le petit trajet, et si on se condense en ville ça se tient. En plus sa justifie la poursuite dans le nucléaire, il en faudra massivement de l’énergie non fossile produite en continue pour recharger tout ça.
    Pour les bâtiments écolos, c'est aussi logique si on veux faire des économies d'énergie, déjà juste une isolation et ventilation correcte c'est suffisant, voir un chauffe eau solaire, c'est vite rentabiliser. Et surtout stopper l’aberration du chauffage électrique! La tartufferie écologique, c'est d'ajouter des panneaux solaire etc.. et sa il n'en parle pas.

    Après en production d’énergie, je crois en l’éolien couplé avec l’hydroélectrique. Le champ d’éoliennes tourne quand il peut, soit il y a de la demande électrique nécessaire et il fournit, soit l’énergie est stocké en pompant de l'eau dans des bassins en hauteur. Et en cas de forte demande, les bassins se vident en passant par des turbines, comme ça plus de problème d'intermittence de l'éolien et c'est de l’énergie disponible rapidement, sa se lance en quelque minutes. Puis y'a aussi les éoliennes volantes, à des hauteurs où le vent et plus violent et continue, malgré la baisse de densité de l'air, y'a plus d’énergie à tirer. Structure plus légère, moins de matière première, c'est tout benef.
    Avec ça plus le nucléaire, on est paré pour l'avenir énergétique.

    Ensuite, il parle de taxe carbone, et ça rejoins ce que tu dis, pénaliser celui qui consomme mal au yeux de l'état.

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  4. d'autant plus qu'aujourd'hui la notion de légitimité de la richesse devient de plus en plus subjective ... voire distordue elle même !

    Je vois des gens travailler dans la banque avoir des gros salaires, idem les agents immobilier, et plein d'autres corps de métier. Et qu'elles sont les compétences de ces gens la ??? presque aucune, sinon savoir refourguer les produits qu'on leur dit de vendre ...
    Quand je vois cette employée de banque qui se la pête avec son gros salaire, son 4x4 se 3 voyages a l'année et sa piscine, alors qu'elle ne sait même pas comment fonctionne une banque ... je me dis que la richesse et le mérite sont 2 choses différentes...

    Actuellement on peut être très bien payé pour des jobs qui demandent une intelligence plus que modérée et qui sont parfois même nuisibles.

    Alors fixer les prix en fonction de l'offre et la demande ... ne me parraît pas vraiment optimal dans le contexte actuel.

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  5. L'offre et la demande est un repère qui persiste même dans un système régi par l'administration : c'est le marché noir, qui remplace le marché libre.

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  6. Cela va peut-être vous paraître incongrue, mais je vous conseille de vous rendre sur le site de Arte+7 et de regarder en entier la Docu-fiction sur Vauban. Des éléments de sa vie et de son époque devraient vous... parler. On y voit aussi clairement que la France a des traditions dont elle a malheureusement du mal à se défaire.

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    1. Le coup de la dîme royale ?

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    2. Entre autre.. il parle aussi des méritants, de la fuite du génie et de l'appauvrissement de la France...

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  7. Il me semble évident que l'horizon proche annonce une explosion de la classe moyenne.
    Il en restera une petite tranche de la population (10%, 20% ?) qui vivra avec des revenus très confortables et un accès à la très haute technologie.
    Et le reste de la population qui se cantonnera à vivre très chichement pour produire, soit l'essentiel nécessaire à sa survie, soit les biens et services demandés par la classe aisée.
    Même avec une révolution, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, quand on prend en compte les progrès de la technologie et le contrôle des masses qu'elle permet. Et le fossé technologique ne pourra que se creuser de plus en plus, même et surtout dans les loisirs (ex: la tv 3D à la maison, l'internet très très haut débit, etc...).
    Donc, même si une tranche de la population aura de plus en plus une avance dans l'accès aux technos, il y aura quand même un accès "au rabais" pour le reste de la populace, pour la divertir et la maintenir dans une forme de servitude acceptable (du pain et des jeux).
    Ce qui me fait douter encore plus d'un retour au phénomène de regroupement familial, qui irait dans le sens contraire de cette politique.
    Par contre, à moins de faire partie de ces 20% de privilégiés (et dont je ne vois aucunement en quoi il faudra le "mériter" par ses capacités ou ses compétences, mais par ses relations ou sa naissance : c'est un grand classique de l'humanité), les temps qui viennent vont effectivement amener à bien serrer la ceinture. Mais je doute que les banquiers soient concernés, à moins d'une révolution dans le sang qui commence par éliminer tous les profiteurs parasites actuels, pour en remettre des nouveaux à la place...

    Lewu

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  8. Finis les avocats ?
    Adoncques...
    Les avocats ne deviennent inutiles que quand les gens ne s'engueulent plus, ou que personne ne doit d'argent à personne.
    Inutile de vous dire que c'est tout sauf tendance, en période de récession...
    La Justice est un service indispensable. La fonction est ancienne, et même quitte à dégraisser quelque peu (ça a déjà commencé) elle perdurera.

    Concernant l'immobilier, il est clair que ce sont les maisons secondaires isolées qui vont trinquer... jusqu'à retrouver leur fonction initiale de ferme.
    La terre arable va gagner en valeur, surtout aux abords des agglomérations.

    On peut rappeler les propos visionnaires de Dmitri ORLOV sur l'expérience russe (sur www.orbite.info).

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  9. La justice n'est indispensable que quant tout va bien.

    Il y aune notion qui beaucoup ici ont perdu : dans l'histoire, les différents entre particuliers sont bien plus résolus par quelque centimètres d'acier bien placés que par une plaidoirie en cour.

    Moralité : quant ça craint, il vaut mieux arroser les flics et autres gendarmes, qui eux sont armés et ont de petits salaires.
    Cela revient moins cher qu'un avocat, et bien plus rapide et efficace. Et définitif par dessus le marché.

    Au revoir aux avocats et juges, bonjour aux porte flingues et aux coupeurs d'oreilles.

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