samedi 21 avril 2012

Bruno Bertez : Petite tentative de synthèse a vocation économique , la France attend des miracles

Politique Friction du Vendredi 20 Avril 2012 : Petite tentative de synthèse a vocation économique , la France attend des miracles…. par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 20/04/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Les Français et singulièrement les socialistes sont persuadés que les Allemands ont un dette vis vis d’eux, l’Allemagne paiera, ce n’est pas fini…



Francois Hollande vient de répéter son appel à un soutien monétaire à sa politique de croissance.

Francois Hollande a un besoin capital de croissance pour financer ses dépenses nouvelles.

   Nous vous rappelons ces dépenses :

- Création de 60 000 postes d’enseignants

- Création de 150 000 emplois subventionnés pour les jeunes

- Avancement de l’age de la retraite

- Dépenses en faveur de l’agriculture

- Soutien à des entreprises en difficulté

- Sans compter toutes les mesures ponctuelles, non chiffrées et sans compter les éventuelles concessions à Melenchon, à l’aile gauche du PS et aux syndicats lors de la constitution du rapport de forces dit social.

   En contrepartie, il envisage une taxation accrue sur les riches et les banques.

Comme en 1981, seul un pari sur la croissance permet de présenter des comptes pas trop effrayants.







Une croissance autonome est peu probable compte tenu de la pente sur laquelle se trouve la conjoncture française, compte tenu de l’environnement européen et global, compte tenu de la dégradation de la compétitivité de l’appareil productif français. Enfin il faut tenir compte de l’attentisme lié à l’incertitude fiscale et réglementaire .

Tout cela, mis bout-à-bout explique sinon justifie les demandes de modifications non seulement de la politique de la BCE dans le sens du soutien de l’activité, mais aussi les demandes de modification de la Charte même de la BCE, à savoir lui faire financer directement les états, ou plutôt leurs gouvernements.

   La position de Hollande est un quadruple pari :

- Des soutiens monétaires et keynésiens peuvent être efficaces au stade ou la France en est.

- La BCE et la situation fiscale permettent de tels soutiens.

- L’Allemagne va se rallier aux demandes françaises ainsi que tout le bloc des Pays dits du Nord.

- L’environnement international et les marchés vont autoriser, avaliser cette réorientation à 180 degrés de la politique européenne.

Sarkozy a commis beaucoup d’erreurs dont la première, sous cet aspect, car il y en d’autres, la première en s’arrimant a l’Allemagne et en collant à Merkel pour former le couple Merkozy. Il s’est rendu compte de cette erreur et vient d’en faire une autre en changeant son fusil d’épaule et en demandant, lui aussi une réorientation de la politique de la BCE et de l’attitude allemande. Erreur funeste qui l’a fait accréditer lui-même les thèses de son adversaire.

Nous sommes dans une situation nouvelle et , on peut et doit déplorer que cette situation nouvelle d’abord n’ait pas été annoncée comme telle, ensuite qu’elle ne soit pas au cœur du débat économique. Cette occultation va compliquer la tache de tous les responsables au lendemain des élections et au lieu de tracer le cadre de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, elle va autoriser toutes les revendications, toutes les dérives, tous les abus.

Au cœur du tournant de Sarkozy , tout comme au cœur de la position de Hollande il y a un non -dit que nous même avons explicité récemment : la France n’est pas l’Allemagne , elle ne peut prétendre la suivre, s’y arrimer.

Il faut reconnaitre que la France a une position intermédiaire entre le Nord et le Sud et que sa spécialisation internationale, son absence de consensus social , bref son mal Français que d’aucuns appellent sa spécificité, lui interdisent définitivement les performances allemandes.

Ceci se manifeste au niveau de la position internationale, la France recule, l’Allemagne progresse et augmente ses parts de marché, y compris en Chine. Les déficits français se creusent faute de compétitivité, faute d’investissement et en raison d’un réglage conjoncturel déficient qui privilégie la consommation, gourmande en importations au détriment de l’investissement producteur d’emplois et d’exportations.

La situation de la France est générationnelle, historique, fruit d’un long affaissement, accéléré par la relative performance de l’Allemagne depuis la réunification et le plan de correction des finances publiques de ces dernières années.



En clair les deux pays divergent. Voilà la réalité dont Sarkozy vient seulement de s’apercevoir, voila la réalité que fondamentalement Hollande nie. Nous disons nie car les demandes ou paris de Hollande pour un changement de cap de la BCE et de l’Allemagne ne sont pas du même ordre que celles de Sarkozy : ayant fait des promesses intenables, des paris trop audacieux Hollande est en position de faiblesse, de quémandeur face à l’Allemagne et ce qu’il espère c’est un miracle.

La divergence France/Allemagne se manifeste de nombreuses façons, mais il y en a deux qui sont évidentes et conflictuelles.

1-La première est le niveau des taux et des liquidités.

2-La seconde est le niveau de l’euro que l’Allemagne trouve trop bas

L’Allemagne souffre de taux trop bas et de liquidités trop abondantes qui favorisent un dérapage inflationniste en cours et surtout une bulle immobilière. L’Autriche est dans la même position d’ailleurs.

Sachant que la priorité absolue de tout le pays est la stabilité monétaire, les dirigeants allemands font campagne, déjà pour un resserrement de la politique de la BCE et non pas pour un desserrement.

Comme par ailleurs Hollande ne semble pas vouloir vouloir faire sien le pacte fiscal et que les déficits seront plutôt orientés à la hausse qu’à la baisse on ne voit pas de possibilité de changement dans la position de l’Allemagne ou dans celle de la BCE; La position Allemande est claire, elle veut bien faire quelques concessions mais à condition et seulement à condition, que l’on aille dans la bonne direction sur les déficits et surtout sur l’intégration.

Enfin il ne faut pas oublier la divergence sociale, idéologique entre les deux pays. Ceci se traduit en France par un clivage très difficile à gérer : plus du tiers des français sont proches de candidats dont le programme explicite est le refus de l’euro et la sortie du carcan monétaire.

Le problème, il faut le souligner est que le candidat Hollande , est celui qui va bénéficier du report des voix de tous ces gens hostiles à l’euro au second tour! Son soutien sera encore plus marqué sous cet aspect que celui de Sarkozy et celui de la France entière. La proportion d’anti euros dans ses soutiens va être considérable.

   Hollande va donc hériter :

- D’une situation structurelle de déclin et de perte de poids face à l’Allemagne

- D’un réglage conjoncturel défaillant, trop orienté vers la consommation

- D’un soutien ambigu à l’euro et au carcan qu’il représente

- De marchés turbulents enclins à jouer les effets de contagion alors que l’Espagne se fissure

- Il va rajouter la frilosité provoquée par les menaces fiscales et réglementaires ;

- Peut être un regain de troubles sociaux avec relents de haine et de lutte des classes comme on peut en juger par le succès de Mélenchon, un raidissement de la droite et peut être du patronat.

Dans ces conditions, nous dirons que plus que jamais, pour la France un miracle, des miracles sont nécessaires.


Personne ne sait ce qui va se passer, même pas et surtout pas Hollande.

La situation est complexe et non linéaire : On peut anticiper certaines actions, on ne peut anticiper toutes les réactions et les réactions aux réactions.

L’une des choses importantes à suivre est le rapport des forces au lendemain du second tour car c’est ce rapport des forces qui nous dira ou est le centre de gravité de la situation politique française à ce moment : mais il y aura ensuite les législatives avec possibilité de correction des résultats des présidentielles aprés il y aura … etc

Ce qui est sûr c’est que l’observation de ce qui se passé en France ne suffira pas car il y a d’autres parties prenantes.

La France n’est plus maitre de son destin et elle le sera encore moins apres les élections car son poids va se trouver réduit.

Surveillez ce qui se passe et se dit :
en Allemagne
à la BCE
sur les marchés
dans les syndicats

On ne perd jamais rien à être ouvert à toutes les analyses mais on peut perdre beaucoup à se laisser influencer .

La recomposition de l’ex majorité et la position du Medef aussi sont à suivre

Suivez vous même les cours de la dette française, les spreads, les CDS, le contrat OAT sur EUREX.

A noter qu’hier concernant la dette française : Le volume traité sur EUREX a progressé, le contrat OAT s’est étoffé malgré la retenue de certains intervenants. 2500, puis 4800, puis 8500, hier près de 15 000 contrats échangés.

Le plus probable, après l’élection, est certainement un affrontement entre le nouveau gouvernement français et les responsables allemands, néerlandais, bref avec l’Europe du Nord. La forte probabilité de cette confrontation ne permet nullement à notre avis de tirer un pronostic boursier car dans tous les cas la situation sera évolutive et réversible.


Et sans surprises... La stratégie de "croissance" du candidat autoproclamé de la jeunesse et de la justice sociale : alimenter la bulle de crédit, la bulle immobilière, l'inflation non suivie par les salaires, et la machine à fabriquer du conflit de générations, pour sauver ses clientèles de rentiers de la déflation...

François Hollande provoque-t-il un conflit avec l'Allemagne sur le rôle de la BCE ?
Europe 1 via Et pendant ce temps-là... La grande crise, 21/04/2012 (en Français texte en français )
→ lien
François HollandeJe suis favorable à ce que la BCE baisse les taux d'intérêt. Il faut aussi prêter directement aux Etats plutôt que de passer par le truchement d'un soutient aux banques. C'est un paradoxe invraissemblable que la BCE innonde le marché de liquidité aux banques qui empruntent à 1% pour reprêter aux États à 6 %. On ne pas accepter des phénomènes de rente à ce point (...) Il serait plus judicieux, plus efficace, plus rapide que la BCE prête en premier et dernier ressort. (...) Je sais que les allemands y sont tout à fait hostiles; cela fera partie de la négociation. (...) Si on pense que cela n'est pas utile de voter, de renégocier, alors restons chez soi.


Hollande "ne fait semblant de rien" par Europe1fr

Mais bon... En fin expert d'économie "politique" et de "social engeneering", la justice sociale et la politique pour la jeunesse va consister à donner quelques susucres aux agités des cités (que-la-démographie-de-la-France-est-une-chance) pour acheter la paix sociale. Dans le même temps que les productifs continueront d'être dévalués...

De la grande et authentique politique de gôche qui s'annonce...

De toutes façons, il a prévenu... "j'ai les mêmes conseillers économiques qu'Obama"...

Rendez-vous en 2017... Si il tient jusque là...

10 commentaires:

  1. Tu dis: "La stratégie de "croissance" du candidat autoproclamé de la jeunesse et de la justice sociale : alimenter la bulle de crédit, la bulle immobilière"

    Tu sous entend que Hollande va réussir a refaire partir l'immo a la hausse ?

    C'est vrai que tout ce qu'il propose va dans ce sens, de l'autre coté, s'il arrive au pouvoir on risque de se faire massacrer sur les taux d'emprunts et voir l'oat grimmmmmmmmmper...

    RépondreSupprimer
  2. "la France n’est pas l’Allemagne , elle ne peut prétendre la suivre, s’y arrimer.
    Il faut reconnaitre que la France a une position intermédiaire entre le Nord et le Sud et que sa spécialisation internationale, son absence de consensus social , bref son mal Français que d’aucuns appellent sa spécificité, lui interdisent définitivement les performances allemandes."

    Du délire total ce passage de Bertez. Mais où est-il allé chercher ça ?

    RépondreSupprimer
  3. Pourquoi "délirant" ?

    Tu ne peux pas nier que la France... est différente de l'Allemagne ? Si ?

    Seule la France a osé 1981. Nationalisations, "autorisation administrative des licenciements" etc.

    Inconnu en Allemagne. Alors ?

    Seule la France a des "syndicats" comme la CGT, Sud. Alors ?

    Il est où le consensus social en France ? En France on fait la chasse aux "riches". Ce type de débat n'existe pas en Allemagne.

    En France, on forme des "bac + 8 en branlologie"... En Allemagne on forme des techniciens, avec apprentissage dans les entreprises.

    En France, on admire et on craint les sociétés du "CAC 40", on célèbre nos grands groupes internationaux... et en bas on a des centaines de milliers de petites PME à la con, ultra fragile.

    En Allemagne, ils ont des "grosses" PMI, qui n'existent pas en France.

    En France, on a des écolos fanatiques, gauchos, en Allemagne ils ont des verts qui passeraient pour de dangereux ultra libéraux ici.

    On pourrait en écrire des tartines sur les différences objectives en France et Allemagne. Mais monsieur trouve ça "délirant" ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Mais monsieur trouve ça "délirant""

      Quoi, "ça" ? Ce que vous avez écrit ? Mais je ne pouvais pas en parler puisque ça a été écrit après ce que j'ai écrit...
      Moi je parlais du passage de Bertez, qui n'a rien à voir avec ce dont vous parlez.

      Supprimer
    2. La France peut suivre l'Allemagne, ou la devancer (je ne dis pas que je le souhaite, il n'y a pas de chauvinisme dans mes propos et puis je suis germanophile).

      La France n'a pas une "position intermédiaire entre le Nord et le Sud" pas plus qu'entre l'est et l'ouest ou autre, et ces histoire de nord et de sud ne sont pas pertinentes.

      Rien ne nous interdit "définitivement les performances allemandes".

      Après, que la politique des futurs élus soit nullissime, c'est probable. Mais désolé, ils ne sont pas "la France"...

      Supprimer
  4. attention collector :

    la vérité, elle fait partie de ma conception de la politique je ne dissimule rien je ne cache rien.

    Sont programme c'est encore et encore et encore du keynésianisme payer par la BCE enfin payer par les générations présente et futur pour encore une fois le bénéfice de cette génération et de ses copains parasites ( girouette ), j'en peux plus de ces enfoirés.

    RépondreSupprimer
  5. Vous rêvez en couleur... Bien sûr que non que la France ne peut pas suivre l'Allemagne, et encore moins la devancer.
    Comme l'a dit "AnonymeApr 21, 2012 04:54 AM" presque tout nous sépare, et le fossé tend plus à s'agrandir qu'à se résorber. Marc Fiorentino a d'ailleurs bien résumé la situation en écrivant cette semaine que ce n'est pas "une frontière qui nous sépare, mais plusieurs siècles" (en termes de mentalité bien sûr).
    Quant aux " futurs élus [...] nullissimes" ils ne vont pas se mettre au pouvoir tout seuls, mais grâce au peuple Français, inculte en économie et en finance et bien trop attaché à ses "acquis sociaux" et autres prébendes que lui octroie généreusement l'Etat pour revenir à la réalité. Le réveil sera douloureux, et pourrait arriver bien plus vite qu'on ne le pense.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un peu facile comme argumentaire ! D'ailleurs le "peuple français" représente à peine les trois quarts du corps électoral, voire les deux tiers, alors pour ce qui est de mettre au pouvoir des gens lors d'élections qui se jouent à quelques pourents... c'est vous qui rêvez !

      Bon réveil à vous.

      Supprimer
  6. Pas besoin de me réveiller, moi je suis lucide quant à la situation économique (désastreuse) de ce pays.
    L'élection qui se présente n'est qu'une mascarade, nous n'avons le choix qu'entre des socialistes plus ou moins refoulés (et ne me dites pas que l'un ou l'autre est libéral, absolument AUCUN d'entre eux ne propose une mesure qui puisse être sérieusement considérée comme libérale). En fait seule la forme varie puisqu'on oscille entre lutte des classes et nationalisme exacerbé. Le fond est le même pour tous: plus d'Etat, plus de dette, plus de taxes.
    Pourtant je doute que les politiques ne soient pas au courant(à part les extrémistes de gauche qui semblent débarquer d'une autre planète) de la situation dans laquelle le pays se trouve actuellement, mais en France on ne peut pas se faire élire en proposant des réformes libérales, les Français étant plus ou moins restés coincés en 1789 (1981 pour les plus modernes). Il n'y a qu'à voir ce qui s'est passé lors de la "réforme des retraites" (un cautère sur une jambe de bois qui n'aura permis que de gagner quelques années, la seule solution viable étant la retraite par capitalisation), dès que l'on ose remettre en question le dogme des "acquis sociaux" ce pays devient incontrôlable.
    Hélas, "Ca ne pourra pas durer éternellement" comme disait Milton Friedman, il y a fort à parier que les marchés attaquent férocement notre dette dès le 7 Mai, à plus forte raison si c'est Hollande qui passe.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Anonyme

      Certes, mais il faut ajouter quelques points :

      1 : La retraite par capitalisation, c'est de l'arnaque pure. Les anglais en savent quelque chose, et qui ne revoie que 20% de ce qu'ils cotisent à leurs fonds de pension, les 80% restants partant dans la poche des gestionnaires.

      2 : derrière tout cela, il y a l'oligarchie occidentale en général, banques en tête, gigantesque parasite.

      3 : l'électorat français, c'est 50% de plus de ans. Et 45% des gens ne votent pas, surtout les jeunes et les trentenaires.

      Supprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.