samedi 30 juin 2012

Sur le conseil européen et le rebond d'hier des marchés

Visiblement, les marchés ont adoré ce qu'il s'est passé vendredi en Europe.

Tout le monde présente ça comme une défaite de l'Allemagne et une victoire de l'Espagne et de l'Italie.

Mais perso, tout ça me laisse dubitatif... Surjoué...

En gros, ce qu'il en ressort concrètement, c'est que le MES va acheter de la dette des PIIGS sur le marché secondaire et recapitaliser en direct les banques espagnoles. En échange, l'Allemagne demande plus de contrôle européen du système bancaire via la BCE et de rigueur auprès des États.

Du coup, le CAC grimpe de 5%, l'euro remonte. Les taux de l'Espagne et de l'Italie ont baissé, certes, mais restent toujours extrêmement élevés (passage de 7% à 6,3% sur le 10 ans espagnol par exemple).

Mais c'est là que ça me titille, c'est que l'or aussi remonte. Si les marchés voyaient là dedans un vrai pas vers la sortie de crise, l'or se serait gamellé... Or il a monté. Comme si les marchés étaient complètement euphoriques et qu'ils avaient décidé que tout devait monter    Je serais pas étonné que lundi tout ce soufflé retombe.

En Allemagne, la presse lynche Merkel comme quoi elle aurait lâché l'argent allemand aux espagnols et aux italiens. Et même le SPD l'attaque là dessus. On sent l'opposition bête et méchante alors que ces derniers mangent dans la main de Hollande et ne parlent que de sôlidarité et de livrer le travail des allemands gratuitement aux pignoufs du sud. Sauf qu'ils ont bien compris où se situait l'opinion publique allemande... Et l'Allemagne rentre en campagne électorale...

Pour ma part, je ne vois pas très bien ce qu'il y a d'extraordinaire là dedans. On se doutait bien que le fric du MES allait servir à ça...

Pas à acheter des carottes râpées et des filtres à café...

Quant à ce que ce soit une défaite de l'Allemagne, là encore, je suis dubitatif...

Je vous ferai dans le week end une revue de presse sur le sujet, mais je commence déjà par vous mettre le C dans l'air d'hier (avec notamment un passage sur la bulle immobilière française que l'Allemagne semble commencer à pointer du doigt) :
Euro : l’Allemagne ne gagne pas toujours ...
France 5 - C dans l'air, 29/06/2012 (en Français texte en français )
→ lien


Avec Fiorentino et Frémeaux entre autres.


Ce texte ci également qui me semble sortir de l'unanimité journalistique sur le sujet, et que je ne partage pas non plus :
Merkel : défaite, ou victoire tactique ?
Contrepoints, Richard North, 30/06/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Ça ne va pas prendre longtemps avant que les marchés ne se rendent compte qu'il ne va pas y avoir de versements sérieux d'argent aux banques espagnoles avant l'année prochaine, et encore, sous les conditions les plus strictes.

Il n'y a pas 24 heures que j'ai écrit ma première réponse au Conseil Européen, pour me retrouver immédiatement fermement contredit par le torrent des médias. Mais maintenant, nous avons un commentateur dans le Spiegel qui revient sur ses réflexions.

Il s'agit de Christian Rickens, chef du département économie au Spiegel Online, qui a passé en revue les idées reçues, et décidé que la "défaite" de Merkel n'en est pas du tout une. C'est bien, décide-t-il, une "victoire tactique".

Permettre les prêts directement aux banques Espagnoles, affirme-t-il, est une concession raisonnable, puisque ça n'a vraiment aucun sens de prêter de l'argent bon marché à l'Espagne pour sauver ses banques, alors que ça ne ferait qu'augmenter la dette souveraine du pays, et ferait monter les taux d'intérêts que devrait payer Madrid pour émettre de la nouvelle dette.

Mais il relève également ce qui n'était évident que pour ceux qui avaient réellement lu la déclaration, "que l'aide  commencera seulement à couler en direction des banques quand un mécanisme de supervision bancaire européen effectif, sous les auspices de la BCE, aura été mis en place". Et, écrit Rickens, "ça va prendre du temps".

Avec une évidente compréhension de la politique, Rickens observe ensuite que Monti et Rajoy sont les alliés de Merkel pour sécuriser les réformes, à tel point qu'ils font face à une forte résistance à la maison. En Italie, cependant, les élections sont prévues pour le printemps prochain. De ce fait, il était vital que Merkel laisse Monti porter un coup ou deux.

De ce fait, la "victoire" de Monti était du théâtre pour les masses, et comme les sots ignorants et crédules qu'ils sont, les journaleux sont tombés dans le panneau, ayant avalé l’hameçon, la ligne et le bouchon. Le parallèle avec le football était l’appât, et ils ont mordu sans que le moindre neurone ne s'allume en eux.

Graduellement, certains commentateurs commencent à réaliser qu'ils se sont fait avoir. Ça ne va pas prendre longtemps avant que les marchés ne se rendent compte qu'il ne va pas y avoir de versements sérieux d'argent aux banques espagnoles avant l'année prochaine, et encore, sous les conditions les plus strictes.

D'autres vont alors réaliser, comme c'est déjà le cas de certains, que les fondamentaux n'ont pas le moins du monde changé, et que les "collègues" ont vendu le passe-partout, en esquivant le fait de pousser des mesures qui auraient exigé un changement des traités.

Ensuite, les marchés vont se réveiller, et nous serons de retour dans la spirale de la mort dont Herman Van Rompuy dit essayer de sortir, sans rien faire de réel pour améliorer la situation.

Au moins, cependant, Merkel peut dormir heureuse sur ses deux oreilles. Elle a son pacte fiscal ratifié au Bundestag, et son MES, par une majorité massive. Sur 604 votants, 493 ont voté pour le MES, 106 contre, et 5 se sont abstenus. À peu d'exceptions près, les partis de sa coalition, CDU/CSU - FDP, et l'opposition SPD - Verts, ont tous voté pour le pacte. Die Linke (équivalent, et inspiration, du FdG en France, NdT) a voté contre.

Avec malice, certains dans l'opposition avaient, plus tôt, appelé à un délai supplémentaire, et les chiffes molles de médias avaient gobé leur propre propagande et cru que Merkel avait vraiment des problèmes.

Avec des Unes comme celle-ci, cependant, les leçons qui nous parviennent avec une clarté absolue, sont que les seuls gens à qui nous avons à faire encore moins confiance qu'aux politiciens sont les journalistes, qui nous relatent leurs faits et gestes. Cette semaine, il ont coulé encore plus bas.



Et honnêtement, je ne vois pas ce qui a fondamentalement changé. Et le MES n'a toujours pas assez de fric pour bailouter l'Europe comme le rappelle ZH.
Last Night's Critical Phrase "No Extra Bailout Funds"
ZeroHedge, 29/06/2012 (traduire en Français texte en anglais )
→ lien
There was just one relevant phrase uttered in all of last night's bluster, and ironically it came from Italy's own Mario Monti who said that there are "no plans for boosting bailout funds." This really is all that matters. Why? The Bridgewater chart that we presented before once again explains it all.



We have at best kicked the can down the road for a few days.

Je vous continuerai la revue de presse tout à l'heure, mais globalement, ce que j'en retiens :
   les européens ne veulent pas lâcher l'euro.
   le gravage dans le marbre de la fausse épargne des goinfres du papy boom reste la priorité.
   et seul bon point selon moi, l'ordolibéralisme allemand progresse alors que la conditionnalité allemande sera derrière toute distribution d'argent allemand, via le MES. Les pays du sud de l'Europe vont être obligés par l'Allemagne de faire déflater leurs rentiers nourris aux mamelles de la dépense publique. Si l'euro est le seul moyen d'obliger la France à faire déflater ses goinfres de gôche, alors c'est peut-être la meilleure option. Car sans ça, nos politocards auraient forcément choisi la facilité de la dévaluation de tous, pour maintenir la structure sociale clientéliste intacte. En revanche, le gravage dans le marbre de la fausse épargne, ça clairement, ça craint.

8 commentaires:

  1. sur les hausses violentes des actions ou de l'or:c'est toujours une couverture en urgence de ventes a termes.tous ceux qui vendaient a terme les banques ont du etre surpris du resultat de la réunion europeene et se sont couverts a n'importe quel prix

    RépondreSupprimer
  2. D'accord avec tes premières conclusions.... Mais pas les dernières.

    Tu en viens paradoxalement à soutenir l'Euro, en le voyant comme le moyen de "déflater les goinfres", en lieu et place d'une dévaluation.

    Pour moi c'est un contresens.

    L'Euro est le moyen du maintien par excellence du status quo.

    Le cirque du dernier sommet est l'exact miroir des précédents : du théâtre.

    Merckel, depuis 2008, nous joue la même partition : d'abord elle dit "Nein". Ensuite "ok on va en parler on va faire un sommet". Puis enfin "d'accord".

    Car nous sommes dans une fausse opposition, parfaitement orchestrée.

    Les médias, petits soldats idiots utiles du système, ont poussé la métaphore footbalistique jusqu'au bout de la bêtise : 2 équipes adverses, il y aurait donc un vainqueur et un perdant.

    Quelle erreur !

    Il n'y a pas de perdant (à part le bon sens) : le vainqueur c'est le Système.

    On nous a dit : vendredi la presse a tiré à boulets rouges sur Merckel.... La population allemande est en colère...

    Mais comment expliques tu que le parlement ait voté le même jour, pour le pacte et pour le MES (à part extrême gauche) ? !

    On voit bien qu'on se fout de nous. Merckel, Barroso, Van Rampuy, Rojoy, Hollande, Monti... appartiennent tous à la même engeance.

    L'Euro est l'instrument de leur volonté de domination, de leur démence collective.

    Et c'est bien pourquoi il faut absolument briser l'Euro, qui est un carcan, un instrument de soumission.

    En outre, tu réécris l'histoire. C'est bien parce que la France avait en 1983 sa propre monnaie, fortement dévaluée, que Mitterrand a été obligé de stopper le délire de 1981 !

    A l'inverse, l'Euro protège, perpétue le délire.

    Tous les pays du sud ont montré ce fait depuis l'adoption de l'Euro.

    Donc c'est bien l'Euro la cause du problème. CQFD.

    Tu veux taper sur la gueule des planqués, des profiteurs, des rentiers, de tous les vendus au système ?

    Ca passe par la suppression de l'euro et la reprise des monnaies nationales !

    RépondreSupprimer
  3. Pour moi la seule news qui vaille dans cette histoire c'est que le bund s'est pris 5% dans les dents et que le spread Bund / US / Suisse a augmenté.
    Allemagne se fait contaminer. Hors le bund est le dernier refuge de la crédibilité en Europe.

    Donc au mieux, ils auront acheté encore un peu de temps à crédit.

    RépondreSupprimer
  4. Regardez, Hollande a profité de ce conseil européen pour draguer Helle Thorning-Schmidt (Danemark) :

    http://www.google.fr/imgres?q=Helle+Thorning-Schmidt&hl=fr&client=firefox-a&hs=fzi&sa=X&rls=org.mozilla:fr:official&biw=1280&bih=681&tbs=qdr:w&tbm=isch&prmd=imvnso&tbnid=83eGvN62YSXLWM:&imgrefurl=http://tvnewsroom.consilium.europa.eu/event/european-council-june-2012-day-1/european-council-june-2012-day-1/&docid=RYspVZqyl6tgxM&imgurl=http://tvnewsroom.consilium.europa.eu/images/thumbs/images/thumbs/http_c96825.r25.cf3.rackcdn.com/af2b0316-dcfd-4cc9-a131-1a8cf3282fcc_444_318_sha.jpg&w=444&h=318&ei=_0XvT5bDItGxhAfi75T1DA&zoom=1&iact=hc&vpx=185&vpy=4&dur=508&hovh=190&hovw=265&tx=125&ty=49&sig=100238264302110065822&page=5&tbnh=148&tbnw=194&start=75&ndsp=20&ved=1t:429,r:15,s:75,i:457

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ben franchement il a raison.sinon t'aurais pas un lien plus court,c'est fatiguant de taper a la main

      Supprimer
    2. Il faut sélectionner le lien avec la souris (clic gauche), puis faire un clic (droit) et ensuite cliquer (gauche) sur "ouvrir le lien dans un nouvel onglet.

      Elle est fascinante cette danoise. A chaque photo des sommets européens, on ne voit qu'elle !
      Je suis sur qu'elle nuit au pouvoir de concentration des autres chefs d'Etat.

      Supprimer
    3. "Il faut sélectionner le lien avec la souris (clic gauche), puis faire un clic (droit) et ensuite cliquer (gauche) sur "ouvrir le lien dans un nouvel"
      merci mais je plaisantais:tu m'imagines taper pendant un quart d'heure le lien?
      sinon tu as raison sur la présidente danoise:berlusconi était le premier a lui tourner autour.décidément il y a vraiment beaucoup de belles et bonnes choses dans ce petit pays...

      Supprimer
  5. Monti ne dit pas autre chose.

    18 sommets et on croit toujours que des réunions de quelques heures vont sauver l'Europe. C'est pathétique.

    On en a pour au moins 10 ans de changements structurels pour assurer un véritable avenir à la zone euro.

    D'un autre côté les Français n'ont pas vraiment réalisés les conséquences des décisions prises "en urgence" depuis le début de la crise européenne. Normal ! Ce n'est pas discuté à l'Assemblée (contrairement au Bundestag qui est devenu la chambre supplétive du Parlement de l'UE impuissant et la Commission suiveuse) et les hommes politiques, le Président en tête, n'a pris le temps d'expliquer ses fameuses conséquences.

    S'il y a un défaut de démocratie en Europe, il y a en un majeur en France aussi !

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.