lundi 3 décembre 2012

Bruno Bertez : L’or, horizon des monnaies

L’Edito du Lundi 3 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 03/12/2012 (en Français texte en français )
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Cela fait maintenant plus de dix ans que nous travaillons sur la crise. Pour être honnêtes, c’est dès le début des années 80, lors des balbutiements de la financiarisation que nous avons acquis la conviction que « tout cela finirait mal ». Notre analyse théorique a été renforcée par la crise de 1987. Elle a été confirmée à l’occasion des autres crises intermédiaires qui se sont produites, dette mexicaine, crise asiatique, crise LTCM.

Le fait que le traitement soit toujours le même nous a conforté dans l’idée que l’issue était inévitable. Dans les années qui ont suivi, tout s’est déroulé comme dans un livre avec la bulle technologique, avec la bulle de l’immobilier, la bulle du crédit spéculatif, puis maintenant la bulle de la dette souveraine généralisée. L’échéance est encore loin et on s’en rapproche à grands pas. Bien entendu méfiez-vous quand nous parlons d’échéance, nous nous situons dans une perspective historique. Le temps de l’histoire est lent. Il n’a rien à voir avec les années et les saisons. Tout au long de ces dernières décennies, notre fil conducteur dans nos analyses a été le cycle du crédit, l’excès de crédit, le surendettement.

Nous n’abandonnons pas ce fil conducteur, il est très utile surtout pour comprendre le moyen terme. Cependant, il est temps de passer à quelque chose de plus profond, de plus fondamental. De plus fondamental qui englobe et unifie nos analyses et diagnostics précédents. Notre fil conducteur est le suivant. Nous sommes dans une crise des « équivalents » et cette crise va déboucher sur une autre, bien plus terrible qui est la crise du « système » des équivalents.

Nous commencerons par une citation de Nietzsche: « Fixer des prix, estimer des valeurs, imaginer des équivalents, échanger, tout cela a préoccupé à tel point la pensée primitive de l’homme qu’en un certain sens, ce fut la pensée même ».

Puis, par celle-ci de Marx: « La transformation de l’argent en capital doit être expliquée en prenant pour base les lois immanentes de la circulation des marchandises de telle sorte que l’échange d’équivalents serve de point de départ »

La crise est une crise des équivalences, une crise du système des équivalences. Quand Bernanke prétend lutter contre la déflation, il tente de fixer les prix à un niveau supérieur à celui qu’ils auraient spontanément, il prétend imposer son système d’équivalences. Équivalences des choses, des biens, des services, avec sa monnaie. Il refuse celles qui découlent ou découleraient du marché, de la confrontation des achats et des ventes des agents non politiques. Comme elles ne lui conviennent pas, il tente de manipuler ce dans quoi les équivalences se formulent, sa monnaie, le dollar. Ce faisant, il va détruire sa monnaie. Lui retirer son statut de monnaie, lequel est en fait usurpé. Nous sommes dans une crise des équivalences, laquelle débouchera, débouche déjà sur une crise plus fondamentale, celle du système des équivalences. Son issue sera l’effondrement total de l’équivalence suprême, ce sera la révélation du fait que le Roi est nu. Ce sera la fin de l’équivalence des monnaies avec La Monnaie. Avec l’or.

On peut, face à la situation dite de crise, avoir plusieurs attitudes, plusieurs points de vue.

   Point de vue de l’Etat chargé, si on peut dire, de l’ordre, du long terme.

   Point de vue du gouvernement chargé de la chose publique sous contrainte électorale.

   Point de vue gestionnaire pour les firmes, comment s’en sortir, s’adapter, prospérer.

   Point de vue de l’individu, comment survivre physiquement et socialement, comment s’élever, etc.

Ce sont des points de vue que nous appelons: de gestion.

Ici, nous ne situons pas dans la gestion.

La distinction entre le point de vue dit « gestionnaire » et le point de vue scientifique est celle-ci: Nous cherchons à connaître, à comprendre, ce qui est à l’œuvre. Nous débusquons ce qui se trame, pour prendre un registre dramatique. Nous ne critiquons pas les attitudes gestionnaires, elles ne se situent ni dans le vrai ni dans le faux, elles donnent des résultats ou elles n’en donnent pas. Il y a des gens payés pour effectuer cette gestion.

On peut gérer efficacement, même sans comprendre ce qui se passe puisque la gestion c’est une succession de courts termes dans un environnement donné, défini par l’état du système et l’apparente connaissance qu’en ont les participants.

Cette efficacité peut cependant n’être que superficielle et masquer un échec profond qui se révèlera, soit par la multiplication de conséquences inattendues, désagréables, soit par un effondrement final si la gestion, aveugle a, en fait, renforcé les forces de déséquilibres et accentué les fragilités qui mènent au chaos.

L’analyse logique, que nous n’appelons scientifique que par commodité, mais logique est préférable, cette analyse cherche à mettre à jour, à comprendre, pas à gérer.

Nous cherchons à comprendre:

   Comment on en est arrivé là où on est?

   Quel est le jeu des forces en présence?

   Quels sont les éléments-clefs, fondamentaux, non circonstanciels qui ont produit cette situation?

   Quelle peut être l’issue spontanée, l’évolution, si on ne se donne pas l’illusion de maitriser?

   Quels sont les choix possibles si on veut intervenir, s’en mêler?

   Quels sont les conséquences possibles, les conséquences non voulues, positives ou négatives?

   Quels sont les coûts, et pour qui, qui paie?

   Quelles sont les conséquences systémiques, comment risque de se modifier le système ?

Vous voyez que, par cette démarche logique d’analyse, non seulement on dépasse le stade du court terme, du circonstanciel, de ce qui est, mais pourrait ne pas être, le stade des apparences, et que l’on tente d’explorer le fondamental. On fouille, on met à jour. On expose au grand jour.

   Nous revenons en arrière sur la démarche dite scientifique. L’économie n’est pas une science, c’est une prétention insoutenable que de le dire.

Aucune des caractéristiques des sciences ne se retrouve dans les travaux et la démarche des économistes. Ils sont incapables de remonter l’enchaînement des causes et des effets, de reproduire, de prévoir, bref, d’être utiles. Faute de comprendre, ils font joujou avec des incantations masquées par des rideaux de fumée. Les économistes sont des grands prêtres, auxiliaires de la classe politique, auxiliaires des banques, auxiliaires de la classe ploutocratique.

Nous changeons un peu, nous remplaçons pour une fois klepto par plouto.

L’économie, c’est une, ou plusieurs idéologies, au service des intérêts dominants et cela a toujours été et sera toujours ainsi.

C’est la théorie qui sert aux Pouvoirs à se maintenir. C’est la théorie qui sert aux sujets, sujets au sens de serfs du Moyen-Age, à se sentir « sujets » face aux monarques dits démocratiques ou républicains. La science économique, c’est ce qui fait de vous des sujets et « d’eux » des rois.

Tout se passe dans votre tête, par la culture de masse, la propagande, et il faut bien le dire, grâce à votre paresse et docilité et bien sûr votre penchant pour les satisfactions matérielles immédiates.

Il nous faut ajouter votre besoin de sécurité.

Ce n’est pas parce que l’économie n’est pas une science que l’on ne peut pas comprendre ce qui se passe. Le bagage intellectuel de base, le goût de l’effort, la révolte, sont des ingrédients suffisants pour comprendre ce qui se passe. Bien sûr, il faut pratiquer l’analyse logique, disposer de concepts solides, bref, d’outils pour mettre de l’ordre dans le chaos, comme on dit dans les bonnes sociétés de pensée.

Nous insistons, car c’est là où tout se joue, tout se noue.

Si l’économie n’est pas une science, disent les pouvoirs, alors tout est relatif, il n’y a pas de Vérité.

On peut, par conséquent, instaurer le règne de l’Opinion, et bien sûr faire en sorte de manipuler cette opinion dans le sens désiré. Désiré par qui? Mais oui bien sûr! Par ceux qui détiennent le pouvoir.

Ne tombez pas dans le piège. Si l’économie n’est pas une science, ce n’est pas pour autant que deux et deux ne font pas quatre, que ce que vous voyez est faux. Il y a des évidences incontournables, même si on voulait, même si on veut, que vous n’en croyiez pas vos yeux. Il n’y a pas de parole scientifique, il n’y a que des magiciens et on sait qu’il n’y a pas de bonne magie sans illusions.

L’enjeu, c’est votre argent. Autrement dit, ce qui vous appartient. Il n’y a que des David Copperfield qui escamotent votre argent, le produit de votre travail, effort, innovation, audace, bref, ce qui fait votre vie, et prétendent que c’est pour votre bien. Ils vous font déchoir socialement, bouchent l’avenir de vos enfants et c’est encore pour votre bien.

Vous voyez passer milliards après milliards en gaspillages criminels. Gaspillages qui plongent les peuples dans la régression et l’obscurantisme et on vous dit: « mais non, cela ne vous coûte rien, à peine quelques dizaines de millions ». Hélas, le compte n’ y est pas et quand on donne trois cents milliards à la Grèce ou cent milliards à l’Espagne, il faut bien qu’ils viennent de quelque part, qu’on les prenne dans une poche présente ou future.

Ce n’est pas parce que l’économie n’est pas une science, qu’il n’ y a pas de Vérité en matière économique et financière. Voilà ce qu’il faut que vous compreniez. Et cette vérité doit se soumettre aux contraintes de la vérité, c’est à dire être logique, ne pas se contredire, elle doit coller, exprimer le réel. Elle doit avoir un pouvoir explicatif vrai qui fait appel à l’intelligence et non pas aux émotions, aux sentiments ou à la pseudo morale. Quand une pierre tombe, elle tombe, point à la ligne. Et la gravitation, cela existe.

   Revenons à nos moutons. Non pas les moutontribuables, mais nos moutons cités en liminaire.

Marx est certainement le plus grand économiste de tous les temps, avec ses amis/ennemis de l’école autrichienne. En fait, ces ennemis sont des frères, ils travaillent de la même manière, ils marchent sur les pieds et non sur la tête. Ils partent de la réalité et non pas des livres qu’ont écrits les confrères qui les ont précédés. Ils ont osé s’attaquer à ce qui est centre du cercle de l’économie, la notion de valeur. La valeur, c’est l’effacement de la chose réelle, empirique derrière, par exemple, la quantité de travail qui a servi à la produire ou encore par le prix qu’un acquéreur serait disposé à payer pour pouvoir en jouir.

Marx met en avant la valeur travail, Murray Rothbard la valeur perçue, accordée, subjective conférée par l’individu. Autrement dit, ils se sont penchés sur cette notion centrale au cœur de l’appréhension des valeurs : l’équivalence. Ils sont réunis, non par ce qu’ils affirment l’un et l’autre, mais par l’opération intellectuelle qu’ils tracent, ils étudient l’équivalence. Comment des choses peuvent être équivalentes, s’échanger, finalement avoir la même valeur alors qu’elles sont radicalement différentes.

Ils passent le scalpel dans le réel avec leur concepts, exhument ce qui est caché, oublié, escamoté et ainsi, nous donnent à voir ce qui se passe en-dessous, soigneusement dissimulé dans le système. Pas d’imbécilités à l’Américaine avec des modèles, des corrélations, des idioties mathématiques genre formules abracadabra pour lire dans les entrailles des agneaux sacrifiés.

Au fait, en passant, les agneaux, c’est vous, ne l’oubliez pas. Non, Marx et l’école autrichienne pratiquent l’analyse logique verbale, ils parlent, ils mettent en mots l’économie. Une logique verbale plus dialectique chez Marx, mais une logique verbale plus pratique, plus proche de la praxis chez les Autrichiens.

Ces soi-disant, apparents ennemis, ont produit, si on va à la base des choses, les deux versants d’une réalité, d’une même montagne, les deux faces d’une même pièce. Une pièce symbolique qui rend compte de l’homme et de ses activités économiques. Et ces deux faces, ces deux versants sont aussi inséparables que dans une pièce de monnaie, ils la constituent dialectiquement. Ils sont « uns » tout en étant différents. Mais, comme dans le cas de la pièce de monnaie, les deux faces ne rendent pas compte de toute la réalité de la pièce de monnaie, l’essentiel reste encore caché: à savoir, qui a fabriqué cette pièce de monnaie.

Réfléchissez, nous sommes au tournant de ce que nous voulons vous faire comprendre. Le côté pile ou le côté face n’expriment pas, n’épuisent pas, la totalité systémique de la pièce de monnaie.

L’important est ailleurs, dans le fait que quelqu’un a conçu cette monnaie, l’a émise, avec un ou des buts précis; il est aussi dans le fait que quelqu’un accepte cette pièce, qu’elle circule. Et ce à quoi elle sert dans le système, n’est pas forcément et uniquement ce à quoi les gens pensent en l’utilisant. En plus de la pièce, sa réalité objective est un tout composé de celui qui l’émet, la met en circulation et de celui qui s’en sert et l’accepte.

Et c’est ce quelqu’un qui émet, qui dirige, qui est le maître, qui commande. Et ceux qui se servent de la pièce l’ignorent ou l’oublient. On leur fait ignorer, oublier. On détourne leur attention, on divertit , on mystifie. Comme dans les banlieues, quand les jeunes vous disent : « Je te mystifie ».

   Nous pouvons maintenant reprendre le fil là où nous l’avons laissé, avec nos deux citations.

Peut-être avez-vous compris où nous voulons en venir, peut-être avez-vous remarqué, noté, souligné le mot important. C’est le mot « équivalent ». C’est l’échange d’équivalents qui est le point de départ de l’économie, dit Marx. Imaginer des équivalents, échanger, c’est la base de la pensée de l’homme et c’est, en un sens, la pensée même dit Nietzsche. Quand vous mettez un mot sur une chose, vous tracez une relation d’équivalence; quand vous dites l’euro vaut 1,29 dollars, vous tracez une relation d’équivalence, vous créer, vous confirmez, vous confortez une équivalence. Quand vous dites une once d’or vaut, donc équivaut à 1729 dollars. Vous posez une équivalence. Quand vous dites l’inverse, à savoir le dollar vaut 1/1729ème d’once d’or, vous posez une équivalence. Une équivalence tout aussi légitime que la première. Car, par définition, les équivalences sont réversibles.

Pour que cette équivalence soit acceptée, il faut qu’elle soit affirmée, dictée, validée. Car si vous venez de Sirius, vous allez rire au nez de celui qui vous dira, ce bout de papier vert, c’est la même chose que ce beau morceau de métal brillant, orangé, inaltérable, symbole de lumière, parure de toutes les fêtes de tous les sacrifices, la même chose que ce métal sacré, pour parler clairement.

Pour affirmer ce bout de papier c’est la même chose que ceci ou cela, il faut un pouvoir considérable, celui d’aliéner les gens, celui de les névroser, de les rendre crédules, croyants comme dans les religions. Il faut que vous les fassiez douter d’eux-mêmes, de ce qu’ils voient. Il faut, comme nous le disons souvent, que vous leur fassiez prendre des vessies pour des lanternes. Appréciez bien ce qu’il faut de pouvoir -et de mauvaise foi- pour oser dire : ce morceau de papier est identique à ce merveilleux métal dont le monde de tous temps a considéré qu’il était le summum de la valeur, le summum du précieux, du sacré, de la fête, du superflu. Quel rapport y a-t-il, sinon un rapport de forces, entre l’or sacré, inscrit dans l’âme humaine individuelle et collective de tous temps et toutes origines, et ce dollar profane, quotidien, simplement utile, banalement utile ?

Il faut un rapport de forces, de puissance terrible -au sens fort de terreur- pour dire cette forme monétaire parfaite, rare qu’est l’or équivaut à cet ersatz de monnaie, surabondant, créable et multipliable à volonté des seuls États-Unis. Il faut une puissance cynique de démiurge pour oser imposer un bout de papier qui n’est qu’une promesse, mieux ou pire, une dette comme un actif en lequel on peut avoir confiance, un actif que l’on peut conserver, stocker. Il faut une puissance cynique et égoïste et en même temps, il faut que cette puissance ne soit pas contrée, qu’elle ne rencontre aucun contrepouvoir.

Le dollar n’est pas une monnaie, c’est une dette, une créance sur les États-Unis, sur leur richesse actuelle, sur leurs richesses et leurs productions futures. Ils en émettent et s’en servent comme d’une dette. La richesse des États-Unis est finie, au sens de finitude, limitée, mais leur pouvoir de création de dollar est infini, sans limite. Témoin la comédie du fiscal cliff produite par la seule évocation cosmétique de fixer une limite à la dette américaine.

Or, que vous dit-on? Avec la complicité, avec l’estampille de vos gouvernements et de vos banquiers et de leurs télés réunis ? On vous dit : les États-Unis ne peuvent pas faire faillite, ils disposent de la printing press, ils créent autant de dollars qu’ils le veulent pour vous rembourser !

C’est le fondement, nous le signalons en passant, du keynesianisme radical à la Krugman, les États-Unis ne peuvent pas faire faillite car ils ont le pouvoir de vous ruiner en fabriquant autant de monnaie qu’ils en ont besoin pour honorer leurs promesses. Pensez-y quand vous saluez positivement les négociations sur le fiscal cliff qui n’ont d’autre but que d’augmenter la capacité d’endettement des États-Unis. En fait, quand vous faites confiance aux États-Unis comme refuge du risk-off, vous faites confiance à leur pouvoir régalien de vous ruiner. De vous dépouiller. Les Chinois l’ont compris qui ne prêtent plus à long terme aux Américains. En quelque sorte, les Chinois contestent l’équivalence. Et ils le font parce que leur pouvoir, leur puissance, montent. Ils constituent un contrepouvoir qui émerge.

L’équivalence dollar/or est fausse. Le dollar n’est pas une monnaie, il n’est pas alternative à la monnaie-or. Le dollar est un play, un jeu, une spéculation sur la dette américaine. Le dollar est un gigantesque play de leverage sur le stock d’or américain. C’est une pyramide de dettes construite sur la pointe que constitue le stock d'or de Fort Knox.

Personne n’a inversé l’événement de 1971 et lu correctement ce qui s’est passé à ce moment-là. La faillite a conduit les États-Unis à fermer la vitrine de l’or. A mettre en sécurité ce qu’ils avaient de plus précieux. 1971, c’est le coup de force, non pas d’imposer le dollar, mais de préserver le stock d’or des Etats-Unis. De le mettre hors d’atteinte, hors de portée. En 1971, les Américains ont consacré l’or, ils l’ont sanctuarisé. Sacralisé. Pas touche à mon or.

Les idiots de gouvernements européens ne l’ont pas compris, au lieu de faire comme les USA, de protéger précieusement leur or, ils l’ont vendu, bradé à 260 dollars l’once!

   La seule monnaie est l’or. Le reste n’est pas monnaie, mais fait temporairement fonction de monnaie.

La forme monnaie est dans l’âme humaine. La seule monnaie est l’or, même pas l’argent. Seul l’or est l’équivalent général, universel, international, éternel et donc a les caractéristiques de la monnaie telle qu’elle git au fond de l’âme des hommes et des peuples. L’or est objet suprême du désir, en lui même. Les marchandises, les monnaies des dictateurs passent, l’or reste, sa force d’attraction persiste. Indépendamment de sa valorisation.

Les fausses monnaies peuvent faire usage, être utiles, c’est pour cela qu’elles sont acceptées, mais l’or, au contraire, n’a pas besoin de faire usage pour être recherché.

Jean Jacques Rousseau disait que le vice, pour ceux qui le pratiquent, c’est « de disposer à leur gré de tout le sexe, sous toutes ses formes ». Les fausses monnaies, c’est cela, la jouissance immédiate polymorphe, vicieuse; l’or, c’est la jouissance différée, reportée, comme c’est le cas dans le désir. La fausse monnaie s’inscrit dans l’ordre de l’usage, du besoin, dans l’ordre régressif, l’or s’inscrit dans l’ordre plus profondément, plus spécifiquement humain du désir.

Tout le reste n’est que crédit, dette, confiance. Seul l’or bénéficie de cette empreinte, de cette gravure inaltérable dans la psyché. Nous avons déjà dit, ce n’est pas l’or en tant que tel, physique, qui est inaltérable, mais son empreinte, sa forme universelle que l’on retrouve partout. L’or est lié à la symbolique des échanges, à ce qui a pris naissance quand les hommes ont commencé à échanger, puis commercer, puis épargner… L’or physique, c’est l’or physique, tel qu’en lui-même, l’or, forme monétaire suprême est ailleurs, là où il est intouchable, indestructible, comme nous le répétons, inaltérable. Chez les hommes, il y a quelque chose de plus, qui fait qu’ils sont ce qu’ils sont, ce quelque chose de plus, c’est l’accès, la prise dans le symbolique. Et l’or est là dedans. Et c’est ce qui fait qu’il est monnaie. Authentique monnaie, authentique selon la racine grecque: qui ne s’autorise que de lui-même.

Le dollar circule, il n’est que utile, nous verrons avec Bernanke que le dollar est comme la pile Wonder, il s’use quand on s’en sert. L’or, on le garde, on le met à l’abri comme la Fed, comme les Chinois, les Russes, les princes arabes intelligents, les émergents qui ont compris les origines de leur émergence, à savoir qu’ils n’émergent que grâce au laxisme du crédit et du dollar américain qui vient alimenter leurs réserves et permettre leur expansion.

L’or, on le veut intact, pur, non souillé, comme les Allemands viennent de se souvenir. C’est en lui même qu’il est objet du désir des hommes, donc il doit être parfait. Tout est argent éphémère, moment de circulation, l’or, lui, est l’extincteur unique, final, des dettes.

Il n’y a pas de ciel des monnaies: dans le ciel, il n’y a qu’un Dieu, c’est l’or. Tout le reste n’est même pas, même plus demi-dieu, ou demi-dieu déchu comme dans les mythologies.

L’argent-métal n’est pas monnaie, même pas monnaie de pauvre. Il n’est qu’autre auxiliaire, dérivé vulgaire. Forme inférieure de l’or, déchu de l’or. Regardez le vocabulaire, il est explicite avec la confusion argent/argent-métal. Le pauvre, on est obligé de préciser, c’est dévalorisant, on est obligé de préciser de quoi on parle pour signifier le métal blanc. Et puis la littérature psychanalytique est constante, l’argent dans l’inconscient, c’est de la m…e. Ce n’est pas un hasard, c’est une forme déchue, dépréciée. Avec l’argent, on rentre déjà dans l’ambiguïté de la valeur d’usage. Si la m…e c’est l’inverse du phallus, le phallus retourné, inversé, l’or lui c’est le phallus, son équivalent économique, ce scintillement, cet opérateur magique du désir, qui a animé la quête des alchimistes, quête qui symbolise le grand mystère de ce qui nous fait marcher. Le Graal est en or, bien entendu.

L’or est monnaie suprême, seule monnaie. C’est déjà faux de dire cela car l’or est monnaie. Il est la forme, la structure monnaie rendue visible, concrète. L’or est monnaie suprême de ne pas circuler, d’être conservé précieusement. Il suffit de savoir qu’on l’a, qu’on le possède, que l’on en est propriétaire. On ne met pas dans la rue ce qui est précieux. On le met dans les sous-sols, bien gardé. On va même, comme le fait la Fed, refuser de le montrer aux profanes, refuser de le laisser contrôler par Ron Paul, refuser de le laisser contrôler par les citoyens. Il faut, en plus, du sacré, du mystère. Tout comme le fait la Fed qui accrédite ainsi le statut de l’or, son aura… La mauvaise monnaie chasse la bonne, on fait circuler le dollar et la vraie, la bonne monnaie, l’or, ne bouge pas. Faire circuler l’or comme monnaie c’est, comme tentent de le faire les démiurges comme Bernanke en le financiarisant, or-papier, c’est une imbécilité de plus. Des chiffres, des cours, des cotations ne sont pas de l’or et, quand ce sera le grand Retour, l’Eternel Retour au sens de Nietzsche, alors on verra, ce sera le retour du fameux « mais dis-moi, l’as-tu en bourse?». Question centrale.

5 commentaires:

  1. Quand en 1971 les USA sont confrontés à leur pic pétrolier et voient le vent tourner ils renoncent à Bretton Woods (l’or comme gage de valeur au dollar), montent en épingle l’embargo d’un commun accord avec l’Arabie Saoudite (cfr. La face cachée du pétrole), probablement pour d’une part camoufler le pic de production à leur opinion et légitimer la hausse des prix à la pompe (rendant aussi l’exploitation en Alaska et en mer du nord rentable), pour d’autre part faire passer peu après l’idée d’un gendarme du monde qui serait garant de la sécurité des approvisionnements, et surtout pour faire accepter l’idée très impériale du ‘pétrodollar’ (l’or noir comme gage de valeur au dollars), donnant de facto au dollar le statut de monnaie de réserve mondiale. L'empire est né !

    Eg.O.bsolète

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    1. L'empire est né en 1945 a mon avis, quand le dollar a été imposé comme monnaie d'échange international.
      Le pétro-dollar US a remplacé le charbon-livre UK.
      L'UK a atteint son pic charbon-vapeur en 1913.
      Puis 2 guerres mondiales, et une crise financière carabinée, le temps pour l'industrie de transitioner du charbon vers le pétrole et ça repars.

      Mais on a eu d'autres thalassocratie : Rome, Vénise.
      Elles se sont effondrée aussi, pour les même raisons. Surexploitation des ressources a force de s'étendre a l'infini pour assurer le ponzi étatique.

      Rome on connaît.
      Venise, l'effondrement à donné la guerre de 100 ans, et famines puis peste noire. 30% à 40% de réduction de la population. C'était la fin du bois-charrue.
      A coté les 2 guerres mondiales de fin du charbon-vapeur étaient une balade de santé.

      Donc les pic (bois-charrue / charbon-vapeur / pétrole-moteur) se passent généralement mal. 2008 émeutes de la faim. 2013 émeutes de la faim. On atteint les limites. On va refaire les mêmes erreurs : croire en une crise financière, accuser les banquiers, faire du socialisme et tuer le libéralisme.

      En espérant qu'on trouvera autre chose pour remplacer (genre technologies BANG) a temps, avant qu'il n'y ai eu trop de dégats. Mais ce qui est sûr, c'est que la génération qui arrive va morfler.

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    2. Merci pour ces précisions, cela dit ,le très impérial pétrodollar est né en 1973, et il est frappant de voir à quel point il représente la ligne rouge à ne pas franchir (Irak, Libye, Iran ...).

      Sinon on est bien d'accord, ça va morfler grave, et perso ce que je crains c'est de voir nos sociétés plonger dans la folie (un néo meilleur de monde de dingue). Je me lance un peu vite mais : inversion du sens [bien veut dire mal et inversement, en fonction de l'histoire que l'on veut nous raconter], inversion des rôles [les très gentils sont en fait les vrais méchants / les anti écolos primaires qui prétendent que les écolos nous promettent le retour à la bougie alors qu'en fait ce sont les anti écolos qui nous promettent cette régression], désinformation des opinions [jusqu'au point ou on ne sait plus du tout ce qui se passe dans certaines zones du monde], non-sens absolu [voyez les chiffres, tout va bien, pendant que les populations sombrent dans le misère / message : on a plein de pétrole (son prix s'envole), pour prétendre ne pas s'accaparer le moyen orient]. En gros plus rien ne veut plus rien dire et tout le monde se perd, le chaos ... terreau de la méta dictature ... Et puis quoi, Alphaville ...

      Un ère ténébreuses nous guette, et les élites apeurées, sont je trouve, de plus en plus effrayantes ...

      Eg.O.bsolète

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  2. Intéressant cette approche essentialiste.
    Bon, le coté mystique de l'OR, je suis d'accord, mais sceptique. Disons que je constate en effet le pouvoir intemporel de l'OR sur la psyché humaine. Mais je ne suis pas sûr que ce soit un absolu définitif pour tout le monde en tout temps. Je veux bien l'admettre en tout cas.

    L'équivalence est en effet le maître mot à la base même de toute l'économie.
    Quand nous échangeons, nous voulons une "équivalence" immédiate ... au pire sous forme de promesse (l'état obligeant a tenir sa promesse - la monnaie représentant la valeur de cette promesse).

    Mais ce n'est qu'une convention.
    Un morceau de pain peut valoir beaucoup plus pour quelqu'un qui a faim que pour quelqu'un de rassasié. De même une promesse de pain peut valoir plus qu'un pain selon les circonstances. Et pourtant sa valeur d'équivalence sera la même, disons 1€.

    De plus, nous pourrions fonctionner tel que le yoga ou le christ nous l'enseigne, donner sans rien attendre en retour.
    En ayant confiance que la vie (parabole des oiseaux qui chantent sans se soucier de recevoir leur pain, car le père pourvoit) nous apportera ce dont on a besoin.
    En étant généreux pour les autres, nous le sommes pour nous même.
    Du coup, il n'y a plus de recherche d'équivalence, on est dans un autre système, non monétaire, non comptable. C'est le système de la vie en fait. Les plantes donnent leur maximum quand elles pollinisent sans se demander si elles recevront l'équivalent.
    Un pommier produit ses pommes sans ce soucier s'il recevra l'équivalent.
    Et pourtant, il le reçoit bien, d'une autre manière, par d'autres être vivants (ou morts). Ce qu'il donne est renvoyé au cycle de la vie.

    Nous, nous avons un (malade) mental qui nous fait rechercher, par peur de manquer plus tard, de surtout ne pas nous départir de ce que nous "possédons" (autre notion arbitraire). Donc si nous consentons a lacher un truc, c'est pour en obtenir un autre.
    Et justement, tout le jeu est la : chercher un équivalent de valeur immédiate/personnelle plus important que sa valeur d'équivalence "monétaire".

    Un baril de pétrole vaut 100€. Mais pour moi, ce baril ne me sert à rien, il vaut en "réel" en valeur d'usage, 0. Par contre pour une raffinerie ce baril vaut 300€ ou 500€.
    Les spéculateurs sont ceux qui jouent entre ces valeurs "objectives" et "subjectives", dans le temps et l'espace.

    Je n'ai pas les bon mots pour expliquer. J'espère quand même que vous comprendrez le fond.

    Je ne sais pas si c'est ce dont parle Marx et Rothbard, mais en tout cas, il me semble que c'est le tout premier axiome de l'économie. Du moins celui que j'ai pu identifier, avant même la notion de "valeur", il y a la notion d'équivalence, comme le dit très bien Bertez.

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  3. Faut pas oublier que le "gold dollar exchange" n'as jamais été l'étalon or ont était à un capitale de 100% garantis par 40% d'or, y'avais que la Suisse qui le garantissait à d'or pour un billet (120%), c'était la solution trouvé pour résoudre la falaise de dette de la grandes dépression qui on conduit au deux premières guerres.

    En fait, l'usage de la monnaie pour facilité les échanges est une démocratisation très récentes dans l'histoire de l'humanité. Nos ancêtres ne fonctionnaient pas comme ça mais plutôt à l'instinct comme le décrit Yoananda.

    Comme la vie est un éternelle recommencement puisque l'erreur ne sert pas de leçon, je ne serrais pas étonnée que l'argent métal viennent joué les troubles fêtent dans le grands plan de domination mondiale car dans la manipulation la chose la plus importante c'est le contrôle et on ne contrôle plus rien.

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