lundi 10 décembre 2012

Bruno Bertez : L’or, horizon des monnaies, la globalisation était l’extension du système des équivalences (2ème partie)

L’Edito du Lundi 10 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies, la globalisation était l’extension du système des équivalences par Bruno Bertez (2ème Partie)
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 10/12/2012 (en Français texte en français )
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EN LIEN : L’Edito du Lundi 3 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez (1ère Partie actualisée avec commentaires et textes adjuvants)

A y réfléchir de plus près, la globalisation des 30 dernières années s’analyse comme une extension du système des équivalences. Cette globalisation s’effectuant sous un mode centralisé contient en elle-même les germes de la destruction du système qu’elle a tenté d’imposer.







Vouloir comprendre les choses économiques, les monnaies profanes, la finance, sans aller voir là où cela se passe, c’est à dire chez l’homme, dans sa tête, dans son âme, bref, sans recourir aux fonctions symboliques, c’est comme vouloir comprendre la sexualité sans le désir et la réduire au besoin et à l’usage. Car c’est ce qu’ils veulent, le grand « Ils ». Vous réduire au besoin, à la consommation , à tout ce qu’ils manipulent et maîtrisent. Ils peuvent tout sur vous, sauf agir sur le sens des choses et c’est pour cela que le sens, l’interprétation, la découverte, l’herméneutique, tout cela est rejeté. Il faut vous résumer, vous mettre en carte comme disait Ferré, vous identifier, vous équivaloir à ce qui, en vous, est manipulable. Tout doit être marchandise, avec son équivalent de fausse monnaie. C’est leur domaine, ils y sont rois. Et c’est pour cela d’ailleurs qu’ils sont rois, parce que vous êtes et vous vivez sujets en raison de leurs balivernes qui servent à acheter autant de votes qu’ils en ont besoin pour vous dominer.

Nous avons pointé le fait que la pierre angulaire du système était « l’équivalence » et le pouvoir de l’imposer. L’équivalence se noue sur un marché, des marchés, sur la généralisation des marchés, marchés de tout. D’où la financiarisation qui a tout mis sur les marchés, le pétrole est un papier, l’or est un papier, le cattle est un papier, les droits CO2 sont un papier… bientôt on mettra sur le marché des droits à détruire la planète, à consommer et consumer l’extinction.

Il faut souligner le génie inconscient du système qui, peu à peu, met tout sous sa coupe pour tout dominer, tout manipuler. Tout rendre fait ou faisable, à la main au sens propre, à leur main.

Le réel est rare, il est physique donc soumis à la rareté. Mais le réel-papier est infini. On peut généraliser et multiplier les free lunchs. On peut vendre de l’or papier que l’on n’a pas, du pétrole qui n’existe nulle part, et faire chuter les prix. On peut faire léviter les actions, les actifs à risque et jouer de l’inverse pour vous tondre mieux encore en faisant de temps en temps des pauses de risk-off, etc. Tracer l’équivalence entre le signe, le cours, l’actif papier, le vent, traités sur un marché et le réel épais, dense, lourd, a été le trait de génie qui a permis au système d’ aller aussi loin dans sa dégradation et ses déséquilibres. Transformer le sang et la sueur des hommes en chiffres, l’incertitude en volatilité, en dérivés, en dérivés de dérivés, en a été leur miracle.



   Les Chinois travaillent dur, certains sous la menace de châtiments. Ils produisent beaucoup et jouissent peu, selon la maxime de Confucius. Ils vendent leur travail aux Américains qui les paient en dollars.





Ces dollars ne sont pas restitués au peuple chinois pour qu’il jouisse, non, ils sont épargnés, stockés par le pouvoir chinois. Pour plus tard, leur dit-on. Mais les Américains ne sont pas fous et ils sont cyniques, ils n’ont pas envie que les Chinois accumulent réellement des créances qui gonflent à intérêts composés sur eux-mêmes, ils créent du dollar à qui mieux mieux. Ils font des taux d’intérêt nuls ou négatifs qui consument la dette. La dette avec les taux réels négatifs se dévalorise en s’accumulant. Ces dollars valent quelque chose tant que l’on ne s’en sert pas, tant qu’ils ne tournent pas, mais quand on voudra s’en servir, on s’apercevra qu’il n’y a pas de contrepartie concrète pour les honorer. Les Américains paient en monnaie de singe, l’équivalence entre le pouvoir d’achat actuel apparent du dollar et l’équivalence future sera radicalement changée.

Les créanciers des États-Unis feront l’expérience qu’ont faite les Européens du sud avec leur épargne. Ils croient mettre de l’argent de côté pour acheter une voiture et, quand vient l’échéance, ils se retrouvent avec un vélo. Un vélo bon marché en plus, fabriqué au rabais en… Chine.

Quand l’argent des Chinois partira à la recherche de son pouvoir d’achat, de sa contrevaleur, ils s’apercevront qu’ils n’ont pas le dixième de ce qu’ils avaient espéré. Non seulement les Chinois vendent à bas prix mais, en contrepartie, ils reçoivent des créances qui ne seront jamais honorées ou qui ne le seront que nominalement. Ils transfèrent de la valeur par le jeu sur les équivalences présentes et ils vont encore en transférer plus par le jeu des équivalences futures. C’est comme le disent les Américains, le double whammy, on perd sur ce que l’on vend et on perdra aussi sur ce que l’on reçoit en contrepartie. En Chine, le seul gagnant, c’est la clique au pouvoir.

Mais le pouvoir des Chinois progresse, leur intelligence du système aussi.

Peu à peu, ils cessent d’accumuler des créances sur les États-Unis, ils développent un espace monétaire Yuan, ils concluent des accords de troc; bref, ils se passent du dollar. La fausse monnaie, ex-plaquée-or, commence à révéler ses atteintes par la rouille. Les Chinois donnent l’exemple à d’autres pays. En matière de monnaie, c’est comme en matière de Web, il y a un effet multiplicateur de l’usage dès lors qu’une certaine taille critique est atteinte. Au début, on peut se passer de Google et Facebook puis, quand toutes ses relations y sont, on y va…

Un dollar déposé en compte dans une banque est un autre dollar, encore moins bon que celui émis par la Fed. En fait, il est émis par un vassal, un avatar. Ce n’est qu’un quasi dollar. Vous n’êtes pas propriétaire de votre dollar, il est évanoui, vous avez simplement une créance sur la banque. Une créance qui vaut ce qu’elle vaut… Bien peu de gens le savent, mais les nations souveraines commencent à percevoir la différence, elles!

Les pays rogues, entendez par là ceux qui refusent l’ordre américain, ont maintenant compris la différence qu’il y avait entre un dollar ici et un dollar là. Ils ont compris que lorsqu’ils auront besoin de leur argent, on fera comme on fait avec l’Iran, on bloquera et saisira. On répètera autant qu’il le faudra les opérations de déstabilisation: ce qui s’est passé dans l’histoire récente crève les yeux.

   C’est non pas l’inflation ou l’hyperinflation qui auront raison du faux Dieu-dollar, mais la géopolitique.





Un État rogue a toujours une opposition interne qui est prête à exprimer sa soif de démocratie moyennant subsides et honneurs. Avec de l’argent, de la propagande, il est aisé de faire monter cette opposition, de mettre le feu et de forcer les dirigeants rogues à intervenir… contre leur peuple, voyons. Et puis il n’y a plus qu’à dérouler: blocus, sanctions, saisies, d’autant plus facile que le système bancaire mondial, jusqu’à ces derniers temps, était entièrement contrôlé par les États-Unis et leurs alliés britanniques et les TBTF aux ordres. On ne le dit pas assez, mais l’Iran est punie non pas pour avoir osé envisager de posséder une arme atomique, mais pour avoir osé prétendre faire régler les achats pétroliers en une autre monnaie que le dollar. Le paiement du pétrole en dollars est encore la clef de voûte de l’équivalence. C’est la Grande Equivalence, pétrole égale dollar.

C’est ce qu’ont compris les Chinois et surtout les Russes qui étudient ces scénarios et prennent les dispositions en conséquence. Un dollar ici ne vaut pas un dollar là. Le dollar n’est pas et il est de moins en moins, une monnaie. Il n’a jamais eu et il a de moins en moins les caractéristiques de la forme « monnaie ».

   Au plan intérieur, domestique, c’est la même chose. Un dollar ici ne vaut pas un dollar là.

C’est pour maintenir l’équivalence entre un dollar ici et le dollar là, qui est soi-disant « écrituré » dans votre compte bancaire, que les Banques Centrales créent de la monnaie Banque Centrale. Elles forcent à l’équivalence fictive car, si la non-équivalence réelle venait à être découverte, ce serait le « run », le retrait des dépôts et l’écroulement -prématuré- de tout le système. Ce dont ils ne veulent pas. Pas maintenant. Donc les Banques Centrales donnent de l’argent aux banques pour que vous ne vous aperceviez pas que ces banques n’en ont pas assez, pour que vous ne sachiez pas qu’elles ne peuvent faire face à leurs engagements.

C’est la même chose pour le marché de gros des dépôts. Les emprunteurs banquiers qui ont besoin d’argent doivent donner des gages, des collatéraux aux prêteurs, mais, comme les collatéraux qu’elles ont sont pourris et ne valent pas ce pour quoi ils sont inventoriés, on force à l’équivalence, on dit cela vaut le pair. Et pour forcer les équivalences, on achète sur le marché, on distribue le cash par des LTRO, on fait des balances Target 2, des swaps, on prend en pension au mépris des règles prudentielles et comptables, etc.

   La globalisation est l’élément dominant des trente dernières années. Pourtant, bien peu se rendent compte que le monde a connu de nombreuses phases et crises de globalisation.



L’histoire proche nous renvoie aux années 1870/80, lesquelles paraissent présenter de très grandes similitudes avec les années récentes. La dépression fut terrible. La globalisation, c’est une phase d’extension des équivalences. Ce qui est ici va là bas et on dit que c’est équivalent ou inversement.

Les périodes de globalisation se répètent avec les mêmes caractéristiques:

- Augmentation des flux de marchandises

- Augmentation des flux financiers

- Révolution industrielle et/ou technologique

- Laxisme monétaire, taux d’intérêt bas

- Innovation de la pratique des Banques Centrales qui permettent de dépasser les limites du crédit

- Augmentation des endettements de tous les agents, effets de levier

- Explosion des profits, enrichissements hors normes

- Développement sans précédent des marchés financiers

- Appétit considérable pour le risque, en particulier et de plus en plus, spéculatif

- Modernité qui tente de faire croire que ce n’est plus comme avant

- Accroissement exponentiel des inégalités

Nous oublions peut-être quelque chose, mais l’essentiel est là.

Le discours de la globalisation, en essentiel, c’est: ici ou là bas, c’est la même chose, c’est équivalent. On peut fabriquer ici ou là. On peut mettre l’argent ici ou là, tout se vaut, bien sûr au bénéfice près que l’on empoche au passage. Ce que l’on produit en Chine vaut, équivaut à ce que l’on produit en France ou aux États-Unis ou en Espagne, donc on peut faire le faire venir et empocher une coquette plus-value. C’est cela la globalisation des flux de marchandises, de services et des flux financiers. Cette équivalence généralisée est tellement sûre, assurée que l’on peut, sans risque, augmenter le levier pour en tirer encore plus de profit. On joue sur du velours.

C’est le risk-on à pleines vannes, grandes ouvertes.

   Et puis, un jour, sans que les responsables s’y attendent, la musique cesse de jouer. Les danseurs cherchent un siège, il n’y en a pas assez pour tout le monde, n’est-ce pas Monsieur Prince. Sur les marchés, c’est la révulsion.



Fini l’appétit pour le risque, finies les aventures exotiques, fini le « ici c’est comme là-bas », fini le grande règne/rêve de l’équivalence généralisée. La peur s’installe, la prudence s’impose, on fuit les risques, chacun cherche à rentrer chez soi. C’est le rapatriement, la re-domestication, la préférence nationale, on rentre au bercail, bref, c’est la fin d’un système, rêvé, d’équivalences. Ailleurs et ici, on s’en aperçoit, ce n’est pas la même chose.

Alors que fait-on?

Face aux reflux des capitaux, à la destruction des liquidités et de la liquidité, face à la frilosité qui gagne, on ouvre tout grand les robinets de la fausse monnaie. Elle est déjà potentiellement dévalorisée, elle l’était dès avant la crise car tout reposait sur erreurs et mensonges, mais, cette fois on fait ce qu’il faut pour la déprécier concrètement. Pour la dévaluer et masquer le retrait des équivalences. Masquer la baisse de valeur des assets, masquer l’insolvabilité des émetteurs de dettes, par l’euthanasie des rentiers, on force, par défaut, à la prise de risque.

Qui fait cela? Qui a le pouvoir de faire cela? Le Centre, l’émetteur de monnaie qui se prend pour le Roi, les États-Unis. Car, il y a une chose que l’on a oubliée, passée sous silence, escamotée, c’est le fait que, pour s’imposer comme fausse monnaie obligatoire, le dollar a été obligé de centraliser, d’ériger les États-Unis en Centre. Au niveau global, il faut faire comme on le fait dans un pays pour imposer une seule monnaie, celle du Roi. Pour imposer le dollar, les États-Unis sont obligés d’être uniques et que toutes les parties du globe deviennent semblables, que tout remonte à eux. C’est cette centralisation qui les condamne à fournir de la monnaie à tout le système. Pour le soutenir, c’est à dire pour soutenir le mensonge des fausses équivalences. Ainsi, la Fed est obligée d’ouvrir les vannes pour empêcher que l’insolvabilité des banques européennes ne se manifeste, Pour que l’on puisse continuer à dire que les dettes souveraines européennes valent leur plein, que les euros déposés dans les banques valent autant que les euros que l’on a sous son matelas.

La centralisation, dont le monarque américain a besoin pour imposer son dollar, oblige à l’intervention tous azimuts, intervention monétaire, militaire, politique. De la même manière qu’elle conduit à l’hyper-présence militaire et politique, elle oblige à l’hyper-présence monétaire.

Un peu à l’image de ce qui se fait en caricature actuellement en Europe: non seulement il faut payer, créer de la monnaie pour faire tenir les fausses équivalences dans les pays pestiférés, mais il faut intervenir, régenter, aller sur le terrain, imposer les réformes, il faut presque aller encaisser les impôts. Il faut tordre les bras.

Ce que nous voulons dire, c’est que le dollar est mis à contribution, on s’en sert trop, il s’use dans sa prétention de se constituer, puis de perdurer comme monnaie. Son usage révèle de plus en plus son véritable statut qui est celui d’usurpateur, de faux Dieu. Les contradictions internes minent le dollar en tant que monnaie, son usage fait qu’il s’écarte de plus en plus de ce qui constitue le minimum vital pour être, pour tenter de passer pour une monnaie. Il est fini le temps du Dieu-dollar. Trop sollicité, il s’est profanisé. Son auréole est passée, envolée. Il n’est plus que ce qu’il est, rien de plus. Et cela, c’est déjà dans l’esprit des gens. Certains feront remarquer qu’il tient, il a cessé de baisser, nous leur répondons que c’est par défaut, parce que l’euro est en respiration artificielle, parce que le yen est un mort-vivant et que le yuan du parti communiste chinois ne pourra jamais devenir une monnaie.

   Notre analyse fondée sur l’idée que la crise est une crise des équivalences et que les pseudo remèdes constituent une tentative désespérée de les préserver, permet de comprendre que les Banques Centrales et les Gouvernements ne retirent pas du »tail risk » du système, mais qu’ils en rajoutent. On est en train de transformer du tail risk en certitude.



En s’arqueboutant, en appuyant de toutes leurs forces pour maintenir coute que coute les équivalences, ils augmentent les divergences fondamentales. Le monde n’est pas en train de s’unifier, c’était bon il y a trente ans de dire cela, il est entrain de se fragmenter, de se mosaïquer. La fluidité disparait, les frottements se multiplient, vulgairement dit. Partout « cela chauffe ». La folie de, coute que coute d’ajouter de la pseudo monnaie va conduire à la destruction de la machine même à produire de l’équivalence, la machine monétaire.

Notre analyse radicale permettra de comprendre:

- Ce qui se passera lorsque la bulle obligataire mondiale souveraine et privée éclatera.

- Ce qui se passera lorsque les monnaies seront mises à l’ultime contribution pour soutenir cette bulle

- Ce qui se passera quand un acteur majeur, Allemagne? Chine? Décidera de ne plus jouer au jeu des équivalences, brisera les faux consensus, laissera apparaitre ce qui est derrière les illusions et l’opacité des signes, à savoir le poids du Réel, de la Force, de l’Histoire.

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