mardi 4 décembre 2012

De la "vérité" économique

Alors qu'on entend sans cesse les experts ou politiciens d'un bord comme de l'autre avec leurs "yaka/faukon" et leurs "il faut", entendez y plutôt des "j'exige/je veux" et "mes intérêts (ou les intérêts de ceux qui me nourrissent) consistent en"...

Je ne veux pas tomber dans le "tout se vaut" et le relativisme soixante huitard, mais grosso modo, l'économie, c'est l'étude de l'écosystème des hommes, de leurs rapports entre eux et de leurs rapports à la nature. A la rigueur, toute économie est pérenne, tant qu'il subsiste des hommes à la génération suivante pour perpétuer l'espèce. Ce qui ne signifie pas qu'elle soit juste, efficace, optimale ou que sais-je encore. Mais elle fonctionne...

Tout ça pour poser deux grands axes d'approche de l'économie...

   Un premier axe libéral/libre échangiste versus étatisme/protectionnisme.

Le premier vise à maximiser la richesse produite globale, sans se soucier des injustices et des inégalités induites. Le second ne maximise pas la richesse produite, mais en revanche permet de protéger (légitimement ou non) certaines catégories de population.

   Un second axe mettant d'un côté une école keynésienne; très axée sur la consommation, fortement redistributive (avec une solidarité verticale, sans forcément regarder au mérite) versus l'école autrichienne, beaucoup plus darwinienne, avec une solidarité horizontale de don/contre dons, plutôt ascète et plaçant l'épargne et l'investissement avant tout.

Il n'y a pas de vérité absolue dans le sens où toutes ces positions sont légitimes. Elles marchent. Plus ou moins bien au global, et plus ou moins bien selon qui et où on est dans le système. Mais elles marchent. La question est de savoir quel est votre intérêt dans le système, soit personnel, soit au niveau de vos valeurs.

Les systèmes dits de "gauche" (que vous aurez reconnus dans la dialectique posée) sont pétris de bonnes intentions mais ont des tas d'effets pervers. Désinvestissement, médiocratie, destruction des incitatifs les plus élémentaires, rentes illégitimes grotesques... Sauf qu'avec 4 millions de chômeurs et la sous utilisation actuelle des capacités de production, Keynes n'a pas tout à fait tort non plus. Et encore là, je ne regarde même pas les inégalités au niveau mondial.

Les systèmes dits de "droite" ne sont pas si diaboliques que la gauche-qu'on-est-le-camp-des-gentils veut bien le faire penser. Ils favorisent l'avenir, l'investissement, les générations futures en sacrifiant de la prospérité présente, mais ont également tout leur lot d'effets pervers (inégalités, sous consommation, rudesse pour les petits/opulence pour les puissants).

Dans tout ceci, on ne peut pas justifier ses positions sur des logiques de "vérité". Il n'y a en réalité que des rapports de force, et des systèmes moraux et de valeurs.

Par exemple, contrairement à ce que toute l'élite déblatère, les ouvriers n'ont pas à être excommuniés pour être protectionnistes, dusse la prospérité du tout en pâtir un peu. Ils en ont bien le droit. Et ils seraient même cons de ne pas l'être, vu ce qu'ils prennent dans la gueule depuis 30 ans pendant que les élites/fonctionnaires/retraités/kleptocrates qui tiennent le crachoir se servent dans leur ancien pouvoir d'achat tout en leur faisant la morale.

A mon avis, alors que comme l'explique Bertez, l'économie ce sont avant tout des équivalences (prix, salaires...), un ordre spontané et naturel de ces équivalences, que la puissance publique s'emploie à tordre, la seule approche valide selon moi reste la question de la légitimité morale des différents transferts de richesse qu'elle crée en distordant cet ordre spontané et "naturel".

13 commentaires:

  1. Tout à fait.
    Tiens Tonio, regarde ça, c'est la "clé" manquante (du moins une) a ton argumentaire : http://www.ted.com/talks/lang/fr/richard_wilkinson.html

    Sinon, je pense qu'on fonctionne selon 3 lois actuellement :
    * la loi du plus fort
    * la loi du plus malin
    * la loi du plus généreux
    c'est un peu différent de la dialectique mérite vs solidarité que tu décris, mais c'est plus ou moins la même chose.

    Il n'y a pas de vérité sinon celle qu'on se choisit.
    Sur mon blog quelqu'un m'interpellait en me disant qu'il estimait que le débat sur l'identité nationale était une bonne chose. J'ai répondu que l'identité nationale ne se débat pas, mais se définit !
    En économie c'est pareil, on pourra chercher indéfiniment le bon système ... ou bien le décider ! lol

    La France finalement est un peu médiane dans le placement du curseur entre mérite / solidarité.

    Mais il y a encore une autre nuance à apporter. En occident on est individualiste. Les africains sont tribaux, et les orientaux sont collectiviste.
    Ca colore aussi la culture économique, et les choix en la matière.

    Voila quelques pistes de réflexion en vrac.

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  2. http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/exclusif-classement-du-financial-times-l-ie-detrone-hec.html

    C'est le nouveau classement du Financial Times des business schools en Europe. Les écoles françaises, espagnoles et britanniques trustent les premières places. Pas une seule allemande dans le top 20. C'est assez ironique, vue l'état actuel des économies respectives.

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    1. Pas étonnant.

      Dans une business school, on y apprend à être de bons kapos (faut voir les programmes de certaines, il y a même des cours de karaté pour latter les employés récalcitrants). D'où les bonnes rémunération en dépit d'une utilité relativement discutable comparée à d'autres professions (un MIB ou un MBA, c'est bac+5, or je me demande, qui, entre l'ingé, le prof, l'infirmier spécialisé, l'officier militaire, l'officier de police, l'informaticien, l'avocat ou le diplômé de business school est le plus utile au corps social)

      Donc, plus un pays a de bonnes business schools, plus il croule sous le poids des voleurs. C'est peu pareil avec les cabinets d'avocats d'affaires (20% du PIB US)

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  3. Et de rajouter un élément,
    Aujourd’hui, notre monde n’a d’autre choix que d’affronter collectivement la finitude de ses ressources, l’ampleur des destructions environnementales et la nécessité de vivre autrement. Le chemin sera long et le coût certain. Il faudra vaincre la résistance des industries polluantes, leur trouver de sérieuses solutions de remplacement, combattre les intérêts financiers considérables de celles qui épuisent les ressources naturelles, affronter l’enracinement de la consommation dans nos modes de vie. Mais quoiqu’il en soit, ce coût sera inférieur à celui de l’inaction.

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  4. Lundi 3 décembre 2012 :

    Le FMI écorne son dogme sur la libre circulation des capitaux.

    Après en avoir été l'ardent promoteur, le FMI a admis lundi que la libre circulation des capitaux présentait des "risques" pour les pays émergents et jugé que des mesures de contrôle pouvaient s'avérer "utiles" pour enrayer une surchauffe de leur économie et de leur monnaie.

    "Il n'est pas acquis qu'une libéralisation totale (des flux de capitaux, ndlr) soit un objectif approprié pour tous les pays et à toutes les périodes", écrit le FMI dans un rapport, fruit de deux années de concertation sur un sujet de discorde récurrent entre ses 188 Etats-membres.

    Dans son rapport, le FMI souligne ainsi que la libre circulation des capitaux "a souvent" été suivie de tempêtes financières (Mexique en 1994-95, Turquie en 1994...) et note que les économies "moins ouvertes" ont mieux résisté aux crises récentes.

    Dans ce contexte, l'institution ne voit désormais plus d'un si mauvais oeil les mesures que certains pays (Brésil, Corée du Sud...) ont prises pour restreindre les mouvements de capitaux et atténuer leurs effets néfastes.

    "Quand un pays fait face un brusque afflux ou une fuite de capitaux, l'introduction de mesures de contrôle peut être appropriée en fonction des circonstances", indique le FMI.

    Cette question ravive des souvenirs douloureux au Fonds. Pendant la crise asiatique (1997-1998), l'institution avait déconseillé tout contrôle de capitaux à des pays (Thaïlande, Indonésie...) qui s'étaient enfoncés dans la récession alors que la Malaisie, qui avait délibérément pris le parti inverse, s'était rétablie plus vite.

    Plus récemment, l'Islande s'est relevée de la violente crise de 2008 en restreignant arbitrairement la fuite de capitaux hors de son économie.

    http://www.boursorama.com/actualites/le-fmi-ecorne-son-dogme-sur-la-libre-circulation-des-capitaux-00d3f90cf21922e8b210058c50bbdf99

    Le consensus de Washington est un corpus de mesures standard appliquées aux économies en difficulté face à leur dette (notamment en Amérique latine) par les institutions financières internationales siégeant à Washington (Banque mondiale et Fonds monétaire international) et soutenues par le département du Trésor américain. Il reprend les idées présentées en 1989, sous la forme d'un article par l’économiste John Williamson soutenant dix propositions fortement inspirées de l’idéologie de l’école de Chicago. (Source : article "Consensus de Washington" sur Wikipedia)

    Depuis 1989, depuis 23 ans, le FMI a dit, a répété, a répété encore, a répété toujours qu'il fallait instaurer la libre-circulation des capitaux.

    Et aujourd'hui, 23 ans plus tard, le FMI vient nous expliquer que non, en fait, non, la libre-circulation des capitaux n'est pas un objectif approprié pour tous les pays et à toutes les périodes.

    Des neuneus.

    Les dirigeants du FMI sont des neuneus.

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    1. "Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis."
      Donc ce ne sont pas des imbéciles. Mais "neuneus" ça me va...

      Déjà j'avais lu que les pays qui avaient appliqué à la lettre les recommandations du FMI (ex: Argentine), s'en était plus mal sortis que ceux qui avaient pris en main leur économie (ex: Brésil).
      Comme quoi, "les conseilleurs ne sont pas les payeurs" est un proverbe qui prend tout son sens ici.

      En étant optimiste (et/ou cynique), on peut dire qu'ils ont une bonne marge d'amélioration. Faut juste qu'ils arrêtent de se gratter le nombril en pensant que leurs idées sont les meilleurs du monde, et qu'ils deviennent plus pragmatiques.
      Ca pourrait s'appliquer à mal de monde en dehors du FMI...
      =======
      ADN59

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  5. Jolie tentative de juste milieu, Tonio, toutefois cet exposé très diplomatique semble juste oublier un fait : c'est le système protectionniste et fortement redistributif qui s'est écroulé avec fracas et misère vers la fin des années 80 (et je ne parlerai même pas de goulags ni de famines).

    Quitte à ne pas tomber dans le "tout se vaut" et le relativisme soixante huitard comme tu dis, rappelons que le rideau de fer n'était pas là pour empêcher les gens de se ruer de l'enfer capitaliste vers le paradis socialiste.

    Je veux bien qu'il y ait différentes opinions ou tendances en économie, mais une différence (que je n'explique pas mais que je constate) est que les inconvénients du libéralisme "autrichiens" sont très discutés, mis en lumière, pointés du doigt, analysés, décortiqués et débattus en permanence, ce qui permet d'y apporter certains remèdes. En revanche, les inconvénients du système opposé sont systématiquement minimisés voire escamotés, y compris par de beaux esprits "intellectuels" au courant des faits.
    Comme quoi ce n'est pas une question de bêtise ni d'ignorance, il y a apparemment un facteur psychologique qui entre en jeu sans que j'arrive à bien le comprendre.

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    1. Faut dire que le capitalisme occidental était très doux et accepté, justement parce que les élites occidentales voulaient contrer les cocos.

      Tout change dès la chute de l'URSS.

      Et puis, des bolcheviks et des commissaires à chapska poil de rat, ce ne sont pas des voisins très agréables...

      En fait, le communisme, ça fonctionne du point de vue d'un capitaliste. Il suffit juste de privatiser.

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    2. Je n'ai pas bien compris le commentaire de "Anonyme 4 décembre 2012 16:50" si ce n'est qu'il semble confirmer ce que j'écrivais dans mon dernier paragraphe ci-dessus.

      Et Reagan et Thatcher, c'est un capitalisme très doux ?

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    3. Reagan, c'est 1980. L'URSS est déjà morte à cette période, mais elle ne le sait pas encore (guerre en Afghanistan perdue).

      Et puis c'est les USA et l’Angleterre, pas les pays de l’Europe avec des gros partis de cocos.

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    4. Thatcher, c'est 1991. L'URSS n'est toujours pas morte à ce jour mais on ne le sait pas encore (guerre en Georgie gagnée).

      Et puis les partis de cocos européens, c'est pas les yakuzas du Japon.

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  6. La seule vérité en économie est que celle-ci a besoin d'une révolution copernicienne pour repartir sur des bases saines, moins axiomatiques et plus physique. Sur des bases physiques, l'économie devient une application d'un domaine de la physique appelé physique statistique. Alors les axiomes (comme l'efficience des marchés, la rationalité des agents économiques) qui aboutissent à de beaux résultats mathématiques que les économistes appellent théorèmes deviendront superflus.
    Les économistes classiques à la Walras et Pareto voyaient une économie à l'équilibre en l'absence d'intervenant extérieur. Ils s'inspiraient en cela de la thermodynamique de leur temps, mais n'avaient pas compris qu'à l'équilibre il n'y a pas de phénomènes de transport donc pas d'échanges : la mort du capitalisme.

    L'économie, comme un océan, l'atmosphère, une casserole d'eau chauffée avec des mouvement de convection, et même le vivant, ce sont en réalité des systèmes loin de l'équilibre. A la suite de Prigogine les physiciens ont appelé ces systèmes structures dissipatives. Ce sont des systèmes fortement non-linéaires (dont la dynamique interne peut donc mener au chaos, et c'est ce qu'on observe sur les marchés financiers : une crise économique peut résulter d'une fluctuation aléatoire, cf la parabole du clou de Benjamin Franklin), qui s'auto-organisent de façon à maximiser le flux d'énergie qui les traverse. Nos société s'organisent donc de façon à dissiper toujours plus d'énergie.
    Hayek connaissait les travaux de Prigogine sans en accepter toutes les conséquences. Il a crée le concept d'ordre spontané dans cette optique, mais dans la vision de Hayek de là à y voir une volonté divine dans l'ordre social il n'y a qu'un pas que les conservateurs américains se sont empressés de franchir.

    Pour en savoir plus, cf Didier Sornette (Bertez en parle sur son blog), Jean-philippe Bouchaud (par exemple : http://www.attypique.com/interviews-posthumes/2011/08/attypiquecom-grand-temoin-economie-jean-philippe-bouchaud-pourquoi-les-march%C3%A9s-financiers-sont-volat.html ou encore : http://www.refletsdelaphysique.fr/articles/refdp/pdf/2010/03/refdp201020p22.pdf ).
    Je recommande chaudement cette conférence de François Roddier : http://www.cerimes.fr/le-catalogue/la-thermodynamique-de-levolution-du-big-bang-aux-sciences-humaines.html son blog : http://francois-roddier.fr/ et surtout son livre : http://www.editions-parole.net/?wpsc-product=thermodynamique-de-levolution-un-essai-de-thermo-bio-sociologie

    Sur la critique de l'économie orthodoxe, on peut lire Reinert (le commentaire est très pertinent également) : http://www.amazon.fr/Comment-devenus-pourquoi-pauvres-restent/dp/2268072908/

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    1. Ca a l'air intéressant, mais tu voudrais pas vulgariser un peu ?
      L'économie en effet, au vue des sciences actuelles, ca fait un peu dinosaure ... si on compare les outils intellectuels utilisés par les théories dominantes et les moyens dont on dispose aujourd'hui.
      fractales, thermodynamique, cybernétique, systémique, on a pourtant de nouveaux outils intellectuels a disposition, mais il semble que les économistes qui se font entendre en sont encore au méthodes statistiques quasi empiriques de l'avant guerre ...
      Parfois je me demande même s'ils savent ce qu'est une boucle de rétroaction ou un système non linéaire tellement leurs affirmations sont stupides.

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