mercredi 5 décembre 2012

Jancovici sur le gaz non conventionnel

Tout l'article vaut la lecture, mais je vous amène directement à ses conclusions...

Qu'est-ce que le gaz "non conventionnel" ?
manicore, Jean Marc Jancovici, 01/06/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Production de gaz aux USA (et part des 3 types de gaz non conventionnels) :

Le premier constat est que le gaz non conventionnel représente actuellement la moitié de la production de gaz aux USA (mais c'est encore une fois le tight gas qui domine), sachant que les USA assurent environ 20% de la production de gaz de la planète (c'est le premier producteur devant la Russie qui fait 17%). Le non conventionnel aux USA représente donc 10% de la production mondiale, et le gaz de schiste 3% de cette même production mondiale.

Et cela pourrait durer combien de temps ? L'ordre de grandeur qui circule actuellement pour ces ressources non conventionnelles est qu'elles permettraient de maintenir la production au niveau actuel, ou pas très loin, pendant deux ou trois décennies.

Et pour l'Hexagone ? Dans notre pays, la situation se présente comme suit :

   nous n'avons pas de réservoirs compacts (qui assurent plus de 50% de la production non conventionnelle aux USA, les gaz de schiste stricto sensu étant très minoritaires dans l'ensemble de la production gazière américaine),

   nous n'avons pas de veines de charbon pouvant donner du coal bed methane (environ 15% de la production non conventionnelle aux USA)

   nous avons des roches mère - des "schistes" - mais sans forage personne ne peut dire exactement combien il y a de gaz dedans : ce gaz peut être présent en forte concentration ou... en très faible concentration (auquel cas l'exploitation n'est pas possible), il peut avoir été formé et avoir migré "ailleurs" (à la surface, dans des gisements lointains déjà exploités, etc), la roche peut être tellement compacte que même avec fracturation il sort très peu de choses, etc).

En Pologne, par exemple, une estimation de l'Energy Information Agency donnait une valeur très élevée de gaz extractible (environ 5000 milliards de mètres cubes, soit 10 fois la consommation annuelle de l'Europe). En juin 2012 l'Institut de Géologie national a publié une évaluation divisée par dix, à quelques centaines de milliards de m3 de gaz extractible, soit l'ordre de grandeur de la consommation annuelle de l'Europe. La production annuelle de ce genre de gaz dépassant rarement quelques % des réserves ultimes, ces gaz de schiste en Pologne pourraient assurer au mieux de l'ordre de 20 à 30 milliards de m3 par an, soit environ 5% de la consommation européenne actuelle... ou deux années de déclin de la mer du Nord.

En France, la seule évaluation actuellement disponible a aussi été effectuée par l'Energy Information Agency, et donne une valeur proche de ce qui était utilisé pour la Pologne... avant division par 10 par l'institut polonais de géologie ! Il est donc techniquement possible que la France puisse un jour produire quelque chose de l'ordre de quelques % de la consommation européenne aussi, mais il est aussi possible que ce soit beaucoup moins.

Par ailleurs les roches mère françaises sont situées pour partie sous les Cévennes, où il n'y a pas de réseau de gazoducs pour évacuer une éventuelle production, pas le réseau de routes pour amener un camion plein d'eau tous les kilomètres, etc. La question de savoir combien de gaz pourraient sortir des formations géologiques françaises reste donc un point d'interrogation, mais en tout état de cause cela ne permettrait pas à la France d'être autosuffisante en gaz au niveau actuel de consommation, il s'en faut de beaucoup !

Dans tous les cas de figure, ce gaz ne changera pas, au premier ordre, le pic de production du gaz pour le monde dans son ensemble. Par contre, comme le gaz est encore plus une industrie à coûts fixes que le pétrole (notamment pour son transport), le surplus de production que cela a permis d'avoir aux USA a totalement changé la donne sur les prix locaux, et par contrecoup sur la rentabilité du gaz importé sous forme liquéfiée (les transports internationaux de gaz sous forme liquéfiée représentent 10% de la production mondiale de gaz en 2011).

Du fait de son coût de transport élevé, un surplus de gaz produit au sein d'un continent donné (par exemple l'Australie) ne conduira pas nécessairement à une baisse du prix et une augmentation significative des volumes pour un autre continent (par exemple l'Europe).

L'apport des gaz non conventionnels est donc susceptible de changer significativement la donne en Amérique du Nord et pour quelques décennies, mais, au niveau mondial, et à l'échelle du siècle, cela ne changera probablement que peu la donne (et probablement très peu en Europe !).

Simulation de la production mondiale de gaz :

8 commentaires:

  1. Magnifique déconstruction de l'optimisme de H16 sur les gaz de schiste.

    Plusieurs personnes avaient déjà posté des messages allant dans ce sens, mais Janco a le mérite d’être clair (c'est tiré de sa conférence u sénat, non ?)

    Et ça calmera aussi les ardeurs de nos kleptos à pourrir les Cévennes (on peut rêver)

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  2. ou pas... Janco ne sait rien à part flatter la main qui le nourrit...et aller systématiquement dans le sens qui lui apportera les bonne oreilles attentives des hauts fonctionnaires.... Zero, recul et zéro esprit critique quant à la doxa officielle.

    J'adore écouter ce type me parler de GES ; c'est un âne.

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    1. La blague !

      Un exemple parmi d'autres, il a affirmé que le projet du "grand Paris" était complètement à côté de la plaque...

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    2. et alors, ça mérite une médaille ? N'importe quel couillon est sensé arriver à la même conclusion ; ça rend Janco plus clairvoyant que la moyenne ?

      Ce n'est pas Delanoe qui nourrit Janco ; ce sont ses conférences à l'école des ponts et dans toutes les corporations de l'Etat.... C'est là qu'il y profère les pires aneries....

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  3. Voila, là on a quelqu'un qui donne des explications claires, précises, qui ne fait que ça et qui est largement crédible en la matière. Ça nous change des Chauprade et compagnie et ça met une bonne claque sur le museau à tous les productivistes (je ne savais pas que h16 était un shistolâtre, bien que cela ne m'étonne pas vraiment, d'ailleurs la patrie de ce type est clairement les USA et je me demande à chaque fois que je vois son blaze pourquoi il n'est pas déjà parti là bas). Sinon, il est clair qu'en suivant les stats de Jancovici, on comprend bien que toute cette crise n'a qu'une seule origine: la déplétion de l'énergie fossile. Tout le reste est bidon.

    Quant aux kleptos dans les Cévennes, on les attend...

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  4. Alecton, votre message pue la polémique à plein nez. La main qui nourrit Jancovici comme vous dites n'aime pas trop les concepts de déplétion au cas ou vous ne l'auriez pas remarqué. Jancovici est totalement en dehors du discours type de la doxa, donc votre commentaire est sans objet, et vous terminez par une insulte après avoir vomi votre bile. On a pas besoin de poissons pilotes comme vous pour réfléchir. Il va falloir intégrer ça dans votre panoplie du petit manipulateur.

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    1. Bof, comme expliqué précédemment, la main nourricière est formée à l'école des Ponts, ou à l'ENA, et c'est bel et bien là que Janco nous fait larmoyer la haute fonctionnaire à grands coups de gaz à effets de serre et de constructivisme forcené. Ce type, je le répète ne vas pratiquement que dans le sens du courant ordonné par ses maitres.

      La déplétion constitue le fond de commerce du socialiste moyen ; elle lui permet d'exprimer au nom du bien être universelle, toutes ses petites pulsions d'endoctrinement sociétal et de constructivisme débridé.

      Après 10 ans de stagnation de températures mesurées par satellites alors que nous émettons des GES par wagons, j'ai hate d'entendre Janco changer son registre d'alarmoclimatique, histoire de rire un peu....

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  5. 30/40 milliards de m3/an n'est pas à proprement parler une production anecdotique (conso France =40 milliards m3/an, Allemagne grosso modo le double.)

    Pour ce qui est du CBM, on en produit expérimentalement dans le nord de la france et le bassin houiller lorrain se poursuit en grande profondeur (donc non exploitable par puits) jusque sous le département de la Meuse (ce qui à été évalué à une 40aine de milliards de tonnes.)

    Le portrait n'est pas aussi noir que veut le faire croire M.Jancovini (d'ou tire-t-il ses revenus, au fait ?)

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