vendredi 28 décembre 2012

L'étrange ressemblance de la fonction publique et du clergé

Martin T. m'a poussé cet article qui vaut la lecture...
L'étrange ressemblance de la fonction publique et du clergé
Gauche libérale, Alain Cohen Dumouchel, 15/06/2010 (en Français texte en français )
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Notre pays a connu la révolution la plus radicale du continent européen. L'absolutisme monarchique et les ordres privilégiés ont été mis à bas, d'abord philosophiquement par le siècle des lumières, puis politiquement et économiquement par la révolution libérale de 89. Contrairement aux nombreuses autres nations qui ont progressivement vidé la monarchie de son pouvoir en conservant son apparat, la France a choisi une république prônant la liberté et l'égalité entre tous. Pourtant, curieusement, plus de deux siècles après cet événement d'importance planétaire, il semble que notre pays, toujours aussi républicain en apparence, redevient l'hôte des privilèges, dans le vrai sens du terme, à savoir des droits particuliers qui sont accordés aux uns et pas aux autres. Les principes libéraux de 89 ont été oubliés au fur et à mesure d'une remontée du dirigisme. L'absolutisme monarchique a été remplacé par un absolutisme social qui peut se permettre tous les excès, fort de la caution morale que lui donne son combat pour la "justice sociale". Dans cette société qui produit quatorze mille pages de textes réglementaires par an et où les dépenses publiques atteignent 56% du PIB, les fonctionnaires jouent un rôle central qui n'est pas sans rappeler celui du clergé dans l'ancien régime.

Les fonctionnaires, comme les prêtres, ont un rôle moral, ils œuvrent pour le bien public et sont investis d'une responsabilité particulière. Leur mission fait appel à la vocation et à une certaine notion de sacrifice. Si le curé sauve les âmes en priant pour le salut de tous, le fonctionnaire agit pour la communauté et, depuis quelque temps, pour les "générations futures", forme d'au-delà et manière d'accéder à une rédemption républicaine.

Comme le clergé, les fonctionnaires sont chargés d'une "mission". Les syndicats ne se trompent d'ailleurs pas sur le choix des mots, lorsqu'ils réclament plus de moyens pour le service public, ce n'est pas pour obtenir de meilleures "conditions de travail" comme dans le privé, non, c'est pour pour pouvoir exercer leur "mission de service public" dans de meilleures conditions. Car les fonctionnaires, comme les curés, ne travaillent pas : ils "exercent une mission", qui sans être divine est collective et publique.

Il est frappant de comparer le champ d'action de la fonction publique avec celui du clergé dans la société d'ancien régime. Dans chaque diocèse l'évêque avait une charge politique qui allait bien au delà de son rôle spirituel. Sous sa direction le clergé prodiguait l'enseignement, les soins aux malades incluant, la gestion des hôpitaux, l'assistance aux plus démunis et parfois la justice. Il s'occupait également des mariages et des actes d'état civil. Bien sûr l'État républicain a largement étendu ces prérogatives en y ajoutant les transports au sens large, les médias, la recherche, les jeux, la culture, et l'armée qui était autrefois réservée à la noblesse. Mais la grande masse des fonctionnaires accomplit bien les tâches anciennement dévolues au clergé.

Tout en étant un ordre privilégié, le clergé était un ordre ouvert qui servait d'ascenseur social. Un roturier de naissance pouvait accéder à un certain niveau de la hiérarchie cléricale. La fonction publique joue parfaitement ce rôle en ouvrant largement ses portes aux enfants d'immigrés et aux couches les plus basses de la société républicaine, attirés par la stabilité de l'emploi et par le statut social qu'elle confère. Comme le clergé les fonctionnaires ne constituent pas un ordre comparable à la noblesse puisque leurs privilèges ne sont pas transmis automatiquement par le sang.

Comme les prêtres, les fonctionnaires sont employés à vie c'est à dire payés par leur ordre. Ils ne prononcent pas de vœux mais leur vocation se manifeste clairement dans le choix d'une filière et le passage de concours administratifs. Cet emploi à vie, fait d'ailleurs partie des nombreux privilèges qui distinguent l'administration de la société civile.

Autre similitude frappante, le rapport à l'argent et à la réussite. Les deux ordres méprisent ouvertement les entrepreneurs, les "marchands" et surtout les financiers. Les bourgeois et les riches marchands sont pour le clergé comme pour les fonctionnaires un mal nécessaire qu'on ponctionne au moyen de l'impôt tout en critiquant sa faible moralité. Le monde n'est pas une marchandise ! s'exclament les porte-paroles de la fonction publique. Ils déclinent d'ailleurs cette phrase dans tous les domaines où leur influence est prépondérante : la culture n'est pas une marchandise, la santé n'est pas une marchandise ...

Si les religieux étaient amenés à prononcer des vœux de pauvreté, ils n'étaient pourtant pas les plus à plaindre dans la société d'ancien régime. A la veille de la révolution un curé avait un revenu comparable à celui d'un bourgeois moyen. Le clergé prélevait ses revenus par la dime, impôt sur le revenu qui lui était intégralement reversé. Les vicaires étaient logés et nourris par le curé et touchaient une petite pension. Aujourd'hui les fonctionnaires conservent l'image d'une catégorie mal payée. L'emploi à vie serait obtenu en échange de salaires inférieurs à ceux de la société civile. Si cette affirmation est vraie pour certains petits fonctionnaires ou pour certains enseignants, elle est globalement fausse dans l'ensemble puisque les salaires moyens de la fonction publique dépassent de près de 12% la moyenne des salaires du privé, salaires des PDG compris.

On retrouve également dans la société contemporaine la distinction qui existait à la veille de la révolution entre le bas clergé et le haut clergé, à savoir la masse des petits et moyens fonctionnaires, et les hauts fonctionnaires. Ces derniers ont leurs écoles et filières réservées, polytechnique et l'ENA, ils dirigent Bercy, occupent les ministères et font des séjours épisodiques dans les grandes sociétés du capitalisme d'État. ils sont logés par la république, se voient attribuer des voitures avec chauffeur, parfois du personnel de maison et des agents de sécurité. La perméabilité entre ces deux sous ordres est très faible comme l'était celle entre le haut clergé qui recrutait ses membres parmi la noblesse et le bas clergé dont le recrutement était largement ouvert.

L'une des similitudes les plus profondes et les plus étonnantes entre les deux ordres, réside dans le Droit spécifique qui les régit et qui les distingue de la société civile. On aurait pu penser que l'égalité en droit entre tous les citoyens était acquise dans la société républicaine, pourtant les fonctionnaires ont leur droit du travail, leur droit administratif, leurs prestations sociales et leur retraite. Les célèbres "régimes spéciaux" des fonctionnaires, largement plus avantageux - et déficitaires - que ceux du privé ne semblent pas prêts de disparaître. Comme l'Église avec ses "officialités", l'administration possède ses propres tribunaux où elle juge ses fonctionnaires. Ainsi un mécanicien ou un enseignant du secteur public qui commet une faute professionnelle n'est pas jugé par les mêmes tribunaux que le même mécanicien ou enseignant du privé.

Autrefois les missionnaires étaient chargés de convertir les peuples des territoires d'outre mer à la foi chrétienne. Il fallait donner une caution morale à l'invasion de leurs territoires, Aujourd'hui une administration pléthorique tente de convertir les DOM TOM à la providence républicaine. La méthode est à peu près la même et dans les deux cas, le succès n'est pas à la hauteur des efforts déployés.

A la veille de la révolution le clergé comptait environ 130 000 membres. De nos jours les fonctionnaires sont entre 5 et 6 millions suivant les sources. C'est là une différence importante qui rend certains pessimistes sur la possibilité de revenir à une société ouverte et égalitaire en droit. L'État providence aurait rendu trop de personnes dépendantes de ses faveurs.

Et pourtant, les fonctionnaires portent en leur seing des talents remarquables. Ceux, nombreux, qui sont compétents et dévoués à leur tâche, n'apprécient pas le système politique qui les sépare du reste de la société. D'ailleurs les auteurs libéraux sont souvent des enseignants du système public.

Alors rien n'est perdu, souvenons nous que ce sont les jésuites qui ont formé les philosophes des lumières et œuvrons à une nouvelle nuit du 4 août, révolutionnaire et pacifique.

Comprendre la fonction publique comme un clergé, ça complète parfaitement la notion de République et de laïcité, qui derrière la propagande, ne recouvrent concrètement que la doctrine maçonnique, religion officielle d'État. Cf le passage sur les Dom Tom...

Religion qui sous couvert d'ouverture et de tolérance, est en réalité un véritable totalitarisme de la pensée pour quiconque n'est pas d'accord avec ses conneries de vivrensemble, d'immigrationnisme ou la mort, d'enrichissement par la diversité, de social clientélisme, de haine de la frontière, de destruction planifiée des nations souveraines, de redistribution tournant au racket des fourmis par les cigales... Et derrière la doctrine officielle de la nouvelle Église, concrètement, leur modèle "social" n'est d'ailleurs plus qu'une vaste industrie du racket des faibles, toujours au profit des forts (forts par l'argent, le nombre, ou le pouvoir de nuisance).

C'est pas pour rien d'ailleurs que le nid à franc-maçons qu'est le PS fait ses plus gros scores chez les fonctionnaires... Et c'est pour ça aussi d'ailleurs que je décris nos ministres non pas comme des gestionnaires, mais comme des curetons.


(quoiqu'on aurait pu s'attendre à une plus grande adhésion du clergé à sa hiérarchie blougui boulguiste)

Sauf que voila, leur idéologie de l'Homme Nouveau est un fantasme concrètement mortifère. Et comme pour toute religion, le réel passe après l'idéologie. Et si le réel déplaît, alors il faut changer/nier/occulter le réel. Ils ignorent totalement les lois élémentaires de la gravité économique, et le Politique avec un grand P est supposé tout puissant sur l'économique avec un tout petit e... Et d'une certaine manière, ils pensent aussi que les pains, ça se multiplie tout seul comme par magie...

Mais tout ça vient crever la gueule ouverte de par la non compétitivité qu'ils génèrent, et aussi sur la nature profonde de l'homme. La population, elle, subit concrètement la réalité de la religion d'Etat quand les élites qui la prêchent se cachent dans les beaux quartiers parisiens. La population, qui subit le déclassement, la réalité du modèle "social", la réalité du multi culturalisme qui détruit la culture populaire qui est la véritable richesse des pauvres, est de plus en plus hostile. Les rentes qu'ils sont obligés de distribuer à tire la rigot pour acheter à crédit le consentement d'un peuple dont on détruit les conditions de vie les conduisent irrémédiablement à la faillite...

En conclusion, pour ceux dont le cerveau aurait été trop bien récuré par une exposition trop longue à la propagande d'Etat, et qui trouveraient que je vais trop loin, je rappellerai que cette flatulence idéologique a quand même réussi, en ponctionnant 70% des revenus super bruts des fourmis ouvrieuses (charges sociales, TVA, impôt sur le revenu, taxes), à aboutir à l'ultime aliénation (voulue ou non ?) de faire en sorte que pour ceux qui ne seraient pas riches, ponctionnaires ou immigrés, les jeunes actifs, pourtant avec deux salaires, sont placés dans l'impossibilité économique de faire plus de un ou deux enfants qu'ils éduquent dignement, là où leurs parents et grand parents faisaient vivre des familles nombreuses avec un salaire, tout en devenant propriétaires de leur grand logement...

Ce constat d'aliénation ultime des classes moyennes justifie à lui seul qu'on envoie cet extrémisme, qu'on nous fait passer pour la normalité, dans les poubelles de l'histoire...

Vivement la faillite...

5 commentaires:

  1. Remarque : L'équivalence "fonctionnaire = nouveau clergé" à déjà été mise en évidence par Charles Gave dans son livre "des lions menés par des ânes."

    yp

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  2. Comme si la faillite allait amener un mieux pour les classes moyennes ? alors que c'est synonyme de destruction pour elles !!!!

    Ce texte est une perle je trouve. La comparaison avec l'ancien clergé est très éclairante.

    Je m'étonne de ne pas voir le mot "universalisme" qui est celui qui caractérise le mieux il me semble cette nouvelle religion égalitaire.

    Après, accuser ce néo-clergé des malheurs du petit peuple alors même qu'on est en plein pic pétrole et que de toute manière plus personne ne peut véritablement s'enrichir sans que ça ne se fasse au détriment d'autres.
    Donc de toute manière il devra y avoir des perdants. On ne peut pas garder la logique de "c'est la faute des autres" ... les autres ont été moins naïfs au pire, c'est tout.

    Je trouve que ton discours dérive parfois vers un discours de classe (la tienne, la classe moyenne) et sort de l'objectivité qui fait la qualité de ce blog et la pertinence de ses analyses.

    On sent bien que tu cherches une porte de sortie "confortable"... tes illusions lors de la campagne étaient d'ailleurs assez caractéristiques.

    Maintenant, tu es dans une autre phase semble-t-il, plus Soralienne, mais pas moins bercée d'illusions.

    La vraie question est plutôt : quand passera-tu a l'action ? je veux dire, en changeant certains aspect de ta vie.

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  3. Merci pour ce rappel de fin d'année sur les fonctionnaires, qui ne travaillent pas mais "exercent une mission". La plupart ne savent pas démarrer un ordinateur, et suivent des formations à la fois coûteuses et inutiles (comment gérer son stress ? comment préparer sa retraite ?, etc.) alors qu'ils n'ont pas de stress (puisque pas vraiment ou plutôt pas du tout de travail) et bénéficient des meilleures retraites (à quoi bon optimiser son budget de retraite dans ce cas, puisque l'argent du contribuable coule à flots ?).

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  4. Mais les fonctionnaires ne seraient pas là si la classe politique ne les avaient pas mis en place. Classe politique qui est là parce que je, tu, vous, nous avons voté pour elle...

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  5. "La plupart ne savent pas démarrer un ordinateur" un petit LOL avant de dormir ça fait toujours plaisir...

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