samedi 8 décembre 2012

Rendements boursiers et vieillissement de population

Rendements boursiers et vieillissement de population
hashtable, H16, 07/12/2012 (en Français texte en français )
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Mon attention a récemment été attirée par un excellent article du Financial Times qui s’est occupé à faire le parallèle entre des données démographiques et le comportement des marchés. Comme on le verra, l’analyse produite est d’ailleurs corroborée par quelques autres articles au sujet connexe.

Dans son article, Norma Cohen établit une intéressante corrélation entre le Price-Earning Ratio (PER) du marché des actions anglais (FTSE) et le pourcentage de population anglaise âgée de 35 à 54 ans. Pour rappel, le PER est le rapport du cours ou de la valeur d’une action au bénéfice par action d’une entreprise. En mettant en face la moyenne (lissée) de ce PER boursier et cette proportion de population « travailleuse », le graphique donne ceci :

Démographie et comportement des marchés

En substance, la journaliste note avec cette corrélation que si les années 80 et 90 virent les performances boursières régulièrement augmenter, cela a probablement plus à voir avec la démographie qu’avec la bonne étoile des traders de Wall Street, la mondialisation, une dérégulation plus fantasmée que réelle ou l’augmentation des gains de productivité. En substance, la croissance du marché des actions observée de 1982 à 1999 correspond à l’arrivée à l’âge productif des adultes issus du baby-boom d’après-guerre, adultes qui ont progressivement investi de plus en plus ces domaines afin de faire fructifier au maximum leur épargne.

Si cette analyse est correcte, elle a une conséquence immédiate évidente : les pays occidentaux ont à présent un profil démographique complètement différent de celui des années 50, et compte tenu des tendances au vieillissement de leurs populations et de l’augmentation de l’espérance de vie, les croissances des marchés boursiers ont de forte probabilité de ne pas se reproduire avant au moins une génération, voire pas du tout dans certains cas. En effet, comme la population vieillit, la part de population qui épargne, correspondant à cette population qui travaille et gagne plus qu’elle ne dépense, par définition, diminue nettement par rapport à la population qui « désépargne », autrement dit celle qui sort ses investissements boursiers pour vivre sa retraite.

En outre, les populations qui s’approchent de l’âge de la retraite tendent à favoriser grandement les investissements les moins risqués (comme les bons d’état, typiquement, ou les assurances vie en monnaies), au contraire des populations jeunes qui ont un intérêt majeur à augmenter leur profil de risque dans l’espoir d’un retour sur investissement plus important (logiquement, si le risque est plus fort, le temps pour corriger la trajectoire est plus important aussi). Mécaniquement donc, les banques et assurances déplacent progressivement leurs efforts à l’endroit où se trouve majoritairement sa clientèle, c’est-à-dire … les investissements moins risqués.

Évidemment, ce changement démographique profond provoque aussi d’autres effets, comme celui déjà ressenti en France avec le système de retraite par répartition : de moins en moins d’actifs cotisent pour de plus de plus de retraités. Et ce qu’on voit sur les courbes anglaises semble aussi vrai sur les courbes américaines (juste en dessous). Quant aux perspectives pour le Japon, par exemple, elles semblent définitivement pencher du mauvais côté de la balance lorsqu’on prend connaissance de ces pyramides des âges :

Vieillissement de la population au Japon

Par curiosité, j’ai effectué un petit graphique avec les données PER du CAC40 sur la période disponible (depuis 2001, chiffres Bloomberg et merci à RL, un lecteur) en y faisant figurer le pourcentage de population française entre 35 et 54 ans (chiffres INSEE). Là encore, la tendance générale est assez claire et pas vraiment à la croissance :



Évidemment, sur une courte période, on aura beau jeu pour savoir si le PER suit le ratio démographique ou le contraire, mais les graphiques réalisés pour l’Angleterre et les USA tendent à corroborer une assez bonne corrélation entre les deux courbes. Et comme expliqué plus haut, c’est logique : au fur et à mesure que la population vieillit, le nombre d’épargnants qui investissent dans la bourse devient plus faible. Mark Speigel, un économiste de la Fed à San Francisco, explique d’ailleurs que les recherches menées sur ces aspects, si elles ne permettent pas de conclure qu’une population vieillisante entraîne un marché boursier moins vigoureux, elles permettent en tout cas de montrer une forte corrélation, et observe que cette corrélation existe depuis pas mal de temps déjà. Et si l’on poursuit les tendances en tenant compte de l’évolution démographique relativement prévisible, les PER observés actuellement sont encore trop généreux et descendront encore.

Là où les choses deviennent particulièrement préoccupantes, c’est lorsqu’on ajoute cette tendance naturelle du vieillissement de la population aux politiques économiques pour le moins confuses des États en matière de monnaie et de dépenses. La nervosité des investisseurs est alors amplifiée, et la fuite des capitaux hors des marchés boursiers vers les investissements jugés plus sûrs, comme par exemple les bons du trésor, affaiblit encore l’attrait de la bourse. Et paradoxalement comme l’explique la vidéo suivante, cette ruée vers les bons du trésor, dont les taux sont bien trop bas puisqu’inférieurs à l’inflation, nourrit ainsi une bulle qui pourrait bien signer l’appauvrissement de toute une génération.



D’un autre côté, il faut comprendre que le vieillissement de la population, couplé à la disparition d’un mode d’investissement de plus en plus orienté vers le court terme, explique assez bien la relative panne actuelle du moteur de l’innovation observé dans la plupart des sociétés occidentales (décrit dans ce billet pour les USA). Redémarrer ce moteur-là nécessitera, de la part des états et des politiciens, un changement assez profond de mentalité nécessitant pour ces derniers de s’inscrire sur des tendances longues, plus longues que leurs mandats… Le défi est de taille.

Comme beaucoup d’observateurs l’ont déjà noté, les années que nous vivons actuellement sont des années de profonds changements, charnières : l’espérance de vie étant maintenant importante après 60 ans, les modes d’épargne, de consommation ou d’investissement sont en train de se modifier de façon profonde et durable. Les marchés boursiers s’y adapteront, parce que c’est dans leurs habitudes. Les entreprises et leurs patrons aussi, parce qu’ils n’en auront pas le choix. Et pour ma part, j’observerai avec attention la façon dont les politiciens et les états avec eux s’adapteront à la nouvelle donne. S’ils le peuvent.

Et s’ils ne le peuvent pas, …

3 commentaires:

  1. Je ne pense pas que le fond du problème soit
    le vieillissement de la population.
    A 62 ans j'aimerais revenir en bourse mais quand on voit:les robots qui ont pris les commandes, la réduction de la consommation ainsi que les impôts et frais bancaires liés aux transactions,on ne peut pas s'étonner de voir les épargnants quitter la bourse. Olivier Berruyer a bien expliqué ce qu'il fallait faire pour que l'argent retourne vers les entreprises.
    Actuellement la bourse n'est plus qu'un décor
    et tout le monde le sait.

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  2. Tonio, les commentaires n'apparaissent plus sur la colonne à droite.

    A la place : "Une erreur est survenue dans ce gadget "

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  3. d'accord avec le 1er commentaire, c'est du whisful thinking cette étude...
    il manque une donnée importante : la part dans l'épargne qui est investie dans les actions, en fonction de la tranche d'age, et en fonction du temps.

    Etonnant Tonio que tu n'ai pas fait de commentaires.

    yongtai

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