mardi 4 décembre 2012

Syrie : vers la préparation de l'opinion à la fausse attaque au drapeau ?

Syrie : Obama hausse le ton face à la menace d'armes chimiques
Le parisien, 04/12/2012 (en Français texte en français )
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Barack Obama a a adressé lundi soir une sévère mise en garde au régime syrien s'il faisait usage d'armes chimiques. Un rappel à l'ordre qui intervient alors que Washington accuse Damas de préparer des gaz à usage militaire.

«Plusieurs indices nous laissent penser qu'ils sont en train de mélanger des précurseurs chimiques», révèle un responsable américain, évoquant le gaz sarin et donnant corps aux mises en garde américaines tout au long de la journée.

Bon ben y a plus qu'à la CIA à trouver un idiot utile Allah Ouakbar pour faire péter un truc à Damas en faisant croire que ça vient du régime en place... Salafist fucking comme dit Soral...


Soit dit en passant, je ne peux que vous renvoyer à l'article de Chauprade posté l'autre jour, et à ce passage ci, qui explique bien mieux la situation syrienne que la propagande occidentale :
Aymeric Chauprade : “Où vont la Syrie et le Moyen-Orient ?”
Realpolitik.tv, 29/11/2012 (en Français texte en français )
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Il nous faut maintenant comprendre les dynamiques géopolitiques internes de la Syrie.

La Syrie c’est un peu plus de 20 millions d’habitants : 80% d’Arabes sunnites, 10% d’Alaouites une forme d’islam rattachée au chiisme, mais pas celui d’Iran) et 10% de chrétiens.

Bachar el-Assad a à ses côtés 2 millions d’Alaouites encore plus résolus que lui à se battre pour leur survie et plusieurs millions de minoritaires qui ne veulent pas d’une mainmise sunnite sur le pouvoir.

Il faut comprendre qui sont ces Alaouites. Il s’agit d’une communauté issue, au Xème siècle, aux frontières de l’Empire arabe et de l’Empire byzantin, d’une lointaine scission du chiisme, et qui pratique un syncrétisme comprenant des éléments de chiisme, de panthéisme hellénistique, de mazdéisme persan et de christianisme byzantin. Il est très important pour notre analyse de savoir que les Alaouites sont considérés par l’islam sunnite comme les pires des hérétiques. Au XIVème siècle, le jurisconsulte salafiste Ibn Taymiyya, ancêtre du wahhabisme actuel et référence de poids pour les islamistes du monde entier, a émis une fatwa demandant leur persécution systématique et leur génocide.

Cette fatwa est toujours d’actualité chez les salafistes, les wahhabites et les Frères musulmans, c’est-à-dire tous ceux que le pouvoir alaouite affronte en ce moment !

Avant le coup d’État d’Hafez el-Assad en 1970, les Alaouites n’ont connu que la persécution de la part de l’islam dominant, le sunnisme.

Il faut quand même savoir que jusqu’en 1970, les bourgeois sunnites achetaient encore, par contrat notarié, de jeunes esclaves alaouites.

Les choses se sont arrangées avec l’installation de l’idéologie nationaliste baathiste en 1963, laquelle fait primer l’arabité sur toute autre considération, et surtout de 1970.

En résumé, la guerre d’aujourd’hui n’est que le nouvel épisode sanglant de la guerre des partisans d’Ibn Taymiyya contre les hérétiques alaouites, une guerre qui dure depuis le XIVème siècle ! Cette fatwa est à mon avis la source d’un nouveau génocide potentiel (semblable à celui du Rwanda) si le régime vient à tomber. Voilà une donnée essentielle que les Occidentaux font mine pourtant d’ignorer.

Pourchassés et persécutés durant des siècles, les Alaouites ont dû se réfugier dans les montagnes côtières arides entre le Liban et l’actuelle Turquie tout en donnant à leur croyance un côté hermétique et ésotérique, s’autorisant même le mensonge et la dissimulation (la fameuse Taqqiya) pour échapper à leurs tortionnaires.

Mais alors vous vous demandez, comment ces Alaouites ont-ils fait pour arriver au pouvoir?

Soumise aux occupations militaires étrangères depuis des siècles, la bourgeoisie sunnite de Syrie (un processus similaire s’est produit au Liban) a commis l’erreur habituelle des riches au moment de l’indépendance du pays, en 1943. Le métier des armes à été relégué aux pauvres et non aux fils de “bonne famille”. L’armée a donc été constituée par des minorités : une majorité d’Alaouites mais aussi des chrétiens, Ismaéliens, Druzes, Chiites.

Hafez el-Assad venait de l’une de ces familles modestes de la communauté alaouite. Il est d’abord devenu chef de l’armée de l’air puis ministre de la défense avant de s’emparer du pouvoir par la force afin de donner à sa communauté sa revanche sur l’Histoire (avec ses alliés Druzes et chrétiens).

Vous comprenez donc tout de suite que le régime, soutenu par 2 millions d’Alaouites, sans doute 2 à 3 millions d’autres minorités, mais aussi une partie de la bourgeoisie sunnite notamment de Damas, dont les intérêts économiques sont désormais très liés à la dictature, n’a pas d’autre choix que de lutter à mort.

Quand je dis lutter à mort, je parle du régime que je distingue de Bachar el-Assad. Le régime est plus puissant que Bachar et peut s’en débarrasser s’il estime qu’il en va de sa survie. Mais s’en débarrasser éventuellement ne signifie pas mettre une démocratie qui aboutirait inéluctablement (mathématiquement) au triomphe des islamistes, comme en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Yémen…

Les Chrétiens de Syrie ont vu ce qui s’est passé pour les Chrétiens d’Irak après la chute de Saddam Hussein. Ils voient ce qui se passe en Égypte pour les Coptes, après la victoire des islamistes. Les Druzes savent aussi qu’ils sont, comme les Alaouites, considérés comme des hérétiques à détruire par les combattants salafistes et les Frères musulmans.

Il est absolument illusoire de penser, comme on le pense en Occident, que les Alaouites accepteront des réformes démocratiques qui amèneraient mécaniquement les salafistes au pouvoir.

Je le répète : l’erreur consiste à penser que le pays est entré en guerre civile en 2011. Il l’était déjà en 1980 quand un commando de Frères musulmans s’est introduit dans l’école des cadets de l’armée de l’air d’Alep, a mis de côté des élèves officiers sunnites et des alaouites et a massacré 80 cadets alaouites en application de la fatwa d’Ibn Taymiyya. Les Frères musulmans l’ont payé cher en 1982 à Hama, fief de la confrérie, que l’oncle de l’actuel président a rasée en y faisant peut-être 20 000 morts. Les violences intercommunautaires n’ont en réalité jamais cessé mais cela n’intéressait pas l’Occident car il n’y avait à ce moment aucun agenda pétrolier et gazier concernant la Syrie, ni aucun agenda contre l’Iran.

On dit que le régime est brutal et il est évidemment d’une brutalité incroyable, mais ce n’est pas le régime en soi qui est brutal. La Syrie est passée de l’occupation ottomane et ses méthodes d’écorchage vif, au mandat français de 1920 à 1943, aux anciens nazis réfugiés à partir de 1945 qui sont devenus des conseillers techniques, et ensuite aux conseillers du KGB. C’est évident qu’il n’y a rien à attendre de ce régime en matière de droits de l’homme, de réformes démocratiques… Mais il n’y a rien à attendre non plus des rebelles islamistes qui veulent prendre le pouvoir, et qui disposent d’une fatwa fondamentale pour organiser un véritable génocide des Alaouites. Et d’ailleurs attend-on quelque chose de l’Arabie Saoudite en matière de droits de l’Homme ?

Nous avons un vrai problème de traitement de l’information à propos de la Syrie, comme nous l’avions hier s’agissant de l’Irak, de la Yougoslavie, de la Libye. Une fois de plus le manichéisme médiatique occidental est à l’œuvre, la machine à fabriquer les Bons et les Méchants, en réalité en fonction surtout des intérêts occidentaux. La source unique, je dis bien unique, des médias occidentaux est l’OSDH (Observatoire syrien des Droits de l’Homme) lequel donne par exemple à l’Agence France Presse l’état de la situation en Syrie, le nombre de morts, de blessés, les exactions etc…

Or qu’est-ce que l’OSDH ? Il s’agit d’une émanation des Frères musulmans qui est dirigée par des militants islamistes et dont le fondateur, Ryadh el-Maleh, a été condamné pour violences. Basé à Londres depuis la fin des années 1980, il est sous la protection des services britanniques et américains et reçoit des fonds du Qatar et de l’Arabie Saoudite.

Outre l’OSDH comme référence médiatique, la référence politique des médias occidentaux c’est le Conseil National Syrien, créé en 2011, à Istanbul, sur le modèle du CNT libyen et à l’initiative du parti islamiste turc, l’AKP.

Financé par le Qatar, le CNS a été coulé dans sa forme initiale à la conférence de Doha, début novembre 2012 par Washington. Les États-Unis considéraient en effet depuis des mois qu’il n’était pas assez représentatif et ont suscité à la place la Coalition nationale des Forces de l’opposition et de la révolution. La réalité est que les Américains trouvaient que la France avait trop d’influence sur ce Conseil où elle avait placé l’opposant syrien sunnite Burhan Ghalioun, professeur de sociologie à la Sorbonne. On retrouve là une compétition franco-américaine semblable à celle qui s’était produite en Libye, où petit à petit l’influence française sur les rebelles anti-Kadhafi a été annulée par l’action souterraine des Américains. Il faut dire que si la France compte sur des professeurs de sociologie pour défendre ses intérêts au Moyen-Orient, elle s’expose à bien des déconvenues…

17 commentaires:

  1. L'offensive médiatique en effet ne laisse planer que peu de doutes.

    Le Monde met le sujet à la une sur son site.

    titre principal :
    "Washington met en garde la Syrie contre l'usage d'armes chimiques"
    "Damas est accusé de préparer du gaz sarin, la Jordanie évoque une intervention internationale, l'ONU retire son personnel non essentiel."

    (avec une photo d'Alep, soleil couchant, ambiance apocalyptique, avec même un... nuage... suspect !)

    Ensuite 4 autres articles :
    -Polémique au Liban sur de possibles livraisons d'armes en Syrie
    -La menace des armes chimiques syriennes7
    -Retour d'internet et du téléphone en Syrie, Damas pilonnée
    -Le régime de Bachar Al-Assad aurait récemment testé des armes chimiques

    Du grand délire.

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  2. quel est cet agenda pétrolier et gazier concernant la Syrie???

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    1. http://auxinfosdunain.blogspot.fr/2012/11/la-guerre-gaza-et-en-syrie-une-guerre.html

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  3. Mettez le nom de Saddam Hussein à la place de celui de Bachar el-Assad, ça ne vous rappelle pas les soi-disantes armes chimiques de destruction massive en Irak et qui n'ont jamais existés ?
    Et on va nous refaire la même histoire à la sauce Syrienne....

    Dites vous bien qu'il va falloir trouver un bon prétexte pour cacher et si possible effacer cette grosse dette que nous laissons à nos enfants, quelle meilleure façon qu'une bonne guerre mondiale et un chaos généralisé pour occuper les esprits ?

    Attendons nous au pire dans les mois à venir.

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    1. Et ça continue de plus belle. Cette fois ci un article "de fond", technique... : "Pourquoi la Syrie n'a-t-elle pas préparé son gaz sarin à l'avance? "

      !!!

      http://www.slate.fr/story/65705/syrie-sarin

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  4. Et ca continue. Toujours sur le même principe. "Si XXX... alors YYY".

    Maintenant c'est l'OTAN. Demain, le Pape, le chauffeur de taxi et ma boulangère. Emballé pesé. Exactement comme l'Irak de Saddam ("les armes de destruction massive").

    *****************
    L'utilisation d'armes chimiques par la Syrie entraînerait une "réaction internationale immédiate" de la communauté internationale, a déclaré mardi le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

    "Une utilisation éventuelle d'armes chimiques serait totalement inacceptable pour la communauté internationale. Je m'attends à une réaction immédiate de la communauté internationale" si c'était le cas, a déclaré Anders Fogh Rasmussen avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays de l'Otan à Bruxelles.

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  5. Ce qu'il y a de bien désormais avec vous, c'est que face aux gauchos et leur " révolution permanente" vous avez basculé dans le "complot permanent ".
    Avec des références magiques comme Soral et Chauprade, qui détiennent le secret de la vérité ( pas sûr que les illuminatis soient les autres) inaccessible à nous, pauvres mortels non initiés ....

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    1. C'est ça qui est formidable : chaque processus politique a besoin de son idiot utile.

      Là, tu es champion. On te parle géopolitique, tu réponds "complot" et Soral.

      Tiens, allez une autre perle de Fabius cette fois :

      "L'utilisation d'armes chimiques par la Syrie entraînerait une "réaction" de la communauté internationale, a déclaré aujourd'hui le ministère français des Affaires étrangères.

      "Tout emploi de ces armes chimiques par Bachar el-Assad serait inacceptable", a déclaré Vincent Floreani, porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères. "

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    2. Soral est certes un guignol, mais au moins Chauprade est diplômé et il sait de quoi il parle :

      Docteur en sciences politiques en 2001 (Université Paris Descartes)3, diplômé de Sciences Po Paris en 1993, Aymeric Chauprade obtient un DEA de droit international en 1996. En outre il est diplômé en mathématiques, chargé de cours à l'Université de Neuchâtel en Suisse (histoire des idées politiques), conférencier en géopolitique au Collège royal de l'enseignement militaire supérieur du Royaume du Maroc, directeur de la Revue française de géopolitique (annuelle, Ellipses, Paris) et directeur de plusieurs collections aux éditions Ellipses à Paris (Grands enjeux, Taupe-Niveau, Référence géopolitique...). Il enseignait au Collège interarmées de défense (CID) depuis 1999 et il y fut directeur du cours de géopolitique de 2002 à 2009

      ça c'est du CV.

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    3. C'est un beau CV de diplomate made in quay d'orsay, pro-arabe ad nauseam, anti-americain à foison, je te l'accorde !

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    4. Assad comme saddam ont massacré des villes entières aux armes chimiques.... Maintenant on trouve des gens pour dire que Saddam n'avait pas d'ADM. C'est fameux

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    5. Chauprade sérieux? Laissez moi rire... Dans l'article en question, il affirme qu'il ne croit pas au peak oil, mais au contraire qu'il croit dur comme fer au pétrole abiotique. Il dit aussi qu'il voit les américains auto suffisants (en quoi?) à partir de 2020. A ce stade du foutage de gueule, moi j'arrête d'écouter, Chauprade ou pas. D'ailleurs sur la Syrie, voila un type qui pique sans vergogne la quasi totalité de ses infos à Meyssan (qui a au moins l'avantage d'être sur place et de savoir de quoi il parle, lui). Il faut croire qu'être viré de l'administration rend mélancolique et qu'il faut trouver à s'occuper coute que coute. J'ajouterai que la "tendance" Chauprade se manifeste depuis plusieurs mois sur son site (realpolitik.tv) notamment le plus que douteux Hervé Juvin qui nous raconte les mêmes conneries depuis quelques mois. Voila des gens que j'écoutais (distraitement, certes) et qui ont pour moi perdu toute crédibilité, d'autant qu'ils "sont convaincus" de ce qu'ils disent sans apporter le moindre début de raisonnement factuel ou de preuves documentées. Poubelle. Next...

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    6. PS: ... et Oswaldo, quoi que vous en pensiez, S. Hussein ne détenait pas d'ADM. Tout le monde le sait et le dit y compris des gens comme Colin Powell qui mena la charge contre lui à l'ONU en 2003 (les petites fioles, vous vous souvenez? Peut être n'étiez vous pas encore né alors). Ensuite vous nous expliquez qu'Assad a massacré des villes entières aux armes chimiques. Ah bon, World premiere, alors. Des preuves peut être? Que vous êtes surement le seul à détenir. Quand on ne sait pas, le mieux...

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    7. Chauprade est une buze en énergie, je vous l'accorde, normal c'est pas son domaine (par contre, pour parler agro carburants, je suis votre homme, et je suis pas du tout d'accord avec les conclusions de Chauprade sur l'énergie).
      Proarabe, ce n'est pas très surprenant. Après tout, il faut bien monter patte blanche pour enseigner au maroc, à des officiers marocains.
      Par contre, en géopolitique, il est assez bon.
      Meyssan est un journaliste, Soral un présentateur. On attend de Chauprade un travail d'analyse... Qu'il se plante sur certains sujets ne me choque pas, mais sur l'histoire des alaouites en Syrie, il semble assez bon.

      Pour la petite histoire, Saddam a déjà utilisé des armes chimiques, mais le stock avait été détruit lors de la première guerre du golfe...

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    8. Saddam oui, à Al-Habjah (Kurdistan) en 1985. Mais Assad?
      Et je ne vois pas comment un type qui se trompe aussi massivement sur le devenir de la situation énergétique mondiale peut faire une analyse géopolitique valable, l'énergie étant le principal facteur du développement économique et de la situation géostratégique globale. Chauprade est une buse qui veut faire parler de lui. Point.

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  6. Le Point : Syrie : la menace chimique d'Assad, prétexte à une intervention ?

    Et beh ? oO

    Qu'est ce qu'il leur arrive dans la Pravda ?

    Y'en a qui vont avoir des emmerdes... Gare à vos subventions...

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