mardi 22 janvier 2013

Actualisation du graphique de la part des revenus allant aux 1% les plus riches en France

Article très intéressant, qui vaut la lecture ne serait-ce que pour cette actualisation jusque 2009 du graphique de la part des revenus allant aux 1% les plus riches en France :


Le graphique précédent s'arrêtait en 2004. Et on voyait une hausse régulière depuis 1998. Mais là, on voit que depuis 2007, le chiffre est en chute libre et reste à des niveaux proches des plus bas historiques...

Bref, l'explication de la crise en France par l'inégalitarisme a sérieusement du plomb dans l'aile...

Inégalités - La science-fiction de Stiglitz
Emploi 2017, Cincinnatus, 22/01/2013 (en Français texte en français )
→ lien

Pour les USA en revanche, c'est une autre affaire :

Pourcentage des revenus des ménages américains gagné par le top 1%
Saez, Income Inequality in the United States, 1913-1998, Updated to 2010 in March 2012

En revanche, pour ce qui est du pourcentage du patrimoine total détenu par les 1% les plus riches, c'est stable...

Pourcentage de la richesse des ménages américains détenue par le top 1%
Kopczuk, Top Wealth Shares in the United States, National Tax Journal, June 2004
(le graphique s'arrête en 2000 mais l'article en donne un autre, selon une autre méthodologie, allant jusque 2010)

Faut croire qu'ils flambent méchamment plus qu'avant le 1% le plus riche américain...

Là où l'article aborde un aspect auquel personne ne s'intéresse jamais en revanche, c'est sur la question de la mobilité...

Voici par exemple, aux USA, le pourcentage de gens de chaque quintile ayant monté de quintile en 19 ans :


Pour les 87% qui sont sortis du quintile le plus bas, voici dans quel quintile ils ont atterri :
Quintile% Promus
2ème21%
3ème24%
4ème21%
5ème21%

Et ceux ayant baissé :


Il y a donc bien une réelle mobilité sociale aux USA...
Un article d’un blog du Wall Street Journal mentionne ainsi la donnée suivante : sur un échantillon de 30,000 contribuables étudiés entre 1987 et 2007, seuls 24% du 1% 1987 se retrouvent dans le 1% 2007.

En dollars, l’impact de la mobilité se révèle encore plus spectaculaire :

Ensuite, l'article étudie la question de la rente. Et pose la question de savoir quelle rente. Alors que la gôche pointe toujours en direction des actionnaires, voici un graphique de l'évolution de la rentabilité des capitaux propres du secteur non financier :



L’évolution baissière de la ligne rouge suscite les indignations outrées de Stiglitz, mais que constate-t-on ?

- Que l’envol du coût des matières premières cause environ une première moitié de l’évolution du mix en défaveur du travail. Cela est dû à la croissance soutenue de l’activité économique de la planète et la raréfaction relative des matières premières, un phénomène bien hors de portée d’un 1% malfaisant.

- Que la part du capital progresse, certes, mais nous savons que cela n’est pas reflété dans une progression identique de la rentabilité des capitaux propres. Que se passe-t-il donc ? Tout simplement ceci : l’intensité capitalistique des entreprises ne cesse d’augmenter. Plus de capital doit être investi pour maintenir la même rentabilité, même avec des marges croissantes.

Cette baisse de la part du revenu du travail est incontestable depuis le début des années 80 :



Elle est d’autant plus intrigante que la productivité de la main d’oeuvre a continué à progresser continument durant la période. Donc la qualité de la contribution du facteur travail n’est pas en jeu.

Mais l’absence simultanée de hausse tendancielle de la rentabilité des capitaux propres aurait dû emmener Stiglitz sur une piste toute naturelle : générer le revenu national nécessite de plus en plus de capitaux.
Là, l'article est biaisé, parce que pour ma part, j'irais quand même bien regarder du côté de la rentabilité des sociétés financières :


Et depuis les profits financiers ont redépassé leurs plus hauts...

Et en terme de part des profits dans le PIB, c'est la même :


Donc oui, la rentabilité du capital diminue sur le long terme, pour les sociétés non financières. Mais les profits non financiers sont devenus peanuts dans le total.

La vérité c'est que la quantité de capital a explosé avec l'inondation de dette et de fausse monnaie pratiquée depuis 30 ans et à un rythme désormais exponentiel depuis 2008.

Ce faux capital que le système s'efforce de sauver de sa destruction naturelle par toujours plus de création de faux capital, que-la-déflation-c'est-le-mal, n'arrive plus à trouver de rendement dans l'économie réelle.

Et la vraie question est de savoir qui reçoit l'argent fraichement imprimé de cette inflation permanente qui dévalue les patrimoines et revenus de tous les autres ? Et là encore, on va retomber sur nos escrocs habituels de la finance qui tirent les ficelles de la FED...

L'article en question est donc intéressant, ne serait-ce que pour l'actualisation du graphique de la part des revenus allant aux 1% les plus riches en France.

Mais sur la fin, méfiance. Cette fixation sur le taux de profit des sociétés non financières rate l'éléphant au milieu de la pièce, qui est que la finance utilise l'inflation pour dépouiller les classes moyennes occidentales.

Si l'analyse était couplée à une lecture de la dépense publique, on verrait alors très bien s'articuler comment le couple govies/banksters, travaille main dans la main pour spolier toujours plus la fourmi ouvrieuse.

Le plus drôle dans l'affaire étant que les tenants de la dépense publique et ceux qui vivent de la finance klepto sont les deux faces de la même pièce et des alliés objectifs. Alors que CGTistes et banquiers tentent de nous faire croire qu'ils sont en lutte à mort, les premiers s'octroient un pouvoir d'achat indû volé politiquement grâce à la dette publique, la bulle de crédit et l'inflation, dont la gestion fait grassement vivre aussi les seconds. Et visiblement, ça marche... Les veaux dévalués gobent ces conneries et vont gentiment voter à chaque élection pour les escrocs rentiers de l'UMPS mondiale qui défendent ce système (Stiglitz en tête avec ses appels répétés à toujours plus de dépense publique, et donc de dévaluation des fourmis ouvrieuses au profit du couple govies/banksters). On avance chaque jour un peu plus vers les plus grandes heures de l'URSS, en terme de rente et d'illégitimité...

Jusque là, contrairement à l'URSS et ses méthodes peu subtiles de contrôle des gueux exploités, la démocrature suffit à faire tenir tout ça politiquement en occident. Mais à mon avis, avec la chute de pouvoir d'achat des fourmis ouvrieuses qui s'annonce, ça va pas durer, car à cette inflation masquée (qui pour l'instant arrive à être plus ou moins tenue mais qui finira par ressortir par un effondrement des changes), il faut encore rajouter le peak everything et le vieillissement...

7 commentaires:

  1. Sauf que les 1% les plus riches partent dans les paradis fiscaux. Reste des moins riches qui deviennent alors les 1% les plus riches de France, puis partent à leur tour.

    Du coup, les stats sont complètement faussées.

    Qui peut vraiment croire que ça stagne ?

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    1. Bien vu et ce n'est pas le cas aux USA car les impôts sont bien plus faible.

      Mais bon n'oubliez jamais que la crise, c'est la faute du RMI, CMU, AME, c'est tellement plus simple de taper sur les pauvres : ils sont moches, sales, agressifs et souvent noir, arbes ou pire Musulman.

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  2. La baisse tendancielle du taux de profit (comme décrit par Marx) tue le capitalisme, la financiarisation et la mondialisation ont permis de gagner du temps en allant chercher ailleurs de la main d’œuvre à bas coup (délocalisation et paupérisation des anciennes puissances industrielles), en multipliant le crédit pas cher pour garder une demande solvable dans les pays appauvries (le surendettement occidental généralisé en découle) et en ouvrant massivement les frontières permettant d’importer de la main-d’œuvre à bas coup pour les activités non délocalisables ( bâtiment, restauration, service entretien et de ménage) et d’aller chercher chez les émergents la demande solvable !!
    Le problème c’est que le crédit pas cher c’est fini, la conso en occident c’est mort (baisse des crédits à la consommation et désendettement programmé sous la pression des marchés des pays européens) et que la demande dans les émergés n’est pas suffisante pour prendre le relais !! Sans demande, sans investissement d’état il n’y a pas de croissance !! Sans croissance ce système est mort !! Le pique de production de matière première est le dernier clou du cercueil !!!
    Grand Reset !!!!
    PS : Je ne suis pas fan du communisme à la soviétique, mais pas non plus du capitalisme tel qu’il est pratiqué depuis trente ans !! Plutôt un socialiste du bon sens partisan basé sur la libre entreprise coopérative avec une autogestion démocratique (type FAVI), des banques et des assurances mutualistes (vraiment mutualiste : sans actionnaire). Une économie basé sur le développement durable (moins énergivore et fonctionnant en cycle fermer : type agriculture de conservation !!) plus qualitatif que quantitatif (le mariage de Schumpeter et Malthus) moins consumériste (un monde dans lequel tous comprendront qu’une famille avec 4 portables, tous l’électroménager inutile, 2 voitures et 3 télé ce n’est pas tenable !!).

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  3. Extrait de wikipedia sur la fin du capitalisme vu par Schumpeter:
    Par contre, pour Schumpeter comme pour Marx, le succès du capitalisme conduit inévitablement à la concentration du capital, c'est-à-dire à la création de grandes entreprises, gérées par des chefs d'entreprises, simples administrateurs et appartenant à des rentiers-capitalistes, véritables propriétaires des entreprises. Pour Schumpeter, cette concentration aboutit à l'avènement d'un sentiment d'hostilité générale contre le capitalisme.
    Le capitalisme entraîne le développement de l'appareil éducatif, ce qui tout à la fois concourt à la formation d'une opinion publique large et à une surproduction des intellectuels par rapport aux besoins des professions libérales. Les intellectuels déconsidérés et peu rémunérés ont tout intérêt à se liguer contre le capitalisme et à abreuver l'opinion publique de discours contre l'argent et l'esprit d'entreprise. Ils catalysent et font précipiter l'hostilité générale contre le capitalisme. Le capitalisme se sclérose ainsi progressivement de l'intérieur, pour des raisons sociales et politiques, au fur et à mesure que des majorités démocratiquement élues choisissent de mettre en place une économie planifiée accompagnée d'un système d'État-providence et de restriction des entrepreneurs. Le climat intellectuel et social nécessaire à l'esprit d'entreprise et d'innovation, et donc à l'apparition d'entrepreneurs, décline et finit par être remplacé par une forme ou une autre de socialisme, encore plus sclérosant. Les gouvernements ont alors notamment tendance, pour être populaires, à développer l'« État fiscal » et à transférer le revenu des producteurs vers les non-producteurs, décourageant l'épargne et l'investissement au profit de la consommation, ce qui crée une pression inflationniste croissante. Dans toutes décisions, les gouvernements démocratiquement élus ont alors tendance, pour garantir leur réélection, à privilégier le court terme au détriment du long terme.

    Schumpeter est convaincu que la libre concurrence capitaliste est le meilleur système économique, il ne recommande pas cette évolution, mais il ne sait pas comment l'éviter. Le capitalisme ne peut poursuivre sa marche en avant qu'à condition que perdure l'esprit des entrepreneurs qui seul fait sa force. Une critique radicale du capitalisme inspirée de l'œuvre de Schumpeter, souligne qu'il secrète la grande entreprise et que cette dernière étouffe toute velléité d'imagination. Les grandes organisations sont marquées par la multiplication des cadres gestionnaires, des experts et des bureaucrates, conduits à raisonner en termes de carrière, de revenu régulier et de position sociale et du même coup peu ou pas enclins à prendre des risques comme dans le modèle de l'entrepreneur.

    Toute ressemblance avec la situation actuelle n’est pas fortuite !!!

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  4. 1) Je serais beaucoup moins catégorique sur la mobilité sociale aux USA. En effet, cette statistique sur 20 ans ne traduit que la progression de salaire au cour de la carrière d'un personne et la diminution de revenu avec la retraite. Je pense qu'on aurait la même chose en France.

    2) Les inégalités sont masquées par le fait de considérer les quintiles. Aux States, il faut regarder le 0,1% ou le 0,01% du top pour vraiment cerner les plus riches. En dessous, ça a tendance à se paupériser.

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  5. En 2004, le 5ème quintile aux USA commençait à 88000$ par foyer. Disons que c'est le revenu brut. Cela donne environs 4200 euros net/mois, soit 2100/personne si c'est un couple de travailleurs. Donc entrer dans le 5ème quintile, ce n'est pas ce que j'appelle la réussite sociale.

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  6. Entendu ce midi sur BFM: en France d'après Madelin, malgré les impôts, taxes, etc..., la rente reste protégée. Les riches le restent, en revanche, c'est très difficile de le devenir.

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