lundi 14 janvier 2013

Bruno Bertez : Le monde est bipolaire

L’Edito du Dimanche 13 Janvier 2013: Le monde est bipolaire par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 13/01/2013 (en Français texte en français )
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Vous savez, pour nous lire régulièrement, que nous aimons développer les analogies qui existent entre notre monde politico-économico-monétaire et les troubles névrotiques. En fait, notre méthode de travail et nos instruments intellectuels d’analyse nous ont conduit à considérer que nous nous trouvions en présence de beaucoup plus que d’une analogie; nous sommes en présence d’un isomorphisme. Le discours dominant sur la politique, l’économie, la finance, s’analyse comme un ou des symptômes de la névrose, tandis que le réel, lui, évolue en fonction de ses ressorts cachés, dissimulés à la conscience des hommes. L’économie et la finance sont un grand système qui a sa logique propre, inconnue des participants, lesquels sont les gestionnaires apparents du système, alors qu’en fait, ils n’en sont que les grands prêtres. Ils gèrent des mystères qui les dépassent et, au passage, comme dans les temps anciens, ils drainent à leur profit les richesses, les honneurs, le pouvoir et les femmes.

De la même manière que les travailleurs de Marx se font exploiter à la faveur de l’obscurantisme économique, les citoyens se font maintenant exploiter à la faveur de l’obscurantisme monétaire.

Le stade kleptocratique du capitalisme a déplacé, pour parler comme les marxistes, l’extorsion de la plus-value. Celle-ci, dans nos systèmes développés n’est plus extraite de la production, mais de la circulation des biens et services et surtout de la financiarisation.

Financiarisation, crédit, émission de monnaie au profit d’une classe, déficits des gouvernements financés par la printing press, inflation sélective des monnaies et quasi monnaie, etc. Voilà le phénomène simple qui explique, d’abord, le creusement historique des inégalités, ensuite, la mise au chômage des appareils de production dans les pays murs.

L’exploitation s’est aussi déplacée géographiquement. Dans les vieux pays, l’extorsion est faite par le biais de la finance, mais, en même temps, les vieux pays exploitent les producteurs des pays émergents. On les exploite durement, minièrement, c’est-à-dire sans souci de leur protection sociale et de leur niveau de vie. Inconsciemment, il est évident que les citoyens des vieux pays savent –tout en ne sachant pas- qu’ils bénéficient de l’échange déséquilibré qu’ils font avec les citoyens des émergents. Ils savent que cette TV géante, cet IPAD, ces vêtements, cette voiture, ils ne peuvent l’acquérir que parce que les coûts de production là-bas, sont très faibles, les salaires dérisoires, etc.

C’est la raison fondamentale pour laquelle il n’y a plus de vraie gauche dans les vieux pays, il n’y a plus que des socio-démo qui traduisent le stade historique du système: le stade globalo-klepto-financier. Les socio-démo sont les gens qui gèrent un système dans lequel les citoyens sont exploités par la finance et dans lequel les mêmes citoyens exploitent les travailleurs des émergents.

La sociale démocratie est le système politique et social adapté à la situation, il la traduit, l’exprime et la gère.

Pour gérer, vous avez compris où nous voulons en venir, il faut avoir la possibilité de créer de la dette, de créer du crédit, de recycler les excédents des producteurs vers le financement de la consommation des citoyens des vieux pays. Hélas, la dette se stocke, s’accumule, et elle finit par constituer une masse qui empêche non seulement que l’on puisse l’honorer, mais une masse qui est un boulet pour les économies. C’est, nous y sommes, la crise de surendettement.

1 commentaire:

  1. Si je comprends bien, c'est un cercle vicieux ou chacun exploite, ou essaye d'exploiter, plus vulnerable que lui. Autrement dit, nous ne sommes pas au bout de notre peine.

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