mercredi 23 janvier 2013

Christophe de Margerie et le peak oil

Total et le jeu de la vérité
Le Monde, Matthieu Auzanneau, 23/01/2013 (en Français texte en français )
→ lien
Selon le pdg du groupe Total, d'ici une dizaine d'années, les capacités mondiales de production de pétrole risquent de cesser de croître pour la première fois depuis la révolution industrielle. Dans un entretien accordé au Monde le 10 janvier, au terme d'une explication sur laquelle il nous faut revenir, Christophe de Margerie conclut  :
« Le niveau de production de pétrole devrait donc commencer à plafonner vers 2020-2025. »

Mais voilà, depuis 2006 déjà, la production mondiale d'or noir paraît stagner, et ce malgré les profits records engrangés depuis par l'industrie.

Entre 2006 et 2011, les extractions de pétrole conventionnel, de gaz naturel liquide, de sables bitumineux et d'huiles de schiste ont oscillé autour de 82,1 millions de barils par jour (Mb/j), avec des variations annuelles atteignant 1,23 % au maximum, selon les données fournies par BP. Autrement dit et pour l'heure, les extractions de pétrole "plafonnent", malgré des dépenses d'investissement sans précédent ainsi qu'une hausse de la consommation planétaire, passée entre-temps de 84,8 à 88 Mb/j et jusqu'ici essentiellement satisfaite par le développement rapide des agrocarburants.

En 2011, la production mondiale de pétrole a bien enregistré un record historique à 83,5 Mb/j, grâce à la hausse des extractions en Amérique du Nord et en Irak, mais avant tout parce que l'Arabie Saoudite a bien voulu ouvrir ses vannes à fond, accroissant à elle seule la production de 1,2 Mb/j par rapport à 2010.

Oui ou non, l'industrie du pétrole est-elle en passe de réussir à développer d'ici dix ans l'équivalent des 4 Arabie Saoudite supplémentaires indispensables pour compenser le déclin des champs pétroliers les plus anciens ? On est très loin du compte pour l'instant. D'autant que l'Agence internationale de l'énergie (une source d'ordinaire optimiste) pronostique désormais des déclins en Russie, en Iran, au Mexique, en mer du Nord et en Chine, et en redoute pour des producteurs aussi peu anecdotiques que le Venezuela, le Nigeria, l'Algérie, la Libye ou encore l'Angola.

Mais perso, j'avoue ne pas trop voir l'intérêt de savoir si on a passé le peak oil dans l'absolu. Le pic de la production globale n'a que peu d'intérêt. Moi ce que je vois, c'est qu'avec les émergents qui émergent, et leur consommation qui explose, pour que la part de pétrole allant à l'occident soit ne serait-ce que constante, il faudrait que la production explose.

Regardez la consommation de la Chine, passée de rien du tout en 1960 à 10 millions de barils aujourd'hui, soit 15% de la production mondiale :


Ces 15% là, il a bien fallu les trouver quelque part. Contrairement aux dollars, le pétrole, ils ne savent pas l'imprimer...

Regardez la page consommation de la dernière Statistical Review de BP :


Regardez l'évolution entre 2001 et 2011 :
   USA : passage de 19,6 millions de barils par jour à 18,8, soit -4,1%.
   France : passage de 2,0 à 1,7, soit -14,2%
   Allemagne : passage de 2,8 à 2,3, soit -15,2%
... etc etc

Italie : -23% en 10 ans. Irlande : -22%. Grèce : -15%. Portugal : -25%. Suisse : -15%. Suède : -10%. Japon : -18%.

A l'inverse,
   Chine : passage de 4,8 à 9,8 (+101%)
   Inde : passage de 2,3 à 3,4 (+52%)
   Afrique : passage de 2,5 à 3,3 (+33%)
   Russie : passage de 2,5 à 2,9 (+18%)
   Arabie Saoudite : passage de 1,6 à 2,9 (+76%)
   Brésil : passage de 2,0 à 2,7 (+31%)

Et ainsi de suite...

Et certes, on a des voitures plus performantes, mais ça n'explique pas tout.

Voici par exemple les chiffres du nombre de miles parcourus aux USA :




Les américains ont déjà passé leur peak oil. Et c'était en 2005. 2 ans plus tard, leur ponzi s'effondrait... Notez bien que le pic a eu lieu avant la crise et non après... C'est important en terme de relation de causalité...

8 commentaires:

  1. Attention a lier cela a l'importation de produits finis. Si j'importe un jouet en plastique de chine en Europe, j'importe aussi du pétrole virtuel. Donc la conso directe + indirecte serait intéressante a estimer.

    De la même façon qu'on doit regarder les importations / conso d'eau avec les importations de viande, on ne peut pas dissocier.


    Donc ca prouve aussi en partie que la production (et les ressources primaires nécessaires) sont passées d'un pays à un autre.

    Le tt est de savoir si on saurait éventuellement rapatrier.


    RépondreSupprimer
  2. Le pic absolu sera quand même important, puisque les "capitaux flotants" ne trouveront plus nulle par ou s'investir !!

    Pour nous, le pic export à déjà été passé.
    Le pic "per capita" a été passé aussi.
    Etc...

    Il n'y a pas "un" pic mais plusieurs.

    Ceci dit, quand "le" pic arrivera, il fera des dégâts a l'économie mondialisée, et donc, a nous par ricochet, parce que nos fond d'investissements ne seront plus rentable, les banques feront faillites, les retraites devront être coupées, etc...

    RépondreSupprimer
  3. Je crois qu'il est fondamental de mettre un nom clair sur la crise que nous connaissons car c'est le moyen le plus intelligent de répondre aux problèmes que l'on rencontre déjà et que l'on va rencontrer à l’avenir. Si on veut se projeter dans l'avenir et si on veut réunir nos forces vives à cette fin il est nécessaire de hiérarchiser nos difficultés dans le temps. Tant que l’on ne reconnaitra pas que nous rencontrons LA crise des limites à la croissance due au pic pétrolier mondial, je crois que l’on ne fera qu’aggraver notre cas, on ne fera que procrastiner, ce que l’on fait avec succès depuis 2005.

    Tout le monde a oublié ce qui s'est passé entre 2005 et 2008 qui a marqué le début de la crise. Sur cette période on a eu droit à un avant-goût de ce qui nous poursuit depuis.

    - Inflation pétrolière, contagion de l'inflation, crise du pouvoir d'achat et destruction de la demande.
    - Marins pêcheurs et camionneurs en grèves, et en faillites
    - Fuite en avant dans l'endettement, croissance à crédit, Subprimes
    - Engouement pour les schistes bitumeux et biofuels, et désillusion
    - Emeutes de la faim, instabilité politique et sociale.

    En 2008, la crise du pic pétrolier est entérinée car l'économie est atteinte en son cœur, les rétroactions positives décroissantes prennent le relais sur les rétroactions positives croissantes qui ont caractérisées la période Pré Peak. Nous sommes installés sur le plateau qui préfigure déjà le nouveau cycle à suivre.

    Pourquoi s'empêche-t-on de poser ce diagnostic? La peur de l'effet Wall E Coyote ? Serions-nous trop près du mur que pour le voir ? Quand j’observe notre capacité phénoménale de nous mentir à nous-mêmes, je me dis que j’ai bien eu raison de ne pas avoir foi en l’avenir depuis si longtemps.

    Depuis 1973 le gâchis est énorme, depuis 2005 il est incommensurable ... J’en suis démoli !

    Eg.O.bsolète

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous êtes bien sombre.

      Il y a une manière de positiver.

      Après tout, cette situation est une bénédiction. Car c'est un puissant, et inéluctable, game changer.

      Plutôt que de chercher à la combattre (parfaitement vain) il faut au contraire s'en réjouir.

      Tout le monde sent bien (confusément) que nous parvenons à la fin d'un grand cycle. A 7 milliards d'individus, l'humanité est un virus, une immondice, corrompue, veule, auto destructrice.

      Les Peak vont remettre les compteurs à zéro. A commencer d'abord par une sérieuse (et nécessaire) réduction de la population.

      A ce sujet il est stupéfiant de voir que personne ne fait l'inférence peak = ressources / consommateurs.

      Les ressources baissent... mais personne n'envisage la réduction du nombre de consommateurs !

      C'est le tabou ultime empêchant les veaux que nous sommes de réfléchir.

      Mais c'est bien parce que c'est une telle évidence, qu'elle est inéluctable.

      Vous pensez bien que le système l'a parfaitement intégré. Si la population était de 1 milliard au lieu de 7 ou 8... les problèmes, les angoisses des peak s'évanouiraient !

      Bref, ce sera un passage (douleureux, mais il est inutile de geindre à se sujet), mais qui ne fait aucun doute.

      Ensuite seulement, l'humanité pourra éventuellement (aucune certitude) retrouver de vraies marges de manoeuvre et entamer un nouveau cycle.

      Supprimer
    2. Tout à fait.
      On avait 30 ans devant nous en 73.
      Maintenant la fenêtre d'action est terminée, et on a fait l'inverse de ce qu'on aurait du.
      C'est l'heure de passer à la caisse.
      Les petits troubles qui commencent (usines qui ferment, prof qui gueulent, etc...) ne sont qu'une mise en bouche.
      Les gens commencent à réaliser (je ne cesse de le dire depuis 3 ans) que la crise ne va pas s'arrêter, que les politiques qui leur promettent tous les 6 mois qu'elle est finie ne sont que des menteurs.

      Je ne sais pas si nous connaîtrons un choc ou une lente glissade ou un peu des 2. Mais je sais qu'il est urgent d'agir.
      Non pas palabrer et se donner du courage ou râler, mais agir.

      Même informer c'est bien, mais selon moi, ceux qui veulent savoir peuvent. Ce n'est pas l'information qui manque. C'est l'action.

      Déjà a titre individuel, ensuite avec son cercle de proches, et après on verra.

      Je me prépare depuis 2008, et je vois comment c'est compliqué, long, et les efforts que ça demande. Sortir ses sous des banques, ok, mais après ? Et puis en fait, la "préparation" se transforme en nouveau mode de vie. Ce qu'on croyait temporaire devient juste une adaptation permanente.

      Donc je comprends que tu te sentes démoli face à un tel gâchis. Ca va être difficile de passer au travers des goûtes.

      Je lis Obertone (j'ai commandé son bouquin, intrigué) ... l'ampleur du décalage de la sphère médiatico/politico/parisienne avec la réalité est d'une ampleur tellement gigantesque que ça frise la psychose collective pour les uns, le suicide de masse pour les autres !
      C'est juste dingue.

      Supprimer
  4. HORS SUJET MAIS URGENT

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=l0_l_zieEsM#!

    CORDIALEMENT

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce lien.

      Excellente analyse et effrayant.

      Supprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.