dimanche 20 janvier 2013

Favi, l’usine qui tourne sans chefs

Favi, l’usine qui tourne sans chefs
Capital, 20/01/2013 (en Français texte en français )
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Depuis près de trente ans, ce sous-traitant picard pour l’industrie automobile pousse ses 400 ouvriers à élire leurs responsables et à travailler sans hiérarchie. Et le succès de son modèle fait réfléchir.

le management repose sur des principes rares dans le monde de l’entreprise. «L’homme est bon, il faut lui faire confiance, tout le monde a le même but, satisfaire le client, et chacun doit être traité de la même façon», récite Dominique Verlant, le discret quadra qui dirige la société depuis 2008.

Fini, les places de parking réservées (sauf pour les clients) et les berlines de fonction à l’usage des cadres (elles sont désormais affectées à ceux qui roulent le plus). Même les toilettes des ouvriers sont plus confortables que celles de la direction : «Normal, elles sont davantage utilisées», précise Dominique Verlant. Quant aux primes individuelles, elles ont été abandonnées il y a belle lurette, y compris pour les commerciaux, au profit d’un intéressement et d’une participation identiques pour tous (3.000 euros environ en 2011).

«Le seul véritable échelon, c’est l’opérateur, explique le directeur. C’est lui qui fait, donc lui qui sait, et il ne faut pas le fliquer.»

Pour redonner de l’autonomie aux ouvriers, l’activité a été découpée en une quinzaine de «mini-usines» de 10 à 40 personnes, chacune dédiée à un client – PSA, Renault, Fiat… – ou à une mission transversale, la maintenance par exemple. A leur tête, pas de chefs, mais des ouvriers cooptés par leurs collègues. Ces «leaders», qui rapportent à la direction ou aux fonctions support, n’ont qu’un statut d’agent de maîtrise et peuvent redevenir simples opérateurs en cas de désaveu ou s’ils le demandent. Leur rôle ? «Organiser la production de A à Z, définir les besoins d’investissements, ajuster le planning de l’équipe…», énumère Régis Marchetti, 47 ans, leader de la mini-usine PSA Valenciennes, un bloc de machines qui s’étend sur 500 mètres carrés. «On gère aussi les congés, les entretiens de fin d’année et les augmentations, on transmet les revendications et on règle les conflits, comme quand l’opérateur de l’après-midi se fâche avec celui du matin pour une machine mal nettoyée.»

Les «Faviens» tiennent à leur organisation atypique. Il faut dire qu’elle n’empêche pas l’entreprise d’afficher de bons résultats dans un secteur où la pression des clients et la concurrence sont exacerbées : le chiffre d’affaires augmente chaque année (80 millions d’euros attendus en 2012) et le résultat d’exploitation tourne autour de 15%, bien plus que chez ses rivaux.

L’autogestion, mise en place avec intelligence, génère en effet de jolis gains de productivité – 3% par an depuis vingt ans, chez Favi.

Le service administratif ne comporte que sept salariés, standardiste incluse, le directeur financier est aussi DRH, la responsable de la paie gère la trésorerie et l’informaticien, la logistique.

Idées à 1 000 euros. Chaque mini-usine est en effet tenue de trouver au moins une idée d’amélioration par semaine, à noter sur un grand tableau «Kaizen» dans le bureau de son leader : «rehausser un bac pour éviter le mal de dos», «aligner deux postes pour ne plus pivoter», etc. Alexandre Rhuin, 34 ans, opérateur de la mini-usine Renault, a ainsi imaginé les modifications d’une fraise qui permettent de ne plus la changer que toutes les 60.000 pièces, contre 8.000 auparavant. Un jury, composé notamment d’opérateurs, octroie chaque mois une prime de 1.000 euros à la meilleure initiative. Un juste retour : la moitié des gains de productivité viennent de ce genre d’idées.

Pour que personne ne perde de vue le sens de son job, Favi s’efforce de casser la routine. Car un opérateur réalise de 200 à 1 500 pièces par jour. Alors, «depuis cinq ans, on change de poste chaque heure, et on peut permuter entre mini-usines au bout d’un an ou deux», raconte Alexandre Rhuin, qui a travaillé pour quatre clients en dix ans. Pas évident, mais les ouvriers ne se plaignent pas.

Et les syndicats, dans tout ça? Chez Favi, il n’y en a pas. «Si j’ai un problème, j’en discute avec mon leader et je suis écouté», assure Nicolas Carpentier, qui produit pour PSA. En trente ans, personne ne s’est présenté aux élections.

Bref, l'anti ça :


Et leur modèle est clairement efficace. Alors pourquoi ne fait-il pas des petits ?

A croire que la logique de profit prime jusqu'à un certain point. C'est comme pour la presse.

Il y a des limites à ne pas franchir pour nos élites "éclairées"...

Perso, depuis que je bosse en SS2I, entre le CMMI, le LEAN et autres nazeries imposées par l'armée mexicaine parisienne, et abandonnées systématiquement 2 ans après, à aucun moment, on nous a donné la parole pour nous demander ce que l'on changerait spontanément pour améliorer tel ou tel process...

Le cas Favi, c'est un peu comme Bourguignon pour l'agriculture. Ils ont des modèles plus efficaces. Mais ce succès est infiniment dérangeant pour nos élites. Et donc en toute logique, il est indispensable de casser ce petit monde.

Car dans une pure logique de capitalisme véritable, ceux qui refuseraient de s'adapter à ce modèle plus efficace, seront amenées à mourir...

Je pense que quelques directives européennes sur mesure, achetées par la corporatocratie, et mettant des bâtons dans les roues de tous ses empêcheurs d'éliter en rond, feront amplement l'affaire...

19 commentaires:

  1. Modele tres mauvais pour l'ego de nos diplomés "grande ecole".

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  2. Mon dieu, donc les revenus délirants honteusement taxé par l'etat diabolique, serait illégitimes.

    Les petits gars à 1000 euros serait finalement ceux qui bossent réellement ?

    Je crois plutôt que tu es en train de virer communiste.

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  3. ça ne marchera pas t'en que.... même eux il faut qu'ils nourrissent les clients.

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  4. Ce modele n'est pas nouveau : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1964_num_15_6_407633

    La Yougoslavie en sont temps, est allée vers ce modèle (certes plus orienté bien commun que profit, mais le fonds est sensiblement le même : être efficace, productif et démocratique), j'oserais parler de "communisme de l'excellence" probablement la seul expérience communiste véritable ET efficace à l'échelle d'une nation. IL faut comprendre que la séparation de la Yougoslavie vis a vis de Moscou n'était pas une raison d'indépendance mais bien de divergente profonde idéologique. On comprend mieux l'absolue nécessité de détruire ce modèle par l'occident après la chute de l'URSS... Voir également cuba qui a semi-privatisé son agriculture suite a la crise de pétrole des années 90 devenant la Mecque de l'agriculture durable.
    Vortex.

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  5. Dans le même genre, on trouve le groupe Brésilien SEMCO. Le dirigeant Ricardo Semler a mis en place une structure centrée sur la confiance accordée aux salariés. L'histoire est très bien racontée dans son livre "Maverick" http://www.amazon.fr/Maverick-Ricardo-Semler/dp/0712678867/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1358684992&sr=8-2

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  6. "Alors pourquoi ne fait-il pas des petits"
    Plus efficace globalement mais pas unitairement pour tout le monde, la rente prime encore.

    Pour une fois que je lis un post optimiste ici !

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  7. Cela me fait penser à une sortie de ma cousine (elle a 16 ans) :

    "Plus tard, je veux travailler à l'usine.
    Mon grand père m'a emmené une fois à l'usine. Il y avait un homme qui n'était pas en bleu comme les autres. On voyait bien qu'il ne comprenait rien à ce que les autres faisaient, mais pour lui tout était simple et clair. Un jour, je serai à la place de cet homme."

    On sent la future manager...

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  8. La Belgique a bien réussis à ce passer de président pendant plus d'une année.
    C'est bien la preuve que ce genre d'individu n'est pas indispensable.

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  9. y'a quand même certaines idées qui ressemblent au lean (amelioration continue par exemple)

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  10. Sans compter les salariés intérimaires... le peu que j'en ai vu, j'ai halluciné sur la proportion d'ouvriers dans une usine qui n'étaient que des intérimaires, ceux qui ne sont jamais sûr d'être rappelés pour la semaine suivante... complètement à la merci de l'employeur... quelle dignité peut-il y avoir là...

    Et tous ceux qui travaillent là mais pour un autre employeur ? Le ménage ? Sous-traité ! Le gardiennage ? Sous-traité ! La laverie ? Sous-traitée ! La dératisation, la climatisation ? Sous-traité, vous dis-je ! Bref, vous pouvez passer une année entière à bosser tous les jours au même endroit, avec les mêmes gens, sans pour autant faire juridiquement partie de la même société...

    Les SSII, que je ne connais guère, me semblent être le plus haut niveau de raffinement dans le diviser pour mieux régner : être arrivé à précariser même les diplômés, ceux qui auparavant pouvaient au moins prétendre rester accrochés à l'entreprise quoi qu'il arrive...

    Max

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    1. @Max

      Dans la recherche et les sciences du vivant, c'est pareil dès que tu sors de la fac.

      Des CDD de 4 mois temps partiel pour des docteurs, j'en ai vu...

      Les seuls remèdes connus sont
      - piston
      - fonction publique
      - expatriation
      - aller dans le juridique ou le commercial

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    2. C'est quoi l'alternative ?

      Des fonctionnaires parasites à vie, indéboulonnables ? Des salariés "protégés", car élus du personnel, qui ont bien compris les avantages du systèmes, et qui eux aussi sont indéboulonnables ?

      Bref.

      On arrêtera la sous traitance quand :
      -le code du travail passera de 10 000 articles (france actuellement) à 50 pages (suisse)

      -un salarié pourra être viré, avec 30 jours de préavis, et un gros chèque d'indemnités, sans aucun recours juridique (suppression des prudhommes)

      -un salarié, en parallèle, pourra être embauché à tout moment, en 10 minutes, car sans crainte (voir point précédent)

      bref... les choses redeviendront "normales" quand le système redeviendra "normal".

      en attendant, c'est chacun pour sa gueule, délocalisation, plus de salariés, de la sous traitance à outrance, des PME de moins de 50 mecs (merci aux effets de seuil), des salaires gelés à vie, le chômage de masse, etc.

      Vous l'avez voulu, vous l'avez.

      Alors ne venez pas vous plaindre maintenant et jouer les pleurnicheuses.

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    3. @l'anonyme de 9h32:

      C'est aussi plus économe pour les PME d'avoir des sous-traitants pour le nettoyage et autres tâches spécialisés. Genre, la femme de ménage qui ne bosserait que 3h/jour, ou le spécialiste fiscale qui ne bosserait qu'un mois par an, s'ils n'étaient employés que par une seule boîte.

      Ou parce que niveau ressource humaine, c'est plus simple d'avoir une boîte spécialisée dans le gardiennage, que de devoir recruter et former les gardiens. Sur ce dernier point, c'est d'ailleurs mieux d'avoir des extérieurs pour pouvoir espionner les employés (voir le film "De rouille et d'os").

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  11. Discotonio, il faut absolument que vous lisiez le bouquin du Dr Dupagne; "la revanche du rameur". c'est ce dont il est quastion dans cet article
    taper sur gogol et vous tombez sur le site dédié au livre avec un résumé.

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  12. Disco il faut absolument que tu saches de quoi tu parles. L'organisation de la FAVI est fortement inspirée de LEAN (entre autres choses). Ses dirigeants (eh oui il y en a) ont été plusieurs fois au Japon pour voir ce qui s'y faisait et comment tout le monde était impliqué dans la production (avec des ouvriers dans leurs bagages et pas que des cadres).

    Cette boite est un exemple d'organisation intelligence sans dogmatisme si ce n'est celui de faire et de s'améliorer (cf. roue de Deming et cie...).

    Bref il ne faut pas confondre ce que tu sais / vois de Lean et ce qu'il recouvre vraiment. Et évidement que cette méthodologie (ou plutôt principes) peut aussi être très négative. Comme tout en fait...

    Le site de la Favi listait nombre des principes qu'elle applique. J'imagine que c'est encore le cas. Le livre qui expliquait comment ils en sont arrivés là étaient disponibles sur Lulu (impression à la demande). Très intéressant.

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    1. Ouais, je sais ce qu'est censé être le LEAN à la base. Mais ce que j'en ai vu perso, ça n'a rien à voir avec ça. Le mot a juste été dévoyé.

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  13. Ca serait pas plutôt "CMMI" ? :)

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  14. FAVI n'est pas un modèle isolé. Cf. "Liberté & Cie" d'Isaac Getz et le documentaire "Le Bonheur au travail" de Martin Meissonnier, diffusé sur Arte (visible en replay). De ces deux références vous allez découvrir un monde formidable dont on ne parle encore que très insuffisamment !

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