mercredi 9 janvier 2013

I have a dream

Quelque chose de cet ordre là...

   2013 : Raoul Maurice, employé de SS2I, en ayant marre de se sentir nié son humanité par un monde urbain et "moderne" de plus en plus aliénant et dégueulasse, fonde "Au bon algorithme" dans une vieille bâtisse du village de Saint André de Double, entre Périgueux et Libourne.


Agrandir le plan

Profitant du passage d'une ligne Internet à haut débit à proximité, et d'un coût de la vie bien plus faible, il propose à des gens ressentant cette même aliénation, et désireux de trouver une autre vie, de le rejoindre, moyennant un salaire moindre, mais qui en terme de qualité de vie, s'y retrouveront parfaitement.

   2014 : Sa SS2I d'un nouveau genre, proposant des prix plus faibles que ses consœurs, n'a aucun problème à trouver des projets, comme des volontaires (surtout depuis que Capital a fait un reportage sur son entreprise).

Élu maire du village, Raoul assure aux nouveaux arrivants au village qu'ils puissent s'installer confortablement, mais dans des maisons neuves très bien isolées, construites selon un cahier des charges strict, alliant charme de la pierre, colombages et anfractuosités sur les façades, toits en ardoise, avec le confort de la modernité. Ayant pris soin dès le départ d'acheter les champs alentours au prix de la terre agricole, le terrain est revendu à ce même prix aux employés volontaires, et le prix des habitations reste très abordable de par un prix du foncier ridiculement faible.

Les employés ont beaucoup de liberté en terme d'organisation du temps de travail, et sont payés au prorata de ce qu'ils travaillent, ajusté des frais généraux. Un système de péréquation est mis en place, permettant aux familles avec enfants en bas âge de travailler moins à salaire égal.

   2015 : Avec l'arrivée de 50 familles, Raoul fait ouvrir une épicerie multi-services (poste, essence, tabac...), filiale de sa SS2I. Elle fait également bar et restaurant. Une école primaire est réouverte. Les gens peuvent venir vendre à l'épicerie leurs surplus de légumes issus de leur potager. Un médecin vient s'installer également.

Un système de commande groupée par Internet est mis en place avec les villages voisins afin de mutualiser les frais de livraison et d'éviter aux habitants de se rendre en ville pour le moindre achat.

   2016 : Raoul fait mettre en place également un système de collecte du bois raméal en hiver, achète les champs alentours, et diversifie l'activité de sa SS2I en se lançant dans la culture maraîchère et le semis direct sous couvert. Ce sont les employés, très contents d'échapper à la routine et d'alterner emploi de bureau et travail en extérieur, qui font tourner un peu tout, selon leurs préférences, de la SS2I au bar, de l'épicerie à la culture des champs...

Via un système de petites éoliennes discrètes, la facture d'électricité de la ville est réduite, et Raoul subventionne l'achat de tout vélo électrique, afin d'inciter les gens à abandonner la voiture sur les petits trajets, et à se maintenir en forme.

Une petite médiathèque faisant aussi cinéma est créée.

Deux voitures électriques automatiques en autopartage sont achetées.

Malgré des salaires plus faibles, les employés, une fois la maison payée, entre isolation des maisons, potager, chauffage et chaudière à bois, petites éoliennes, vélo électrique, ont des besoins financiers courants très faibles et une capacité d'épargne bien plus importante que quiconque en ville avec un gros salaire.

   2017 : Le système de collecte du bois raméal fonctionnant très bien, et pouvant s'étendre au delà du village, l'entreprise achète des machines pour créer une entreprise de fabrication de granules de bois de chauffage, pour utilser le bois trop gros pour être épandu.

Une PME industrielle sidérurgique, faisant travailler des gens bien moins éduqués, est attirée par le concept et l'excellent rapport compétitivité/niveau de vie qu'il offre, et vient s'installer également.

Le village a vu également une activité touristique chez l'habitant se développer alors que beaucoup de gens sont attirés par la beauté du village et le modèle.

Le village a atteint les 500 âmes (200 actifs, 200 enfants et 100 retraités), et tout le monde s'accorde sur le fait que la bonne taille a été atteinte. Mais dépassé par son succès, l'afflux de volontaires explose. Fort de son expérience, Raoul propose un site web expliquant dans le détail la démarche qui a été suivie pour qui voudrait la refaire. Les expériences se multiplient partout en France et dans le monde. C'est viral. Raoul crée aussi de lui même dans d'autres villages, des structures du même acabit et en confie la gestion à un gérant régulièrement élu...

L'entreprise investit dans des entreprises d'extraction et de fabrication de matériaux anciens ainsi que dans des cabinets d'architecture d'un nouveau genre, afin de faire baisser les coûts et d'augmenter l'offre d'architecture vernaculaire et moderne.

   2032 : l'agglomération parisienne, forte de 4 millions d'habitants, voit sa population baisser pour la 13ème année consécutive. Le projet du grand Paris a été abandonné 7 ans plus tôt et celui de restructuration de l'agglomération bat son plein.

   2043, Paris : Une foule estimée à 500 000 personnes accompagne le cercueil de Raoul Maurice, grand croix de la Légion d'Honneur, dans un cortège lui rendant un dernier hommage. Ayant refusé de son vivant toute idée de panthéon, il est enterré à Saint André de Double dans le cimetière communal.

Voila, c'est un peu bisounours au pays des petits poneys, mais pas tant que ça... Ça allie capitalisme libéral et socialisme concret, à échelle humaine, modernité et tradition... Il y a surement quelque chose à creuser dans cette direction là... Le côté despote éclairé est peut-être le point qui rend l'exercice délicat. Peut-être y a t'il moyen de penser SCOP plutôt. Mais ça ne se veut pas un mode d'emploi parfait, juste une vision...

En tous cas, toutes les conditions techniques et économiques sont réunies pour rendre un tel projet faisable. Et surtout, il est économiquement rentable et compétitif, sans subvention...

23 commentaires:

  1. Bravo, tu as inventé le Kibboutz, surtout ne le dis pas à ton copain Alain S.

    RépondreSupprimer
  2. Et bien notre Tonio va finir par rejoindre la communauté Amish d'Amérique du nord si ça continue ;-)

    RépondreSupprimer
  3. Ce n'est pas moderne au sens de René Guenon en tout cas !

    Ton projet est entre le Kibboutz et le bail féodal. Raoul est un seigneur qui s'ignore.
    A quand le diner/pique-nique géant pour remercier les contribuables de payer leurs impôts ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si y a que ça pour te déranger, tu peux imaginer une SCOP si tu veux. D'ailleurs, je le dis moi même que le côté despote éclairé pose problème.

      Supprimer
    2. Avoir un seigneur avait ses bons cotés.

      La corvée remplaçait l’impôt à l'époque : 30 jours de travail. Un actif aujourd'hui paye le double, voire le triple.

      Le seigneur (qui vivait en seigneur ce la va de soit), en contrepartie, avait des devoirs vis à vis de ses gueux, y compris de leur payer deux fois par an un banquet pour les remercier de payer leurs impôts...

      Rappelles moi la dernière fois où ton contrôleur des impôts t'a payé ne serait-ce qu'un sandwich ?

      Supprimer
    3. Mais que vient foutre le "contrôleur des impôts" là-dedans !?
      N'importe quoi !
      Comme si le contrôleur se verser directement les impôts sur son compte !

      Supprimer
  4. Salut Tonio,

    Cela fait un moment déjà que je suis ton blogue. E même si parfois je ne partage pas a 100% tes positions, je concède qu'elles sont pertinentes.
    Quand tu veux pour partager et construire "ton rêve".
    Et je suis sérieux, c'est la première fois que je poste un commentaire

    RépondreSupprimer
  5. Sympa l'historiette.

    Mais problème... Raoul a oublié de te dire que la communauté n'était constituée que de français de souche, et d'étrangers européens blancs.

    Aië, aië.

    Et Raoul a aussi oublié de te dire qu'en 2030 il y eut une guerre avec le groupe des "jeunes stigmatisés", qui fut sanglante, qui détruisit et ruina la village.

    Aie, aie...

    ;-)

    Bref. Le premier commentaire a parfaitement raison d'utiliser le mot "Kiboutz".

    Mais j'ajoute pour que tout le monde comprenne : le Kiboutz par essence réclame une... homogénéité disons... culturelle.

    Fermez le ban.

    Voilà précisément pourquoi ton historiette... restera une historiette.

    Une douce rêverie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Raoul a oublié de te dire que la communauté n'était constituée que de français de souche, et d'étrangers européens blancs."

      Non, c'est pas l'idée. La vie à la campagne permet à mon avis bien mieux de faire cohabiter les différences. Les gens trouvent du sens commun dans les activités qu'ils partagent et leur praxis commune.

      En revanche, que des honnêtes gens...

      Et c'est pas parce que tu fais avec la diversité française existante que t'es obligé de continuer d'en faire venir de nouveaux...

      cf plus loin...

      Supprimer
  6. N'empêche que ça pourrait faire une bonne base à une série ou un film.

    Rien de mieux que de faire vivre, visualiser aux gens pour rentrer dans les cœurs et les cerveaux ;)

    Ca partirait d'un gars bossant en banlieue parisienne, avec un pavillon à crédit sur 30 ans à Fontenay aux Roses. 2 heures et demi de transports par jour, entre bus, RER et métro. Vision des transports, de la haine ordinaire, de l'agressivité ambiante, de l'immigration chance, du béton pourri...

    Sa femme issue du boboland comme lui trouve qu'il part en sucette et le quitte avec ses gamins pour un artiste de gôche subventionné. Ses amis aussi. Il remet en cause l'immigration aliénante, on le traite de raciste. Il conteste le progrès de gôche, on le traite de réac droitier...

    Au boulot, il se tape des collègues qui ne parlent que du dernier ipad...

    Il en peut plus.

    Et on peut imaginer par exemple, qu'il gagne au 100 millions d'euros loto.

    Au début, il fait ce qu'on lui montre comme la normalité. Dubaï, Megève, jet set, rails de coke, putes, décadence. Il est toujours profondément malheureux. Voire plus. Au bout d'un an, il regarde son compte de chez Carmignac Gestion, et bien qu'il aie dépensé 10 000€ par jour, il a 105 millions d'euros...

    Alors un jour qu'il se ballade, et cherche à se ressourcer en France, il tombe sur ce village.

    Là commence l'aventure décrite dans le post.

    Par la suite, on peut imaginer des rebondissement comme un complot du président de l'UMPS Niçois Sarkhande et de son premier ministre Franlem Cosir, avec Vinçouygues et PNB Générale pour tuer son entreprise. Les gars sont découverts et finissent en taule.

    On le pousse à se présenter et est élu avec 72% des voix.

    Il dénonce l'immigration et investit en revanche dans les pays pauvres dans le développement d'une version adaptée de son modèle.

    Et ainsi de suite... Bulle de crédit et de mauvaise dette, conflit de générations, bétonnisme, ponzi démographique...

    etc etc...

    RépondreSupprimer
  7. Ça me rappelle le film "The Village"

    RépondreSupprimer
  8. Avec un peu de démocratie du hasard à la Etienne Chouard, banco !

    RépondreSupprimer
  9. L'état français n'aime pas la concurrence : Ses planificateurs vont lancer le jihad contre Raoul.

    Je ne dis pas que son idée est à jeter. Je dis qu'il va se prendre la machine dans la tronche.

    yp

    RépondreSupprimer
  10. ça ne marchera jamais:dans deux ans ,la directive bolkenstein sera étendue au employés indiens et chinois dans le cadre d'un grand marché unique universel

    RépondreSupprimer
  11. A part les vélos électriques et les voitures électriques (débile)... Mon ToNio met toi au gazogène plutôt... Ca a l'air pas mal...

    RépondreSupprimer
  12. Excellent.
    Les conditions techniques sont réunies.
    Par contre, "rentable et compétitif sans subventions" ... je ne veux pas être désobligeant, mais tu planes, ça se voit que tu n'a pas "essayé" ce modèle la.

    Déjà la bois raméal, c'est le binz pour y parvenir, il faut rentabiliser la broyeuse qui n'est utilisée qu'une fois par an et coûte très cher. Il faut une commune de villages.
    Le vélo et la voiture électrique, question d'EROEI c'est beaucoup plus cher que la voiture à essence, et pour l'intermitant (éolienne) il faut des batteries gigantesques si tu veux alimenter ce genre d'appareil.

    Les maisons passive et tout le tutim, il faut un capital de fou pour acheter / faire les travaux de rénovation. Combien de temps pour amortir ? je ne sais pas, mais probablement des dizaines d'années.

    J'en sais quelque chose puisque je suis en train de mettre en place tout ça chez moi, a l'echelle d'un village. Il y a tellement de soucis dont on n'a pas idée...
    La en ce moment, on vient de découvrir des vielles canalisations ... faut tout refaire, une tranchée dans le village, pelleteuse, etc...
    Et tout ça à l'electrique ? c'est juste "LOL".
    On est accro au pétrole pour encore longtemps. On a rien pour remplacer.

    Donc c'est un super projet, mais a moins d'être millionnaire, et d'être prêt a "sacrifier" son capital (car le retour sur investissement ne se fera pas avant 50 ou 100 ans), c'est totalement illusoire.

    Par contre, dans le temps, oui, c'est la bonne direction à prendre.

    RépondreSupprimer
  13. ça me fait penser au couple parti à la campagne dans "Scenes de menages" sur M6.

    Mode de vie synonyme d'ennuie et de chiasse issue de la consommation des légumes du potager ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En même temps, tu t'attendais à quoi de la part de gens qui vendent du temps de cerveau disponible pour les fabricants de merdes ?

      Qu'ils mettent en avant sans les dénigrer des gens qui envoient chier tout ça ?

      Réfléchis deux secondes...

      Supprimer
  14. Justement je soulignais la façon dont s'était présenté, pas mon avis perso.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. au temps pour moi, j'avais pas compris...

      Supprimer
  15. Un journaliste-hacker informatique (Drapher) qui a déjà entrepris ce type de délocalisation en commençant par construire sa maison:
    http://reflets.info/diy-une-maison-bio-climatique-autonome-en-energie-why-not/

    Pas cher la maison...

    RépondreSupprimer
  16. Pour avoir pu acheter de la terre agricole avec toutes les difficultés que cela implique : diplôme, SAFER, disponibilité du foncier, prix plus élevé que ce que l'on croit si terre bonne et bien placée, concurrence des autres agriculteurs à l'achat (ils sont prioritaires), mentalité rurale pas forcément ouverte à des projets innovants... ben je te souhaite bon courage !

    De mon point de vue, je retourne à la terre pour me rapprocher de mes ancêtre et de la Tradition, pas pour changer la vie des "bouseux" locaux dont je fais désormais partie.

    Ceci-dit l'idée est bonne jusqu'au moment où l'activité se développe "trop" recréant les maux qui étaient fuis à la base. Il y a un petit côté mégalo ! :p

    RépondreSupprimer
  17. Tout le monde se rend bien compte que le système actuel ne mène à rien de bon, que ce soit pour les gens ou l'Humanité dans son ensemble.
    Hormis le côté despote local (complètement inutile au bon fonctionnement du modèle d'ailleurs), on aurait grandement besoin d'initiatives de ce genre.

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.