samedi 5 janvier 2013

Quand l'élite américaine refuse la méritocratie

Ha bon ? Les élites américaines se feraient de père en fils sans logique de mérite ? Les bras m'en tombent   

C'est vrai qu'on imagine bien skull and bones accepter des asiatiques juste parce qu'ils sont doués...

Trop bons, les Asiatiques sont les pestiférés de l’Université américaine
Rue89, Hélène Crié Wiesner, 04/01/2013 (en Français texte en français )
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Dans les lycées les plus durs, une majorité d’Asiatiques

Ce qui n’aide pas, en revanche, ni en Ivy League ni dans une dizaine d’autres facs très sélectives, c’est d’être «  asian-américan  » (je dirai asiatique pour faire court). Ecoutons encore Carolyn Chen  :

«  Ceux-ci constituent 5,6% de la population des États-Unis, mais 12% à 18% du corps étudiant des écoles de la Ivy League. Mais si on considère leurs mérites scolaires – notes, résultats aux examens, récompenses académiques et activités extra-scolaires –, les Asian-Américains sont sous-représentés dans ces établissements.

Il suffit de regarder les meilleurs lycées publics de New York, de San Francisco et d’Alexandria, où les admissions sont basées sur des notes et des examens  : 40% à 70% des élèves y sont asiatiques.  »

Je vais encore une fois faire appel à l’expérience familiale  : un de mes fils a fréquenté un de ces lycées publics, en Caroline du Nord, où presque la moitié des élèves étaient asiatiques. Il convient que peu d’entre eux, même excellents, ont réussi à entrer dans une Ivy League. Alors que d’autres camarades, moins performants mais d’une autre couleur, ont été pris.


Une sélection taillée pour les Juifs dans l’entre-deux guerres

L’essai de Ron Unz, «  Le mythe de la méritocratie américaine  », explique de manière précise l’origine de cette curieuse sélection, dont les Juifs ont été les premières victimes. Je vous en livre quelques passages dans une traduction sans doute approximative  :

«  Pendant les années 20, les élites anglo-saxonne dominant la Ivy League ont voulu endiguer l’augmentation croissante des étudiants juifs, mais leur intention initiale d’imposer tout simplement des quotas numériques a suscité une immense controverse et l’opposition des professeurs.

Le président d’Harvard de l’époque et ses collègues ont donc choisi de modifier le processus d’admission. Au lieu de simples critères académiques, ils ont pris en considération des choses complexes et hasardeuses comme la personnalité des candidats.

L’opacité en résultant a permis l’admission ou le rejet de n’importe quel candidat, rendant ainsi possible la constitution ethnique du corps étudiant recherché. »


Le même processus se répète à l’envers pour les Noirs

« Les responsables de l’université ont alors pu honnêtement dénier l’existence de tout quota religieux ou racial, tout en réduisant au minimum l’enrôlement des Juifs au cours des décennies suivantes. […]

Un peu plus tard, le même exact processus s’est répété, à l’envers cette fois, quand, au début des années 60, les militants noirs et leurs alliés politiques ont fait pression sur les universités pour qu’elles alignent leur recrutement des minorités sur la composition de la population américaine. Là encore, il s’agissait de ne pas se baser sur des considérations purement académiques. […]

(Aujourd’hui) toutes ces élites universitaires contestent farouchement l’existence d’une discrimination à l’encontre des Asiatiques dans les procédés d’admission, mais ce genre de dénégation est identique à celles de leurs prédécesseurs dans les années 20 et 30.  »


Des mots qui ne gênent pas aux Etats-Unis

Le journaliste du NYT, David Brooks, qui applaudit l’essai paru dans The American Conservative, souligne la chose suivante, d’une manière qui risque de choquer le lecteur français :
« L’autre remarque importante de Ron Unz, c’est que les Juifs sont largement représentés dans les universités d’élite, alors que leurs performances se sont effondrées. Dans les années 70, par exemple, 40% des meilleurs participants aux Olympiades de mathématiques avaient des noms juifs. Contre seulement 2,5% aujourd’hui. »

Les meilleurs de ces Olympiades sont aujourd’hui asiatiques, c’est un fait. Certes, tout cela a pour nous, Français, des relents bizarres, mais les termes de la discussion ne choquent pas aux États-Unis. Carolyn Chen, qui dirige le département des études asian-américaines à l’université Northwestern de Chicago, enfonce le clou  :

« Dans une étude de 2009, il est démontré que sur plus de 9 000 étudiants postulant dans des universités très sélectives, les Blancs avaient trois fois plus de chances d’être admis que les Asiatiques, à performances académiques égales. […]

Pour les Blancs de la classe moyenne et de la bourgeoisie, l’excellence scolaire des Asiatiques pose l’épineuse question des privilèges, du mérite et des opportunités. »


Sur l'immigration asiatique et son excellence, il en avait déjà été question ici ou ici...

1 commentaire:

  1. Une info à trouver sur Rue89, pas les habituels blogs utopiques libertaires...

    Les USA sont un pays où l'opportunité de réussir est moins grande qu'en Europe si l'on est modeste !

    Tu devrais par ailleurs parler des Report Cards de l'ASCE sur l'état des infrastructures US. Désastreux ! Compare à la France : merci le "système national d'innovation" de Friedrich List !

    Les USA sont en voie de Somalisation.

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