vendredi 22 février 2013

Bruno Bertez : Combat de Titan

Politique Friction du Vendredi 22 Février 2013 : Combat de Titan Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 22/02/2013 (en Français texte en français )
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Combat de Titan au singulier car nous sommes loin de combats de titans au pluriel, Montebourg est tout, sauf un titan. Dans notre présent commentaire, nous ne chargerons, ni la France, ni Montebourg, car nous ressentons une certaine humiliation à être ainsi traités publiquement sur la scène internationale. La France se fait ridiculiser, montrer du doigt. Face à un courrier clair, net et sans appel, la réponse alambiquée, inadaptée du ministre, montre l’écart de culture qu’il y a entre le monde des affaires internationales et le monde de la politique français. On touche du doigt de façon très douloureuse d’ailleurs à quelle point la France est, excusez l’expression vulgaire « à côté de la plaque ».

Nous n’apprécions absolument pas l’attaque en règle de Taylor, le patron de Titan. Mais nous sommes obligés de reconnaitre qu’il vise juste, qu’il fait mal et que les citoyens français n’ont qu’une chose à faire, mis à part le cocorico du type Montebourg, c’est baisser la tête.

Nous n’apprécions pas le bonnet d’âne que Taylor met sur la tête des Français, mais ce n’est pas pour cela que nous critiquons son initiative. Amoureux de la vérité, nous sommes, à la réflexion, contents qu’il ait osé poser ces problèmes publiquement, qu’il ait osé interpeller la France et ainsi forcer à débat.

Le courrier de Taylor, patron de Titan, est un scandale, au sens propre : il fait trébucher le ministre.

Il faut lire ce courrier. C’est une mise au point claire et nette de ce qu’est le business et de ce qu’est la compétitivité. Pas de fioritures, pas de tournures alambiquées, du direct et du pratique.

On parle de la durée du travail, on parle de l’esprit au travail, bref, on parle du travail concret, pas du travail abstrait. De ce travail concret qui fait qu’on est productif ou qu’on ne l’est pas.

On parle des salaires, on met les pieds dans le plat, ce qu’évidemment les politiciens français refusent de faire et on souligne l’écart de salaires considérable qui existe entre les pays encore développés, comme la France, et ceux qui sont en train de les dépasser, la Chine et l’Inde.

Rien que pour cela, le patron de Titan devrait être félicité, car ce sont des réalités que l’on masque. Pourquoi les masque-t-on ? Parce qu’on fait l’hypocrite, on refuse de contester les choix fondamentaux qui sont fait en faveur de la globalisation et du libre-échange. Tout comme on refuse d’ouvrir les yeux, par exemple, sur l’imbécilité de l’euro pour tous.

Toute personne qui écrit, expose et dévoile la vérité sur ces sujets fait œuvre utile.

Taylor ne fait pas de sentiment, ce qui contraste singulièrement avec la réponse philosophico-larmoyante de Montebourg. Ce n’est pas avec des bons sentiments qu’on fait du business, mais avec de la bonne méthode et de la bonne rigueur. Avec les bons sentiments, on ferme boutique.

Taylor est tellement clair, tellement peu politique et tellement peu diplomate qu’il dit crûment ce qu’il en est de la réalité : le business a le choix. La globalisation, la libre circulation des marchandises nous donnent la possibilité, si nous le voulons, d’aller nous installer ailleurs, là où on est « business friendly », là où on est compétitifs. C’est du cynisme, c’est évident, mais il faut oser le dire.

Nous apprécions également le courage d’un patron qui remet un politicien à sa place. En France, la politique est au-dessus de l’économie, au-dessus de la production, au-dessus de la logique et on le voit encore avec Ségolène Royal, au-dessus de la morale. Les politiciens ont tous les droits.

Le patron français n’est ni fier, ni légitime, il tend la main et baisse la tête devant les politiciens, culpabilisé par des dizaines d’années de lutte des classes, terrorisé par les syndicats et les impôts. Le patron français a peur du fisc et du chantage implicite du fisc français. Il s’incline, tend humblement la main, penche légèrement la tête de côté, comme pour implorer pitié.

Taylor, lui, sûr de son bon droit, fier de ce qu’il fait, dit ce qu’il a envie de dire et il le dit publiquement. Les tentatives d’insinuation alambiquée de menaces du ministre ne sont pas à la hauteur, ne sont pas au niveau auquel se situe l’affrontement.

Il est évident que dans le cas de Mittal et d’Arcelor, il y a eu un affrontement de ce genre, mais Mittal, très endetté, en fait, n’est pas patron chez lui. Mittal n’avait pas la liberté de parole du patron de Titan. Par ailleurs, l’efficacité de la gestion des deux PDG est radicalement différente. Avec Mittal, on s’est enfoncé dans le capitalisme honteux, mou et critiquable. Avec Titan, on revient là où se situait auparavant l’aventure industrielle, on revient dans le provocateur, si ce n’est dans l’héroïque.

Dans la réponse du ministre, il y a quelque chose qui fait bondir, indépendamment de la philosophie et de l’esprit qui l’anime. Et c’est ce quelque chose qui nous a conduits, en fait, à écrire.

Honteux de la leçon reçue, nous avions plutôt comme première réaction d’ignorer le courrier de Taylor. Mais la réponse de Montebourg, dans son allusion à Michelin, nous a montré qu’il fallait quand même dire quelques mots.

Le ministre, et c’est extraordinaire, met en avant un des fleurons de l’industrie française, Michelin. Dieu que cela fait plaisir à voir alors qu’on a craché sur Michelin pendant des décennies. Tout le monde sait que Michelin est une entreprise conservatrice, les socialistes disent en privé que c’est une entreprise réactionnaire.

Ce n’est pas un hasard si Michelin est très proche politiquement de la vraie droite, pas de la fausse droite bien sûr. Michelin s’est toujours opposé à la syndicalisation. Michelin, encore maintenant, c’est un modèle paternaliste. Comme l’était Peugeot, d’ailleurs, avant sa chute. Peugeot a d’ailleurs très bien tenu tant qu’il était paternaliste ; dès qu’il a accepté la syndicalisation CFDT, ce fut la fin.

Michelin l’entreprise, Michelin la famille, c’est tout ce que haïssent les François Hollande de France. Ce sont des riches. C’est une dynastie. Rien de ce que représente Michelin ne peut convenir aux socialistes. Au contraire, c’est l’ennemi désigné. Mais il y a plus. Si Michelin a traversé les années, c’est tout simplement parce que la détention capitalistique a toujours été protégée. Protégée de la rapacité confiscatoire du fisc par des organigrammes de sociétés adaptés et par une détention ultime hors de portée de l’envie et de l’avidité des pouvoirs politiques.

Michelin, c’est en outre un groupe qui a réussi et tient une place mondiale parce qu’il n’a pas cédé, il a tenu tête, il a délocalisé quand il le fallait. Il est dérisoire pour un ministre socialiste de s’abriter derrière Michelin, quasi ennemi public numéro 1 et de vanter sa prospérité alors que si Michelin était resté fabricant de pneus français, il y a longtemps qu’il aurait disparu. Si Michelin s’était socialisé, il n’y aurait plus de Michelin. C’est l’international et la délocalisation qui ont permis à Michelin d’être ce qu’il est encore maintenant : un leader mondial.

17 commentaires:

  1. Excélent.
    Croustillant, pertinent, profond.

    On en revient finalement en effet à ce qui fais horreur aux maçons : le capitalisme corporatif, c'est à dire, celui des nationalistes, des fachos !

    Quelle ironie.

    En tout cas, ce Mr Titan fait beaucoup de bien à la France avec ses petites lettres que tout le monde peut lire et comprendre. Il montre, démontre, met en relief l'absurdité de notre classe politique.

    Mais elle ne pas en rester la après cette humiliation, car ses sont ses fondamentaux de déni de le réalité qui sont attaqués. C'est son essence même qui est touchée. Si les politiques sont a coté de la plaque, c'est parce que c'est leur marque de fabrique, ce qui les fait élire, ce qui fait d'eux des "élites", car ils sont censé lutter contre la "nature", nous proposer un modèle de société hors "lois de la jungle" plus humain, plus féminin.

    Et l'autre avec ses grosses couilles et sa concurrence internationale c'est l'horreur absolue pour eux. Sauf que la, ils ne peuvent rien lui dire, rien lui opposer. Car au final, lui, il fait travailler des gens.

    Tout ça est très riche d'enseignements sur la situation actuelle, pour peux qu'on ai une approche holmésienne.

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    1. ben non justement il fait pas travailler grand monde. Il a juste une grande gueule et il croyait faire ses soldes en europe...

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    2. 22/02@11:54 > Tiens, Wamen-le-champoin-du-monde interviens sur le blog : C'est quand même tellement mieux d'avoir fracassé tous les emplois du site, hein !

      Mais regardons le bon coté des choses : Toujours plus de gens qui ne contribuerons plus à financer ce système de merde de leurs côtisations et de leurs impôts.

      Maintenant, rappelez moi les chiffres du chômage et leurs évolutions, s'il vous plait...

      yp

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    3. 22 /02@11:54 > ..."wamen-le-champoin-du-monde" ??? Et c'est comme ça que vous faites avancer le débat ou que vous décrédibilisez les interventions des autres avis ? Et quand vous cautionnez l'effondrement de l’État, vous prônez aussi l'égalité et la réconciliation à coups de batte ?

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    4. moi au moins, on identifie mes commentaires, je ne suis pas anonyme.

      yp

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  2. "C'est l'international et la délo..."

    La chancon ?

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  3. Plus ça va Plus mon impression se confirme: la nomination de Montebourg ainsi que l'intitulé de son ministère est une vengeance d'Hollande. AM passe son temps à avaler des couleuvres et à prendre des coups.
    C'est assez bien joué de la part d''Hollande et de la bande des quatre. En mettant AM à ce ministère casse-gueule, ils grillent la gauche du PS pour un bon bout de temps.

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    1. Ces fils de p****s grillent surtout le pays ; mais ils n'en n'ont rien a foutre, du moment que leur compte en banque va bien...

      D'ailleurs pourquoi en auraient-ils quelque chose à foutre ? Qu'auraient-ils à craindre d'un peuple qui s'est volontairement asservi ?

      yp

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  4. Vendredi 22 février 2013 :

    Zone euro : Bruxelles prévoit une récession en 2013.

    Pas d'amélioration de la croissance en 2013, au contraire, prévoit Bruxelles. La Commission européenne a en effet annoncé vendredi qu'elle table désormais pour 2013 sur une nouvelle baisse de l'activité économique dans la zone euro, qui touchera notamment les pays les plus vulnérables de la région.

    L'exécutif communautaire prévoit une contraction de 0,3% du produit intérieur brut (PIB) des dix-sept en 2013, après - 0,6% l'année dernière, alors qu'en novembre il prévoyait encore une hausse de 0,1% pour cette année.

    La Commission européenne prévoit notamment une baisse de 1,4% du PIB en Espagne, une baisse de 1,9% du PIB au Portugal, une baisse de 3,5% à Chypre, et une baisse de 4,4% en Grèce.

    En Allemagne, première économie de la zone, la croissance devrait en revanche atteindre 0,5%. Quant à la France, elle ne devrait afficher qu'une croissance de 0,1% cette année , nettement inférieure à celle de 0,8% prévue jusqu'à présent par Paris.

    Pas d'amélioration non plus sur le front du chômage. Selon la Commission, le chômage va encore s'aggraver dans la zone euro cette année et devrait dépasser les 12% de la population active. En 2012, il s'est établi à 11,4% de la population active. Il devrait grimper à 12,2% cette année, et se stabiliser à 12,1% en 2014, avec des pointes à plus de 25% en Espagne et en Grèce.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202583636612-zone-euro-bruxelles-prevoit-une-recession-en-2013-541352.php

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  5. ridiculisé et ridiculisé en faisant l'éloge du titan français, enfin c'est pas ça qui les fera partir sinon il n'aurait jamais répondu .

    l'impunité judiciaire
    l'impunité électorale
    l'impunité représentative
    l'impunité des compétences
    l'impunité du ridicule

    blaireaucrate = c'est comme un blaireau mais il peut changer de marinière

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  6. HA!HA!HA!Bertez chantre du capitalisme américain!un jour c'est les banquiers américains qui sont le maal!un autre jour ce sont les (pseudos)industriels américains qui sont des dieux.J'ai jamais trop entendu de critiques de FOXCONN de la part de Bertez.On est bien:coincés entre hugo(CHAVEZ)Montebourg et le pdg de TITAN.Au lieu d'encenser les Berlusconi et autres,Bertez serait mieux inspiré de se pencher sur les réalisations positives du danemark , de la Finlande ou de Singapour.Le modèle américain a vécu

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  7. Vendredi 22 février 2013 :

    La France, "enfant à problèmes" de l'euro.

    Les Français doivent supprimer les 35 heures et repousser l'âge de la retraite, a affirmé vendredi un responsable du parti conservateur de la chancelière allemande, Angela Merkel, dans une interview où il a qualifié la France "d'enfant à problèmes" de la zone euro.

    "Les Français doivent faire des économies pour gagner des marges de manœuvre. Ils doivent aussi naturellement faire des réformes économiques", a déclaré à la radio publique Deutschlandfunk Michael Fuchs, vice-président du groupe de la CDU (Union chrétienne-démocrate) au Bundestag (chambre basse du Parlement).

    Il s'exprimait avant la publication par Bruxelles de ses prévisions pour 2013 officialisant un dérapage du déficit public français au-delà de la limite fixée à 3% du Produit intérieur brut qui irrite notoirement les responsables du gouvernement allemand.

    Les Français "doivent modifier le temps de travail. Vous savez que les Français ont encore les 35 heures. Cela ne peut pas fonctionner quand on travaille 42 heures en Suisse et 40 heures en Allemagne", a-t-il dit.

    "En matière de retraites, les Français ont tout faux. On ne peut pas partir à la retraite à 60 ans. Cela ne fonctionne pas. Les Français doivent y réfléchir", a-t-il ajouté.

    "Malheureusement, la France est un enfant à problèmes dans l'euro, car d'autres pays ont rempli leurs obligations de façon beaucoup plus intensive, comme l'Espagne et aussi l'Italie sous Monti", a lancé M. Fuchs.

    "Les Français ont cru qu'ils pouvaient y échapper. Cela ne fonctionnera pas".

    "Il est nécessaire que les Français empruntent à nouveau la voie de la vertu. Tout ce que nous avons accompli avec l'agenda 2010 [- les réformes du système social et du marché du travail mises en oeuvre entre 2003 et 2005 par le chancelier Gerhard Schröder, ndlr -] , les Français doivent le mettre en oeuvre. J'espère que Hollande a compris cela", a-t-il ajouté.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2013/02/22/97002-20130222FILWWW00499-la-france-enfant-a-problemes-de-l-euro.php

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    1. Et oui, les gars, il faut travailler plus, plus longtemps et être payé .. disons 30% de moins.

      Perso, je m'en tape, je suis patron.

      Reste à savoir s'il va me rester des clients.

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    2. mouais,moi je suis indépendant et je ne suis pas aussi serein que toi:savais tu qu'un artisan dit de métier d'art paye deux fois moins de charges sociales qu'un artisan tout court?on nous demande de payer plus ,de gagner moins,et cela dans un magma fiscal injuste et absurde!on en revient toujours au meme drame:tu veux faire des efforts,ça ne sert a rien!pas bon pour le futur d'etre dans un pays qui encourage le contraire de l'excellence et de l'effort et qui a réussi a l'imprimer dans les esprits

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  8. titan c'est trompé de pays. Le dépeçage à lieu en grèce

    http://au-bout-de-la-route.blogspot.fr/2013/02/populations-superflues.html#more

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    1. Ce qu'il y a de bien avec le français, c'est qu'il n'est jamais responsable de rien : il n'a pas veauté pour ses élus, il n'est pas jaloux de la réussite des autres qu'il ne souhaite pas voler par procuration, il ne veut pas être soumis aux règles comptables de base, il n'abandonne ni sa responsabilité contre un peu de confort, ni sa liberté contre un peu de sécurité...

      Aujourd'hui, la facture arrive. Et le français n'est pas content. Bouh ! :-D

      yp

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  9. Je crois que le problème est un peu plus basique que cela.

    Le Français bosse 10 semaines de moins que le Suisse, pour la scolarité c'est un peu la même chose, soyons optimiste disons que les travailleurs et les écoliers fournissent un travail égale au Suisse.
    Es-ce que dans ce stress, le travailleur rends du bon travail ou l'écolier apprends bien ?
    Es-ce que cette précipitation permet aux travailleurs et aux écoliers de mieux profiter de leurs vacances ?


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