mardi 5 février 2013

Bruno Bertez : Le piège islamiste va t il se refermer sur la France ?

Souvenez vous du Mission Accomplished et du Victory in Irak de Bush sur son porte-avions...



Les Clefs pour Comprendre du Mardi 5 Février 2013 : Le piège islamiste va t il se refermer sur la France ? par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 05/02/2013 (en Français texte en français )
→ lien
Nous n’avons pas vocation à écrire sur les opérations militaires. Une simple similitude nous conduit à la faire, et à poser quelques questions.

Quand la crise financière est devenue manifeste en 2008, il a été choisi de sortir des politiques conventionnelles fondées sur le jeu des marchés et de s’aventurer dans l’usage de la force. On a violé les marchés, on les a forcés à faire autre chose que ce qu’ils auraient fait spontanément, livrés à eux mêmes. Ce n’est pas un jugement, c’est un constat. Sans l’usage de la force des banques centrales et des gouvernements, les marchés auraient sombré. On est intervenu pour leur faire prendre un autre chemin que celui qu’ils auraient suivi en vertu de leur logique propre.

L’usage de la force, de la violence en économie et en finance est plus fréquent qu’on ne le croit. Cela est normal, la violence est subreptice, cachée, elle touche des domaines peu accessibles au public et aux médias non spécialisés. Qui comprend que bloquer les prix d’une marchandise est une violence? Qui admet que fausser les prix par une subvention est un usage de la force? Il en va de même avec toutes ces mesures non conventionnelles, taux d’intérêt zéro, gonflement des bilans des banques centrales, fixation des taux des emprunts d’État par des QE, répression financière. Encore que là, par le choix justifié du vocabulaire, avec la répression, on perçoit clairement la violence et l’usage de la force.

Les mesures non conventionnelles font sortir de l’économie contractuelle et de l’économie de marché, on s’écarte donc de ce que veulent les agents économiques, on les oblige à faire autre chose que ce qu’ils souhaitent. Violence sur les choses, violence sur les choix.

Ainsi, on s’écarte, plus ou moins longtemps et plus ou moins loin de ce qui serait l’équilibre voulu par les gens. Plus cela dure et plus on s’éloigne, plus se pose le problème de ce que nous appelons l’Exit. Dès 2008 nous avons souligné l’importance qu’il fallait accorder à cette question de l’Exit. Il est bien de rentrer, mais il faut encore sortir. Il n’existe pas d’état stable, durable dans la violence et l’artificiel … sauf dans le cas … des solutions finales.

Nous avons périodiquement évoqué cette question, soulignant que c’était à ce niveau qu’il convenait de porter la réflexion, comment sortir et avec le minimum de risque de dégâts, de rupture, de rechute. En matière de crise financière et économique, la solution n’est pas trouvée, l’Exit n’est pas en vue, pas défini, pas trouvé. On repousse.

Vous voyez ou nous voulons en venir bien sur. En matière militaire, domaine privilégié de recours à la force et à la violence, la question de l’Exit est centrale.

Les États Unis sont les maitres, si on peut dire en la matière, ils sont incapables de réussir des Exits, dans toutes leurs actions, leurs entreprises : Viêt-Nam, Irak, Afghanistan, etc. C’est pour cela que maintenant, ils ne rentrent plus, ils laissent ce soin aux autres!

Cette incapacité à réussir les Exits a conduit les stratèges américains à réfléchir et à y attacher une importance de plus en plus grande. Il est vrai qu’ils ont été aidés par l’intelligence de Ben Laden, lequel dans un article fleuve au début des années 90, a exposé sa doctrine et sa stratégie. Ben Laden a théorisé que ce qu’il fallait .c’est attirer les américains dans un piège, les forcer à intervenir. Ce fut l’objectif des attentats du 11 Septembre. Il a imaginé que cette intervention certes donnerait des résultats militaires positifs pour les troupes américaines et la CIA mais que les conséquences non voulues seraient lourdes pour les États Unis. Perte de soutien de la population, conflit avec les alliés, affaiblissement financier et perte de confiance dans le dollar. Ben Laden avait parfaitement vu le processus qui allait conduire le gouvernement à financer le beurre et les canons par le crédit et il avait parié que le nerf de la guerre, le dollar allait être contesté.

A ce stade de l’Histoire on ne sait pas encore si tous ses calculs vont se révéler justes, mais il faut reconnaitre qu’un bout de chemin dans cette voie a été suivi. Le leader islamiste avait aussi dans une cassette joué la carte de l’enlisement, il prédisait cet embourbement et en jouait, appuyant sur la corde sensible de ce qui s’était passé au Viet Nam. La perte de soutien et l’hostilité de plus en plus grande de la population américaine à la guerre.

C’est dire qu’en matière militaire, les choses sont loin d’être simples et qui croit ou affirme gagner une bataille ferait bien de tourner sa langue dans sa bouche très longtemps, très longtemps avant de parler. Les ennemis ont intégré cette question de l’Exit, de l’impossible Exit dans leurs stratégies.

François Hollande qui vient de déclarer que « la France est en train de gagner la bataille » est peut être un peu naïf.

Les islamistes, n’ont pas été défaits. Ils se sont évanouis dans les sables chauds du désert, Ils ont refusé le combat, voilà la réalité, voilà la vérité déclare Alex Vines chef du programme Afrique à Chatam House. Les forces françaises n’ont rencontré aucune résistance au Mali, quand ils sont arrivés à Kidal, il n’y avait personne, l’ennemi s’était volatilisé. Technique déjà utilisée par les hommes de Saddam Hussein en Irak. Les islamistes n’ont pas été vaincus, ils se sont évaporés; c’est une stratégie maintenant éprouvée et efficace. La guerre ne fait que commencer, soit les Français restent et c’est le no Exit, l’embourbement, soit ils partent et les islamistes reprennent leurs attaques contre les forces africaines bien plus faibles. Ils ont un système de tunnels élaborés construit depuis plus d’un an et ils vont y être en sécurité.

A la place de Hollande, nous nous garderions bien de crier victoire et au contraire nous expliquerions aux français et à la communauté internationale ce qui s’est vraiment passé et ce qui risque maintenant d’arriver. Nous ne pouvons sonder dans les cœurs et les tètes, et deviner si l’opération Malienne est une opération de diversion vis a vis de la politique intérieure française, mais que ce soit le cas ou pas, elle peut se retourner contre le gouvernement français très rapidement. Celui ci semble s’être engagé dans une opération de géopolitique complexe dont il ne perçoit pas les tenants et aboutissants, mais dont il se révélera être le dindon de la farce, nous y reviendrons peut être. Le jeu des Saoudiens, des Américains, de l’émir du Qatar sont vicieux et autant de coups de billards pas faciles à déchiffrer.

Ce qui est sur, c’est que des fautes ont été commises. L’inexpérience et la légèreté sont évidentes.

Tout dirigeant d’un peu de recul connait maintenant l’expérience américaine et la doctrine qui a été élaborée à la suite de cette expérience. Et c’est cette doctrine qui explique qu’aussi bien en Libye qu’au Mali, les Américains laissent le travail à d’autres. A ceux qui impulsifs rêvent de se mettre en avant… suivez mon regard.

La doctrine américaine- doctrine Weinberger/Powell, se résume en quelques points sous forme de questions préalables à toute intervention:

- Est ce que le but de l’intervention est clair?
- Est ce que des intérêts vitaux sont en jeu?
- Est ce que les objectifs sont bien définis et atteignables?
- Est ce que le cout militaire est compatible avec les bénéfices procurés par l’atteinte de l’objectif?
- Est ce que nous avons le soutien populaire et international?
- Est ce que la force est bien le dernier ressort, n’y a t il pas d’alternative?
- Existe t il une stratégie de sortie, d’Exit?
- Quelles sont les conséquences non voulues, ont elles été évaluées?
- Avons-nous la possibilité de submerger l’ennemi, de l’anéantir?

Bon après, de loin, comme ça, vu d'ici, les gars en face n'ont pas l'air d'être bien nombreux et ont l'air tout de même particulièrement faiblards... Peut-être qu'en se mettant dans la poche les touaregs laïcs du MNLA, il peut leur laisser faire le boulot sur le terrain en échange de leur autonomie...

A suivre...

6 commentaires:

  1. Mon ToNio... Ca y est c'est la célébrité pour notre François national... Il a enfin son Alfred E Neuman mask... En plus c'est amplement mérité...

    http://www.flickr.com/photos/expd/8444296197/

    RépondreSupprimer
  2. Et pendant ce temps, Hollamou fait sa petite crotte quotidienne, en radotant comme une chèvre : la crise est FI-NIE ! Pardon, en novlangue hollamesque : "largement derrière nous" !

    ************************
    François Hollande a estimé ce matin à Strasbourg que "l'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen". "S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences. Ce qui nous menace, n'est plus la défiance des marchés, mais c'est celle des peuples", a déclaré François Hollande dans un discours devant le Parlement européen.

    RépondreSupprimer
  3. Un peu HS, mais en voilà un de scoop : Ben Lader aurait organisé et exécuté les attentats du 11 septembre !? ;o)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ho ben moi cette histoire de 11 septembre, je suis ça de loin.

      Que Ben Laden soit de la partie, c'est une évidence. Mais que l'Etat profond US aie aussi gaiement pataugé dedans, c'est aussi une évidence...

      Supprimer
  4. Même les paranoïaques peuvent avoir des ennemis...

    RépondreSupprimer
  5. Viêt-Nam, Irak, Afghanistan, etc.

    Dans lesquels de ces pays :
    - La population soutenait les forces occidentales,
    - L’ennemie était facilement identifiable par sa peau claire (arabes ou touaregs) ?
    - et j'ajoute, le Sahara, c'est pas les montagnes Afghane, ni la jungle du Viêt-Nam, va creuser ou te cacher dans le sable du désert.

    Les Touaregs l'ont bien compris, ça va être la chasse des hommes à peau claire.

    La plus grande difficulté pour la France ne va pas être de craindre son ennemie mais de contenir ses amis.

    Donc le bourbier, il est plutôt du coté des Touaregs.

    "Mission Accomplished" :-)

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.