dimanche 24 février 2013

Bruno Bertez : Nième avertissement radical. Attention au b….l au sein de la FED

Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 24 Février 2013: Nième avertissement radical. Attention au b….l au sein de la FED Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 24/02/2013 (en Français texte en français )
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Quelque chose a changé dans le monde financier et boursier ces derniers jours. Le doute est revenu.

Cela n’est pas sans importance, mais cela est circonstanciel. Les gouverneurs de la Fed sont maintenant nombreux à émettre des réserves sur la politique non conventionnelle, les QE et achats de titres mis en place par Bernanke et ceux que l’on appelle les colombes, les doves.

Le dernier compte rendu du FOMC qui s’est tenu les 29 et 30 janvier fait état de réserves et dissensions, certains craignent que les marchés ne deviennent dépendants, addicts aux largesses monétaires. D’autres réclament la mise en place de processus de sortie progressive et anticipée.

Cela crée une incertitude pour les marchés, la baisse et la volatilité reviennent.

Une sorte de prise de conscience se produit, qui conduit à penser qu’un jour il y aura un Exit, que la facilité monétaire ne sera pas éternelle. Nous reviendrons bien sur pour une analyse en détail de cette nouvelle situation.

D’ores et déjà nous pouvons vous livrer notre sentiment. Tout cela fait partie de la gestion des anticipations, du pilotage des marchés. On cherche à recréer une éventuelle incertitude pour tester, étudier les modalités de procédure et les réactions à un atterrissage en douceur de la gestion de la Reserve fédérale.

Les colombes restent très majoritaires au sein de la Fed et elles font bloc autour de Bernanke. Nous ne sommes pas prêts pour la tentative de sevrage. Mais nous en sommes à la toute première étape, celle, indispensable de la reconnaissance du problème de l’addiction. Donc il convient de ne pas prendre ce test à la légère.

Le texte qui suit s’inscrit dans le radical, le fondamental alors que ce qui décrit ci dessus s’inscrit dans le superficiel, l’écume. Donc voici notre nième avertissement, nième au carré !

C’est un de nos marronniers, vous le savez, de temps à autre, nous répétons notre refrain de base. Il n’y a rien à gagner en réel sur les marchés financiers. Ce sont des lieux de destruction de l’épargne et non de protection, encore moins d’enrichissement. Les marchés font partie de la panoplie de gestion de crise à titre d’outil de répression au profit du secteur financier et des États.

En un mot comme en cent et vous pourrez, ensuite, arrêter votre lecture, passer à autre chose, les marchés servent à vous faire vous séparer de votre argent au profit du secteur financier en difficulté et de son client privilégié, complice, l’Etat.

La crise est une crise d’excès de promesses que l’on ne peut tenir, une crise des passifs que l’on ne peut honorer, et ces passifs sont incarnés, concrétisés, dans des papiers. Des papiers comme des bonds, des obligations, des actions, des assurances, des retraites. Ces papiers représentent la dette -colossale- du système, du capital mort. Et ce capital mort, et bien, il sera enterré, un jour ou l’autre. Et ce sera le dernier qui aura le mistigri, le valet de pique, qui sera ruiné, socialement déclassé.

Si vous avez compris cela et que vous avez, en plus, la conviction que c’est clair, inéluctable, passez à autre chose.

C’est par le phénomène de jeu, de tirage périodique, cyclique, des gros lots que vous vous faites, pardonnez notre vulgarité, « ratisser ». Le tirage du gros lot, spectaculaire, est périodique, afin de vous faire saliver. Afin d’exciter vos bas instincts comme l’envie, la colère, de ne pas participer.

Les émetteurs, vendeurs de papier, n’ont qu’un objectif: vous en faire avaler le plus possible. Et de toutes sortes, de toutes variétés, sous tous les noms et prétextes. Ils ont besoin du grand transfert rééquilibrant, vous avez trop d’argent, trop de droits, ils n’en ont pas assez, ils veulent que vous leur donniez vos économies, votre patrimoine. Ils veulent que vous le fassiez volontairement, même en croyant y prendre du plaisir, le plaisir du jeu. Il n’y a pas de différence entre le grand transfert volontaire par le jeu et le grand transfert par l’impôt. C’est la même chose, l’argent passe de vos mains aux leurs.

Si la profession d’intermédiaire financier, gestion de fortune, n’avait pas été pervertie par les banques universelles à leur profit, vos intermédiaires, vos conseillers, vous diraient la même chose que nous. Hélas, c’est un métier, une profession, ce n’est plus un sacerdoce. Heureusement, il reste des exceptions, des vraies maisons, respectables, qui, tout en étant professionnelles, n’ont pas changé de logique, elles sont à votre service, travaillent dans votre intérêt. A vous de les discerner.

Il n’y a qu’une hypothèse où vous pourrez avoir l’impression, l’illusion, d’avoir fait une bonne affaire en investissant en bourse, cette hypothèse est celle de l’hyperinflation, dévalorisation spectaculaire et accélérée de la monnaie. Et encore vous n’aurez que l’illusion, car, en réel, vous ne serez que partiellement protégés. Vos gains seront, comme on dit, nominaux. En monnaie de singe.

Les services marketing du secteur financier, des Banques Centrales et des États veulent que vous achetiez des titres et, pour vous décider, ils vous appâtent. Ils veulent que vous ayez confiance! Ah la fameuse confiance! Ils produisent des études, des notes, des théories qui disent toutes la même chose : « achetez, ce n’est pas cher ». Les actifs papiers ne sont pas surévalués, il n’y a pas de bulle sur les fonds d’Etat, les actions sont à leur prix.

C’est faux, archi faux. Cette fois, ce n’est pas différent, un jour l’histoire reprendra ses droits, ce sera la grande réconciliation entre l’imaginaire des marchés et l’économie réelle. Pourquoi? Parce que sans cette réconciliation, il n’y aura pas de reprise durable de la croissance, il y aura gonflement du chômage, déstabilisation sociale et politique. Et les classes dominantes, plutôt que de tout perdre, préfèreront faire ce qui doit être fait, la remise à zéro des compteurs. Au moins, elles sauveront quelque chose… ce que, elles, ont mis à l’abri.

La grande distinction, le « grand divide », ce n’est pas distinction au sein des classes d’actifs, actions ou obligations, etc., non, surtout pas. La grande, la seule distinction, c’est: le papier d’un côté, tout le reste de l’autre. Le passif du système d’un côté, c’est le papier, ce qui va trinquer; de l’autre, l’actif du système, le réel, c’est ce qui a une chance de survivre, éviter la destruction. Retenez cette distinction, c’est la seule qui compte.

Les obligations et fonds d’Etat sont une bulle depuis que l’on a baissé artificiellement les taux afin d’en émettre plus, de gaver l’oie, et que l’on a manipulé les marchés pour faire disparaitre le prix du risque et celui de la durée.

Les actions sont surévaluées pour trois raisons au moins, sinon quatre.

   les masses monétaires M1, les liquidités, sont à des niveaux insoutenables dans une perspective de moyen terme, les ratios de base money en regard des GDP sont incompatibles avec un retour à un fonctionnement normal des économies. M1 a fait un bond de 75% depuis 2008, et a doublé depuis 2000.

   les taux d’intérêt ont été effondrés artificiellement à la fois par la création monétaire, la fixation autoritaire administrée, la suppression de la confrontation de marchés, les rachats directs par les Banques Centrales de titres d’Etat. Les taux actuels sont négatifs, vous payez en fait pour donner votre argent à ces gens. Et ceci, de proche en proche, conduit, par recherche de résidus de rendement, à la surévaluation de tous les actifs.

   les marges bénéficiaires des entreprises sont exceptionnelles au plan historique aussi bien qu’au plan théorique. Les marges des entreprises sont en moyenne de 70% supérieures aux normes.

Mais ce qui est plus grave, c’est que cette situation est organiquement un symptôme de la crise. On ne peut séparer les marges des entreprises de la situation de crise. Pourquoi? Par simple identité comptable, à savoir que si le secteur État est en déficit, si le secteur ménage doit s’endetter de façon croissante pour maintenir son niveau de consommation, alors les bénéfices des entreprises sont à leur maximum. Le gonflement des marges des entreprises est le symétrique de la chute de l’épargne de l’ensemble formé par le gouvernement et les ménages. On fabrique en quelque sorte de la marge bénéficiaire à crédit!

Si les ménages remplacent la dette et exigent du pouvoir d’achat, des salaires, alors les marges des entreprises chutent. Si l’Etat, au lieu d’être en déficit et de s’endetter, taxe, alors les bénéfices des entreprises se réduisent. Tout comme ils se réduisent si l’Etat laisse chuter la demande globale en faisant des économies. Comme un et un font deux. Le gonflement des marges et des trésoreries des entreprises est un des symptômes de la crise, des déséquilibres du système. On ne peut les extrapoler car alors cela revient à considérer que l’on sera toujours en crise. Nous sommes sûrs qu’intuitivement vous vous en doutiez.

Les États sont en train de préparer un grand ratissage coordonné des trésors de guerre des entreprises, secrètement bien sûr. Dans le cadre de leur G7 et G20, ils ont lancé une étude pour capter plus d’impôts sur les entreprises, une étude pour se cartelliser entre eux et tondre les entreprises, éviter la concurrence fiscale, resserrer les mailles du filet. Comme le dit l’humoriste, on ne vous dit rien, on vous cache tout.

Nous disons qu’il y a une quatrième raison, c’est une raison radicale, structurelle. La notion de valeur est fragile, elle est relative à un moment de l’histoire, à une théorie dominante. En fait, dans le monde moderne, les valeurs sont toutes fragiles et de plus en plus instables. On verra pourquoi un autre jour. Avec la crise, le système ancien se détruit en profondeur et la théorie de la valeur des actifs financiers relative à ce moment de l’histoire sera balayée. Elle passera à la trappe.

Aux pertes et profit du système kleptocratique dont elle a assuré le développement. C’est une nouvelle théorie de la valeur qui naitra, temporaire, elle aussi, relative, mais plus adaptée.

C’est pour cela que l’on ne peut pas anticiper le futur, dire ce qu’il sera intéressant de faire. Parce que les outils intellectuels qui permettent de dire « c’est intéressant » ne sont pas encore nés.

L’histoire, cette histoire que les faux prophètes, vrais escrocs, ont voulu arrêter, va reprendre ses droits et ce sera pour un bien. Avant, malheureusement, avant le bien, il y aura beaucoup de mal, beaucoup de souffrance et de colère.

2 commentaires:

  1. je n'y avais pas pensé : "On cherche à recréer une éventuelle incertitude pour tester, étudier les modalités de procédure et les réactions à un atterrissage en douceur de la gestion de la Reserve fédérale. "

    dans ce cas, on peut supposer que les marchés vont corriger franchement pour montrer, non pas leur peur, mais simplement leur désaccord.

    yongtai

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  2. Tonio, j'attire ton attention sur l'Italie.

    J'ai bien peur d'avoir... raison.

    La participation est en baisse.

    Autant pour la "révolte", la "colère", la "révolution"... Autant pour le "phénomène" Beppe.

    Bref... Le scénar est cousu de fil blanc.

    1-coalition de "gôche"
    2-Bunga Bunga
    3-Beppe, belle perf à 19 %.
    4-Monti s'écrase comme un étron, moins de 10.

    Bilan : la "gôche" (ah ah ah) s'allie avec Monti. Majorité.

    Et sur certains dossiers "bruxellois", les députés Bunga Bunga voteront avec eux.

    Le Système a encore remporté la manche.

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