mardi 19 février 2013

La crise? C'est la faute à Keynes, selon le Handelsblatt

La crise? C'est la faute à Keynes, selon le Handelsblatt
La Tribune, 15/02/2013 (en Français texte en français )
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Le quotidien allemand fait sa une sur l'économiste britannique accusé d'avoir fait «sept erreurs» à l'origine de la crise actuelle.

   1ère erreur : «L’Etat doit payer». Le quotidien allemand explique que les plans de relance de l’économie ont quasiment tous été sans effet sur la conjoncture. Rappelant que la crise des années 1970 n’a pas été vaincue par la relance, il rappelle qu’une étude de l’institut RWI évaluait l’effet net d’un deuxième plan de relance allemand à 500 millions d’euros pour une dépense publique de 17,5 milliards d’euros. Mais ces dépenses inutiles ont fait croître l’endettement public.

   2ème erreur : «les banques centrales doivent mettre à disposition de l’argent bon marché.» Citant ce mot de Keynes, «il y a aucune raison pour que l’argent soit rare», le quotidien allemand, le Handelsblatt égrène les conséquences néfastes d’une telle idée: l’inflation (qui ne joue aucun rôle dans la crise actuelle) et les bulles financières. John Maynard Keynes serait donc l’inspirateur de la politique d’Alan Greenspan et, partant, le responsable de la crise des subprimes, mère de la crise actuelle.

   3ème erreur : «Investir est plus important qu’épargner.» Pour le Handelsblatt, Keynes a «un goût fatal pour la dépense.» En favorisant l’investissement public lorsque la richesse des sociétés conduit les agents économiques à plus épargner, Keynes a encore alimenté la dette publique. Mais, précise le quotidien, il n’a pas saisi que «les sociétés peuvent trop consommer comme dans le cas de l’Espagne, de l’Espagne et du Portugal avant 2007.» Bref, Keynes aurait favorisé la bulle immobilière espagnole.

   4ème erreur : «Seule compte la demande.» La focalisation de Keynes sur la demande au détriment de l’offre, sa conviction que la demande créée l’offre et non l’inverse aurait conduit les États à dépenser des sommes colossales pour soutenir la croissance de la demande, sans se soucier de l’offre et de la compétitivité. «Keynes est borgne», conclut le journal. Une conclusion qui est cependant largement admise par les universitaires depuis plusieurs décennies.

   5ème erreur : «La croissance permanente est terminée.» Le Handelsblatt critique l’idée keynésienne que la «phase de croissance économique est un épisode de l’histoire humaine.» Pour le quotidien allemand, il n’en est rien et l’économiste britannique a «sous-estimé la capacité d’innovation» de l’humanité. Une sous-estimation qui a conduit à remplacer le soutien à l’offre par un soutien à la demande.

   6ème erreur : «Le libre-échange nuit au bien-être.» Pour le Handelsblatt, Keynes est un opposant au libre-échangisme international qui aurait défendu l’autarcie en 1933 dans un discours à Dublin. «Il est aujourd’hui évident que Keynes s’est trompé», estime le quotidien qui rappelle que depuis la Seconde Guerre Mondiale, le «bien-être a décuplé, alors que le commerce mondial a triplé.»

   7ème erreur : «Les plans de relance se financent eux-mêmes.» Le Handelsblatt critique l’idée keynésienne des «effets multiplicateurs»: la dépense publique accroît la consommation qui finance en retour, via la fiscalité, la dépense publique. Et inversement. Selon le Handelsblatt, cet effet est «surestimé» et conduit souvent à un alourdissement de la dette et de la fiscalité.

Les erreurs 5 et 6, ça se discute. Mais pour le reste, la faillite de ce qu'on appelle aujourd'hui le kéynésiannisme (et avec lequel Keynes n'aurait surement pas été d'accord) peut se résumer en quelques mots : créer de la mauvaise dette pour consommer à crédit.

Ce qu'ils appellent le keynésiannisme, pour lui donner de la légitimité, n'est ni plus ni moins qu'un ponzi.

Notez aussi que c'est la doctrine économique qui donne toujours plus de pouvoirs aux démiurges politocards... On comprend qu'ils l'adorent...


A lire aussi :
La faillite du national-étatisme postmoderne
Institut Turgot, Lucien Oulahbib, 17/02/2013 (en Français texte en français )
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Le plus éprouvant dans la période est sans doute cette bonne conscience scientiste et technocratique qui reste persuadée qu'avec cet État issu du changement de civilisation promis par Aubry et Taubira (entre autres), il n'y aurait plus jamais de vente de cheval en lieu de boeuf, plus jamais de chômeur immolé, plus jamais de licenciement, et bien au contraire du travail pour tous, de la protection pour tous, et déjà du mariage pour tous, ce qui est bien la preuve que cela avance dans la bonne direction…

Sauf que c'est cette conviction qui ne doute jamais d'elle-même qui fatigue.

...

6 commentaires:

  1. Je pense que le temps nous dira si la 5ème et 6 ème erreurs sont vraiment des erreurs!!
    Il me semble que le vent de la crise du modèle mondial basé sur la croissance infinie va prendre du plomb dans l'aile!! On reparlera du modèle allemand (qui est pourtant AMHA le plus pertinent: capitalisme Rhénan!!) dans 2 ou 3 ans!!! Tout va au Krach par ce que le monde a décidé après les chocs pétroliers que l'inflation (la vraie avec inflation des salaires!!) c'est le pire des ennemis de l'économie alors que c'est l'ennemi du capital (de la rente!!)...

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  2. Incroyable de morgue cet article ! Jamais ces éconocrates ne se remettront en question ? Au lieu de cela, plutôt que de se regarder une fois dans le miroir, on préfère accuser de tous les maux un système économique qui a totalement disparu depuis les années 70, et ce même si l'on a assez stupidement tenté de le ressusciter après 2008...

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    1. Disparu depuis 70 ? Au contraire, 70, c'est le décrochage du dollar de l'or, la fuite en avant dans la bulle de crédit pour consommer, l'explosion de la dépense publique dans le PIB...

      Accompagnée d'une explosion des inégalités, surtout dans le monde anglo saxon...

      Mais le keynésiannisme n'est pas une politique de gauche. C'est une pure politique klepto. Cette fausse monnaie injectée via de la mauvaise dette, finit dans les poches des plus riches, illégitimes du coup, surtout si dans le même temps que tu chies de la fausse monnaie, tu baisses les impôts (ce qui n'est pas très keynésien sur cette partie là, je te le concède).

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    2. C'est clair. Y'a que les gogos pour croire que le keynésianisme a survécu aux années 80.

      La dernière relance keynésienne en Europe, c'est Mitterand 81.

      C'est juste que tous ces gens ne comprennent et ne savent pas de quoi ils parlent.
      C'est juste fondamental de comprendre que Keynes, c'est un spéculateur communiste nazi totalitaire.
      Un méchant quoi. :p

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    3. Clairement pas, non. Le keynésianisme a été le paradigme dominant en économie jusqu'aux années 70 (la pensée unique de l'époque quoi). Ensuite Milton Friedman est passé par là. Ce qui a dominé ensuite est un monétarisme bâtard, ni keynésien ni réellement libéral, ni même hayékien (puisque totalement basé sur les travaux de Walras/Pareto et la théorie de l'équilibre général).
      Ce n'est pas aussi simple qu'un clivage entre l'économie de l'offre et l'économie de la demande. Disons que la pensée unique des dernières décennies est à 90% monétariste et à 10 % keynésienne (en période de crise). Pour simplifier très grossièrement.

      On pense souvent à la fin de la convertibilité du dollar en or, mais pour moi le vrai tournant est 1979 (je suis que yoananda comprend à quoi je fait référence). Ensuite on rentre dans une période chaotique à l'évolution très rapide qui a été fatale au système soviétique (parfaitement adapté à son environnement mais totalement inadaptable de par son inertie bureaucratique monstrueuse). D'où la grande vague de dérégulation financière (au fait, devinez qui a introduit le concept de banque universelle 15 ans avant l'abrogation du Glass-Steagall act ? La France sous l'influence de Delors, Lamy et Camdessus). Il fallait lever toutes les barrière entravant l'adaptabilité du capitalisme. C'est pour moi le sens du TINA de Thatcher, et je fais le lien avec l'effet de la reine rouge. Ce n'est qu'une grille de lecture et il y en a bien d'autre.

      Le capitalisme (ou plutôt les capitalismes) est un meilleur système pour nous car adapté à l'occident, mais il aurait mieux valu que le soviétisme survive. Simple question d'indispensable concurrence idéologique. Et de compétition scientifique. Qui donne par exemple Feynman à l'ouest, Lev Landau à l'est.

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  3. Handelsblatt, c'est le journal des vieux rentiers allemands.

    Tu m'étonnes qu'ils détestent Keynes...

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