vendredi 1 février 2013

L'imposture démocratique

L'imposture démocratique
La lime, Fboizard, 01/02/2013 (en Français texte en français )
→ lien
La classe jacassante, sur des sujets comme le mariage homosexuel et l'Europe, nous tient le discours suivant : «Le parlement (ou le président) est démocratiquement élu, le parlement vote (ou le président décide). Donc c'est démocratique. Donc si vous n'êtes pas d'accord, vous êtes un affreux fachisse. Circulez, y a rien à voir».

Ce raisonnement repose sur une double imposture :

1) L'imposture du fétichisme juridique.

Toute loi votée dans les règles serait légitime. Suivant ce raisonnement, si le parlement vote que 2+2=5 ou que le mariage, c'est aussi entre deux hommes, il n'y a rien à redire.

Cette manière de penser est par essence totalitaire, au sens strict du terme, et opppressive. Les crimes nazis étaient couverts par des lois et les lecteurs de Soljenitsyne savent que l'envoi au Goulag était précédée d'un processus judiciaire dans les règles.

En vérité, il y a des réalités qui échappent à la loi, parmi celles-ci la nature humaine. La loi n'a ni le pouvoir ni la légitimité de redéfinir la nature humaine.Toute tentative en ce sens ne peut mener qu'à des catastrophes.

2) L'imposture de la représentation.

Le peuple souverain vote pour élire les parlementaires et le président. Donc tout ce qu'ils font est légitime. Tout ce que fait l'État est légitimé par le peuple souverain.

Une telle manière de penser oublie que le scrutin majoritaire agrège en un résultat unique (Untel est élu) des millions d'opinions divergentes, de nuances, de motivations. Il piétine donc des millions de sensibilités. Votre vote est trahi avant que le bulletin n'ait touché le fond de l'urne.

On ne peut pas déduire du scrutin majoritaire élisant une personne un programme politique. C'est si vrai que les candidats font des listes de propositions puis, une fois Èlus, choisissent d'en renier certaines et d'en appliquer d'autres à toute force.

Les vices du système sont patents quand on considère que les parlementaires, à propos du traité de Lisbonne, ont voté à l'inverse du peuple consulté en 2005. L'argument du programme du candidat Sarkozy, contenant cette proposition, est un sophisme : les électeurs ne pouvaient trier dans le programme mais consultés sur un point précis de ce programme, pour une fois, ils ont dit «non» et le parlement a passé outre.

Il y a donc un détournement de souveraineté par les hommes de l'État.

Comme disent les Anglo-Saxons, les Français (mais, plus largement, les Européens eurolandais) ont inventé la démocratie non-représentative. Il est vrai que l'intelligence collective diminue (dysgénie, fabrique du crétin, prolifération des demi-intellectuels et compagnie), ce qui favorise ce genre d'évolution.

Comment sortir de ce piège ?

1) Réduire au maximum la place de l'État, de manière à laisser jouer librement les choix et les opinions individuels. C'est de cette façon qu'on piétine le moins les libertés.

2) Limiter la pression majoritaire sur les individus grâce au droit naturel.

3) Limiter le recours à la représentation, outil de tant de tromperies. Préférer des référendums fréquents sur des questions claires et précises, laissant peu de place à aucune interprétation sur la volonté du peuple.

Nous serions alors assez proches du système suisse qui, malgré ses difficultés (chez eux aussi, la classe jacassante tente de kidnapper le pouvoir), est tout de même meilleur que le nôtre.

Mais, évidemment, en France, pays vivant dans la religion de l'État et, il faut bien le dire, dans la haine des libertés, ce n'est qu'un doux rêve.

Et encore... Il oublie en plus que 40% des français ne sont pas représentés à l'assemblée...

11 commentaires:

  1. Quand il parle de droit naturel, il se réfère à quoi au juste ?

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    1. droits naturels

      En gros, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen

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  2. "Comment sortir de ce piège ?

    1) Réduire au maximum la place de l'État...

    OUI MAIS l'Etat est actuellement controlé par une classe qui n'a pas intérêt à ce que cela change.

    2) Limiter la pression majoritaire sur les individus grâce au droit naturel.

    OUI MAIS l'Etat est actuellement controlé par une classe qui n'a pas intérêt à ce que cela change.

    3) Limiter le recours à la représentation, outil de tant de tromperies. Préférer des référendums fréquents...

    OUI MAIS l'Etat est actuellement controlé par une classe qui n'a pas intérêt à ce que cela change.

    DONC il faut une révolution, et on sait quand cela commence mais pas quand cela se termine et les résultat sont décevants : révolution, terreur, putsh et contre-putsh, directoire, empire, restauration, 100 jours, re-restauration, re-révolution, 1ere, 2eme république, re-empire, 3éme république, vichy, 4eme et 5eme république...

    BREF nous sommes dirigés soit par un roi de droit divin, soit par la terreur révolutionnaire, soit par un empereur, soit par un roi constitutionnel, soit par une monarchie bourgeoise, euh je veux dire république ploutocrate bourgeoise, euh une république quoi!

    De démocratie, je n'en voit point!

    On a plus vite fait de se faire naturaliser suisse!

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    1. la révolution:grève de la consommation

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  3. Camarade Tonio, je dis ça pour toi: je te lis depuis un paquet de temps (bulle immo, 2008 tout ça, c'était le bon temps d'avant Lehman), j'aime bien ton style même si parfois (souvent?) tu fais peur. Zap tout ça si tu aimes pas le feedback ou que tu trouves que ça va trop loin, moi je te dis ça sans rancune parce que je crois que tu vois où je veux en venir. Bref, qui aime bien châtie bien -> shbim:

    "1) L'imposture du fétichisme juridique."
    Bien essayé, mais en pratique c'est quand même un peu plus sérieux que ça.

    Pas pour dire que l'institution judiciaire est parfaite (sans déconner... tu vois un peu la difficulté du truc? la cohérence à essayer de maintenir, dans un bordel pareil, et avec les enjeux pour les individus impliqués? la JUSTICE c'est un tout petit peu le truc central du concept de civilisation. Un idéal. Sauf que dans la vraie vie c'est juste un service publique d'où -> ooooh lol. Efficacité à comparer avec celle de la SNCF, donc trains qui roulent vaguement autour du jour prévu et rien de plus, faut pas espérer mieux)

    Comparer la justice (petit j) en France en 201X et celle de l'Allemagne nazie ou l'URSS... naaaaan, celui qui raconte ça sérieusement, il y connait rien en génocide. Je respecte hein, ça s'improvise pas le management de fosses communes, les roulement de pelotons d’exécutions: attention c'est un vrai métier, c'est pas donné à tout le monde. Là, même après 5 bières, la comparaison est un peu trop grotesque.

    --> Pour un argumentaire plus convainquant, limiter l'outrance et le ridicule.

    Faut savoir contrôler un troll. Surtout que merde, le fond en vaut la peine.

    "2) L'imposture de la représentation."
    Yup! Mais working as intended.

    Après est-ce que ceci ou cela, tel système préférable à celui là... discutable. *Devrait* être discuté. La Vème République me semble globalement assez catastrophique, mais en tout cas sur la "représentation" je crois qu'elle affiche assez clairement la couleur: c'est le chef qui décide de tout, toi on te demande juste quel chef tu préfères pour tout décider pour toi. T'es pas content tu fermes ta gueule. Classieux non? Mais assez honnête finalement. Imposture limitée: tu sais qu'il va falloir écarter les fesses, mais on te demande qui tu préfères (et ça peut même avoir une influence, en théorie).

    --> Not a bug.

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  4. (suite)

    "Comment sortir de ce piège ?

    1) Réduire au maximum la place de l'État, de manière à laisser jouer librement les choix et les opinions individuels. C'est de cette façon qu'on piétine le moins les libertés."

    Oulah. Attendez les gars. Rappel de la règle de base:
    _ les gens sont cons.
    Vous pouvez goupiller le bordel comme vous voulez, les gens restent cons. L'idée d'Etat, c'est pour limiter la casse alors que *LES GENS SONT CONS*.

    Quitte à balancer les clichés, moins d'Etat ça mène au "renard libre dans un poulailler libre". Je masterise à Counter Strike donc perso ça me va, h34dsh0t à la k4l4sh, mais shuis pas convaincu pour autant que ça soit la config idéal pour le plus grand nombre. Menfin ça se discute.

    "2) Limiter la pression majoritaire sur les individus grâce au droit naturel."

    Suffisamment flou pour être acceptable. Touchant de naïveté dès qu'on commence à parler de choses sérieuses, et/ou délibérément sournois.

    Franchement: l'intention est bonne, oui, mais dans la vraie vie les arbitrages sont un chtit poil plus compliqués. La constitution US ou la déclaration de 1789 c'est un socle, OK, mais pas un code de loi exhaustif et directement applicable.

    "3) Limiter le recours à la représentation, outil de tant de tromperies. Préférer des référendums fréquents sur des questions claires et précises, laissant peu de place à aucune interprétation sur la volonté du peuple."

    Là, l'appel du pied vers la Suisse est transparent. "Système meilleur que le nôôôtre", ou Pizza Hut qui fait la leçon à McDonald.

    (Disclaimer, je connais des Suisses extrêmement cons. Ça conditionne)

    Au delà de ça: quand on flotte dans un ascenseur en chute libre, le timing précis de qui se scroutch la gueule sur les parois à quel instant importe peu. La Suisse est une charmante anomalie de l'espace Européen, qui existe encore au XXIème siècle au même titre que Monaco, Andorre ou Gibraltar, et mérite à peu près autant de respect (ie: la tête à Toto). La Suisse n'existerait pas sans son entourage dysfonctionnel, et à ce titre n'a aucune crédibilité.

    Au final, faut-il demander leur avis aux gens? Bof: c'est des cons.

    Alors, les gens: sont-ils capables, collectivement ou individuellement, de prendre de bonnes décisions pour l'ensemble ou pour les individus? lol: Non, pas vraiment. Quelqu'un d'autre est-il plus légitime? Non plus. (efficace, peut-être; légitime non "sauf-s'il-est-élu", parce que c'est magique)

    L'imposture de la représentation... oui certes.

    Au bout du bout on choisit entre des systèmes à la con.
    Caisse tu préfères ami Tonio: Bernanke ou Staline?

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    1. Très bon commentaire :-)

      La question ça serait plutôt Poutine ou Bernanke ?

      Ma réponse serait toujours Bernanke.

      Mieux vaut être dans les mains d'un système faillit qui se fout de toi, que dans un système bien réglé mais dans lequel tu ne sais jamais si à un moment ou à un autre toi ou ton voisin ne vas pas être celui à abattre.

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  5. 1) Réduire au maximum la place de l'État, de manière à laisser jouer librement les choix et les opinions individuels. C'est de cette façon qu'on piétine le moins les libertés."

    C'est une plaisanterie ? Il faut surtout réduire la place des entités supranationales, l'Etat n'a jamais été aussi faible... Bien sur qu'il faut s'inspirer de nos voisins suisses. Pas besoin de chercher plus loin, c'est juste à coté. Mais l'Etat suisse n'est pas faible.

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    1. Oui sur le fond mais pour l'exemple ....

      La Suisse ! pourquoi pas le Luxembourg ou Monaco ?

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    2. C'est pas forcément une plaisanterie. L'état n'a peut-être jamais été aussi faible dans ses capacités d'action, mais il n'a jamais autant rapace (on en est à 58% de dépenses publiques et c'est pas prêt de baisser, au mieux ça va stagner). A mettre en parallèle sur le diagramme sur la vie d'une administration (l'explosion des coûts et la dégradation du service) souvent posté ici. Qu'on ne vienne pas me dire qu'on ne pourrait pas très bien faire des services publics de qualité avec une ponction limitée à 30% du PIB.

      Sinon pour la Suisse ok ils ont leur défauts (ils vivent en grande partie de la criminalité financière), mais c'est quand même un bon modèle de démocratie directe non ?

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  6. on réduit au minimum (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/maximum_maximums/49980/difficulte)


    "des référendums fréquents sur des questions claires et précises, laissant peu de place à aucune interprétation sur la volonté du peuple." : cette proposition me semble relever de l'utopie car qui rédigera "clairement" surtout sur des problèmes "complexes", qui sera censé comprendre, qui ira voter ?

    A défaut de mandat impératif de l'élu, je préfère le référendum révocatoire comme celui mis en place par Chavez (ce dictateur qui se l'est appliqué à lui-même) et selon quels critères : % d'électeur, pour quels mandats : maires, ... président de la République) ?


    --neuneu

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