mercredi 20 février 2013

Pourquoi les employés de Spanghero feraient bien d'aller chercher du travail ailleurs tout de suite

J'aimerais revenir sur cette affaire de lasagne de cheval, mais contrairement à ce que je lis partout, j'aimerais prendre un angle différent.

Celui de ces géants de la bouffindustrie qui sont soi-disant victimes de Spanghero.

Tout d'abord, il faut bien comprendre comment pendant 30 ans, le capital a pu cracher 15% de rendement.

Pour ça, c'est très simple. Sur n'importe quel marché, vous avez une pyramide de producteurs, du simple au compliqué. Toute la martingale a consisté à rapatrier le profit de toute la pyramide vers le sommet, par des liens de sous-traitance, franchisage, filialisation.

Plus le haut de la pyramide, le pyramidion, était petit rapporté à la taille de la pyramide totale, plus le rendement était élevé pour qui possédait des actions du pyramidion (et si on peut mettre un œil en plus sur le pyramidion, c'est encore plus clair).

Sauf que voila, la base de la pyramide qui produit est aussi celle qui consomme. En désolvabilisant la base, c'est la demande solvable qui disparaît. Et c'est là que l'on fait intervenir la fontaine à crédit pour maintenir la machine à extraction de faux profit. Je vous refais pas l'histoire, tout le monde la connaît...

Ces pyramidions ne sont grosso modo alors plus que de simples structures administratives avec un vague bureau d'études, un service marketing sur dimensionné, un service juridique et une direction des achats... Toute la partie "production" du travail a été "externalisée" (comprendre, réduite en esclavage).

C'est grosso modo la logique qu'Apple a poussé à l'extrême.

Dans le cas de notre bouffindustrie, le seul vrai capital du pyramidion, c'est l'image de marque.

(Pour d'autres secteurs, ça sera la mise en place de barrières à l'entrée, de papier si possible par la corruption le lobbying de nos chers politocards. Merci l'€URSS.)

Ainsi, pour être plus trivial, la seule véritable valeur de ces marques, c'est le fait que face au congélateur à surgelés dans le supermarché, la mère de famille, petite employée lambda, au cerveau bien récuré, et qui vote bien sagement UMPS comme on lui dit, va se retrouver à acheter la lasagne de marque, 50% plus chère que celle de la marque distributeur, alors que c'est sensiblement la même chose (quand c'est pas juste l'emballage qui change). Vous sentez bien, énoncé ainsi, combien tout ceci est fragile et artificiel.

D'ailleurs, ce matin, j'entendais sur France Info, qu'une entreprise à 9 kilomètres de Spanghero, était elle, chargée de faire les pâtes à lasagne pour tout ce petit monde... Et que son business s'écroule. C'est à dire qu'en gros, toutes les marques avaient la même viande, et avaient les mêmes pâtes...

Bref, l'illusion du choix sur les emballages qui masque difficilement la réalité d'un communisme privatisé...

Et je vois tout à fait ce qu'il s'est passé.

Depuis 2008, la martingale de solvabilisation artificielle via le crédit s'est effondrée. Du coup, la logique des pyramidions est rentrée dans une phase véritablement carnassière. Afin de continuer d'extraire du profit coute que coute, ils ont demandé comme partout, chaque année, à leurs fournisseurs de geler leurs prix voire de les baisser, le tout avec des prix de matières premières qui explosent.

Même si je ne doute pas qu'ils en ont profité pour faire du fric dessus, j'ai dans l'idée que Spanghero n'avait pas vraiment d'autre choix que l'escroquerie pour réussir à honorer les contraintes de coût imposées par les pyramidions...

Et voila, qu'alors que la seule réelle richesse de ces pyramidions, c'est leur marque et leur image, construite patiemment à coups de milliards de lavage de cerveau publicité et de science du mensonge marketing, Spanghero arrive et cogne là dedans à grands coups de masse, pour quelques misérables millions d'euros...

Donc voila...

Spanghero n'a pas été un esclave bien sage. Spanghero a détruit de la "valeur". Spanghero doit mourir...

Et il va mourir...

Enfin, pour le lecteur, je conclurai en rappelant que faire des lasagnes simplifiées soi même, ça prend en gros 30 minutes. La partie béchamel est pas évidente. Mais ça se gère... Sauf que sans rémunérer le travail et le capital, ça revient plus cher de les faire soi même que d'acheter des lasagnes de la bouffindustrie... Ces prix bas, il faut bien qu'ils viennent de quelque part...

Estimez vous heureux que ce ne soit pas du ragondin qu'ils aient trouvés...

29 commentaires:

  1. Alors depuis que perso j'ai decouvert la bechamel en 10 minutes au micro onde, cette partie n'est plus un probleme ! Peut etre a diffuser sur bulleimmo ou il y a je crois quelques amateurs... ;-)

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  2. Détrompe-toi, la viande de ragondin est excellente, c'est un met raffiné et recherché. Et comme c'est de la viande sauvage, c'est bien plus cher que du boeuf ou du cheval !

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    1. L'élevage de ragondin c'est l'avenir : la viande se vend cher et la fourrure aussi !

      C'est pour cela que nous sommes mal barrés dans ce pays - on élève du fonctionnaire : la viande est dégueulasse et personne ne veut leur peau non plus.

      yp

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    2. Ha, j'en connais beaucoup qui veulent la peau des fonctionnaires :)

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  3. L'industrie automobile est EXACTEMENT dans le même cas de figure.

    Que vous achetiez une Ford, une Renault, une LOGAN,ou une VW - Audi -SKODA, Mercedes, BMW vous avez LES MEMES FOURNISSEURS derrière.

    Fournisseurs étranglés par des exigences de productivité annuelles de 3 à 5% alors même que les salaires, charges et coûts d'énergie, matières explosent.

    Pas étonnant que les seuls constructeurs qui s'en sortent aujourd'hui sont ceux capables de survendre leur image de marque : Les VW, BMW, Daimler avec l'aide de quelques artifices techniques astucieux et relativement peut coûteux qui sur-valorisent leurs produits par rapport aux mauvais de la troupe.

    D'où le succès du "lowcost" avec la suppression de la taxe au marketing et superflus qui permet aux clients d'approcher la vraie valeur des choses et au producteur de faire quand même des bénéfices...

    C'est malheureux, mais c'est comme ça.

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    1. VW, BMW, Daimler ont simplement pris moins leur client pour des cons. Question de fiabilité et d'assumer ses conneries : ceux qui ont connu les mégane II dCi 120 peuvent en témoigner (sur la mienne : 3 ans, 3 turbos, 5 pompes à injection et 3 débimètres, procès du loueur pour que renault soit forcé de prendre en charge des réparations qui ont dû être réalisées sur toute la flotte...)

      ( Evidemment, il ne faut plus me parler de renault ! )

      yp

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    2. Les fournisseurs de Turbos sont les mêmes pour tous (y compris les Japs et Coréens) et il n'y en a pas 36 sur le marché, juste 3 ou 4 à tout casser "AU MONDE".

      Idem pour les pompes et autres composants moteurs sans exception.

      La base technique est donc la même. Ensuite c'est au constructeur d'implémenter correctement et de valider leur application. C'est leur savoir-faire.

      Bien sur certains constructeurs refusent toujours de payer pour les meilleures ou plus récentes technologies et obligent donc parfois les fournisseurs à rogner sur certains sous-composants et matériaux....
      Ces mêmes constructeurs se comportent aussi très souvent comme les parasites de l'industrie automobile en voulant bénéficier gratuitement des investissements financés par d'autres. Mais cela passe de moins en moins en raison de la croissance importante des leaders de l'industrie : Les équipementiers n'ont en effet plus besoin des généralistes en perdition pour charger toutes leurs usines !

      Des fournisseurs commencent ainsi à "snobber" certains constructeurs à ce titre....et on est peut-être qu'au début de ce phénomène.

      Les fournisseurs de l'industrie alimentaire devraient faire de même avec leurs clients sans fois ni lois .... la vente directe ou via des circuits courts peut-elle être envisagée ?

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    3. OK la marque renault a commandé des pièces de qualité inférieure chez son sous-traitant : C'est un choix marketting qui leur est apparu en faisant l'analyse de la valeur du produit. Soit.

      Maintenant imagine le gars dont c'est pas un véhicule pro : 5 pompes à injection à 7000€ pièce. Quand j'ai commencé à leur dire que c'était de la merde, ils m'ont sortis "qu'il ne fallait pas mettre de carburant de supermarché."

      Donc retenez que chez Renault, vous ne pouvez pas acheter votre carburant au supermarché (soit dit en passant j'avais la carte GR, donc la machine n'a quasiment jamais tourné qu'au mazout "excellium" de chez Total.)

      Bref, leur disparition ne sera pas arrivée par hasard. Si ça se trouve ils font des super bagnoles maintenant. Mais en ce qui me concerne, je ne prendrais plus le risque (et je ne suis pas le seul.)

      Et puis l'industrie auto c'est effectivement un monde à part : les gars du constructeur arrivent chez un sous traitant, disent quels investissements doivent être fait, comment et à quel taux ils seront financés, quelles seront les échéances, les cadences et les marges... En gros, les PME qui gagnent ou ont gagnées de l'argent sont celles qui ont choisis de ne pas travailler pour eux.

      Maintenant, pour en revenir à l'alimentaire, je vois mal une entreprise qui a investi dans une chaine prévue pour envoyer 10000 plats de lasagne par jour se reconvertir dans la vente directe ou locale...

      yp

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  4. Pour faire une béchamel en 2 minutes c'est très simple :
    - faire fondre 25g de beurre et y mélanger une cuillère a soupe de farine bombée et mélanger jusqu'à obtenir une pâte sablée
    - faire chauffer avant ébullition 25cl de lait 30s au micro onde et mélanger au fouet
    - remettre le tout 1m30 au micro onde, saler, poivrer, mélanger une dernière fois pour homogénéiser
    Et voila!

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    1. Pour faire une béchamel en 2 minutes c'est très simple :
      - faire fondre 25g de beurre et y mélanger une cuillère a soupe de farine bombée et mélanger jusqu'à obtenir une pâte sablée
      - Mettre 25cl de lait froid dans la preparation, remuer en fouettant, quand la preparation se decole des bords, c'est pret.

      et pas besoin de cette abberation de microonde.

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  5. amha il y a toujours eu une pression sur les prix, il y a 20 ans comme aujourd'hui. La fraude, justifiée par la pression des prix a toujours existé. La liste est longue et la mémoire est courte. Finalement, rien de neuf. Concernant le prix relativement bas des produits transformés,
    le prix de gros fait la différence.

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  6. Bravo,

    je connais le milieu du bâtiment, et c'est exactement le même processus.

    Grosse entreprise du bâtiment, qui a un quasi monopole sur les chantiers de logements sociaux pour la mairie de Paris (lobby, pot de vin ?, ...), pratiquement pas d'ouvriers, uniquement bureau étude et quelques conducteurs de travaux. Le reste que de la sous-traitance.

    Toutes les pénalités sont pour la gueule des sous traitants:
    *délais non respectés
    *travail illégal, (immigration, sans papiers, esclavage?) en cas de contrôle la grosse entreprise, la main sur le cœur joue la tirade du "mon dieu en m'aurait menti"...
    *défaut de réalisation

    et devine combien de sous traitants ont fermé boutique après avoir bossé pour la grosse boîte !!! des dizaines!!!
    En revanche la grosse boite, elle grossi grossi.... avec des résultats qui progressent!!

    C'est partout pareil, a vomir!!

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    1. Dans ce type de chantier, c'est la "grosse entreprise" qui décide de la marge des sous-traitants en calculant le coût des matériaux et des employés (sur une base de travail au noir évidement). Ils en déduisent ainsi le prix qu'il doivent payer pour la prestation complète. Prix qu'ils imposent aux sous-traitants. Comme il y en a toujours un sous-traitant pour accepter...

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    2. Pour compléter mon commentaire avec un cas dont on m'a parlé: celui de la construction du nouvel hôpital d'Orléans. C'est l'entreprise de Martin B (concessionnaire de TF1) qui "gère" le chantier (ou plutôt qui a obtenu la rente de situation de la construction). Ils ont tellement serré les prix pour la sous-traitance qu'aucune entreprise de la région n'a accepté de travaillé avec eux. De plus, plusieurs sous-traitants s'étaient déjà cassé les dents à cause de pénalités imposés par B****.
      Au dernières nouvelles ce serait des entreprises Etrangères qui auraient obtenu les contrats...

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    3. hôpital d'Orléans ou autre Partenariat Public-Privé

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  7. Bref, le pouvoir est entre les mains de celui qui commercialise, c'est-à-dire celui qui est au plus près de la source de fric, donc du client.

    Pour l'automobile: c'est "l'assembleur" de toutes les pièces sous-traitées... encore que c'est il me semble souvent lui qui est responsable du moteur, la partie la plus "technique" (corrigez-moi si je me trompe)

    Pour le BTP, c'est celui qui remporte le marché public... celui qui a le terrain.

    Pour l'alimentaire, ce sont les supermarchés qui sont le passage obligatoire dès que tu veux faire un peu de volume...

    L'image de la pyramide est décidément pertinente...

    Par contre, qu'est-ce qui a permis une telle cascade de sous-traitance ? Peut-être l'informatique, en faisant baisser les coût de coordination de ces organisation éclatées ?

    Max

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  8. Pour les lasagne j'ai une machine a pate, pour 4 personnes, je fait moi même :
    1 oeuf, 0,15€
    100 gr de farine, 0,10€
    un steak 1€50 (pas de la merde)
    sauce tomate 1€
    béchamel : aller on va dire 1 € en comptant tréééés large.
    Emental (100gr, je compte large)): 0,7€
    Donc un truc frais fait soit même (30 mn de préparation, pâte comprise, 30 minute de cuisson) 4,40 € allez dison 4,5€, un truc fait soit même avec de bon produit, frais pour la plupart. Le même truc infâme, avec plein de merdasse dedans en surgelé, c'est entre 3,5€ et 7€ dans le commerce. Le choix est vite vu pour ma part...

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    1. Et quand tu vois que tu en as pour 4,5€ de matières premières et qu'il y en a qui te vendent la "même chose" à 3,5 € en incluant la main-d'oeuvre + les marges de tous les intermédiaires + les taxes, tu as une idée de la qualité des matières premières qu'ils utilisent...

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    2. 1 oeuf, de la farine et un steak ?
      et tu te crois a l'abris de la malbouffe ?

      https://www.youtube.com/watch?v=A0gbbrgid3E

      va falloir se desintoxiquer ....

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    3. oui enfin c'est pas le même poids enfin j'espère que c'est ça ou alors faut vraiment pas laisser la ménagère faire les courses.

      perso je mets de la noix de muscade dans la bechamel.
      et les pâtes je l'ai prends industriel normalement c'est 100% de blé dur.

      vous avez déjà vue un allemand en france ? ils sont vraiment moins cons que nous.

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    4. J'ai la chance d'être a la campagne, la viande je l'achète chez un agriculteur du coin dont je sait comment ils les élèves, la farine , je suis en train de chercher. Reste l'œuf, mais bon, poulailler en vu bientôt.

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  9. http://mangiareridere.fr/2013/02/19/les-lasagnes-fai-da-te/

    aussi pour la recettes des spaghettis carbonara !

    Lepierrot

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  10. Génial ce texte!
    Si vous laissez tomber l'informatique vous pourrez toujours vous mettre à l'écriture.
    Vous avez le don.

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  11. Bravo Tonio, c'est clair, concis, et percutant !

    La puissante vague du "je le fais moi-même" n'est pas prête de s'arrêter.
    Du ragondin, pas encore, mais peut être un jour de la chair humaine ??? (cf. Soleil Vert)

    PS : la béchamel, c'est ultra facile. Même un niais comme moi y arrive, ca bluffe ma femme !

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  12. Bientôt les ravioli aux foetus ! On se rapproche de plus en plus de "Soleil Vert" ;o)
    téléphobe

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  13. Vous voulez voir l'oeil ?

    Allez voir les actionnaires majoritaires de Goldmans Sach, Monsantos et Aliburton.
    (j'ai pas trouvé les autres, mais leur pouvoir est déjà assez universelle.)

    J'offre un œil de perdrix à qui me trouve les actionnaires majoritaires des sociétés qui sont les actionnaires majoritaires des trois spectres cité ci-dessus.

    Soyez attentifs de prime abords si on compte pas les actions et qu'on compare pas les noms des filiales, on vois pas le nœud de gordien destiné à égards les curieux.

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  14. Bonne analyse. Plus de base solvable ni de crédit, plus de profits. Si on rajoute effectivement le peak all :

    Pour l'automobile, c'est baisse du nombre de km parcourus, covoiturage et garage forcé (sauf pour ne pas rentrer de boite à pied ou aller à la crèche avec les cabas...en bus), explosion du marché informel et faillites en cascades pour les assembleurs, sur fond de saturation future (ou présente, en IDF) dans les transports en commun

    Pour l'alimentaire, c'est multiplication des rayons low cost des supermarchés bien situés, fermeture des supermarchés excentrés (ZI et centres commerciaux) et relocation en centre-ville dans des surfaces plus petites, avec de nouveaux des concurrents sur les mêmes surfaces et les mêmes lieux. La distribution, c'est le secteur le plus avancé dans l'effondrement en réalité. Demandez à Carouf.

    Pour le BTP, outre la limite du robinet desséché du crédit et du subventionnement borné par les contribuables, la mauvaise isolation sera un facteur déterminant pour ouvrir les yeux des mougeons quand seul le bois tiendra chaud à moindre frais

    Et on pourrait parler du transport aérien...

    Pour reprendre ton image "La Révélation des Pires Amis", les places deviennent chères pour rester dans un pyramidion au maximum de son parasitage. Il y a maintenant un pyramidion (l'élite du XVI et de St Germain-Versailles) dans le pyramidion (les apprentis ponzi).
    La pyramide, elle, commence à se demander si elle ne devrait pas inverser le flux pour survivre...

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