lundi 25 mars 2013

Bruno Bertez : Avec Chypre, l’Europe serait-elle sur la bonne voie ?

Pour ma part, je ne suis pas aussi critique que Bertez devant le choix de réduire la fausse épargne, même si tout ça doit se faire après rinçage des actionnaires et bond holders... La garantie des dépôts est une arnaque, et ne sert qu'aux escrocs de la génération du papy boom à "banquer" toute leur épargne odieuse adossée à de la dette odieuse. Mais l'article n'en reste pas moins très intéressant dans ce qu'il dessine pour l'avenir...

Les Clefs pour Comprendre du Dimanche 24 Mars 2013: Avec Chypre, l’Europe serait-elle sur la bonne voie? par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 24/03/2013 (en Français texte en français )
→ lien
Nous savons, nous savons, ne bondissez pas. Ce n’est pas un paradoxe. Ce n’est ni un reniement, ni un ralliement. C’est une analyse. L’Europe est sur la bonne voie, … mais en marche arrière !

Nous sommes en train de passer, nous semble-t-il, de l’Europe par les nuls à l’Europe par les vicieux. Par vicieux, nous entendons le comportement qui consiste à détourner l’attention en agitant un chiffon rouge scandaleux pour réaliser une avancée dissimulée, bien plus scandaleuse.

La philosophie profonde l’action européenne a été résumée récemment par Juncker. Comme d’habitude, ce sont les gens qui partent à la retraite qui commencent à dire la vérité. Juncker a déclaré: « Nous savons ce que nous avons à faire, mais nous ne savons pas comment être réélus si nous le faisons ». Tout est dit. Les solutions sont connues et simples. Le problème, c’est la politique et singulièrement l’électoralisme. La solution, c’est l’usage du vice.







Nous analysons la politique européenne face à la crise bancaire, face à la crise des dettes souveraines, comme un long cheminement hypocrite dont l’objectif est, par touches successives, de faire payer les citoyens et les faire payer sous tous les formes possibles et imaginables. Il s’agit de laisser intact l’ordre politique, le (dés)ordre social et, bien entendu, indemne la classe financière ploutocratique et kleptocratique. Tout est fait pour éviter le grand chambardement. Tout est fait pour que d’innovations en innovations, on puisse tondre le public. Il n’y a qu’une différence de degré entre imposer des taux d’intérêt réels négatifs et confisquer, taxer les dépôts bancaires. Dans les deux cas, on réduit la valeur de l’épargne des citoyens. Ceci complète les prélèvements fiscaux .

La crise chypriote pouvait être évitée. Seule l’imbécilité et l’irresponsabilité expliquent qu’il y ait une crise chypriote. La cause de la crise chypriote, c’est l’exposition du système bancaire de ce pays à la dette grecque. La dette grecque a été restructurée. Les banques chypriotes ont enregistré des pertes colossales que l’on peut chiffrer à 10 milliards d’euros. Le traitement de la crise grecque par l’Europe a délibérément mis en faillite le système bancaire chypriote. 10 milliards d’euros, cela représente 60% du GDP de Chypre. Le total de bilans de l’ensemble des banques de l’ile représente 7,2 fois le GDP.

C’est donc en toute imbécilité ou en tout cynisme que l’on a plongé Chypre dans la crise bancaire. Certains commentateurs ont considédré que la Chypre était le Lehman de l’Europe. Nous nous rallions à cette idée. Aux états Unis , la mise en faillite de Lehman était volontaire , voulue. On a essayé de faire un exemple et de tester ce que cela faisait.

Nous ne sommes pas loin de penser que c’est la meme chose avec Chypre. On peut se demander, d’une part pourquoi cela a été fait, d’autre part pourquoi rien n’a été fait pour prévenir la crise. Enfin, quels sont les objectifs européens en agissant de la sorte. Quand nous disons européens, bien entendu, nous visons 1) Merkel 2) l’internationale noire de la kleptocratie 3) les eurocrates.

Depuis le départ, on sait que les solutions officielles que l’on a pratiquées dans les premières années de la crise ne pourront suffire .. Les chiffres s’agissant de Chypre, sont trop disproportionnés. L’analyse du passif des banques chypriotes que n’importe qui devrait avoir fait depuis longtemps indique que les dettes bancaires juniors et seniors sont insuffisantes pour couvrir les pertes. On les évalue à 2 milliards seulement. Donc, depuis le début de la restructuration grecque, on sait qu’il va falloir innover.

L’innovation consiste à déflorer le principe sacré de la garantie des dépôts, à créer un précédent, une sorte de test. Après la PSI, la participation du secteur privé aux pertes grecques, voici la participation des déposants aux pertes chypriotes provoquées par l’incurie européenne. C’est notre conviction profonde. Chypre a été choisie comme une expérience pour voir ce que cela donnait de voler l’argent des déposants et de confisquer une partie de leur patrimoine. Chypre a été choisie comme une sorte de répétition ou de rodage des mesures que l’on envisage pour le futur lorsque des cas beaucoup plus importants se présenteront. Suivez mon regard du côté de l’Italie et de l’Espagne.

On est en train, dans cette île, de mettre en place une expérience modèle réduit. Une expérience dont les enseignements serviront au cours des prochains mois ou des prochaines années. Les fermetures de banques, les textes juridiques, les décrets, la limitation des retraits dans les distributeurs, les mobilisations des forces anti-émeutes, les restrictions aux libertés de mouvements: tout cela est un test.

Nous sommes persuadés que l’Europe, Merkel, l’internationale kleptocratique, les eurocrates, le FMI, sont alliés et qu’ils sont de connivence pour impliquer de plus en plus de parties prenantes dans la pseudo-gestion de la crise. Ce qui est intéressant, par exemple, c’est la distinction implicite qui a été faite entre les résidents et les non-résidents. Quand on connait le montant des fuites de capitaux qui sont sortis d’Italie, d’Espagne et des pestiférés, capitaux qui sont en quelque sorte devenus non-résidents, on comprend l’intérêt d’un rodage de mesures de confiscation de ces capitaux. C’est l’Allemagne qui l’exige car cela fait partie de son plan pour réduire ses pertes sur les balances Target 2. L’introduction de la distinction entre les résidents et les non-résidents va devenir essentielle et centrale dans les futures mesures de traitement de la crise.



N’oubliez pas que ici, dans le cas de Chypre, on introduit cette distinction en faisant remarquer que les capitaux étrangers, donc non-résidents, représentent des masses colossales. Des masses évaluées entre 30 et 50 milliards. Ce sont des capitaux d’origine russe et britannique. Moduler les confiscations en fonction de seuils équivaut à moduler les confiscations en fonction de l’origine des capitaux. Il suffit de regarder les statistiques.

Le processus est toujours le même. Quand on veut attaquer un groupe social, ou quand on veut attaquer un pays, on commence par le stigmatiser moralement, ensuite on l’isole, et finalement on l’encercle. C’est ce que l’on fait actuellement avec la classe des riches. On les montre du doigt, on les isole, puis on les encercle. Et c’est le coup que l’on est en train de préparer avec les non-résidents. Non résidents chypriotes, mais les enseignements vont être tirés et simulés à des échelles plus grandes. Chypre était, pour certains, une sorte de petite Suisse, ce qui explique que le total de bilan des banques représente plus de 7 fois le GDP. Notre réflexion s’applique en fait à tous les pays qui, dans leurs banques, accueillent une forte proportion de dépôts étrangers, Grande-Bretagne incluse.

Nous sommes persuadés que ce schéma que nous traçons est celui qui, en ce moment, sert de guide aux autorités européennes. Elles préparent les processus de 2018. Elles veulent éviter à tout prix le transfert des dettes bancaires sur le passif des États. Donc elles veulent circonscrire les crises bancaires aux banques elles-mêmes. Ensuite, elles veulent faire payer tous les participants, c’est à dire qu’elles veulent que tous ceux, à quelque titre que ce soit, qui contribuent au passif des banques, soient sollicités. L’ennui dans cette démarche est qu’elle est hypocrite et injuste. On se trompe de priorité aussi bien technique que morale. On commence par spolier ceux qui sont les moins enclins au risque et on laisse intacts les avoirs de ceux qui devraient tout perdre, les actionnaires et obligataires.

Les responsables qui doivent être sollicités lors des crises bancaires sont, dans l’ordre:

   les apporteurs de capitaux propres, les actionnaires

   les détenteurs de dettes juniors

   les détenteurs de dettes seniors.


Ce n’est que lorsque l’on a détruit tous ces capitaux qui sont maintenant devenus fictifs que l’on peut se poser la question des déposants. Et cette question doit être posée dans le cadre des garanties et des promesses européennes. Il ne doit y avoir aucune exception. Tout doit être clarifié et faire l’objet d’engagements crédibles.

15 commentaires:

  1. Bank of Cyprus : pour les comptes bancaires supérieurs à 100 000 euros, les déposants subiront une perte de 40 %.

    Lundi 25 mars 2013 :

    Accord sur un plan de sauvetage pour Chypre.

    Un accord a été trouvé, dans la nuit de dimanche à lundi 25 mars, entre le président chypriote, Nicos Anastasiades, et ses bailleurs de fonds internationaux pour parvenir à un plan de sauvetage de Chypre.

    L'accord prévoit que le premier établissement du pays, Bank of Cyprus, soit conservé, mais que les déposants de cette banque, au-dessus de 100 000 euros, subissent des pertes pouvant aller jusqu'à 40 %.

    L'accord prévoit en outre la disparition de la banque Laïki, la deuxième du pays, selon une source européenne.

    Les petits déposants seront épargnés, mais ceux avec des dépôts au-dessus de 100 000 euros subiront des pertes.

    "Les dépôts sécurisés seront mis dans une 'good bank' les autres dans une 'bad bank'. Les dépôts non-sécurisés de plus de 100 000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire", a précisé lors d'un point de presse le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble.

    Interrogé sur la réaction des Russes à cet accord qui les affectera via la restructuration du secteur bancaire, le ministre des Finances de Chypre a reconnu que "nombre de nos partenaires internationaux loyaux sont très déçus".

    Les banques chypriotes ont prévenu dimanche qu'elles limitaient encore un peu plus les retraits d'espèces aux guichets, à 120 euros pour les clients de la Bank of Cyprus et 100 euros pour ceux de la Popular Bank.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/24/reunion-au-sommet-a-bruxelles-pour-sauver-chypre-de-la-faillite_1853427_3234.html

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  2. moi je dis ça sent la guerre...

    D'une pierre deux coups, l'europe sous influence américaine tacle sévèrement la russie :

    1) l'europe confisque par ce tour de passe passe des dizaines de milliards aux entrepreneurs russes (honnêtes ou pas on en sait rien, juste ce qu'on veut bien nous faire croire...)
    2) l'europe et les américains font comprendre aux russes : vous voulez pas nous aider a faire tomber bachar el assas et niquer l'iran alors vous pourrez faire une croix sur les réserves de gaz chypriotes

    On en est là, c'est terre à terre, mesquin, vil, petit, vicieux, à l'image de ceux qui nous dirigent qui restent prêt à tout pour conserver leurs pouvoirs et privilèges

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    1. Les entrepreneurs russes honnêtes qui investissent tout à fait logiquement à Chypre.

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  3. @disco

    tu dis ça mais demain on va te prendre ton fric déjà taxer pour payer les petits fonctionnaires et payer les fausses retraites tu va moins être d'accord, alors que tu serait bien heureux d'une hyper inflation qui baisserait effectivement la fausse épargne.

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    1. Cher amis apprenez à lire les fonctionnaires et les retraités vont payer, par l'impôt!!! A chypre cela ne fait que commencer, regardez en Grèce tout le monde trinque sauf:
      -les politiques
      -les apporteurs de capitaux propres, les actionnaires
      -les détenteurs de dettes juniors
      -les détenteurs de dettes seniors.

      Mais continuez à penser que c'est votre voisin retraité et l'employé de l'état civil qui vole votre argent!!
      Pendant ce temps la BCE sauve les banques à coup de LTRO sans véritable contrepartie et la Fed sauve Wallstreet à coup de QE !! Alors au final à qui vont vos impôts : l’état (nous le peuple) ou ses créanciers ???
      La fin de la fête consiste à laisser les banques faire faillite!!!

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  4. Les russes vont pas aimer du tout :

    Selon un article de media part il semblerait que ce ne soit pas tant les depots que les transactions russes qui soient importantes à chypre : de l'ordre de 250 milliards semble-t-il.

    La russie détiendrait entre 350-400 milliards de liquidités en euro, qu'ils vont très certainement changer en d'autres devises...

    La zone euro va ressentir le retour de manivelle, à notre grand détriment et pour la grande joie des ricains.

    Choisi ton camp camarade ! la guerre est proche...

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  5. Au final, après le psychodrame... que voit-on ?

    -la BCE, Draghi ont menti. Le bazooka était en latex... Pas de sortie de l'Euro. Mais certains y ont cru...

    -Chypre est renvoyé au statut grec : une île du tiers monde qui va s'enfoncer dans la misère et l'oubli

    -le bank run (sur ce qui reste) va être financé en sous-main par la BCE.

    -les pertes, comme d'habitude, sont noyées, étalées, splitées ("good bank", "bad bank")... le commun des mortels étant incapable de comprendre ce qui se passe et les détails techniques.

    -nous paierons.

    Voilà, d'autres questions ?

    BA va pouvoir souffler un peu. Il a eu une rude semaine.
    ;-)

    Ca fait des années qu'on lui dit que l'échec et mat ne viendra jamais d'un coup de trafalgar "financier" (le système maîtrise son sujet), mais plutôt de l'économie réelle.

    C'est à dire les PME françaises, espagnoles, italiennes qui ferment les unes après les autres... le nombre de chômeurs qui augmente, les secteurs publics qui ne font que grossir, saignant le privé etc.

    Voilà le réel, voilà le concret.

    Mais il est bien évident que ce processus mortifère est TRES LENT (contrairement à un "credit event" par exemple)....

    Voilà pourquoi BA, il faut être très patient... très patient.

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  6. Entierement d'accord avec Bertez sur le principe de test de laboratoire, un peu a l'image d'ailleurs de l'experience eclairante de Lehman mais aussi grecque. On teste les reactions des uns, on va jusqu'au bout de l'experience, on observe les seuils critiques au pire on lache du lest tout en appuyant un peu plus dans une direction qui complemente malgre tout l'experience. Ce qui se passe a Chypre, et le fait majeur que l'on ait epargné les detenteurs seniors et juniors pour s'orienter vers de meilleurs bouc emissaires: les deposants, (qu'ils soient indifferemment riches ou non) participe de la meme logique qui consistait a transferer le poids des dettes irrecouvrables des banques sur les larges epaules de l'etat et in fine sur celles des peuples. Etonnant non? les actions financieres et autres obligations sont sacralisées au detriment des depots!? Nos decideurs se sentent- ils concerné par leurs interets propres ,c.à.d, ont ils eux meme placés leur fric dans ce type de placement qu'ils sécurisent a l'envie dans un esprit de caste, grand sacrificateur des classes sous jacentes qu'ils sont. On discerne deja dans les priorités fixées et décrites plus haut, les specificités du nouvel ordre hierarchique qui se profile... dans la perspective du grand "reset" a venir?

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    1. Je n'ai pas compris que les actionnaires et les obligataires des banques défaillantes aient été épargnés, au contraire.

      --neuneu.

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  7. Ça devient un peu compliqué : si l'UE surendetté les États pour sauver les banques, on hurle. Si maintenant l'UE veut arrêter d'endetter les États et faire payer les déposants les plus riches, on hurle aussi! Cela devient insoluble. La deuxième me semble la moins pire de toute façon on peut difficilement faire défaut sur ces dettes. Pour une raison simple: c'est une boite de Pandore.

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  8. Il ne faut pas oublier un "détail" la moitié de Chypre est sous influence turque: donc l'exploitation du gaz naturel ne peut se faire sans son accord.
    Les russes en on tenu compte: pour le coup ils se comportent comme le présente le LEAP: ils sont force de stabilisation là où les occidentaux (USA+ GB + France) n'hésitent pas à bombarder des pays pour piller leurs réserves ( souvenez-vous de l'Irak, Kadhafi, Gbagbo, El Assad)
    En tout cas le Poutine il a été conciliant dans le cas de Chypre.

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    1. "conciliant" ?

      Poutine conciliant, évidement, il fallait y penser.

      Inversons la situation, imaginons que les français ayant des comptes à Singapour soit rincés, quelle devrait être notre réactions ?

      - Sanction contre Singapour,
      - Mourir de rire mais en silence sur le malheur des "investisseurs",

      Ou mieux, le contribuable français indemnise les investisseurs malheureux ? Dingue non ? Et pourtant, c'est ce qui c'est passé pour UK/Hollande -> Islande.

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  9. "La garantie des dépôts est une arnaque, et ne sert qu'aux escrocs de la génération du papy boom à "banquer" toute leur épargne odieuse adossée à de la dette odieuse." (DiscoTonio)

    Euh non, ça sert aussi à mon épargne et à la tienne. Ou alors quelque chose m'échappe.

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    1. Si tu épargnes pour acheter de l'immobilier, imagine par exemple ce qu'il va advenir des prix immo à Chypre si tu enlèves 20% de l'épargne financière locale...

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    2. 1. L'effet sur l'immo ne me semble pas évident. On pourrait imaginer que certains, n'ayant plus confiance dans leur compte en banque, cherchent à se protéger en augmentant la part d'immobilier dans leur patrimoine, d'où une hausse des prix. De même pour les actions. Ceux qui ont de grosses sommes sur leur compte ont intérêt à les dépenser d'une façon ou d'une autre.

      2. Tu bottes en touche... la garantie des dépôts est aussi utile pour les non-papyboomers. J'ai 35 ans, ça fait 10 ans que j'économise à fond, j'ai le droit de faire ce choix et je ne vois pas pourquoi je devrais être ponctionné beaucoup plus que celui qui gagne autant que moi mais qui est parti s'éclater à Ibiza deux fois par an.

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