mercredi 13 mars 2013

Bruno Bertez : La lévitation des assets et ce qui s’ensuivra

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 12 Mars 2013: La lévitation des assets et ce qui s’ensuivra par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 12/03/2013 (en Français texte en français )
→ lien
Quand vous achetez un actif/asset sur un marché, vous échangez de la monnaie contre cet asset. C’est un arbitrage, vous échangez un papier contre un autre. Si la monnaie ne coûte rien, comme c’est le cas avec le taux zéro, et que vous utilisez le levier, comme le fait la communauté spéculative mondiale, vous êtes donc en situation de bénéficier des taux zéro, c’est à dire de bénéficier d’une subvention pour acheter des assets. Vous les surpayez. Vous les payez plus cher que vous n’accepteriez de les payer en temps normal. C’est pour cela que tout monte en même temps. Ce qui fait buller les assets, ce n’est pas la valeur des assets, c’est l’avilissement, la surabondance de ce contre quoi vous les échangez. Il faut être aveugle ou banquier de mauvaise foi pour le nier.



Dans sa dernière intervention, Bernanke a pris soin, car il sait que cela fait problème, d’affirmer que les actions n’étaient pas chères, « les primes de risque sont au-dessus des normes historiques» a-t-il justifié. En soi déjà, pareille initiative du patron de la Fed mérite que l’on s’y attarde, car, pourquoi prendrait il la peine de rentrer dans ce débat? Réponse: Parce qu’il veut que les gens achètent des actions. La question qu’un homme de science honnête devrait se poser est celle-ci: Comment expliquer que les primes de risque soient plus élevées que la normale? La réponse est multiple.

L’incertitude est plus grande que la norme, nous sommes dans un période historique exceptionnelle, la prime de risque ne reconnait pas comme valable le prix des actifs sans risques, la prime de risque inclut une remontée prochaine des taux au-delà de ce que le marché des actifs sans risque anticipe. Etc. Etc. Bref, les marchés se méfient de la référence que constituent le prix et le rendement des treasuries car ils savent qu’ils sont manipulés, que bientôt, sinon un jour ou l’autre, ces prix et rendements reprendront leurs valeurs d’équilibre.

Les imbéciles disent, il n’y a pas de bulle sur le marché du S&P500, la preuve, vous ne voyez aucune excroissance dans les graphiques sectoriels comme celle que l’on avait vu dans la bulle techno, évidemment et c’est normal, puisque tout, rigoureusement tout, fait bulle! La masse des papiers est un tout, un ensemble; et tout fait bulle, il y a bulle des liquidités, bulles des actions, bulles des bonds, et même, en un certain sens, bulle de l’or. Pour l’or, on y reviendra plus loin.

La preuve de l’existence d’une bulle globale est, dans un autre registre, fournie par la théorie de l’entropie, tout monte, il n’y a pas de sélectivité. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que tout est à la même enseigne, il n’y a pas de classement, pas de hiérarchie, pas d’ordre. L’ordre, ce n’est pas, comme le prétend la thèse socialiste, quand tout est égal ou égaux, c’est quand chacun est, chaque chose, est à sa place. Les marchés font tout monter sans distinction, cela veut dire que l’on est dans le désordre complet. Il y a une énergie potentielle considérable de remise en ordre qui est accumulée dans le système, cela implique la perspective de mouvements violents au cours desquels une mise en ordre va s’effectuer.

Actuellement, tout est corrélé, quand les corrélations commenceront à se disloquer, alors ce sera le début de la grande remise en ordre. Surveiller les corrélations. Par exemple, il y en a une qui a failli se déliter, mais elle s’est rétablie, c’est la corrélation du S&P500 et de la parité euro contre dollar. Le monde des marchés ne vit plus à l’heure de l’intelligence et de la compréhension, il vit à l’heure des modèles et des corrélations miraculeuses. Le monde des corrélations et le monde des quants, c’est le monde des simplets, mais des simplets dangereux. On se souvient de LTCM. Ainsi, il y a une excellente corrélation entre la masse de base money aux USA et le S&P500, ce qui produit de nombreux modèles et donc de nombreuses stratégies. Un de nos amis fait remarquer qu’il y a une corrélation presque parfaite entre le prix de la bière en Islande et le même S&P500, nous invitons Bernanke à y réfléchir. Toujours à propos des corrélations et des quants, Bryan Sack, ex-manipulateur en chef des marchés à la New York Fed, vient d’être embauché par l’un des plus célèbres groupes de gestion quant! Il croit être un initié, il connait les modèles. Lors de la prochaine crise/rupture, il ruinera ses patrons.

A tous ces gens et leurs victimes, nous rappelons cette remarque de Trichet: « On ne peut toujours parier qu’en matière financière les évolutions seront toujours linéaires, le risque de rupture de cette linéarité existe ». Et oui, le fixe devient variable quelquefois! Revenons à nos moutons, c’est le cas de le dire.



En faisant l’arbitrage monnaie surabondante et à prix zéro contre asset, vous encaissez un spread de rendement qui est supérieur à ce qu’il devrait être normalement et qui vous conduit à accepter de payer, pour cet asset, plus cher que vous ne payeriez en temps normal. Cela n’a rien à voir avec la nature et la qualité de l’asset, mais avec quelque chose d’extérieur. Vous vous comportez comme un gigantesque hedge fund. C’est à dire comme un capitaliste anglo-saxon, vous faites du faux capitalisme, le capitalisme des spreads et de l’arbitrage, vous ne vous préoccupez pas des sous-jacents. Le fondamental, vous acceptez qu’il ne soit pas de votre ressort. En fait, implicitement, vous acceptez le socialisme qui conduit à faire porter la responsabilité, les responsabilités ultimes, non sur les individus, mais sur l’Etat et ses fonctionnaires. C’est une autre manière de présenter le fameux « put ».

Ce raisonnement est à la base de la politique de la Fed et de toutes les Banques Centrales. La masse de dettes dans le système est beaucoup trop élevée, pour empêcher qu’elles ne se dévalorisent et que les banques qui les portent à leur actif ne sautent, il faut gonfler la valeur de tous les actifs/assets. Face à une insuffisance de la valeur des actifs des bilans, conjuguée à un excès de passif, on met en place une pompe à gonfler le prix des assets, à les faire léviter. C’est exactement le système de John Law. Ce que maintenant, de façon prétentieuse, on appelle l’effet de richesses, ce n’est rien d’autre que cela, la création de fausse richesse adossée à des assets que l’on gonfle en pompant. Le fameux mouvement perpétuel qui permet de se passer du réel, plus on pompe plus je suis riche, plus je suis riche plus je m’endette, plus je m’endette plus je consomme… à l’infini, jusqu’à la crise de solvabilité non pas en regard des assets, mais en regard des cash-flows, des flux réels. Lesquels sont la limite ultime au pompage.

Voilà le sens fondamental, clair, net, simple, des politiques monétaires actuelles. Tout ce que l’on dit d’autre, lutte contre le chômage, relance de l’économie, stimuler le crédit etc., tout cela est du pipeau. Le système croule sous les dettes, la valeur de ces dettes, spontanément, doit chuter, voire s’effondrer. Pour s’y opposer, on crée de la monnaie et on donne cette monnaie gratuitement. Avec cet argent, on achète des assets et, de proche en proche, le gigantesque portefeuille mondial d’assets se reflate, devient surévalué, il lévite.

Il n’y a qu’un acteur qui bénéficie à plein du phénomène, c’est le secteur financier.

Pourquoi? Parce qu’il est hedgé, il achète de la monnaie gratuitement à la Banque Centrale, il a une dette nominale en monnaie et il achète des assets libellés en monnaie. Ses actifs et passifs étant en monnaie, il travaille en nominal, peu lui importe la valeur sous-jacente, le système financier est couvert, il empoche les spreads à plein.

Il n’en va pas de même pour les vrais investisseurs, car, eux, ne sont pas hedgés: si vous investissez le produit de votre épargne et de votre travail, il vous importe que la monnaie se dévalue et que vous soyez rémunéré en monnaie de singe. Vous échangez non pas de la monnaie comme les banques, vous échangez du travail, de l’épargne -travail cristallisé- contre des assets, la situation est dissymétrique. Et c’est volontaire puisque l’on veut que le système financier se refasse une santé sur votre dos.

Il n’y a qu’un marché où la spéculation ne bénéficie pas de la lévitation, c’est le marché des changes. Une monnaie contre une autre, les prix ne sont que relatifs, si vous achetez du dollar avec de l’euro vous êtes dans un marché normal. La subvention n’intervient pas.

Quand vous achetez de l’or, la subvention intervient, dans un certain sens, l’or lévite. Son cours est faussé par le processus décrit ci-dessus. Mais il y a des différences, en particulier le système financier et les banques, non seulement n’achètent pas d’or, mais elles manipulent son prix à la baisse; elles ont souvent « short »; autre différence, l’or est acheté par des mains solides qui le classent, le stockent, il ne réapparait plus, il se raréfie.

Autre différence de taille, lorsque la monnaie de crédit -mais on devrait dire lorsque le crédit devenu monnaie, ce serait plus juste- sera détruit, les assets papiers le seront également et l’or sera l’un des rares ultimes refuges.

Aux USA, en régime normal, il y a 3 cents de base money pour un dollar de GDP. Actuellement, il y a 18 cents de base money pour un dollar de GDP. L’inflation potentielle est bien sûr, colossale. Bernanke, qui n’en sait pas plus que vous, prétend détenir le secret pour résorber l’excès de base money, c’est faux, il ment. De toutes façons, il s’en fiche, il ne sera plus là quand le problème se posera. Et puis on dira que c’est un choc exogène, n’est-ce pas ?

Il n’y a que deux moyens pour résorber cet excès et remettre le ratio de base money dans les normes historiques, organiques :

- 1) la hausse des taux
- 2) une croissance nominale très forte de l’économie.


1-La hausse des taux: pour diviser par deux le ratio de base money, il faut monter le taux des Fed Funds à 2% ; vous imaginez, la chute des marchés et de l’économie à ce niveau! La dégringolade du marché de l’immobilier, des 700 trillions de dérivés, la chute de valeur des collatéraux sur le marché du refinancement de gros!

2-L’accélération de la croissance nominale. Nominale égale croissance réelle plus inflation. Pour obtenir une croissance de 5% l’an pendant 14 à 15 ans il faudrait un miracle! Croissance qu’il faudrait obtenir sans accroissement de déficits des États déjà insolvables, sans hausse relative des salaires, car les marges s’effondreraient… l’échelle de perroquet prix/salaires s’enclencherait. On attend les clients venus de Mars!

Ce problème est très bien connu car c’est le problème des sorties de guerre où, toujours, on refait la même opération de gonflement du ratio de base money et où donc on se trouve confronté au même problème de résorption. Comment résorbe-t-on ? Regardez l’histoire, la période d’après la seconde guerre mondiale en Europe, par exemple. Par l’accélération de la hausse des prix et des revenus. C’est à dire par la dévalorisation consciente, volontaire, des monnaies. Encore faut-il souligner qu’en sortie de guerre, la tâche des politiques est facilitée, l’acceptation est meilleure, et puis, il y a les reconstructions, n’est-ce pas. Le public fait, dans son inconscient, la liaison crise/guerre. Il a raison, il y a un lien entre les deux, mais il est complexe, ce sera pour une autre fois.

L’un des aspects intéressants, c’est le bilan de la Fed. Il est gonflé de papiers pourris que les banques lui ont refilés et de valeurs du Trésor à maturité longue et taux très bas. Comment la Fed va-t-elle pouvoir faire face à ses pertes? Elle est déjà engagée dans des mesures techniques et comptables pour pouvoir présenter des faux bilans, d’accord, mais cela ne suffira pas. Il faudra extérioriser des pertes avec les conséquences sur la confiance. Lors de l’hyperinflation de Weimar, le sinistre enchainement s’est noué quand… l’institut d’émission a créé de la monnaie pour financer ses pertes.





5 commentaires:

  1. Punaise, il est largué sur le coup, le Bertez.

    "Pour s’y opposer, on crée de la monnaie et on donne cette monnaie gratuitement. Avec cet argent, on achète des assets et, de proche en proche, le gigantesque portefeuille mondial d’assets se reflate, devient surévalué, il lévite."

    L'hélicoptère à billets n'existe pas (encore).

    Sauf que cette monnaie, c'est du crédit, donc oui, ça crée des bulles, mais les chances que ça n'augmente pas la quantité de bonne monnaie (monnaie dont la capacité de circulation est de 100% quelle que soit les conditions économiques, ce que n'est pas le crédit) dans le système.

    RépondreSupprimer
  2. Beaucoup de bêtises dans ce papier.

    La FED n'a nullement besoin d'externaliser ses pertes. Ce qu'ils font n'a évidemment rien à voir avec le système de John Law, ni avec Weimar.

    La seule chose qui est juste, c'est de constater que les bulles d'actifs ont été regonflées, ce qui était à peu près le seul moyen pour sauver le capitalisme en l'état. Dommage pour les spéculateurs à la baisse.

    RépondreSupprimer
  3. Limpide et brillant.

    Du grand bertez (ces derniers temps, je le trouvais un peu mou).

    Je ne suis pas d'accord avec les critiques des 2 premiers commentaires.
    Le premier est totalement faux : si l'hélicoptère existe bel et bien c'est même un B52. La Fed file bien du pognon gratuit, qui se retrouve recyclé par les financiers dans des assets.

    Quant au second, Bertez parle de Law et Weimar pour des donner des points de référence historiques.... où est le problème ?

    Bien sûr que Bernanke n'est pas Law... Mais il suit une logique, un cheminement similaires. Et en plus vous êtes d'accord pour dire aussi que les assets sont gonflés.

    Bref.

    Son paragraphe sur le "lien crise/guerre" est très intéressant. J'attends avec impatience son prochain papier dessus.

    Car c'est un élément absolument clé de tout le barnum qui dure depuis 2008.

    L'histoire le prouve.

    Seul un choc qui sera présenté comme "exogène" (une guerre donc) permettra aux crapules (pensez à Bernanke) de se défausser de leurs responsabilités et d'initier un "reset".

    C'est une vérité historique et psychologique.

    Une guerre (quelles que soient des formes) est inévitable. Le Système en a besoin.

    RépondreSupprimer
  4. "Le premier est totalement faux : si l'hélicoptère existe bel et bien c'est même un B52. La Fed file bien du pognon gratuit, qui se retrouve recyclé par les financiers dans des assets."

    Non, c'est faux. On ne file pas du pognon, on échange des titres de dettes, pour conserver la capacité de circulation monétaire de ces titres de dettes, c'est tout. Il n'y a pas d'argent frais injecté dans le système. Un titre de dettes, ça peut s'échanger, mais ça n'est pas vraiment de l'argent. Et on s'en rend compte quand on commence à avoir du mal à se les échanger.

    "Quant au second, Bertez parle de Law et Weimar pour des donner des points de référence historiques.... où est le problème ?"

    Le problème, c'est que tu comprends pas bien les risques de la fusion nucléaire en parlant machine à vapeur.

    "Une guerre (quelles que soient des formes) est inévitable. Le Système en a besoin." En disant cela, vous vous faites le complice d'une prédiction créatrice. Tout raser est en effet une solution pratique, mais cette solution n'est pas adapté à nos problèmes de ressources.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "on echange des titres de dettes pour conserver la capacite de circulation monetaire de ces titres de dettes":Depuis la glaciation interbancaire, qui rachete majoritairement la dette US? les "primary dealers" c.a.d les banques d'investissement mais en echange de cash (OU DE TITRES) qui leur permet d'aller jouer en bourse, manipuler au passage les cours de l'or et de l'argent (veritable monnaie, loi de Grisham), exploser les cours de l'alimentaire (revolution arabe) ou encore de l'energie (pic haussier a 145 dollars en 2008-tensions internationales plus speculation)...Les banques ont cessé de se faire confiance puisque chacune pense que la copine détient des titres pourris valorisés non pas "mark to market" mais "mark to model" c.a.d "mark to fantasy"! TOUTE DETTE EST "MONEY LIKE" (comme l'explicitait BERTEZ), le fait d'echanger des "treasury bonds" contre des titres pourris, dont se débarassent les banques, ne consiste qu'a faire durer la musique (comme sur le titanic) et a decomplexer les gogos dans ce grand casinos ou les grands perdants sont ceux qui ne basculent pas leurs benefices dans des actifs tangibles. Le monde de la virtualité financiere repose sur la confiance que la musique durera et qu'on prendra le canot de sauvetage au bon moment, c.a.d au moment du grand krach obligataire qui entrainera le boulversement du systeme monetaire international (a moins que les bourses prennent le fossé avant).Pour le moment, l'inflation est relativement contenue tandis que la deflation interne s'agite...La recession, quant a elle, n'est que le prologue avant la depression qui s'annonce: l'economie mondiale plonge (la realité)-cf le baltic dry index- tandis que les bourses grimpent avec insolence...mais pour combien de temps encore? La devaluation monetaire prémices de la guerre monetaire (devaluation competitive oblige) et tremplin a une prochaine guerre, comme dans les années'30???? pas besoins de "prediction créatrice" ou auto réalisatrice puisqu'on est condamné a répéter les memes erreurs et donc a subire de similaires conséquences!

      Supprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.