lundi 25 mars 2013

Bruno Bertez : "Le peuple est seul"

L’Edito du Dimanche 24 Mars 2013: Pourquoi il faut marcher sur les pieds et non sur la tête par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 24/03/2013 (en Français texte en français )
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Sarkozy revient sur le devant de la scène. Il est sorti des coulisses et rentre par la grande porte: celle du scandale. On le sentait venir, les appels à son retour n’étaient pas innocents. Il y avait anguille sous roche et l’anguille, c’était celle de l’inculpation.

La stratégie a consisté à repolitiser Sarkozy, à le tirer de son exil et de sa réserve pour pouvoir politiser par contrecoup son inculpation. La droite, le peuple, vont donc être instrumentalisés au service de Sarkozy. Les Français tombent dans un nouveau piège.

Depuis l’élection de Hollande, il n’y a aucune opposition. Personne n’a pris en charge la représentation des Français qui ne sont pas d’accord avec le gouvernement et son parti. L’assemblée ne représente rien, si ce n’est la soumission des godillots et l’impatience d’un groupe qui n’attend que la reconquête du pouvoir par défaut.

Pourquoi?

Parce que les partis politiques sont des machines au service d’un ou plusieurs hommes et non pas des organisations destinées à représenter et défendre les citoyens. Ce ne sont pas des corps intermédiaires, ce sont des tremplins, voire des échafaudages. En conséquence, une fois dans l’opposition, ils n’ont rien à dire. Ils n’ont rien d’autre à faire que de se quereller afin de savoir qui sera l’heureux désigné lors de la prochaine présidentielle. D’où le grand vide.

Pas d’analyse des projets gouvernementaux, pas de débat, pas d’écoute de la société civile. Tout au plus quelques petites phrases de temps à autre pour ne pas être oubliés des médias, telle est la seule activité des leaders de l’opposition.

Lorsque la société civile se rebelle, personne ne prend la tête, ne la guide, ne l’éclaire; non, seules quelques personnes secondaires viennent se joindre aux manifestations, tenter de récolter quelques miettes. On le voit avec la Manif Pour Tous du 24 Mars. Le peuple est seul.

L’inculpation de Sarkozy s’inscrit dans ce contexte. Elle est redevable d’une analyse.

La France n’est pas une démocratie. Les campagnes électorales sont mensongères, elles déclenchent des votes qui sont obtenus de façon dolosive. Les Présidents ne sont pas Présidents, mais chefs de parti déguisés en Présidents. C’est non pas le respect de ce que veulent dans leur ensemble les Français, mais le « ôte-toi de là que je m’y mette ».

En fait, une clique au pouvoir en remplace une autre qui ne cherche qu’à défaire ce que les précédents ont fait. Sarkozy a échoué dans son putsch pseudo libéral, réel dirigiste; Hollande a échoué dans son hold-up socialiste. On part de l’idée que faire et défaire, c’est toujours travailler, ce qui est faux. Car, ainsi conçu, faire et défaire c’est détruire, perturber, gaspiller. On gaspille du temps pour résoudre la crise, préparer la France aux défis de la réorganisation globale qui s’esquisse. Sarkozy a défait, pulvérisé la droite en cinq ans, Hollande a brisé la gauche en quelques mois.

La guerre des chefs Fillon/Copé a privé l’opposition politique de toute possibilité d’expression, de critique et de proposition. Sarkozy en a profité pour refaire surface. La gauche, désorientée par ses échecs et sa chute de popularité, a saisi l’aubaine de la remontée du « pantin » pour s’installer et pour mettre en spectacle pour le jeu de massacre et la diversion.

Entendez-nous, nous ne qualifions pas Sarkozy de pantin, ce que nous visons, c’est son utilisation en tant que pantin pour recevoir les coups du jeu de massacre. Ce n’est pas la même chose. Nous estimons en effet que Sarkozy aurait dû, maintenant que la question de l’héritage est évacuée, mettre sa blessure narcissique dans sa poche et conduire l’opposition au lieu de se réfugier dans l’amertume. Il y était crédible, autorisé par l’expérience. Sa pugnacité aurait fait merveille. Quitte à annoncer qu’il ne briguerait pas un second mandat. Condition sine qua none.

Résultat, il n’y a pas toujours pas de chef de l’opposition, pas de voix pour crier, démonté, expliqué, travailler en profondeur, il n’y a rien. Résultat, celui qui était désigné naturellement est perdu dans un combat ridicule et décrédibilisant. Comme d’autres avant lui, il patauge dans la fange au lieu de mettre son énergie, ses connaissances des dossiers, son réseau au service du pays. Il faut dire qu’il avait fait le même coup à Villepin, il l’avait neutralisé au lieu d’utiliser son expérience et son intelligence.

Résultat, c’est le vide, le grand vide que la société civile est obligée de combler elle-même, spontanément, elle doit improviser. Certes il y a des gens bien, et très bien, mais disposer de capacités organisationnelles n’est jamais inutile; il faut des leaders de l’argent, un accès aux médias, des analyses cohérentes, des fichiers, des outils, du matériel de mobilisation et de propagande.

Du temps de la Droite, du temps où il y avait une droite, il y avait une ossature de mobilisation capable d’agir sur le terrain. Il y avait des militants et des notables.

La gauche, avec l’aide de la fausse droite, ont réussi à les détruire. Sur le terrain, de nos jours, la Droite ne fait pas le poids face à la gauche, laquelle mobilise aussi bien ses troupes syndicales que ses troupes du socialisme municipal. La gauche n’a jamais hésité à utiliser le pouvoir de la rue pour s’opposer aux projets -justes ou injustes- qui lui déplaisaient. Elle a toujours utilisé la résistance du corps social à son profit. Il est temps d’apprendre la leçon.

Le pouvoir, la mobilisation des citoyens dans le cadre de la société civile, ne sont pas honteux, au contraire, ils sont nobles, preuve d’esprit de citoyenneté et de responsabilité. C’est ce que nous appelons: marcher sur les pieds, alors que l’élite politique cooptative et auto-désignée ne marche que sur la tête.

La droite, privée de ses organisateurs populaires est démunie, désarmée. Elle a tout misé sur la télé, les médias, les chefs politiques professionnels, maintenant qu’elle n’a plus ni médias à sa botte, ni chefs, elle est livrée à elle-même. Contrainte de s’inventer, de se donner une raison d’être unie, des moyens d’action communs, des objectifs mobilisateurs. Les excès socialistes facilitent l’émergence de tout cela, c’est une opportunité à ne pas gâcher. Certains disent que la France politique est en décomposition, nous affirmons le contraire: elle est en recomposition, là où il faut, à la base.

Nous pensons que le calme actuel aura du mal à durer jusqu’en septembre, date de l’élection en Allemagne. Apres cette élection le pouvoir allemand aura les mains libres pour imposer ses véritables vues. Nous incitons à considérer que ses vues sont préfigurées par ses exigences à l’égard de Chypre.



Quel avenir politique pour la «France bien élevée» ?
La lime, Fboizard, 25/03/2013 (en Français texte en français )
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Gabrielle Cluzel, de Boulevard Voltaire, a baptisé, avec beaucoup d'à propos, la «Manif pour tous» «la manif de la France bien élevée».

On comprend bien ce qu'elle veut dire : la France qui ne casse pas, qui ne fait pas grève, qui ne passe pas son temps à geindre et à quémander, dont les enfants sont couchés avant minuit et ne trafiquent pas de drogue, qui travaille et qui paye des impôts (dont une bonne partie fait vivre la France mal élevée).

Quel est l'avenir politique de cette France bien élevée ? C'est simple : il est nul.

Renverser les institutions ?

Impossible : elles sont solides, peut-être trop, elles sont conçues pour cela. Si Charles De Gaulle avait voulu aller jusqu'au terme de son mandat, il aurait pu. Personne n'envisage François Hollande démissionnant ou provoquant un référendum suicidaire. D'autre part, on imagine assez peu Jacques-Henri et Marie-Chantal organisant un coup d'État avec leurs cinq enfants et leur Scenic.

Bousculer les partis politiques ?

Excellente idée. Mais où trouver, dans la France bien élevée, tout l'esprit de vice, de tromperie et de mensonge nécessaire pour le cursus honorum moderne ?

Conquérir les médias ?

C'est sans doute la voie la plus intéressante, mais je n'en vois pas le moyen : les médias sont passionnés par les voyous, les gens sans histoire n'existent pas à leurs yeux.

Cet après-midi a eu lieu la deuxième «Manif pour tous». Les CRS ont lancé des grenades lacrymogènes sur une foule où il y avait quelques enfants. On imagine bien tout le parti qu'en aurait tiré une organisation de gauche, avec son exhibitionnisme, sa pulsion victimaire et geignarde, son pathos à deux balles. Là, rien.

C'est ce rapport de force politico-médiatique défavorable que sent très bien François Hollande.

Bref, la France bien élevée n'a aucun avenir politique dans le système actuel par le fait même qu'elle est bien élevée : dans la France d'aujourd'hui, il ne faut pas être bien élevé pour accéder au pouvoir.

C'est si vrai que la réaction de la France bien élevée est la fuite de sa jeunesse : je suis stupéfait du nombre de mes collègues, cadres moyens ou supérieurs, me disant qu'un, deux ou trois de leurs enfants ne comptent pas faire leur avenir en France.

Est-ce à dire que tout est perdu ?

Non, pas tout à fait : ce qui ne peut se faire dans le système pourrait se faire hors du système. Mais pour cela, il faudrait un meneur, un homme providentiel et donc, faire confiance à la Providence. Il y faut la Foi.

10 commentaires:

  1. "Après l'élection, le pouvoir allemand aura les mains libres" ?

    Bertez retombe dans le mythe de l'Allemagne Vertueuse.

    En clair : depuis 2008, l'Allemagne serait "vertueuse", "pas d'accord" etc.

    Mais soyons sérieux une minute et replaçons l'élection allemande dans son contexte, avec les forces en présence.

    Qui va gagner les élections en septembre ? Le SPD avec la clique des verts. La CDU reculera un peu. Et leurs alliés d'aujourd'hui, les libéraux, s'effondrent.

    Bilan ?

    Bilan, les Allemands sont aussi frileux, lâches et veules que nous ! Ils vont voter "statu quo" !

    Et comme ils adorent merckel, cette dernière a de fortes chances de redevenir chancelière... en changeant de majorité.
    Ce n'est pas choquant quand on connaît le parcours de mercek : élevée aux grains... mais surtout en RDA, as absolu de l'entrisme triomphant (ses maîtres espions pourraient être fiers d'elle).

    Bref.

    Penser qu'après septembre, l'Allemagne se détournera des arnaques, des lois violées, des bailout honteux que nous subissons depuis 2008, est une très lourde erreur !

    Le SPD est parfaitement pro bailout, pro status quo, pro Euro, pro Bruxellois !

    Bref, ça ne peut être que pire.

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    1. Les allemands ? Ah oui, c'est un gros problème l'euro pour eux, c'est évident qu'ils sont en pleine crise.

      Certes, il ne reverront pas le pognon mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien en avoir à foutre, vu que leur appareil industriel est en pleine forme grâce à l'euro.

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  2. Bousculer les partis politiques et/ou conquérir les médias - mais qui en serait capable? les deux seuls candidats avec assez de légitimité et d expérience de la lutte sont soral et dieudo - ils ont les épaules pour un destin national. Nous vivons des temps très intéressants! :)

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    1. Soral et Dieudo ?

      Quand même restons sérieux.

      Ils sont intéressants, certes, et leur montée en puissance montre quelque chose, une colère qui monte.

      Mais leur fixette sur le lobbye juif, même si je ne nie pas un fond de vérité, tourne à l’obsessionnel.

      Et surtout, Soral est un communiste.

      Ce pays crève de communisme.

      Moi c'est un libéral que je veux !

      Mais un libéral pour les petits, pour les fourmis ouvrieuses.

      Pas encore un kleptocrate à la Voltaire déguisé en libéral.

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    2. " Mais un libéral pour les petits, pour les fourmis ouvrieuses. " : je pense que là réside une contradiction irrésoluble ; le libéralisme permettra aux puissants de manger les fourmis avant de se dévorer entre eux. Par ailleurs les fourmis ouvrieuses veulent-elles du libéralisme (j'entends bien qu'elles, comme tout en chacun, sont favorables à la liberté la plus étendue --sauf lorque cela touchera leurs intérêts) ?

      On retombe sur l'oxymore "social-libéral" qui ne peut être vraiment social s'il est trop libéral ni authentiquement libéral s'il est trop social. Où et comment placer le curseur, qui le déplacera et comment, sans être entraîné par une de ces extrêmes : vaste programme !

      --neuneu.

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  3. Soral est marxiste dans sa vision de la société et de ses rapports de force sociaux-economique. Pour l appliquer a l économie, il serait plutôt du cote de l entrepreneur (cf ses différentes entreprises et projets), avec un contrôle étatique (ie dans l intérêt du peuple) des grands groupes monopolistiques.

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  4. C'est effectivement la France bien élevée qui a défilé et ça fait plaisir à voir.
    On en sort rassuré sur l'état de son pays qui dans ne correspond pas seulement à l'image qu'en donnent les média. Ils ne nous en montrent que les corporatismes et les banlieues.
    Il y a encore des gens capables de se mobiliser pour des enjeux de civilisation.
    Quant à quitter la France, l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs, et j'ai le sentiment que cette France bien élevée peut truster les meilleures places à l'avenir. On a toujours besoin de gens travailleurs, bien éduqués et bien élevés, et ils sont de plus en plus rare si j'en juge par la baisse du niveau scolaire et la balkanisation de la société.

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  5. Pas mal vu, le coup de la repolitisation de NS pour échapper aux conséquences judiciaires (perso, je pense que ce gars a trahi la nation, et qu'il devrait être jugé en tant que tel, par une cour martiale).

    J'ai le même genre d'analyse pour Berlusconi :

    http://www.24heures.ch/monde/europe/berlusconi-veut-parti-participe-gouvernement/story/19254046

    Lewu

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  6. J'aime beaucoup le texte sur le France bien élevée.
    C'est tout le paradoxe de la France. Ceux qui font tenir le pays debout, sont les moins "chouchoutés". Parce que justement, ils sont bien élevé, et que de toute manière en face ils s'en fichent complètement : ils peuvent gueuler tant qu'ils veulent ces couillons, lundi il seront au boulot pour payer leurs impôts et subventionner tous les merdeux qui croient que tout leur est du.

    La seule vraie révolte, c'est Attlas Shrugged. Diminuer la voilure, se prendre soi même en charge (énergie, médecine, bouffe) et laisser les autres dans leur caca pour qu'il se sortent les doigts ... ou s'entre dévorent.

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    1. je crois qu'il idéalise un peu le boizard.ok ,on est dans une société qui vomit le mérite,mais ceux qui manifestaient contre le mariage gay,ça sent le "fin de race",le noble qui travaille dans la gestion de patrimoine ou dans une "fondation ".pas l'artisan qui répare les chiottes ou l'épicier arabe ouvert jusqu'a minuit le dimanche

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