dimanche 31 mars 2013

Charles Gave : Petite Leçon d’Economie appliquée à Chypre

Petite Leçon d’Economie appliquée à Chypre
Institut des libertés, Charles Gave, 29/03/2013 (en Français texte en français )
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Une monnaie a deux prix, un prix extérieur (le taux de change) et un prix intérieur (le taux d’intérêt).

Si le pouvoir politique bloque le taux de change avec un deuxième pays « plus productif », alors le commerce extérieur du pays le moins productif va commencer à se dégrader avec le temps et l’on assistera à une chute de ce qu’il est convenu d’appeler le taux de couverture des importations par les exportations. Dans une situation « normale » où le premier pays aura conservé sa souveraineté monétaire, on assiste à chaque fois à une lente montée des taux d’intérêts dans le pays le moins efficace, cette hausse du taux de l’argent anticipant en quelque sorte l’inévitable dévaluation qui clôt le processus et remet les pendules à l’heure, ce qui se serait passé si Chypre avait conservé sa souveraineté.

Au lieu de cela, comme rien de tout cela n’est possible dans l’Euro, le pays le moins efficace voit son activité ralentir structurellement, mais ne peut rien faire pour corriger les déséquilibres.

Activité en baisse veut dire déficit budgétaire en hausse (plus de dépenses, moins de rentrées, conséquences inéluctables de la perte de compétitivité). Ces déficits toujours croissants se financent sans difficultés, au moins au début, sur les marchés financiers.

Malheureusement, les déficits accumulés se transforment petit à petit en dettes, et il arrive toujours un moment ou les marchés commencent à prendre peur sur la capacité de l’Etat du pays faible à rembourser sa dette dans ce qui est en fait la monnaie du pays fort. De ce fait, l’ajustement nécessaire ne se fait plus par la dévaluation, mais plus brutalement par la faillite de l’Etat qui a collé son système économique dans une situation d’infériorité. En Economie, comme le disait Bastiat, le meilleur économiste que la France ait eu, il y a ce que vous voyez, la possibilité de se balader en Europe et de payer partout avec les mêmes billets, et ce que vous ne voyez pas, l’inéluctable faillite des États Chypriotes, Italiens, Espagnols, Portugais que cette possibilité entraine.

L’étape suivante est très facile à décrire. Tout le monde va se rendre compte qu’un Euro dans une banque Chypriote ne vaut pas un Euro dans une banque Allemande et tout un chacun va se précipiter pour transférer tous ses Euros des banques Chypriotes vers les banques Allemandes. En termes techniques, cela s’appelle une crise bancaire ou en Anglais, un « bank run » Ce mouvement est marqué par une chute rapide des dépôts bancaires dans les pays faibles et bien entendu par une hausse extravagante des taux d’intérêts dans ces mêmes pays faibles, l’argent devenant rare devient fort normalement hors de prix

L’Euro est donc un Frankenstein financier qui ne peut pas fonctionner dans sa structure actuelle, ce que je ne cesse de répéter depuis des années. Hélas, trois fois hélas, tout se passe comme dans une tragédie Grecque, ou tout le monde sait ce qui va se passer et ou personne ne peut rien faire pour empêcher un dénouement dont tout le monde se doute qu’il sera tragique.

Je suis donc profondément triste parce que je sais la masse des souffrances que l’explosion inéluctable de ce monstre va créer. Une partie importante de l’épargne Européenne va être détruite, des établissements financiers de renom vont se trouver en difficultés et leurs actionnaires seront ruinés alors même que les dirigeants n’ont fait que suivre les directives et les réglementations qui leur étaient imposées par les pouvoirs politiques à l’origine de cette monstruosité économique, le chômage va exploser comme constaté encore cette semaine avec les chiffres les plus désastreux depuis 1997.

Tout cela était parfaitement évitable et n’est le résultat que de l’incompétence mâtinée d’arrogance d’une certaine classe politique ou administrative que j’ai appelé les « ignoramus » et à qui le désastre ne coutera rien mais qui voulait voir son pouvoir s’accroitre, un peu comme les généraux pendant la guerre de 14 qui envoyaient les poilus se faire tuer à Verdun pour « entretenir le moral des troupes ».

4 commentaires:

  1. Il ne s'agit pas d'incompétence, loin de là, mais d'un dogmatisme inébranlable à l'idéologie européiste. Plus qu'une simple croyance, c'est un véritable culte qui est voué à l'Euro et à l'UE et comme dans toute religion, il faut des sacrifiés en offrande. Nous sommes ces sacrifiés.

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  2. Oui, il me semble s'agir en grande partie d'un combat entre idéologues.

    >> Tout le monde va se rendre compte qu’un Euro dans une banque Chypriote ne vaut pas un Euro dans une banque Allemande et tout un chacun va se précipiter pour transférer tous ses Euros des banques Chypriotes vers les banques Allemandes. En termes techniques, cela s’appelle une crise bancaire ou en Anglais, un « bank run »

    A mon sens il serait plus précis d'affirmer "qu'un euro en dépôt bancaire ne vaut pas la même chose dans une banque du sud que dans celle du nord", étant entendu qu'on parle d'euros bancaires, ceux que le système bancaire crée en promettant qu'on peut le retirer contre des euros-billets émis et "garantis" par la BCE. Ce ne sont pas les mêmes, notamment au plan de leur puissance libératoire juridique.

    Et, toujours selon mon interprétation, il ne s'agit alors pas d'un bank run qui consisterait à retirer des espèces, c'est à dire à demander effectivement la conversion de la promesse bancaire en billets, mais d'un simple changement de fournisseur. Dans une zone monétaire unifiée comme l'euroland avoir pour banque une "étrangère" à son pays mais dans sa zone est indifférent. Sauf bien sûr pour la banque qui perd des dépôts et peut ainsi être acculée à défaillir.

    Quant aux taux qui monteraient --ou monteront car je suis d'accord sur ce point-- ce ne sera pas du fait bancaire mais de celui du risque de défaillance (plutôt que faillite comme le disent incorrectement à mon sens Ch. Gave et bien d'autres) de l'état. Cette augmentation des taux serait identique avec les banques locales. La défaillance d'un état correspond à une cessation de paiement, souvent partielle ; voir ce qui ce passe aux zUSA avec par exemple la faillite de la Californie.


    --neuneu.

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  3. "n’est le résultat que de l’incompétence mâtinée d’arrogance "

    C'est sûr que c'est un raisonnement de très haut niveau et bien entendu personne au gouvernement ne peut comprendre des raisonnements aussi basic.

    Prenez les hommes politiques pour des crapules, des vendus, OK. Mais les cons, c'est plutôt non qui nous faisons trimbaler dans les grandes largeurs.

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  4. Détrompez vous ! Tous nos dirigeants savent parfaitement ce qui se passent et les conséquences de leurs décisions. Ils le font car ce sont des traitres avides de pouvoir et cupide. Ils savent qu'en provoquant la faillite des Etats et de leurs entreprises, les étrangers ou les riches ( qui possèdent toute leur industrie à l'étranger parfois ) pourront tout racheter à bas prix. Bien évidement ces politiciens qui décident de cette politique récupèrent une part du butin et c'est bien pour cela qu'ils le font. L'Europe est une invention américaine dès la fin de la seconde guerre mondiale pour faire couler l'Europe et la racheter. Leur plan se déroule à merveille !

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