jeudi 21 mars 2013

Le problème de Chypre

Le problème de Chypre
Les-Crises.fr, Olivier Berruyer, 21/03/2013 (en Français texte en français )
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Dans la série, “le printemps commence bien”, voici un point sur la situation à Chypre (oui, j’ai tardé, mais pour commenter autrement que par des généralités, il faut creuser en profondeur, ce qui prend du temps…).

La situation est assez simple, mais très complexe à résoudre. Ainsi, vous ne trouverez pas dans ce billet les positions tranchées qui déferlent depuis une semaine, du genre “c’est un coup d’état, un braquage, un attentat contre la Démocratie etc” ni de “L’Europe avance, c’est positif etc”…

I. Chypre
Petit rappel historique: Chypre est une île de la Méditerranée orientale, ethniquement composée de Grecs et de Turcs.

Secouée par des troubles inter-communautaires depuis les années 50, Chypre sombre dans la crise en 1974 lorsque le régime des Colonels, un régime d’extrême droite ultra-nationaliste, fomente un coup d’État à Chypre en vue de réaliser l’Enosis, l’annexion pure et simple de l’île par la Grèce. Les populations turques sont menacées. L’armée d’Ankara saisit l’occasion et envahit le tiers nord de l’île en débarquant au Nord, par ce qui est toujours vu en Turquie comme une “opération de paix”.

Une “ligne verte” a été tracée entre les deux parties. Cette ligne coupe la capitale, Nicosie en deux. Une zone tampon est contrôlée par les casques bleus de l’Onu depuis 1975.

Occupée par la Turquie qui y a disposé 35 000 militaires, Chypre Nord est devenue, de fait, un territoire “autonome”. La communauté internationale ne reconnaît pas la partition. Le Nord est donc un “territoire occupé”. La terminologie proche-orientale est d’ailleurs de mise puisque l’on parle aussi de colonies: 100 000 colons turcs sont venus d’Anatolie pour peupler les terres du Nord et les cultiver.

Aujourd’hui, la Turquie refuse de reconnaître Chypre, l’un des 25 membres de l’UE à laquelle elle souhaite adhérer. Et Chypre refuse tout compromis en vue du règlement du conflit. Nicosie peut se permettre une telle intransigeance depuis son intégration européenne, le 1er janvier 2004 (Chypre est le plus riche des nouveaux membres entrés en 2004 dans l’Union Européenne). Koffi Annan a proposé un plan pour Chypre, plébiscité par les Turcs (et soutenu par le gouvernement contre son opinion publique), mais rejeté par les Grecs à 75 %. Depuis tout est bloqué. (On saluera la haute stratégie d’avoir fait rentrer dans l’UE un pays dont 40 % du territoire est occupé…).

Chypre a adopté l’euro il y a 5 ans, le 1er janvier 2008.

L’île compte 1,1 million d’habitants, dont environ 880 000 dans la zone indépendante – soit environ 75 fois moins qu’en France.

II. Le contexte








III. La crise













Pour ma part, c'est pareil, sur ce coup là, je ne vais pas hurler à l'€URSS.

Il y a quelque chose de logique à ce que cette épargne bidon, car adossée à de mauvaises créances, se volatilise. A la rigueur, je suis comme Bertez, et je prônerais pour quelque chose de plus général, d'organisé. Pas juste un coup improvisé comme ça pour la seule Chypre. Mais dans l'idée, ça ne me semble pas absurde.


Et une anecdote intéressante... Les pessimistes et les paranoïaques semblent de moins en moins cons face aux crétins réjouis meilleur-des-mondesques de la pensée positive obligatoire :
Chypre : cette grand-mère qui avait prévu le coup...
La Tribune, 20/03/2013 (en Français texte en français )
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Une grand-mère bien informée ne souffrira pas beaucoup de cette situation.

Tout simplement une grand-mère dont le fils, économiste installé en Russie, un rien paranoiaque, l'avait mise en garde. "Si quelque chose se passe avec les banques chypriotes, ce sera le week-end !" l'avait-il prévenu. Prudente, cette vieille dame prenait donc soin de venir vider son compte tous les vendredis, pour replacer l'argent une fois le lundi venu. Ses entrées et sorties d'argent incessantes avaient fini par amuser les banquiers de la succursale qu'elle fréquentait donc deux fois par semaine. Bien loin de penser qu'aujourd'hui, cette mystérieuse grand-mère, qui serait une habitante de la ville de Paphos à l'ouest de l'île, pourrait échapper à la crise qui agite la place financière européenne et conserver avec elle sans crainte, ses quelques 10.000 euros d'économies.

12 commentaires:

  1. Je ne vois pas ce qu'apporte ce billet de Berruyer. Des tableaux, des tableaux, mais où sont l'analyse et la synthèse ?

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    1. Les chiffres parlent d'eux mêmes.

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    2. Les chiffres ne parlent jamais d'eux-mêmes, il faut les éclairer et les interpréter. En quoi par exemple prouvent-ils qu'il n'y a pas braquage, coup d'Etat ou déni de démocratie de la part de l'UE comme le prétend Berruyer ?

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    3. C'est peut être que taxer un pays qui reçoit de l'argent sale est moins scandaleux.
      Parce que si cet argent n'est pas prélevé aux chypriote il viendra des états européens. Et c'est qui les états européens? Les citoyens.
      Donc soit l'UE taxé un peu les chypriotes, soit l'UE taxé les allemands, les hollandais et un peu les français.

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  2. "Pour ma part, c'est pareil, sur ce coup là, je ne vais pas hurler à l'€URSS."

    Alors pourquoi tu titres plus haut : "Chypre doit choisir entre l'€URSS et l'ex URSS" ??

    Contradictoire.

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    1. Parce que si sur ce coup là, l'Europe n'est pas illégitime à demander à ce que la fausse épargne chypriote prenne une paume, ça ne change rien à ce qu'elle est au fond.

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    2. Désolé mais là tu catégorises : tous les comptes des Chypriotes, petits et gros, résidents ou non-résidents, etc. ne sont pas à mettre à la mêmle enseigne de la "fausse épargne"...

      En taxant le petit retraité ou le commerçant qui ont bossé honnêtement toute leur vie, l'UE est légitime ?

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    3. L'UE peut être pas, mais le gouvernement chypriote oui. Or c'est passé par le parlement qui a d'ailleurs dit non. Donc de ce coté là ce n'est pas un coup d'état.

      Par contre sur la forme avec une décision sans consulter le peuple, sans que celui-ci ait vraiment son mot à dire, le tout en une nuit avec gel des dépôts au réveil... La c'est un peu un braquage.

      De plus le coup de taxer le patrimoine est ridicule. Celui qui a 10 villas, des coffres remplis de lingots d'or et 10 000€ a la banque paye moins que le travailleur de base qui y a 20 000€, somme de toutes ses économies d'années de travail. Sans oublier les comptes en banque des entreprises qui se voient amputer d'une partie de leur trésorerie en une nuit. Cela peut en envoyer quelques unes en faillite.

      Le pire étant que cela ne résout rien. Il faudra sans doute un autre plan plus tard. Donc encore un prélèvement une nuit sur les dépôts. Surtout si les russes sont partis entre temps il faudra une taxe plus forte. 20%? 30%?...
      Pour finir par arriver à la faillite qui leur coutera aussi cher que s'ils la faisaient aujourd'hui.

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  3. Désolé, mais c'est chiffres n'apportent strictement rien.


    En décembre dernier, Chypre était déjà considéré comme un détonateur pour L'€uro zone.

    Les portes capitonnées se sont entrouvertes, et Pan, banques fermées pour l'île.

    Exposition de la Gréce et les banques du ch'nord reviennent au-devant de la scène. (CA, SG, BNP, DB entre autres)

    Alors que l'Italie et l'Espagne représentent un gouffre, la Grèce et Chypre (- 3% du PIP €uropéen) font la une du problème €uro et des rendez-vous au sommets de la BCE.

    Stop. Les Chypriotes ne sont pas plus pas moins citoyens €uropéens qu'un autre Pays de la zone.

    La règle qui s'applique à eux s'appliquera aux autres.

    Dans cette histoire les mafias, s'il en est, se traitent devant les tribunaux.

    Mais les économies du bon peuple, un peu facile, dérisoire, inique, et surtout ne règle en rien le problème de fond. Dans un an nous remettons cela.

    Si Chypre est rentrée dans la zone €uro, c'est parce qu'il y avait volonté d'une protection des intérêts géopolitiques de la zone €uro.

    Le résultat aujourd'hui est à l'opposé du plan établi.

    Attendons de voir l'évolution rapide de cette affaire qui est loin d'être anodine.

    Mais nous avons tous bien entendu les couteaux qui sortaient de leurs fourreaux.

    La diplomatie UK, bien que toujours très discrète est en remous. Et pour cause, regarder son exposition n'a rien à envier aux Russes. Wait and see.

    Une fois de plus, il y a d'autres enjeux qui nous dépassent en ce moment, la seule chose qui est sûre, la zone €uro est en difficulté financière, économique, sociale, politique, CULTURELLE et la voie de désintégration fait son œuvre faute d'initiatives convaincantes.

    Donc, arrêtons de regarder par le petit bout de la lorgnette, l'Histoire est en marche, et Chypre est loin d'être le principal enjeu.

    Quand les Banques ouvriront, nous verrons bien quelle monnaie ils utiliseront et combien cela coûtera à la BCE, et nos chers impôts.

    Misère.



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  4. C est un paradis fiscal alorsque les 3/4 de l epargne n'est pas chypriote, logique qu il paye

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  5. Comme les réactions au dessus je trouve que tous ces chiffres n'apportent rien. Aucune justification sur le fait que cette taxe n'est pas un braquage. Un matin les gens se réveillent et ils ont moins d'argent que la veille au soir. Exactement comme si un voleur était passé la nuit pour leur piquer leurs économies. La seule différence est que cette fois le voleur est connu et qu'on ne peut rien contre lui.

    Si on veut taxer les avoirs à Chypre il faut le faire de façon plus démocratique. On en discute, il y a débat puis un vote. Le tout permet d'avoir une solution pérenne.

    Mais surtout le raisonnement qu'il tient est avant tout économique. Il se base sur des chiffres et oublie la coté psychologique et géostratégique. Cela revient à agir comme les financiaristes qui sont pourtant dénoncés régulièrement ici ou sur son blog.

    Comment croire que taxer les dépôts des citoyens de base allait passer sans provoquer de réaction? C'est une atteinte forte à la confiance envers les banques concernant l'argent en dépôt. Normalement on met son argent à la banque pour le mettre à l'abri des voleurs. Et là on s'aperçoit que le voleur il est dans la banque. La réaction normale est de retirer son argent de la banque. Et à voir les files d'attente devant les DAB chypriotes ils sont nombreux à avoir pensé ça.

    On justifie cette taxe par le fait que c'est un paradis fiscal qui sert de blanchisseuse pour la mafia russe. Il serait bien temps de s'en inquiéter... S'il fallait réagir c'était avant. Pas maintenant avec une solution aussi violente. Si vraiment on veut s'attaquer à la mafia russe on peut s'attendre à des réactions. Qui dit que les députés n'ont pas voté non suite à des conseils "amicaux" venant de Moscou? Et que l'argent russe à Chypre appartienne à la mafia ou non cela revient à s'attaquer à la Russie. Peu importe qu'ils aient raison ou non les russes ne laisseront pas passer une telle occasion. On parle de Poutine, un vrai requin, pas un zozo comme ceux qui sont à la tête de l'UE.

    A l'heure actuelle il semblerait que le dialogue Chypre / UE soit rompu. Chypre ne veut plus participer aux discussions avec Bruxelles. Le premier ministre et semble t-il le ministre de l'énergie sont à Moscou. On a fait entrer les russes à la table de jeu et ils ne vont pas se gêner pour tenter de remporter la mise. Il y a des réserves de gaz et une position géostratégique très importante à la clé. Si Chypre s'en va nous pourrions le payer très cher plus tard, bien plus que ce que couterai le sauvetage financier de Chypre.

    Oubliez un peu les chiffres, regardez ce qu'il y a au delà. Ne faites pas comme nos dirigeants ou les financiaristes qui ont les yeux rivés sur les tableaux excel à regarder les prévisions de l'année prochaine. Dans les années qui viennent la finance pourrait bien s'écrouler. Le physique reprendra le dessus, la géostratégie reviendra sur le devant de la scène. Perdre des points sur ce plan aussi bêtement est de l'amateurisme, voire de la trahison.

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    1. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/03/19/20002-20130319LIVWWW00277-en-direct-suivez.php

      17:30 Bruxelles et Moscou enterrent la hache de guerre

      Et voila la géopolitique a pris le dessus sur l'économique. Il a fallu que Barroso se déplace à Moscou pour rencontrer Poutine. On s'est ridiculisé, on a du faire courbette devant les russes pour un bête problème interne. Cela montre l'amateurisme de nos dirigeants. Pourtant tout cela était prévisible. Ils ont commis une double erreur stratégique avec leur taxe.

      - ponctionner directement dans les dépôts, ou comment fragiliser la maigre confiance qui existe encore dans les banques. C'était prendre le risque d'un bank run généralisé et pourrait compliquer les prochaines interventions de l'UE.
      - s'attaquer aussi frontalement aux russes sans même les avoir consultés avant. Cela leur a permis de s'installer à la table de négociation et ils ne s'en sont pas privé. Ils ont marqué des points dans le cas ou Chypre doit sortir de l'euro un jour, ce que l'on risque de payer cher plus tard.

      La situation semble se diriger vers un plan B conçu par les chypriotes sans l'UE. Cela pourrait régler la crise actuelle. Mais restera à gérer le très probable bank run qui suivra. Il est estimé à 30 milliards maintenant. Soit bien plus que les 6 milliards de la discorde de départ...

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