dimanche 24 mars 2013

Christian Saint-Etienne : France, état d’urgence, une stratégie pour demain

J'ai reçu un petit mail avec quelques citations bien senties du dernier livre de Saint-Etienne, dont il a été un peu question ici, à sa sortie :

« (...) la république citoyenne devient une république de l’envie. Les envieux ne veulent pas imiter ceux qui inventent, produisent ou excellent dans l’économie de l’innovation, mais les punir et les rabaisser au niveau de leur petitesse. Une république de l’envie qui se veut solidaire pour cacher son absence totale de générosité intellectuelle, morale et vitale. »

« soit l’homme est doté d’un libre arbitre, au-delà des nécessités qui le contraignent, et il existe une obligation morale qui permet de penser la condition humaine ; soit l’homme est un automate surdéterminé et il n’y a pas d’obligation morale. Dans ce dernier cas, la vie est rythmée par les vacances et les RTT, et le départ à la retraite est l’horizon de la vie humaine. Pétanque et apéro remplacent Platon et Aristote. (…)

Deux grands types de contrat social résultent donc des choix philosophiques et politiques concernant l’homme et sa nature. Le premier type (…) suppose le déterminisme de l’homme et donc l’égalité des résultats, le second type associe libre arbitre et égalité des chances. »

« Les “droits d’être” sont des droits constitutifs de la liberté de l’homme. Ils protègent le citoyen contre toutes les formes d’oppression et de prédation.

Les “droits à avoir” sont des droits de tirage sur la société et les contribuables car les droits “à” ont une spécificité qu’il faut cesser de passer sous silence : quelqu’un paie pour que les bénéficiaires des droits “à avoir” puissent les exercer. (…)

Or nous avons assisté au cours des trois dernières décennies à un basculement des droits d’être vers les droits à avoir. Ce basculement se cache sous l’appellation générique de droits de l’homme au point d’en abuser les analystes les plus sagaces sur la nature du mouvement en cours. C’est ce basculement qui nous a fait entrer dans la médiocrité consentie et l’égalitarisme haineux. Le citoyen de raison, libre et responsable, doté de droits imprescriptibles d’être, devient un automate surdéterminé doté de droits illimités à avoir, au mépris de toute responsabilité et de toute implication dans le monde du travail. »

« La France a choisi au milieu des années 1990 un modèle postindustriel, posttravail, la consommation devant servir de moteur à la croissance dans une vision tronquée du keynésianisme. L’investissement, c’est l’autonomie comme l’a bien perçu Keynes. La consommation, c’est le déterminisme des ventres. Le principe de précaution (…) complète ce tableau : il est la négation de l’autonomie responsable puisqu’il s’agit d’empêcher de faire a priori. Comme l’homme est supposé être un automate irresponsable, il ne faut pas lui permettre d’expérimenter et encore moins d’innover. »

« La France est au bord du dépôt de bilan économique et moral car elle a renoncé à se battre puisqu’elle n’est responsable de rien. Tout est la faute des autres : la globalisation, l’Allemagne, l’euro, l’immigration. Elle est devenue une république peureuse, paresseuse et une société pépère où la consommation et les vacances, les RTT et la retraite, les ronds-points et les festivités municipales sont l’horizon de vies qui ne sont plus que des sommes de jouissances quotidiennes. On s’accommode du déclin pourvu qu’il soit lent et confortable, ce qui est rendu possible par nos riches individualités et l’attrait d’un pays qui fut béni des dieux.

Nous sommes au bout de ce projet faramineux : faire de la France une grande Corrèze fascinée par la littérature du XIXème, les foires aux bestiaux et les arts premiers.

Ceux qui aiment la France ont mal. Mais qu’importe. Pour l’instant, ils restent minoritaires. »

« La France était encore une grande puissance en 1990. Elle se programme pour être un nain en 2017. »

« Apparemment l’actuel gouvernement n’a pas été informé de la troisième révolution industrielle et du rôle clé qu’y jouent les entrepreneurs (…). Il fonctionne avec un modèle d’économie administrée datant des années 1980 dont le moteur est censé être un vieux keynésianisme de la demande que Keynes réfuterait aujourd’hui (…). »

« La France a donc préféré à l’automne 2012 le matraquage fiscal des producteurs à l’élimination des gaspillages. »

« Nous sommes sur le point de subir une défaite économique et industrielle aussi ignominieuse que le fut celle de 1940. Les villes perdues prennent le nom des entreprises qui ferment. Les soldats morts se nomment chômeurs et jeunes talents partant à l’étranger. Mais la défaite est aussi inutile et évitable qu’en 1940. Nous ne manquons pas de moyens, d’entrepreneurs inventifs, d’ingénieurs remarquables et d’ouvriers qualifiés, d’épargne et de goût du risque. C’est la vision des chefs qui gouvernent la France qui est aussi tarée que celle de 1940. »

« La raison doit à nouveau prendre le pas sur l’émotion dans l’analyse et la résolution des problèmes. Les droits d’être doivent être réaffirmés face aux droits à avoir. L’action sociale doit organiser le passage d’une solidarité inconditionnelle fondée sur des états – on est chômeur ou RMIste -, à une solidarité conditionnelle appuyée par des parcours – parcours de soins dans la santé, de retour à l’emploi, de formation. »

« Il faut aller jusqu’au bout et boire le calice jusqu’à la lie. Liberté, égalité, fraternité, proclames-tu. C’est le mensonge qui s’affiche sur nos frontons ! Liberté veut dire le droit de faire ce que je veux sans être responsable ; égalité veut dire égalité de résultats sans encouragement à l’effort et à l’excellence ; fraternité cache une réalité de défiance dans la médiocrité et le sentiment d’envie.

Il faut donc revenir aux Lumières. Liberté veut dire action responsable assumée dans la confiance accordée au progrès : je suis libre à la mesure de ma responsabilité ; égalité signifie égalité des chances et encouragements permanents à bien faire ; la fraternité est proclamée entre hommes libres et responsables, acteurs de leurs destins personnels dans la délibération conjointe de l’action collective. »

« Notons que la France, qui était à l’origine de la première révolution industrielle avec l’Angleterre et qui fut un acteur décisif de la deuxième, est en train de rater la troisième qui devrait se déployer de 1980 à 2030, si l’actuelle révolution évolue comme les deux précédentes.

« La France joue aujourd’hui sa survie sur sa capacité à dé-soviétiser la sphère politico-médiatico-éducative (...). »

« C’est cette triple négation du progrès, de la responsabilité et du long terme qui plonge la France dans une de ses pires nuits philosophiques et politiques depuis les guerres de Religion. »

« en renouant le fil de la république de Mitterrand et Chirac, après avoir effacé l’épisode sarkozien (…), François Hollande est en train de pousser les contradictions de la république de l’envie jusqu’à la rupture. Il est le Gorbatchev français, inconscient des terrifiants leviers de l’histoire qu’il actionne avec une naïveté apparente. C’est lui qui va faire exploser le régime finissant qui nous gouverne. »


Je mets de côté les références aux "Lumières" dont ceux qui ont écouté Sigaut savent aujourd'hui de quoi il retournait réellement derrière la mythification qui en est faite aujourd'hui... Sur le reste, sur le constat, concret, pratique, réel, il a raison.

Christian Saint-Etienne France : état d'urgence
Xerfi Canal , 10/01/2013 (en Français texte en français )



Christian Saint-Étienne : quelle stratégie pour demain ?
PLD, 23/02/2013 (en Français texte en français )

13 commentaires:

  1. Xerfi, l'un des rares "cabinet d'experts" à prévoir il y a peu une stabilisation des prix de l'immobilier jusqu'en 2015, puis une reprise molle ; pas étonnant que cela soit repris ici, entre 3 posts de sensations diverses

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  2. Concrètement un banal libéral voltairien de plus, semblable à la caste des éconocrates qui sévissent dans les hebdomadaires officiels. Sans intérêt. Retournons lire Bertez ou Berruyer.

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  3. plein de belles choses dans ce qu'il dit ,MAIS:ça ne va pas mieux ailleurs.il n'y aura pas de troisième révolution industrielle mondiale,le crony capitalism est partout dans le monde.je prends le pari que toutes les économies s'écrouleront ensemble a cause de la mondialisation,et le brésil et la chine pourraient bien etre les premiers sur la liste

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  4. Apparemment, les Baby-boomers de droite ne te posent aucun problème.

    :)

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  5. Quel clown ce CSA, encore un qui n'a pas compris que ce sont ses idéaux binaires entre les pseudos entrepreneurs et bonimenteurs alimentés par l'Etat (dont lui même) et cette France de profiteurs qui nous ont coulés. Pour moi la masse est à l'image de ces élites, c'est la faillite morale de nos supers parisiens (grande bourgeoisie dominant le "privé" mais aussi la haute fonction publique) qui a entrainé tout le monde. Jusqu'à aujourd'hui ce sont eux les grands gagnants (plein de millionnaires mais aussi 5500 généraux pour 280 000 Hommes...) ces gens vivent dans le même monde, ont les mêmes visions de "l'égalité" et vampirise le pays).
    C'est d'eux que vient la CEE et l'Euro qui a ruiné la France, la soumission aux USA, la libre circulation des personnes et des capitaux, la non représentativité du système electoral (cf le FN), l'ouverture à la Chine, la vente d'EDF, des autorautes et demain la SNCF, la négation de la France et de son peuple.
    Bref, ces gens ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis et viennent aujourd'hui nous dire que c'est de notre faute... quel toupet, quelle honte.
    Alors Christian, commence par faire ton auto critique et on en recausera ensuite. Parle des vrais sujets comme le libre échange, la Franc maconnerie, le pétro-dollar, la corruption des élites et après on t'écoutera peut être

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  6. Brillant, parfaitement tournée. Et bravo pour les parallèles (défaite de 40, Hollande Le Gorbatchev etc.)

    Chapeau.

    Et je retiens une expression : "jusqu'à la lie".

    Il est bien évident que décrire si parfaitement la situation... ne changera strictement rien.

    Il faut donc que nous touchions le fond. C'est notre destin. L'honnête ne peut faire qu'une seule chose : accélérer la chute.

    Mais il est vain et absurde de prétendre qu'on s'en sortira. Non. Il faut aller jusqu'au bout.

    Accrochez vos ceintures.

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  7. Allez les esclaves, au boulot !

    C'est un fonctionnaire qui doit donner 20 heures de cours par mois qui vous le dit.

    Ce gars n'a aucune idée de ce que peut être 35 heures de travail subit par semaine pendant 47 semaines par an pour 1500 euros/mois.

    C'est pourtant le lots de la plupart des gens qu'il insulte "doté de droits illimités à avoir, au mépris de toute responsabilité et de toute implication dans le monde du travail"

    Gros e....lé, vient le faire le boulot, juste 6 mois et après vient nous faire la leçon.

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  8. Wiki: Il est titulaire de deux Masters en sciences économiques (London School of Economics et de l'Université Carnegie-Mellon), a soutenu une thèse de doctorat d'État en sciences économiques à la faculté d'Assas et est titulaire d’un diplôme de l’ESCP Europe.

    Action, réaction, solution, action, réaction.... solution.

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  9. bravo, une perle.
    C'est tout à fait ça, la France se dirige dans les poubelles de l'histoire sous les applaudissement des gauchistes et de leur progrès frelaté.

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  10. y a des trucs bien, je le verais bien faire un livre immersion a la bloch genre avec un contrôleur dans l'alimentaire pour montrer la mort de se pays colbertiste .

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  11. Il a raison sur l'excellence, la méritocratie, l'investissement dans l'avenir et la production de valeur, ainsi que la réindustrialisation du pays.
    Par contre, sa vision politique est totalement étroite et subjective. Il n'englobe pas l'euro et le fédéralisme babélien dans la liste des erreurs stratégiques des élites qui vont nous entrainer vers le fond.

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  12. CSA ne remet pas en cause l'euro, c'est à mon sens, ca plus grande erreur !

    yongtai

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    1. c'est pas l'euro qui nous tue,c'est nos politiques!

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