jeudi 25 avril 2013

Albert Edwards, Tropical Bear, même combat...

Je sais pas si vous vous souvenez de Loïc "Deflation" Abadie, alias Tropical Bear...

On n'en entend plus trop parler (surement quelques déboires avec ses BX4), mais je vous remets un de ses vieux articles, toujours aussi pertinent :
La déflation et les politiques monétaires.
Tropical Bear, 11/03/2011 (en Français texte en français )
→ lien
Nos dirigeants, conseillés par des économistes keynésiens convaincus de la validité de leurs modèles monétaires imaginent sans doute que l'économie réagira sagement et conformément à leurs "multiplicateurs keynésiens" et autres équations plus ou moins compliquées, qui ont prouvé leur échec jusqu'ici.

Ils pensent que l'inflation est proportionnelle au rythme de création monétaire, et qu'elle peut se piloter à volonté, comme dans le schéma ci-dessous (avec éventuellement un petit temps de retard déflationniste comme sur la courbe verte) :



Ils oublient un point essentiel : Nous sommes dans une situation de crise exceptionnelle, face à la plus grande bulle de crédit de l'histoire, et face à un retournement de psychologie des foule lui aussi exceptionnel : Une masse d'opérateurs qui avait baigné dans une douce euphorie depuis plus de 20 ans est en train de revenir à la réalité. Et quand on a tiré l'élastique vers un extrême (optimiste), il revient avec force vers l'autre extrême (pessimiste).

Cette psychologie des foules ne se met pas en équations, elle n'est pas linéaire mais "avalancheuse", avec des effets de seuil brutaux et impossibles à prévoir et à piloter.

Plus clairement, dans le contexte actuel, au lieu du gentil modèle linéaire de nos économistes keynésiens, le vrai "modèle de réaction monétaire" a toutes les chances de ressembler à ceci :



Avec trois cas de figure :

   1) Absence totale d'intervention de l'état : vu la masse d'actifs douteux présents dans les banques, un bank run généralisé a de fortes chances de se produire (perte totale de confiance dans le système bancaire, tout le monde se précipite aux guichets des banques en craignant leur faillite).

   2) Intervention limitée de l'état (liquidation ordonnée de la bulle de crédit) :

- Jusqu'à un certain niveau (comme pour les USA jusqu'ici et comme pour le Japon), le "malade" refuse de répondre aux "stimulations" : la déflation se maintient malgré la création monétaire, les opérateurs préférant attendre avoir du cash plutôt que des actifs qui baissent. Cela est vrai tant que la peur de détenir du cash est inférieure à la peur de détenir d'autres actifs.

   3) Intervention excessive de l'état (poursuite de la fuite en avant keynésienne dans le crédit)

- Au dela d'une certain niveau de fuite en avant et de création monétaire (c'est à dire de déficits publics et d'impression de fausse monnaie), la peur de détenir du cash finira par devenir supérieure à la peur de détenir d'autres actifs...Seul problème : La peur n'est pas un sentiment qui se pilote ou se met en équations. En situation de crise elle évolue en panique.

On obtient alors un effet d'avalanche, où tous les opérateurs chercheront à changer leur cash pour d'autres actifs (et des monnaies jugées plus sûres d'autres pays). Et on passerait alors très rapidement du mode "déflation" au mode "Zimbabwe" qui aurait des conséquences bien pires encore.

Bien entendu, et quoi qu'en disent nos divers économistes keynésiens (nobelisés ou non) qui conseillent actuellement presque tous les décideurs politiques, personne n'a la moindre idée de l'endroit où se situe cette limite. L'expérience du Japon nous montre simplement qu'elle est sans doute encore assez éloignée...Espérons que les dirigeants se montreront suffisamment raisonnables pour ne pas la franchir !



Sur la même ligne, revoici Albert Edwards, de la Soge, qu'on ne présente plus avec son âge de glace (sinon, remonter le tag en bas du post) :
Albert Edwards' Bleak Crystal Ball Reveals Gold Above $10,000; S&P At 450 ; And Sub-1% Bond Yields
ZeroHedge, 25/04/2013 (traduire en Français texte en anglais )
→ lien
Just because some of the C-grade financial "pundits" out there may have been confused that Albert Edwards was turning bullish in recent months, this should help clear all confusion.

We still forecast 450 S&P, sub-1% US 10y yields, and gold above $10,000

My working experience of the last 30 years has convinced me that policymakers’ efforts to manage the economic cycle have actually made things far more volatile. Their repeated interventions have, much to their surprise, blown up in their faces a few years later. The current round of QE will be no different. We have written previously, quoting Marc Faber, that “The Fed Will Destroy the World” through their money printing. Rapid inflation surely beckons. But that will not occur without firstly a Japanese-style loss of confidence in policymakers as we dive back into recession and produce dislocative market moves.

Andrew Lapthorne passed me a great chart the other day of bond strategists' forecasts. It reminded me of similar charts for analysts' earnings forecasts from my former colleague, James Montier. There are some ever-present truths in this business. Economists usually forecast a return to trend growth and will never forecast a recession. Equity strategists tend to forecast the market will rise 10% each year and will never forecast bear markets. And since the equity bubble burst in 2000, bond strategists, in a discernible break in behaviour, now only ever forecast that bond yields will rise (see chart below).

I agree that bond yields will indeed be heading higher in the next 3-5 years much, much higher. But the consensus has still not accepted that we remain locked in an Ice Age environment that will see US (and UK and German) yields converge to Japanese sub-1%.

The late Margaret Thatcher had a strong view about consensus. She called it: “The process of abandoning all beliefs, principles, values, and policies in search of something in which no one believes, but to which no one objects.” The same applies to most market forecasts. With some rare exceptions (like our commodity analysts' recent prescient call for a slump in the gold price), analysts don't like to stand out from the crowd. It is dangerous and career-challenging. In that vein, we repeat our key forecasts of the S&P Composite to bottom around 450, accompanied by sub-1% US 10y yields and gold above $10,000.


Some other thoughts from Albert on 10 Year bonds:

US 10y nominal yields have been edging down recently to 1.70% and the gap with real yields has closed ever so slightly, but the gap itself (implied inflation expectations) remains high.


There is much more, but the most amusing is where SocGen (Edwards) disagrees with SocGen (Legland) on gold:

We have been asked extensively about the slump in the gold price, especially in the context of our commodity strategist's prescient report calling for just such a decline. My own view is that the reasons for owning gold have not changed. I expect imminent recession to be more likely than imminent takeoff and hence the real yield (a key gold driver) should remain low.



Gold corrected 47% from 1974-1976 before rising more than 8x to US$887/oz in 1980. A steep correction is normal before the parabolic move. As Dylan said in his note of Sept. 2011, The market for honesty: is $10,000 gold fair value, holding gold is a bet against central banks competency and given their track record that's certainly a bet I'd be happy to still take.


* * *

Hopefully this should eliminate any confusion where Albert stands: certainly not with the rest of the fair-weather, momentum chasing pneguins.

6 commentaires:

  1. Loïc Abadie publie ses articles dans Objectif Eco depuis un moment déjà :
    http://www.objectifeco.com/blog/Loic-Abadie.html

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  2. En fait, oui, quand Abadie dit "linéaire", il dit absolument tout.
    La "science" économique est dans une impasse depuis 1 siècle : les maths ne permettent d'étudier que les phénomènes linéaires.
    Hors l'économie est par nature non linéaire.
    Ils ont "bidouillé" des équations mais en fait, tout est faux, absolument faux.
    Du coup ils ne peuvent rien prévoir, rien expliquer, pas même le passé !

    Et pourtant, c'est avec ces outils de l'age de pierre qu'ils dirigent, du moins essayent, l'économie mondiale.

    D'ou la "navigation a vue" de Bertez. Mais pas de plan, de conspiration, de stratégie du choc ... ils font simplement ce qu'ils peuvent.
    A partir de la, on ne peut pas dire tout et n'importe quoi sur l'économie, mais il est certain qu'il faut s'intéresser aux autres grilles de lecture comme celle d'Abadie ou d'autres.

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    1. Les maths pour aservissements non linéaires existent bel et bien.
      Les russes étaient les champions de ça pour guider des missiles, fusées par exemple....sans ordinateur numérique.
      Bon il faut se farcir des bouquins de maths en russe ....

      Juste pour dire qu'il est possible de faire des modèles mathématiques avec boucles de retroactions.
      Mais ce n'est probablement pas à la portée d'économistes....

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    2. Ca fait même plus d'un siècle qu'on étudie les systèmes dynamiques non-linéaires, depuis Poincaré en fait qui a découvert le chaos 60 ans avant Lorenz. Plus proche de nous tu as Vladimir Arnol'd (grand pourfendeur de Nicolas Bourbaki devant l'éternel) et un certain Mandelbrot. Qui s'est aussi intéressé à la finance en son temps. Ignoré totalement des économistes parce n'allant pas dans le sens de la théorie économique orthodoxe. Nassim Taleb et Herlin l'ont pas oublié eux.
      C'est un domaine en plein effervescence en ce moment, à la jonction entre physique théorique, mathématiques, mécanique, avec applications à l'économie, la socio, la psychologie, la morphogénèse et j'en passe. On est pas loin d'une révolution copernicienne.

      Les bases sont accessibles avec un bon niveau bac+3 en maths, si tu veux plus grand public lis Ilya Prigogine, Roddier, James Gleick, David Ruelle, tu as un livre de René Thom (médaille fields pour la théorie des catastrophes) relativement accessible, c'est pas les références qui manquent.

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  3. Je ne suis pas fan de ces joueurs de casino mais là, ça calme pas mal tout de même :

    http://www.objectifeco.com/bourse/matieres-premieres/metaux/lor-baisse-en-vue-a-court-et-moyen-terme.html

    Dans un dernier billet, il reconnaît tout de même qu'il peut se planter sur son appréciation générale de la situation. BA le blogueur chez les autres, devrait en prendre de la graine avec ses "murs qui n'en finissent plus d'arriver" Romandie 01.04.13

    Don't fight the FED ?

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  4. D'accord avec le commentaire précédent : on entend au contraire pas mal parler de Loic, et ses projections sont plutôt justes habituellement.

    Gilles

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