vendredi 12 avril 2013

Causes de la guerre de sécession

On m'a poussé une version croustillante de Dixie :


Et du coup, je suis allé creuser les raisons profondes qui ont poussées à la guerre de sécession...

J'ai l'impression que la question de l'esclavage n'explique pas tout... Et qu'il y a en fait derrière tout ça un des premiers affrontements entre tradition et modernité... Sinon comment expliquer que le Sud, qui comptait seulement 400 000 citoyens libres propriétaires d'esclaves sur 8 500 000 de citoyens libres aie suivi comme un seul homme ?

Genèse de la guerre de Sécession
Wikipedia, 12/04/2013 (en Français texte en français )
→ lien
Des terres différentes

Les États-Unis s'étendaient à l'origine sur deux régions climatiques radicalement différentes :

Le Nord

Sur des latitudes comparables à celles de l'Europe moyenne et même méditerranéenne, le Nord-Est des États-Unis n'est pas réchauffé par un courant chaud comparable au Gulf Stream. Au contraire, il reçoit un courant froid venu du Groenland qui s'ajoute à la forte influence continentale pour produire des hivers froids et neigeux. L'été, chaud et pluvieux, permet par contre de bonnes récoltes.

En l'absence de sécheresse estivale, le débit fluvial reste important toute l'année, facteur économique important : le moulin à aubes reste la première source d'énergie jusque vers 1870. En outre, le Nord est doté de richesses minières, surtout en charbon.

Le Sud

À partir de la Virginie, le climat devient plus chaud, voire subtropical dans les basses terres de Louisiane et de la Floride. Selon la conception de l'époque, cela prédispose à une agriculture de plantation, où le travail est fait par une main-d'œuvre d'origine africaine : tabac ou chanvre de la Virginie au Missouri, canne à sucre dans l'extrême sud, et surtout coton dans une dizaine d'États. C'est le Dixieland. Les fleuves, surtout l'immense Mississippi et ses affluents, et les voies ferrées, moins denses que dans le Nord, assurent l'exportation des récoltes.

Les marécages, alimentés par les crues des grands fleuves, servent parfois de refuge aux hors-la-loi, comme les Indiens Séminoles de Floride et les esclaves fugitifs. Pendant la guerre, la malaria et autres maladies endémiques décimeront les armées.

Cependant, à l'écart des voies de communication, les collines des Appalaches et des Ozarks sont peuplées de fermiers blancs, qui n'ont pas ou peu d'esclaves et se sentent délaissés par l'aristocratie des riches planteurs. Ils sont partagés entre le ressentiment envers les élites et la crainte d'être rabaissés au niveau des Noirs.

Le retard industriel du Sud

Nord/Sud, deux immigrations, deux populations

Le Nord, une immigration permanente

Le Nord est très différent du Sud sur le plan de l’immigration. L'économie du Nord fait appel à la main-d'œuvre abondante et peu coûteuse que constituent les immigrants de fraîche date, obligés de se louer par contrat pour rembourser leurs frais de voyage. Après une phase d'assimilation, souvent au contact de compatriotes déjà établis, les immigrants peuvent prétendre à des emplois plus qualifiés et mieux payés. Ils ont aussi l'espoir de se mettre très vite à leur compte, en profitant des terres à bon marché de l'Ouest, ou en tentant leur chance comme chercheurs d'or en Californie.

À chaque grande crise en Europe, les États-Unis voient arriver sur leur territoire en grand nombre les populations persécutées pour leurs idées, comme les révolutionnaires de 1848, ou victimes de catastrophes naturelles, comme les Irlandais après la grande famine de 1847. En 1855, Castel Garden, un des théâtres les plus prestigieux est devenu le bureau de l’immigration de l’État de New York et le foyer est aménagé pour les visites médicales. Les migrants mettent environ six heures à s’inscrire au bureau de l’immigration et à passer la visite médicale. Si tout est en ordre ils franchissent alors la passerelle en bois qui mène à Manhattan où les attend une foule de gens empressés de les prendre en charge.

L'intégration des immigrants ne va pas de soi. Dans les années 1840-1850, le Nord connaît même un puissant mouvement de sociétés secrètes xénophobes, les Know-Nothing, et des émeutes opposent les ouvriers anglo-saxons aux Irlandais catholiques. Mais le Parti démocrate étend son patronage à ces nouveaux venus, qui forment une masse électorale active. Les milieux d'affaires veillent à maintenir le flux migratoire, qui leur assure une main-d'œuvre à bon marché.

Le Sud, une « vieille immigration »

Le Sud est très différent dans sa conception identitaire. Les Blancs du Sud descendent presque uniformément des premières vagues migratoires européennes, Anglo-Écossais et Irlandais protestants, avec un apport d'Anglais catholiques en Maryland, de Français en Louisiane et d'Espagnols en Floride et au Texas. Ils se considèrent comme les héritiers légitimes des Pères fondateurs. L'esclavage, hérité de la période coloniale, est partie intégrante de leur tradition culturelle, ce qui n'est pas du tout le cas pour les gens du Nord, issus de sociétés libres.

Tandis que la population du Sud n'augmente que par sa propre croissance démographique, celle du Nord s'accroît à la fois par les naissances, par l'immigration européenne, et par une forte migration intérieure de Noirs affranchis ou fugitifs (la case de l'oncle Tom), mais aussi de pauvres Blancs du Sud, qui trouvent mal leur place dans une société hiérarchisée. L'écart de population entre Nord et Sud évolue donc au détriment du second.

Le Sud n’incarne pas l’espoir comme le Nord, il est la tradition, le respect d’une culture aristocratique et conservatrice, où le respect des traditions est le fondement de la société.[réf. nécessaire]

Un État, deux structures sociales

La souplesse de la société du Nord

La société du Nord, dans la première moitié du XIXe siècle, est en majorité rurale. Elle se distingue déjà des sociétés européennes, par son taux élevé d'alphabétisation et par la forte pratique de la démocratie locale, mais l'économie reste en grande partie autarcique : chaque village produit sa nourriture, ses vêtements, ses outils. Cependant, la croissance de l'industrie et du chemin de fer, la pénétration des modèles urbains transforment peu à peu l'Homme à la houe en consommateur moderne. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que les grandes villes, la grande industrie, la banque deviennent vraiment les modèles culturels dominants.

La richesse qu’apporte l’industrialisation croît, mais sa répartition est inégalitaire au fil des années. Au début de la révolution les salaires étaient bons à cause de la relative faiblesse de l’immigration et de la rareté de la main-d’œuvre. Mais à cause des guerres et des famines européennes, des milliers d’Irlandais arrivent dans le Nord, et s’offrent aux industriels.

Peu à peu, les ouvriers cherchent à s’organiser pour défendre leurs intérêts. Et quand l'industrie ne leur a pas permis de s'installer, ils restent libres de partir conquérir l'Ouest.

Mais, il ne faut pas voir dans cette société du Nord, un paradis pour le pauvre et un idéal de démocratie et de respect de la condition humaine. Nombre de blancs méprisent tout autant les noirs que les gens du Sud et dans l’Ouest les Indiens sont massacrés sans remords.

Aristocrate et fermiers du Sud

Dans le Sud, près des trois quarts de la population blanche ne possédaient pas d’esclaves et n’étaient pas directement intéressés par l’esclavage.
Un recensement de 1860 fait état de 400 000 propriétaires d’esclaves sur une population libre de 8 millions et demi d’individus. La différence entre le nombre de propriétaires et la part de la population concernée, s’explique par le fait qu’il y a des familles entières, et que les cadets, les filles non mariées ou veuves, les régisseurs, les contremaîtres ou artisans blancs vivent et dépendent du servage.

Cependant être propriétaire d’esclaves ne signifie pas forcément être planteur. Certains (la majorité) ne possédaient qu’un ou deux esclaves, alors que d’autres en comptaient jusqu’à 2 000. C’est le cas de Hairston en Virginie qui était contraint d’établir une nouvelle plantation tous les ans pour occuper et exploiter l’excédent de cette véritable population. En 1860, la population en servage était de 4 millions d’esclaves. En tête, vient un groupe restreint de planteurs (300) qui possèdent en moyenne 200 esclaves. Mais à cette aristocratie de plantation, il faut ajouter ceux qui possèdent 50 à 200 esclaves et qui ont droit au titre de planteur ou sont sur le point de l’obtenir. En 1860, on compte 10 500 planteurs.

En dessous de cette aristocratie des planteurs, vient une classe de fermiers qui possèdent 10 à 50 esclaves. Mi-paysans mi-planteurs, on en compte 98 000, et ce sont eux qui forment l’ossature du Sud. La vie, les traditions, la civilisation du Sud, le coton et le tabac, l’esclavage et la plantation représentent pour eux le seul idéal à atteindre. Restent les 275 000 petits propriétaires, dont chacun possède moins de dix esclaves. Tous ces fermiers, propriétaires d’esclaves sont non seulement attachés à l’esclavage, parce que l’esclave est la seule main-d’œuvre disponible, mais c’est aussi parce que les esclaves représentent le seul moyen qui peut permettre au fermier de s’élever sur l’échelle sociale.

Il existe également, une grande part de la population blanche qui ne possède pas d’esclave et qui cultive, de leurs propres mains, leur terre. Ces petites fermiers sont plus de 3 millions et se trouvent dans le Haut-sud. Ils espèrent acquérir un ou plusieurs esclaves, mais ce rêve est peu à peu détruit par les lois fédérales qui limitent peu à peu l’importation d’esclaves, pour aboutir à la suppression de ce commerce en provenance d’Afrique. Tous ces paysans sont nettement esclavagistes, même s’ils se sentent méprisés. Les « pauvres blancs », dont le nombre atteint 1 million, se révéleront durant la guerre d’excellents hommes de troupes.

Pour le calcul de sièges de représentants au Congrès la Constitution détermine qu'un esclave est compté pour 3/5e d'habitants.



Pour ceux qui veulent rentrer un peu plus dans le détail politique de l'époque, vous pouvez aller lire ce très long article ci.

Et pour ceux qui ne l'auraient pas vu, je vous repousse cette vidéo, sur l'histoire de New York...


On y voit bien en 1863, la percée de Grant (Shiloh, Vicksburg et Chattanooga). Et en 1864, la prise de Savannah et d'Atlanta par Sherman.

Et il y avait eu ce documentaire sur Grant, qui était passé sur Arte. Hélas, je ne le trouve qu'en allemand...


New York, Broadway 1860


Atlanta 1860

7 commentaires:

  1. Si je ne m'abuse, en simplifiant : au nord ils avaient le train et la vapeur et n'avaient plus besoin d'esclave pour vivre.
    donc ils se sont réveillé un matin et on trouvé l'esclavage immoral.

    spa pour rien si on a aboli l'esclavage après l'invention de la machine a vapeur, question d'EROEI.

    déjà expliqué ici : http://yoananda.wordpress.com/2012/01/01/le-fil-rouge-guerre-et-eroie/

    ""En 1861-1865, la guerre de Sécession se termina à l’avantage des États du Nord, protectionnistes et égalitaristes face à ceux du Sud, libre-échangistes et esclavagistes. Guerre qui marque un tournant important dans l’histoire de l’esclavage qui n’est plus nécessaire aux USA du fait du développement de la machine à vapeur et du train, qui ont un bien meilleur EROEI … Outils qui seraient de toute manière trop dangereux dans les mains d’esclaves (imaginez un révolté qui refuse de stopper le train arrivant en gare terminale). Mais c’est sûrement un hasard s’il y a un lien temporel entre esclavage et train à vapeur.

    De 1863 a 1869 premier chemin de fer transcontinental (états du nord) suite à la ruée vers l’or à l’ouest et aux difficultés de traverser les grandes rocheuses.""

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hou la la !!!
      C'était la ruée vers l'ouest et son or depuis près de 10 bonnes années.
      La ligne ferroviaire entre les deux côtes mobilisait beaucoup en infrastructures. Les bons de commandes des industriels de la côte est étaient de plus en plus chargés et, paradoxalement, compte tenu de la ruée vers l'Ouest et malgré un bon afflux de migrants, ces industriels manquaient de main d'oeuvre. Or, il y avait 4 millions d'esclaves juste à portée de la main, main d'oeuvre captive par excellence. Les industriels gagnèrent contre des ploucs.Et ces derniers durent partager à peu de frais pour les nouveaux acquéreurs "anti-esclavagistes" ces anciens esclaves. N'oublions pas que l'apartheid y sévit, au nord comme au sud, jusqu'à la fin des années 1960. Alors les bons principes cachent souvent des intérêts bien plus terre à terre !
      On appelle cela encore le "politiquement correct".

      Supprimer
  2. http://www.dedefensa.org/article-une_guerre_civile_de_150_ans_continuo_16_04_2011.html

    http://www.dedefensa.org/article-archivesphg-2_le_paradoxe_d_appomattox_06_01_2012.html

    Si t'es motivé, il y a pas mal de texte sur la guerre de sécession sur dedefensa. Encore plus que ses analyses au jour le jour, c'est bien sa lecture de l'histoire que je préfère chez Philippe Grasset

    RépondreSupprimer
  3. Dans "8 leçons d'histoire économique" (p. 189), Jean-Marc Daniel rappelle :

    "On n'en a pas toujours conscience, mais, aux Etats-Unis, la guerre de Sécession (1861-1865) entre le Nord anti-esclavagiste et le Sud esclavagiste est aussi une guerre entre le Nord protectionniste et le Sud libre-échangiste. Déjà, List soulignait la contradiction entre ces deux blocs économiques. Il annonçait dès la fin des années 1840 un affrontement inévitable entre le Nord et le Sud qui se ferait autant sur des bases économiques que sur les bases morales liées à l'esclavagisme. Quand à Palmerston, le PM anglais libéral [...], il soutient le Sud, non par esclavagisme - le RU pourchasse et combat le trafic d'esclaves depuis 1815 - mais parce que le Sud est libre-échangiste."

    RépondreSupprimer
  4. Un autre chant de cette période :

    "The yellow rose from Texas"

    http://www.youtube.com/watch?v=LArGlfEVYqM

    RépondreSupprimer
  5. le nord n'était pas esclavagiste, tout comme les patrons certains patrons actuel qui ne déclare pas leurs ouvriers , voir qui les sous paye et pas qu'en France actuellement je ne parlerais pas des foyer X et autres marchand de sommeils

    RépondreSupprimer
  6. j' ais trouvé très bien cette explication, je vais faire tourner à mes ami(e)s "westerneurs" j' ais laissé un autre message, j' esperrre qu'ils passeront tous les deux
    Patrick R du 24

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.