mercredi 17 avril 2013

L’UE, c’est l’Empire. L’Empire, c’est la guerre.

L’UE, c’est l’Empire. L’Empire, c’est la guerre.
presseurop, Thierry Baudet, 17/04/2013 (en Français texte en français )
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On a l'habitude de considérer que l'Union a assuré la paix en Europe. Or lorsque les Etats-nations cèdent leur souveraineté à des entités supranationales, cela mène au conflit, note de manière provocatrice l'historien Thierry Baudet. Voilà pourquoi il propose de dissoudre l'euro et de rétablir les frontières.
Les partisans du projet européen soutiennent, imperturbables, que le nationalisme conduit à la guerre et la construction européenne à la paix. Toute perte provoquée par Bruxelles sur les plans de la démocratie, de la souveraineté et de la transparence, serait en définitive compensée par un objectif noble : la paix.

Or cette supposition repose sur une erreur. Le nationalisme ne conduit pas à la guerre. L’ambition d’instaurer un Empire européen conduit à la guerre. L’ambition de faire entrer de force différents peuples dans un carcan mène à la guerre. En somme, c’est la construction européenne qui conduit à la guerre.

Le fascisme et le nazisme étaient tous deux axés sur la construction européenne. Dès 1933, Mussolini a fait part de sa conviction que l’Europe pouvait à nouveau exercer son pouvoir sur le monde si elle parvenait à instaurer une certaine unité politique.

Le nouvel Empire romain de Mussolini

Le collaborateur norvégien Vidkun Quisling estimait que nous devions créer une Europe qui ne gaspille pas son sang dans des conflits meurtriers, mais qui constitue une solide unité. Et le 11 septembre 1940, Joseph Goebbels affirmait : je suis certain que, dans cinquante ans, on ne raisonnera plus en termes de pays.

Le 28 novembre 1941, lors d'une conversation avec le ministre finlandais des Affaires étrangères, Adolf Hitler faisait valoir que, manifestement, les pays d’Europe allaient de pair, comme les membres d’une grande famille. Dans son étude qui fait autorité, Nations and States (1977), l’historien Hugh Seton-Watson, de l’université d’Oxford, conclut que les intentions d’Hitler ne se limitaient pas à ce que l’on peut décrire comme le nationalisme allemand. Son objectif était de conquérir l’ensemble de l’Europe et un vaste territoire en dehors. Mussolini voulait quant à lui fonder un nouvel empire romain autour de la mer Méditerranée, et les Japonais souhaitaient instaurer une grande sphère de coprospérité en Asie orientale.

Le racisme des Allemands n’était pas non plus l’expression d’un nationalisme. Au contraire. La race dépasse les frontières de la nation et de l’État, et la théorie raciste est donc par définition une doctrine internationale – et non nationale.

Les pères fondateurs de l'UE

Il est encore plus frappant que Robert Schuman, l'un des fondateurs du projet européen, ait été, jusqu’au 17 juillet 1940, secrétaire d’Etat dans le régime de Vichy, qui a collaboré avec les Allemands. En tant que député de la Lorraine, il avait en 1938 soutenu activement la trahison de Munich et ainsi contribué à rendre possible l’annexion par l’Allemagne d’Hitler d’une partie de la Tchécoslovaquie. A l’époque, il avait en outre insisté pour que Mussolini et Hitler resserrent leurs liens. Le 10 juillet 1940, Robert Schuman a fait partie des députés qui ont soutenu la prise de pouvoir de Pétain.

Jean Monnet, un autre fondateur, était entre-temps à Londres et essayait d’empêcher la diffusion des bulletins d’informations quotidiens de De Gaulle à la radio (ce qu’il a réussi à faire les 20 et 21 juin 1940).

En dehors de la Seconde Guerre mondiale, on attribue aussi la cause de la Première Guerre mondiale au “nationalisme”. Mais pendant la Première Guerre mondiale également, le but de l’Allemagne était de soumettre des régions qui n’étaient pas allemandes à un empire. Cette guerre a d’ailleurs commencé dans la poudrière pan-nationale qu’était l’Autriche-Hongrie. Cette Union européenne avant la lettre refusait d’accorder l’indépendance aux Serbes de Bosnie, ce qui a incité un groupe de “jeunes Bosniaques” à comploter l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en juin 1914.

L’oppression exercée par un régime centralisateur engendre des tensions. Une des principales leçons tirées de la Première Guerre mondiale a d’ailleurs été le “principe d’autodétermination” – propagé notamment par le président américain Woodrow Wilson – qui plaide pour le respect de différentes nationalités, au lieu de vouloir les dissoudre ou les intégrer dans un plus grand ensemble.

L'union politique, une source de tensions

Si l’on remonte plus loin dans l’Histoire, on s’aperçoit une fois encore que ce n’est pas le “nationalisme”, mais l’impérialisme et le désir d’unification européenne qui conduisent à la guerre. Prenons les guerres napoléoniennes. Napoléon voulait, pour le bien-être de l’Europe, instaurer les mêmes principes : un code européen, une haute cour de justice européenne, une monnaie commune, les mêmes unités de mesure, les mêmes lois, et ainsi de suite. Napoléon s’attendait à ce que l’Europe devienne rapidement une seule et même nation.

L’idée que le nationalisme conduit à la guerre et que l’unification européenne mène à la paix est donc fausse. L’Europe n’a d’ailleurs pas connu de “paix” au cours des cinquante dernières années. Pendant la majeure partie de cette période, les pays d’Europe étaient engagés dans une lutte à mort contre l’Union soviétique – l’expression là encore d’une philosophie anti-nationale : le communisme. Le travailleur, disait le Manifeste communiste, n’avait pas de nationalité.

Comme on pouvait s’y attendre, la tentative d’unir l’Europe politiquement engendre, aujourd’hui encore, de fortes tensions. Dans presque tous les pays européens, on voit monter en puissance des partis contre l’ordre établi. En Europe du Nord, la méfiance vis-à-vis du Sud s’accentue et inversement. Là encore, ce n’est donc pas le nationalisme, mais le projet européen qui est source de conflit. Nous devons par conséquent nous orienter vers une toute autre Europe que l’UE actuelle.

Une Europe sans un régime centralisateur – mais une Europe d’Etats-nations qui coopèrent entre eux et n’ont pas peur des différences nationales. Il faut rendre aux pays leur autorité sur leurs frontières nationales pour qu’ils puissent eux-mêmes déterminer qui ils laissent entrer. Ils opteront, dans leur intérêt économique, pour un régime souple concernant la délivrance des visas, tout en conservant le contrôle sur la criminalité et l’immigration. Il faut dissoudre l’euro pour que les pays puissent à nouveau respirer sur le plan monétaire et décider de leurs taux d’intérêt en fonction de l'orientation de la conjoncture locale. Il faut démanteler en grande partie l’harmonisation qui gomme la diversité.

Loin d’être une source de conflit, le nationalisme est la force qui rend possible la démocratie. Sans cette force unificatrice, le parlement ne peut jamais prendre de décision légitime. L’exemple de la Belgique montre en outre que l’absence d’une unité nationale peut rendre extrêmement laborieuse l’administration d’un pays. La peur panique du nationalisme risque d’instaurer un empire bruxellois contraignant. Il est temps d’arrêter de s’attaquer à l’Etat-nation.

8 commentaires:

  1. Je sais pas combien il aurait eu en Histoire au Bac, le Baudet.
    Parce qu'il y a une certaine différence entre les empires qui se sont constitués par la force et le sang, donc des châteaux de cartes érigés autour de la volonté hégémonique d'un seul souverain, et l'Europe, empire unique en son genre né dans la douleur par un rapprochement d'intérêts plus que par une volonté centralisatrice quelconque.

    C'est ce qui explique la résilience de l'Europe aux crises actuelles, qui auraient fait valdinguer n'importe quel empire hâtivement constitué (comme on l'a vu bien souvent, ce qui se crée vite s'effondre vite).

    Alors on laisse béton les généralisations sur le nationalisme.
    Le nationalisme, c'est l'appartenance clanique. Il y a le national et les autres. C'est comme les religions, c'est souvent prétexte à querelles.
    Mais c'est un prétexte, pas une explication. La quasi-totalité du temps, il s'agit de s'accaparer des ressources naturelles, c'est-à-dire depuis plus d'un siècle : du pétrole.
    Il y a toujours des sous-jacents économiques derrière les conflits. Toujours.

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    1. Quel tissu de stupidités. Vous ne risquiez pas d'être noté en histoire vous, apparemment vous n'étiez pas là.
      Juste un point de votre "démonstration":

      "Le nationalisme, c'est l'appartenance clanique."

      0 pointé bonhomme. La Nation, c'est une terre plus un peuple (une langue, une culture, des traditions). Ce que les déformateurs professionnels appellent nationalisme (avec une moue dégoutée) c'est l'adhésion à ces valeurs simples et universelles. Évidemment, eux sont pour l'universalisme, et que tout le monde couche avec tout le monde. On voit bien ce que ça donne.

      Alors ton appartenance clanique bonhomme...

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  2. Ztong écrit :

    "l'Europe, empire unique en son genre né dans la douleur par un rapprochement d'intérêts plus que par une volonté centralisatrice quelconque."

    J'éclate de rire !

    Un rapprochement d'intérêts entre l'Allemagne et Chypre ?

    Un rapprochement d'intérêts entre la Finlande et la Grèce ?

    Un rapprochement d'intérêts entre les Etats européens du nord et les Etats européens du sud ?

    Oui, dans le monde merveilleux des bisounours fédéralistes, les intérêts des Etats européens convergent.

    Mais en revanche, dans le monde réel, c'est le contraire : les intérêts divergent.

    Cette construction supranationale n'aboutit pas à une convergence.

    Cette construction supranationale aboutit à une divergence. Et ces forces centrifuges deviennent de plus en plus puissantes.

    En clair : les intérêts nationaux, les égoïsmes nationaux, la raison d'Etat, etc, vont faire exploser cette construction supranationale.

    Comme d'hab.

    La solidarité supranationale, ça n'existe pas.

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  3. "né dans la douleur par un rapprochement d'intérêts plus que par une volonté centralisatrice quelconque"
    C'est là que se trouve le point de désaccord. Dire que la volonté centralisatrice a disparu, c'est vraiment pas sur du tout. A mon avis c'est juste la méthode qui a changé mais ceux qui veulent construire l'Empire ont toujours le même objectif.

    "il s'agit de s'accaparer des ressources naturelles, c'est-à-dire depuis plus d'un siècle : du pétrole.
    Il y a toujours des sous-jacents économiques derrière les conflits. Toujours. "
    Oui, on est d'accord. Mais l'Empire a besoin d'aspirer les richesses pour se construire, sinon il s'effondre. Pour endormir les gens, il faut qu'ils ne manquent de rien.

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  4. Centralisation - décentralisation
    Les grandes entreprises sont également soumises aux mêmes questions et passent d'une organisation à l'autre au grès des changements de direction et des difficultés économiques du moment.

    Le débat est infini. Mais une chose est certaine, c'est qu'il ne faut jamais rester entre les deux, c'est bancal comme un cul entre 2 chaises.
    L'euro est un échec car l'ue n'a pas suivi à la même vitesse.

    Donc soit on decentralise en revenant aux états nation avec leurs monnaies propres.
    Soit on fait le bond fédéral.
    Il n'y a pas d'autres alternatives.

    Sinon je suis d'accord sur le fait que le pétrole restera le nerf de la guerre à venir. Les pays qui ont encore des réserves vont avoir chaud aux fesses au fur et à mesure de la mise en allocation des pays consommateurs. La faim justifiera les moyens !

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  5. Il se passe des choses étranges :
    http://blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2013/04/17/nouveau-la-bce-de-draghi-donne-pouvoir-la-france-de-battre-monnaie-230142

    Certains pensent que cette mesure pourrait aider à sauver le Crédit Agricole, en faillite.

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  6. "La peur panique du nationalisme risque d’instaurer un empire bruxellois contraignant. Il est temps d’arrêter de s’attaquer à l’Etat-nation."
    pour paraphraser l'auteur du texte on peut dire qu'à l'échelle d'états-nations construits aux forceps par une volonté centralisatrice, la peur panique du nationalisme des peuples sans état a instauré (dans le cas de la France par exemple) un jacobinisme parisiano-centré contraignant. Il est grand temps d'arrêter de s'attaquer aux peuples sans état (du moins ceux qui ne sont pas encore en état de mort cérébrale après lessivage de leurs cultures et remplacement par du folklore à pompons).

    "une Europe d’Etats-nations qui coopèrent entre eux et n’ont pas peur des différences nationales" ça serait bien si les Etats-nations en question pouvaient déjà arrêter d'avoir peur de leurs différences internes. sinon c'est une posture complètement hypocrite: uniformiser et nier la différence au niveau interne, et revendiquer la différence au niveau europén. bel exemple de double-pensée orwellienne.

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  7. "né dans la douleur par un rapprochement d'intérêts plus que par une volonté centralisatrice quelconque"

    Non, non. Les rois de la propagande semblent s'être donnés rendez-vous ici ces derniers temps.
    L'UE a été créée par les états-unis dans le but de paralyser les différents pays la composant dont les intérêts, l'économie, les langues, les traditions et les aspirations sont différentes.

    Reportez vous au discours de De Gaulle: celui ou il dit qu'en fin de compte, si tout diverge, c'est peut être pour ne pas faire de politique du tout. Et alors, c'est le syndic, extérieur à la communauté mais ayant barre sur chacun de ses membres qui prend les décisions.

    Eh oui, vous croyez que la construction européenne était d'origine française? Qu'elle était destinée à contre balancer les états unis?

    Bref la propagande à marché à plein. Monnet était un banquier qui a passé toute la guerre à Washington, refusant toujours systématiquement son aide et son entregent à la France libre. Shummann était un collabo, condamné à la libération à une peine d'indignité nationale et gracié par De Gaulle. Et on voudrait nous faire croire que ces deux zèbres sont les pères de l'Europe? Allons, Shummann était salarié de la CIA, ainsi que Spaak, Caspieri et tant d'autres.

    Il n'y a donc aucune "volonté de rapprochement" autre que le couteau dans le dos des américains. Ceux ci ont eu l'habileté de faire croire à la France et aux français qu'ils étaient à l'origine de cette construction. Pourquoi? Regardons l’Europe originelle, à six: L’Allemagne et l'Italie ont perdu la guerre, dans le cas de l’Allemagne, le pays est divisé, occupé militairement et n'a plus les attributs d'une puissance. Le Benelux, peanuts. Reste la France. C'est ainsi que les populations ont pu croire à un moment que cette construction était dirigée par la France. Mais la France gaullienne, dont le chef avait bien perçu la mystification, restera à l'écart de cette construction, en refusant les élargissements et toute politique visant à affaiblir les états, sortira du commandement intégré de l'OTAN, et constituera une force de défense et de projection autonome, seule garante du respect des intérêts du pays.

    C'était il y a bien longtemps. Depuis lors, 21 pays ont été ajoutés à la liste, la plupart sur demande expresse des EU (les ex pays de l'est en particulier), d'autres attendent sur la liste (la Turquie dont chaque président des États-Unis en exercice réclame le rattachement à l'UE), etc, etc...

    Ceux qui croient encore que la construction européenne est européenne, voire française, sont des cancres. Tout ce qui est développé ci dessus est largement documenté. Cela n'empêchera pas à coup sur de continuer à lire des inepties du type de la phrase d'introduction, ou du genre "l’Europe c'est la paix".

    Attention, ce domaine est celui du mensonge absolu et de la propagande intense,à mon avis, équivalente au 9/11 dans la corruption des faits et réalités. Dès que ce sujet est sur la table, des armées de fanatiques incultes viennent nous expliquer que l’Europe c'est bien, par nature, et que si ça marche pas, c'est parce qu'il n'y en a pas assez. Formule connue...

    Si ça ne marche pas Messieurs, c'est tout simplement que ça a été conçu pour ne pas marcher. Maintenant, vous pouvez continuer à soutenir les hordes de gogos qui réclamant une "autre Europe". Ça fait jamais que 40 ans qu'on nous parle d'une autre Europe. En attendant, la seule, la vraie, c'est l’Europe des banquiers et des grandes fortunes contre les peuples, à l'instar de la société états-unienne.

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