vendredi 12 avril 2013

Religion du progrès

Je reprends la fin de mon précédent post quant à la nature véritable de la guerre de sécession :
DiscoTonio : Maintenant, toute cette affaire de modernité, de déchainement de la matière, et de futur babelien me turlupine.

Comme vous le savez, ma fille a été très malade à la naissance. Et ils ont pu l'opérer et la soigner.

Je suis là à geindre alors que je vis dans un confort historiquement inégalé, et que je suis très clairement comme la plupart des occidentaux, un aristocrate de cette planète de par mon niveau de vie.

Tout totalitaire qu'il est pour la masse lobotomisée, le système me permet quand même de m'exprimer sans m'inquiéter.

Alors tout jeter de la modernité comme étant un simple "déchaînement de la matière"...

Comment arriver à trouver un compromis permettant de garder le meilleur de la tradition et le meilleur de la modernité ?

Le progrès technologique indéniable aurait-il été possible dans un autre système ? Et n'est ce pas ce progrès technologique qui repousse nécessairement les frontières ?

Comment arriver à refuser le meilleur des mondes, sans retourner au moyen-âge ?

Quel compromis bâtir ?

In fine, cette crise finira sur des questions religieuses. Pas des question de dogme et de culte. Mais des questions profondes, existentielles, quant au beau contre la quantité, quant à l'autorité contre la jouissance, quant à la nature et au but profonds de nos vies.

réponse de yoananda :
yoananda : Oui enfin ce genre de réflexion suppose qu'on ait le choix, voire le libre arbitre.

Ce n'est pas prouvé, même si on aime bien le croire.

Il est tout à fait possible que ce soit les événement qui décident pour nous.

Il y a des facteurs structurants sous-jacents, comme l'EROEI et la scalabilité, mais aussi les phénomènes émergents, ou les effets papillons et bien d'autres qui décident bien plus que nous ne le faisons.

Exemple : l'invention de la pilule a bouleversé les rapports homme / femme bien plus que toute décision politique ou projet babélien.

Et la on fait quoi ? on ne décide pas des inventions et de leur diffusion. On subit, c'est tout.

Nous sommes a une poignée d'année de révolutions technologiques sans précédent avec les techno BANG(NBIC). L'immortalité est à portée de main, des technos qui ressemblent à de la magie avec des matériaux "intelligents", une connaissance du cerveau qui va ouvrir (et ouvre déjà un peu) la porte a des l'ingénérie sociale qui ferait palîr de jalousie Edouard Bernays ...

Et tout ça, on va se le prendre en pleine g...le ! Sans rien comprendre ni maîtriser, ni décider.

Alors les histoire de trouver l'équilibre entre tradition désuètes, et progrès aliénant ...
A mon avis faudra juste s'adapter, comme on l'a toujours fait.
Quand la voiture a été inventée, elle était considérée comme une invention du diable, et les gens caillassaient les voyageurs.

Et aujourd'hui, qui y fait encore cas ?

Alors oui, forcément, sachant ça, Hollande impose son mariage contre nature au nom du progrès, comme on l'a fait pour la peine de mort, pour le divorce, l'avortement, etc...
Et viendra la fusion homme/machine via les jeux paralympiques, et avec la concurrence du marché, on sera obligé de s'upgrader pour rester dans la course cognitive.

On aura pas le choix. (et je ne parle même pas des armes qui arrivent ... qui vont encore bouleverser les équilibres).

Du moins tant qu'on sera limité a cette planète.

DiscoTonio : Certes, mais le progrès est de plus en plus ressenti comme une aliénation.

Chaque "progrès" désormais apporte de plus en plus d'aliénation et de moins en moins de bien-être.

Il y a cette histoire de rendement décroissant chère aux marxistes. Et on dirait que c'est valable aussi pour la religion du progrès.

Ils arrivent en bout de course sur bien des domaines.

Et puis ... il y a le Peak Everything...

12 commentaires:

  1. Si la meilleure société est celle qui offre à ses membres le plus grand champ des possibles, alors nous en sommes loin.

    Repenser le bonheur dans la frugalité, c'est possible. Mais il faut que cette frugalité fasse partie d'une éducation dès le plus jeune âge, non comme le seul moyen de faire face à la misère (ce qui en est l'origine chez nous) mais comme, par exemple, le respect des ressources de la Terre.

    C'est cette frugalité méthodologique qui nous permettra, non pas de revenir en arrière, mais d'inventer les nouvelles manières de consommer. Plus efficaces, plus satisfaisantes, moins polluantes, plus durables.

    Ca devrait être fait maintenant, il y a urgence.

    Mais ça ne se fera pas que l'Homme est ainsi fait : quand il y a une connerie à faire il la fait JUSQU'AU BOUT, pourvu qu'elle lui procure un quelconque avantage.
    Après seulement il réfléchit et se dit que c'était une connerie. Et presque tout le temps, c'est trop tard.

    Rarissimes sont les exemples où l'Homme a évité un effondrement. Rarissimes. En général, c'était à une échelle réduite.

    A mon avis, on est foutus.
    La religion du Progrès nouveau messie qui va tous nous sauver est trop bien implantée dans les neurones des masses. C'est une drogue dure dont ils ne décrocheront pas.

    Vous avez vu comme toute tentative de vivre autrement est systématiquement marginalisée ? C'est la grande mode, ça.
    On ne réprime pas, on méprise, on marginalise. Et pour maintenir une certaine dose d'insécurité, on terroristise.

    Pas de quoi être optimiste pour l'avenir...

    RépondreSupprimer
  2. "Comment arriver à trouver un compromis permettant de garder le meilleur de la tradition et le meilleur de la modernité ?"

    Vous ne pouvez pas! les progrès apportent une destruction qui déséquilibre une situation, elle-même issue d'un précédent déséquilibre, vous avez l'impression que vous perdez quelque chose, qu"avant c'était mieux" parce que vous êtes pleinement adapté à la situation précédente, et pas encore adapté à la nouvelle situation, c'est tout, si vous vous adaptez alors vous penserez que le progrès que vous avez subît est "bon" sinon vous le considérez "mauvais".


    Attention!je ne dis pas que les progrès ne sont ni bons ni mauvais, qu'une technique est neutre, je dis simplement que c'est votre adaptabilité personnelle et celle de la société qui est en cause en premier lieu.


    "Oui enfin ce genre de réflexion suppose qu'on ait le choix, voire le libre arbitre."

    On a toujours le libre arbitre, et si la situation est telle que vous ne pouvez pas savoir, vous, ce qui est bien et ce qui est mal alors c'est la société toute entière qui va expérimenter et va apprendre comment aborder la nouvelle situation.

    Les espagnols ont eu une période fasciste et se sont déclarés neutre vis à vis des conflits extérieurs et Franco a dirigé le pays jusqu'à sa mort.

    Les italiens ont eu leur période fasciste et se sont alliés avec un autre régime fasciste pour se lancer plus avant dans leur conquête militaire. Mussolini s'est fait balayer.

    Les allemands se sont lancés dans des conquêtes exubérantes et ont vu leur pays détruit encore plus violemment. Deux fois de suite.

    La leçon semble donc pour les peuples : " vous pouvez vous permettre un régime fasciste si vous restez dans vos frontières" (ex Corée du Nord, Birmanie...)

    Je sais c'est simpliste comme exemple mais vous pouvez extrapoler à d'autres domaines.

    "Ce n'est pas prouvé, même si on aime bien le croire."
    oui mais ne sous-estimez pas le pouvoir de la croyance, de la foi (pas forcement religieuse), qui s'il englobe une part non négligeable d'une société arrive à entrainer la quasi-totalité du groupe et produit une prédiction/anticipation auto-réalisatrice.

    "Et la on fait quoi ? on ne décide pas des inventions et de leur diffusion. On subit, c'est tout."

    Pas d'accord! c'est la formation intellectuelle personnelle et celle des peuples qui va déterminer l'adoption et l'adaptation à des besoins spécifiques de progrès techniques ou autres

    "L'immortalité est à portée de main, des technos qui ressemblent à de la magie avec des matériaux "intelligents", une connaissance du cerveau qui va ouvrir (et ouvre déjà un peu) la porte a des l'ingénérie sociale qui ferait palîr de jalousie Edouard Bernays ..."

    D'abord tout le monde ne pourra "être immortel" que si l'alimentation est suffisante, et l'espace vital disponible, ce qui sur une planète unique semble vraiment utopique.
    Ensuite les études de Gaston Bouthoul dans son traité de polémologie indiquent plutôt une pulsion irrépressible des peuples à se faire la guerre dès que l'on enregistre une saturation des espaces disponibles qui "remet les compteurs à zéro" si j'ose dire.

    Enfin qui dit que nous sommes psychologiquement préparés à une vie d'immortel?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le libre arbitre est une croyance ... c'est comme la matière, puis on regarde au microscope et plus on trouve du vide. C'est la même chose avec les science cognitives, on ne trouve pas le "libre arbitre", on croit penser par nous même alors que notre cerveau décide avant "nous" ... bref ...

      l'immortalité ne sera pas pour tout le monde évidement, mais pour une poignée d'élus.

      Ce que je dis, c'est de la realpolitik, pas de la philo avec des grands concepts pour le faire plaisir. Donc, pas sur la même longueur d'onde.

      Vos axiomes de pensée ne tiennent pas face au réel.

      Supprimer
    2. "on croit penser par nous même alors que notre cerveau décide avant "nous" ... bref ..." oui d'accord mais notre cerveau c'est nous! a moins que vous ne parliez d’âme et d'esprit alors ce serait vous le philosophe!

      quels sont mes "axiomes" qui ne tiennent pas face au réel?

      Supprimer
  3. entre le caillassage des voitures ( soit disant ) et l'importation de main d’œuvre, on voit qu'il y a eu un passage aux lumières ( décidément les voitures ne sont pas aimés ).
    Enfin on verra si c'est pas plutôt une guerre économique citoyenne de la singularité des petits contre la masse subventionné type grosse entreprise, qu'un problème de progrés. Quand je vois l'inde je ne me pose pas beaucoup de question.

    RépondreSupprimer
  4. Le progrès induit un surcroit de connaissance qui rendre esclave les gens qui ne les maitrisent pas. Les limites énergétiques et de la connaissance sont les frontières de notre réalité. Ainsi les choses qui traverse le mieux les âges sont les objets physiques ou les sujets psychique qui libère l'homme. Car se sont eux qui agrandissent sa propriété et sa liberté. Hors c'est ces espaces vitaux et les ressources pour l'entretenir qui viennent à manquer...
    C'est donc notre égoïsme qui doit être complètement revu et upgrader, si nous voulons continuer à vivre ensemble notre surpopulation.

    RépondreSupprimer
  5. Pour artaxerxes

    Je penses que vous n'avez pas bien saisi la notion de "libre arbitre".
    Dire que l'on a le choix c'est avoir de l'égo beaucoup trop d'égo ...

    L'exemple donné sur la pilule est simple, vous l'avez inventé non, vous l'avez anticipé non , vous subissez les effets sociétal, au mieux vous vous adaptez mais le choix non vous ne l'avez pas ...

    Quand à votre vie , vous la subissez aussi , si vous êtes un hommes par exemple et si vous naissez avec le physique de brad pitt ou avec la fortune de rothchild, votre vie ne ressemblerais pas du tout a celle que vous avez actuellement (et pire votre mentalité serait différente , à méditer ...), que ça vous plaise ou non, ceci n 'est pas du "libre arbitre" ...

    Dégagez votre égo , ça aide a réfléchir ...


    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Dégagez votre égo , ça aide a réfléchir ..." dont acte!

      Mais vous semblez penser que nous ne somme le fruit que de notre environnement, ce qui me choque!

      J'entendais "libre arbitre" ici en tant que choix moral à faire entre le bien et le mal, pas en tant que processus de décision et de choix dégagé de l'inné et de l'acquis.

      Supprimer
  6. "In fine, cette crise finira sur des questions religieuses." J'ai tendance à être d'accord. J'ai tendance à penser que le matérialisme scientifique et la pensée des lumières qui ont permis le formidable développement de la civilisation occidentale à partir du XVIème siècle et ses corollaires (destruction d'une partie de toutes les autres civilisations traditionnelles que ce soit en Occident que dans le reste du monde, développement du capitalisme, progrès scientifique inégalé) était un moment de l'histoire, qui nous a permis à accéder à un niveau de vie et de connaissance incroyable avec tous les dommages collatéraux que tu déplores (financiarisation excessive, destruction des valeurs traditionnelles, abêtissement général de la société de loisir, destruction progressive des etats nations etc. etc.). Mais ce n'est qu'un moment, pas une fin. Ce n'est pas l'unique modèle, le matérialisme n'est qu'une croyance comme une autre avec ses mythologies - contrairement à ce que ceux qui s'en réclament qui croient détenir la Vérité. Du côté des sciences, on voit bien que depuis la fin du XIXème siècle, la cosmologie et la physique théorique flirtent avec des questions sinon religieuses du moins métaphysiques. Aujourd'hui les neurosciences sont dans la même situation. Et on voit bien évidemment tu en parles tous les jours sur ton blogs les limites du modèle et ses conséquences sur la société humaine. Quant à savoir ce qui viendra après...

    RépondreSupprimer
  7. > Certes, mais le progrès est de plus en plus ressenti comme une aliénation.

    Si c'était le cas les clients que nous sommes ne l'adopterait pas.

    J'ai le sentiment d'être libre de mes choix et de les assumer consciemment. Et pour les contraintes qui s'imposent à ma liberté (gravité, langue natale, pollution, tél portable, impôts, handicap, voisins...) et bien, j'en prends acte, je construis mon bonheur avec sans jamais oublier le prix qu'il m'en coûterait et la possibilité que j'ai de m'en libérer.

    a+, Leprisonnier

    RépondreSupprimer
  8. Toute valeur d’usage peut être produite de deux façons, en mettant en œuvre deux modes de production : un mode autonome et un mode hétéronome. Ainsi, on peut apprendre en s’éveillant aux choses de la vie dans un milieu rempli de sens ; on peut aussi recevoir de l’éducation de la part d’un professeur payé pour cela. On peut se maintenir en bonne santé en menant une vie saine, hygiénique ; on peut aussi recevoir des soins de la part d’un thérapeute professionnel. On peut avoir un rapport à l’espace que l’on habite fondé sur des déplacements à faible vitesse : marche, bicyclette ; on peut aussi avoir un rapport instrumental à l’espace, le but étant de le franchir, de l’annuler, le plus rapidement possible, transporté par des engins à moteur. On peut rendre service à quelqu’un qui vous demande de l’aide ; on peut lui répondre : il y a des services pour cela.

    Contrairement à ce que produit le mode hétéronome de production, ce que produit le mode autonome ne peut en général être mesuré, évalué, comparé, additionné à d’autres valeurs. Les valeurs d’usage produites par le mode auto­nome échappent à l’emprise de l’économiste ou du comp­table national. Il ne s’agit certes pas de dire que le mode hétéronome est un mal en soi, loin de là. Mais la grande question qu’Illich eut le mérite de poser est celle de l’articu­lation entre les deux modes. Il ne s’agit pas de nier que la production hétéronome peut vivifier intensément les capaci­tés autonomes de production de valeurs d’usage. Simple­ment, l’hétéronomie n’est ici qu’un détour de production au service d’une fin qu’il ne faut pas perdre de vue : l’autono­mie. Or l’hypothèse d’Illich est que la « synergie positive » entre les deux modes n’est possible que dans certaines conditions très précises. Passés certains seuils critiques de développement, la production hétéronome engendre une complète réorganisation du milieu physique, institutionnel et symbolique, telle que les capacités autonomes sont para­lysées. Se met alors en place ce cercle vicieux divergent qu’Illich a nommé contreproductivité. L’appauvrissement des liens qui unissent l’homme à lui-même, aux autres et au monde devient un puissant générateur de demande de substituts hétéronomes, qui permettent de survivre dans un monde de plus en plus aliénant, tout en renforçant les condi­tions qui les rendent nécessaires. Résultat paradoxal : passés les seuils critiques, plus la production hétéronome croît, plus elle devient un obstacle à la réalisation des objectifs mêmes qu’elle est censée servir : la médecine corrompt la santé, l’école bêtifie, le transport immobilise, les communi­cations rendent sourd et muet, les flux d’information détrui­sent le sens, le recours à l’énergie fossile, qui réactualise le dynamisme de la vie passée, menace de détruire toute vie future et, last but not least, l’alimentation industrielle se transforme en poison.

    Ce qui est ici en question est la critique du projet technicien qui caractérise la société industrielle. J’entends par là la volonté de remplacer le tissu social, les liens de solidarité qui constituent la trame d’une société, par une fabrication ; le projet inédit de produire les relations des hommes à leurs voisins et à leur monde comme on produit des automobiles ou des fibres de verre. L’autoroute, le rein artificiel et l’Internet ne sont pas seulement des objets ou des systèmes techniques ; ils trahissent un certain type de rapport instrumental à l’espace, à la mort et au sens. C’est ce rapport instrumental, le rêve de maîtrise qu’il recouvre que la critique se doit d’analyser pour en mesurer les effets délétères. Car il ne faudrait pas qu’en voulant dominer la nature et l’histoire par leurs outils, les hommes ne réussis­sent qu’à se faire les esclaves de leurs outils.
    "pour un catastrophisme éclairé", Jean Pierre Dupuy, 2002

    RépondreSupprimer
  9. Bonjour,
    ça part dans tous les sens ce blog : de l'économique à .....
    ça prouve au moins qu tu n'a pas de certitudes et que tu doutes comme de plus en plus de gens : voici un site qui permet d'enrichir ses réflexions particulièrement sur les propos de ce post ci, je pense
    http://www.doublecause.net/index.php?page=Caverne_Matrix.htm

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.