mercredi 15 mai 2013

Bruno Bertez : Alerte rouge. Bernanke a parlé. Il a planté le panonceau DANGER

Tout d'abord, en amuse bouche :
PIMCO's Bill Gross Goes Churchillian
ZeroHedge, 14/05/2013 (traduire en Français texte en anglais )
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Les Clefs pour comprendre du Mardi 14 Mai 2013 : Alerte rouge. Bernanke a parlé. Il a planté le panonceau DANGER. par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 14/05/2013 (en Français texte en français )
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Les historiens ne trouveront pas de mots assez durs pour qualifier le comportement et les choix des banquiers centraux.Malheureusement ces mots ne leur viendront que plus tard, bien plus tard quand le mal aura été fait.

Vendredi dernier, Bernanke a parlé, mais avant de vous dire ce qu’il a dit, il faut dresser le tableau logique, organique, schématique, de la situation. Le cadre dans lequel les paroles sont prononcées.

La presse, qui devrait être en quelque sorte l’histoire au quotidien, portera une lourde responsabilité. La presse ou plus exactement les journalistes, puisque la presse cela n’existe pas, c’est une entité, une abstraction. Derrière les institutions il n’y a que des hommes.

Les oppositions politiques également, qui n’aurons pas su dénoncer, démystifier l’action des banquiers centraux comme l’une des actions les aventureuses, mégalomaniques, les plus cyniques jamais menées par des responsables de la conduite des affaires.

Les compétiteurs stratégiques des pays concernés, comme l’Allemagne, la Chine, la Russie sont des lâches, eux qui ont compris depuis longtemps la dangerosité des politiques monétaires non conventionnelles pratiquées par les anglo -saxons et maintenant le Japon.

Il aura manqué un De Gaulle, un Rueff pour dénoncer ces manipulations monétaires criminelles qui dressent les citoyens des différents pays et les peuples les uns contre les autres.







La Réserve Fédérale américaine, la Bank of Japan, la Bank of Japan et quelques autres inondent le monde global de liquidités gratuites. Certains, comme Draghi vont même, pour attiser le feu, jusqu’à dire qu’ils envisagent d’aller plus loin dans l’ignominie en instaurant les taux négatifs. On inonde la planète de liquidités gratuites, distribuées au système financier pour qu’il fasse monter le prix des actifs, pour qu’il supprime le prix du risque, pour qu’il entretienne ce que l’on appelle l’appétit pour le risque lequel n’est que le gout de la spéculation. On gère la crise financière par le jeu.

Cette politique injecte dans le circuit global près de 200 milliards de dollars par mois par le biais d’achats de titres qui portent un rendement. Cette politique est un retrait de rendement du système mondial et en même temps une injection de monnaie à rendement nul. Si vous achetez quelque chose qui rapporte et que vous payez avec quelque chose qui ne rapporte rien, vous retirez du rendement du système, c’est l’évidence même. Donc vous augmentez le pool des liquidités en quête de rendement au moment même ou vous en retirez. Ce faisant, vous attisez la concurrence pour le peu de rendement qui reste. Tout se passe comme si vous augmentiez la soif tout en asséchant le puits, en confisquant l’eau.



Il se passe une quete frénétique, une recherche de plus en plus frénétique d’actifs qui ont encore un petit rendement, d’actifs qui ont un rendement apparent parce qu’ils sont considérés comme risqués. La concurrence pour rechercher un rendement qui se dérobe, force, entraine les gens à finir par acheter n’importe quoi. Ils y sont psychologiquement obligés puisque ce rendement baisse sans arrêt. Puisque le prix des actifs monte sans cesse. Puisque les rendements chutent jour après jour.

Chaque jour les actifs, les assets, sont plus chers qu’hier et vous vous dites: « ah, si j’avais acheté hier ». Et ainsi, finalement, vous plongez, vous perdez tout bon sens, toute réserve, victime comme l’on dit de la peur, de l’envie, des animal spirits. Mais, si il subsiste un rendement, c’est parce que le risque est là, le retour du capital n’est pas garanti. Comme le disent les banques en petites lettres: « attention le présent produit ne garantit pas le capital, les pertes sont possibles ». Le produit qui offre encore un rendement, c’est comme les produits qui sont encore sur l’étalage à la fin d’un marché. Ils sont soit pourris, de qualité douteuse, ou/et alors ils sont trop chers. Ce sont les produits dont les autres n’ont pas voulu. Mais que les banquiers centraux, dans leur cynisme, se débrouillent pour vous forcer à acheter. Vous forcent à acheter après que leurs amis, les banquiers et financiers se soient servis. Parce que leurs amis, les banquiers touchent cet argent avant vous, parce que eux peuvent faire levier pour en rafler plus, parce que eux ont compris la politique des banquiers cemtraux. Ils dejeunent ensemble. Sinon plus. Ils vous affament, mais eux s'en repaissent.



Comme le dit le sinistre Bernanke quand on l’interroge sur ce point: « sur la planète il faut que tous les actifs soient bien détenus par quelqu’un ». Sous entendu, je n’y peut rien si les particuliers, les gogos achètent de la m…e!. Si, il y peut quelque chose, il y peut même tout. C’est lui qui retire du rendement par ses achats de titres longs, c’est lui qui injecte les liquidités qui vont renforcer la concurrence pour le rendement, c’est lui qui promet que cela va durer longtemps, c’est lui qui promet qu’il n’y a pas de risque et que tout le monde sera averti- en langage codé que seuls ses complices comprendront- quand il faudra sortir etc etc. C’est lui qui, cruellement conduit le public et ses institutions de prévoyance à l’abattoir, là ou sans scrupule, la communauté spéculative mondiale l’attend avec les crocs à phynances et les longs couteaux.



Nous y voila. Et bien vendredi 10 mai, il a prononcé une de ces paroles sibyllines qui sont un signal pour ses amis de la Grande Communauté Spéculative Mondiale.

Vendredi, à Chicago, devant ses amis banquiers il a déclaré: « La Banque Centrale surveille les signes de prises excessives de risques comme la recherche à tous prix de rendement provoquée par les taux bas ». Vous avez bien lu, le FED « monitor », surveille la spéculation excessive provoquée par la recherche à tout prix du rendement. Monitor, c’est en langage de Banque centrale un mot fort qu’il faut traduire. Quand une Banque Centrale « monitor », c’est qu’elle lance un avertissement, attention: ce qui se passe nous déplait, vous savez que vous n’êtes plus dans le sens que nous souhaitons.Vous n’étes plus avec la FED vous etes dans le début du fight the FED.



Bernanke a fait une intervention sur les fragilités du système financier mondial- que nous ne cessons de mettre en évidence-, sur les risques que fait courir la recherche à tout prix du « yield », du rendement. Il a évoqué -comme nous le faisons souvent- la possibilité de déstabilisation des Money Market Fund et aussi – comme nous- le risque que le marché de gros du refinancement de court terme ne s’assèche. Ce qu’il n’a pas évoqué, nous y reviendrons, c’est le risque des ETF, sorte de fonds de fonds à la Cornfeld, ces ETF dont on commence à voir la déconfiture avec les ETF sur l’or et les matières premières. Les ETF sont un pari sur la liquidité et le ponzi comme l’avait fait en son temps Bernard Cornfeld.

Il a aussi stigmatisé l’apparition d’une multitude produits douteux qui offrent des rendements comme les bonds high yield sans « covenant », c’est à dire sans sécurité; il a dénoncé les Mortgage Real Estate Investment Trust qu’il a lui même encouragé, etc. Comble du cynisme, mais surtout comble de l’incapacité pour beaucoup de médias spécialisés qui ont été complices et qui n’ont pas accompli leur mission d’analyse, de dénonciation et de mise en garde.

Un mot sur les médias spécialisés, ils ont une responsabilité différente de celle des médias qui ne le sont pas. Un média spécialisé ne vend pas des savonnettes, du parfum, il vend qu’il le veuille ou non de l’influence, il est prescripteur implicite. Il donne d’une certaine manière garantie et crédibilité à son contenu. Il vend de l’information, de l’analyse à usage d’investissement, il vend du poids, de la qualité, pas de la quantité. La matière d’un média spécialisé n’est pas biodégradable.

Bref, Bernanke met le feu, l’attise pendant des ans et des mois, mais quand le feu prend, il crie attention, le feu c’est dangereux. Le voici donc à Chicago qui reprend pour ainsi dire toute notre litanie. Il met en garde contre le leverage. La volatilité. Le mismatch de durée. La liquidité qui peut disparaitre. La sensibilité aux taux, autrement dit le risque de hausse des taux.

Tout cela vous est familier. À vous qui avez l’habitude de nous lire.

Quelques heures après la diffusion- très restreinte- du discours de Chicago, le journaliste Hilsenrath que certains appellent « la voix de son maitre », son maitre étant Bernanke, Hilsenrath écrivait :

« les officiels de la Réserve Fédérale ont mis au point une stratégie pour déboucler leur programme de 85 milliards par mois d’achat de bonds. Ce plan vise à préserver leur flexibilité et essayer de piloter les anticipations hautement imprévisibles des marchés. ».


Ainsi le schéma que nous dessinons depuis de nombreux mois commence à s’esquisser.

La mayonnaise constituée de l’oeuf des taux zéro, l’huile des liquidités, la moutarde du jeu, commence à prendre. Elle a tellement stimulé l’appétit – pour le risque- que l’on menace de réduire le débit des ingrédients, tant on se rapproche de la crise de foie.

On a balisé les petites routes de l’épargne, on l’a dirigée vers les autoroutes ou elle s’engouffre et au bout de l’autoroute, on plante maintenant le grand panneau « Danger ». Bien sur, seuls les premiers sur l’autoroute peuvent le voir, les autres, le public lui continue de pousser derrière.Le bel embouteillage se dessine. On manipule, on triche sur les signaux, on fausse tout, on déplace les panneaux de signalisation afin que toute la circulation s'engouffre sur l’autoroute du risque et quand la foule naive, crédule , s’y est bien entassée, on change la signalétique et on inscrit DANGER, ABATTOIR.









Bernanke est un homme malhonnête. Il se dédouane en lançant un avertissement, mais c’est un hommage du vice à la vertu car il sait que, quand le temps de la sortie viendra, et il se rapproche, alors ce sera la cohue, la porte ne sera pas assez large pour que tout le monde sorte de façon ordonnée et ce seront ceux qui ont le moins vocation à supporter le risque qui se retrouveront coincés, bloqués avec le mistigri. Autrement dit il annonce qu’un jour il faudra envisager, la musique cessant, de trouver une chaise, mais il sait, parce que c’est lui qui les a disposées, qu’il n’y a pas assez de chaises pour tout le monde.

Bernanke n’est pas seulement un auto-proclamé spécialiste de la crise de 1929, c’est aussi un spécialiste réel de la communication. Il a réalisé et fait réaliser des études de qualité sur l’incidence et l’influence de la communication sur les marchés. Il connait tout cela beaucoup mieux que la crise elle même dont il n’a qu’une vision idéologique. L’influence des nouvelles sur les marchés c’est sa vraie et incontestable spécialité. Il connait les réactions, les temps de diffusion, les rémanences, les effets mémoire. La, il est fort, et il est capable grâce à ce savoir, de piloter les anticipations.





Bernanke ne peut pas ne pas avoir présente à l’esprit la fameuse Exuberance Irrationnelle de Greenspan de 1996, 1996 si nos souvenirs sont bons. A cette époque, Greenspan s’était ému de la forte hausse continue des marchés et avait tenté de lancer cet avertissement. Greenspan n’avait pas été entendu, les bourses avaient continué leur ascension spéculative. Est ce que cette fois Bernanke parie sur le fait qu’il ne va pas être entendu et qu’ainsi cyniquement, il se dédouane avant son probable départ ? Ou bien est ce qu’instruit par les recherches de ses services, il pense qu’il faut s’y prendre tôt, être en avance et répéter et diffuser pour être entendu ? La soi disant transparence de Bernanke, ne permet pas de trancher.Ce qui compte ce n’est ce qu’il dit, mais ses intentions. Et donc vous restez dans l’incertitude, maintenant qu’il a parlé, même si vous êtes intelligent, vous n’êtes pas plus avancé. Vous avez encore une chance sur deux de vous tromper. Notre guess, notre hypothèse est que Bernanke ne veut pas casser les marchés, il veut réintroduire un peu de risque, il veut que l’avance soit moins assurée, moins unanime et que peu à peu les deux sens, achat et vente soient réintroduits.





6 commentaires:

  1. Y'a pas de problème ! Neuneu veille au grain !

    Neuneu, chaque semaine, chaque mois, creuse sa tombe avec une détermination qui force le respect.

    ;-)

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    Le gouvernement maintient sa prévision de croissance à 0,1% sur l'année 2013 malgré un premier trimestre négatif (-0,2%) qui marque l'entrée de la France en récession, convaincu qu'une reprise se fera sentir au deuxième semestre, a assuré Bercy mercredi à l'AFP.

    L'Insee a annoncé ce matin que la France était techniquement entrée en récession avec deux trimestres de recul de son produit intérieur brut. L'institut a maintenu son estimation d'un déficit public ramené à 4,8% du PIB en 2012 et d'une progression de la dette, à 90,2% du PIB.

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  2. Même sans user de stratégie fine, Bernanke peut tout simplement se souvenir qu'en matière de crises systémiques, les effondrements ne surviennent que quand on ne les a pas annoncés. Si on les annonce, les acteurs tendent à se prémunir en se retirant du risque, et le système devient plus résilient.

    On peut donc dire que Ben sonne la fin de la récré, mais doucement, en bon ordre et comme le dit Bertez : "les copains d'abord".

    Et tant pis pour les neuneus qui resteront trop longtemps dans le système...

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    1. ou bien a l'inverse, quand tu annonces les crises, les gens paniquent et en se protégeant provoquent la crise ! Le système s'écroule.

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    2. Non ! c'est l'intérêt du message codé.
      C'est de la communication soft.
      Une faillite bancaire c'est une communication hard, les acteurs perçoivent tous le signal d'un coup et c'est le bank run.
      Annoncer à l'avance une catastrophe et de manière feutrée, c'est le meilleur moyen pour que chacun prenne ses dispositions au mieux de ses intérêts, les initiés d'abord, les autres ensuite.

      Il est malin, le zozo. Il organise une sortie en douceur du Ponzi.

      Pour que le contribuable (ou l'émir ou l'ouvrier chinois) ne fasse pas la révolution et accepte sans sourciller qu'on remette le couvert en 2017, 2018...

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  3. Le dealer en chef, Bernanke, tente une approche en douceur, il ne s'agit pas de creer l'affolement sur les marchés... apres tout il est responsable des 2 bulles: ACTIONS/OBLIGATIONS, et comme le rappelait C.SANNAT, le véritable mécanisme d'une bulle spéculative c'est l'ABSENCE DE PEUR et donc un grégarisme social pleinement actif, animéee par la "meute" de spéculateurs en recherche constante de rendements. L'or et l'argent échappant a cette tendance, les dissidents, dont je fais partis, se repaissent de metaux a rendements nul, car ce sont des assurances face aux perspectives peu douteuses du grand retournement qui nous attend.
    Quant a la situation nipponne, copié/collé du "quantative easing" US, elle crée la meme ascencion "bullesque" sur les actifs et sur les profits d'entreprises. Le dollar est encore une valeur refuge,certes en sursis, mais la chute de 27% du YEN face au DOLLAR (nov.2012) modifie sensiblement ce statut pour le YEN.
    Comme le mentionnait BERTHEZ, TAKAHASHI KORELKIYO, le ministre des finances dans les années 1930 avait agis comme SHINZO ABE/HARUHIKO KURODA aujourd'hui, a savoir par une planche a billet frénétique qui emmena le JAPON dans une HYPERINFLATION, puis a entrer en guerre au coté des forces de l'axe en 1941. Celle-ci occulta le destin tragique vers lequel elle se destinait initialement: la destruction de son economie!... mais finalement la guerre fut un mauvais pari qui leur couta le deshonneur et 2 millions de morts.

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  4. 2 millions de morts...sans compter les décès postérieurs aux deux bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki...

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