jeudi 20 juin 2013

Acrithène : Salaires : ce que le capitalisme vous offre, ce que le socialisme vous laisse

Salaires : ce que le capitalisme vous offre, ce que le socialisme vous laisse
Le blog d'Acrithène, 19/06/2013 (en Français texte en français )
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Entre 1980 et 2010, le prix payé par les entreprises pour un salarié français « moyen » a crû de 12 000€, net de l’inflation. Cependant seuls 4 000€ sont arrivés dans les poches des travailleurs. Le reste a été capté par l’Etat.

La France gravira-t-elle le podium des pays les plus collectivistes du monde l’an prochain ? L’an dernier, le classement des taux de prélèvements obligatoires la plaçait à la 5ème place mondiale, à quelques encablures de Cuba. Et encore heureux que la France maintienne son exception culturelle dans ce monde vilainement capitaliste.

Car s’il fallait compter sur le capitalisme pour faire vivre les travailleurs et les travailleuses, nous serions bien mal partis. Pensez qu’en trois décennies, le salaire net moyen n’a crû, après correction de l’inflation, que d’à peine 4 000€ (euros de 2012 dans tout l’article). Et ce alors qu’il avait crû de 14 000€ entre 1950 et 1980.

A en croire les socialistes, on aurait là la preuve que le capitalisme exploite le travail en refusant de le payer à sa juste valeur. Une histoire qui ne tient pas la route lorsqu’on analyse sérieusement les chiffres.

A l’aide des données historiques du salaire net moyen de l’INSEE (source) et de l’historique des barèmes des prélèvements sociaux fourni par l’Institut des Politiques Publiques (source), j’ai reconstitué l’historique de trois séries. Salaire net, charges patronales et charges salariales pour un salarié moyen. Heureusement que la fiscalité française est relativement simple, permettant à un doctorant en finance de faire ce travail en moins de 5 heures.

Le graphique qui suit présente l’évolution historique de ce que paye une entreprise pour embaucher un salarié français moyen, et de ce que le salarié reçoit effectivement comme salaire annuel net. Le graphique laisse apparaître une forte inflexion dans le rythme d’augmentation du salaire net à partir de la fin des années 1970. L’essentiel de l’inflexion est dû à la fin du rattrapage du niveau de productivité américain. Cependant, il est aussi frappant que le ralentissement de la hausse du salaire net moyen a été beaucoup plus fort que celui de la hausse de ce que payent les employeurs. Autrement dit, le marché a continué à valoriser le travail de plus en plus, ce qui ne s’est pas vraiment ressenti dans les salaires.



Pourquoi ? Pour comprendre, il suffit de jeter un œil au graphique suivant, qui décompose le prix du travail entre les charges prélevées par l’Etat et la part revenant au final au salarié. Depuis 1950, la part du salaire net dans le coût d’un salarié est passée de 74% à 56%. On pourrait disserter sur le chômage induit par ce genre de matraquage, mais ce billet porte principalement sur le pouvoir d’achat des salariés du privé.



Pour conclure, le dernier graphique décompose la hausse du salaire net moyen entre 1980 et 2010. Pour les employeurs, la facture pour un salarié moyen a crû de 12 000€, mais 65% de cette hausse de la valeur de marché du travail a été absorbée par l’Etat Providence. Evidemment, une fois arrivé au salaire net, reste-t-il encore à payer la TVA, l’impôt sur le revenu, la cantine des enfants des autres… et cetera.

7 commentaires:

  1. Ce que t'offre le capitalisme: un salaire et le droit de consommer et de fermer ta gueule!!
    Ce que t'offre l'état (pas le socialisme): la police, la justice, l'accès au soin et à l'éducation, la protection social!!
    Je suis sur que si je gagnais mon salaire super brut je serais très content... mais si je devais payer pour l'école de mon gamin (dans une vraie école privée pas subventionné par l'état comme aujourd'hui), payé une sécu totalement privée, une assurance chômage et risque de la vie, combien me resterait-il pour consommer, payer mon crédit immo et épargner???

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    1. Tu poses une bonne question qui se résume en fait à ça : L'Etat est-il bon gestionnaire ? Ou en tout état de cause, est-il meilleur gestionnaire que le privé ?
      Je te laisse répondre seul à cette question, mais demande-toi quelles sont les intérêts des uns et des autres...

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    2. Je ne sais pas si l'état est meilleur en gestion que privé, il arrive à de nombreuse boites privées de faire faillite ou d'être surendettées… Que le contrôle des deniers publics soit insuffisant et parfois défaillant j’en conviens… Que les élus doivent être pénalement responsables du gâchis d’argent public, je suis pour…Que par soucis d’effort commun et d’équité le statut des fonctionnaires et des salariés du privé soit aligné (plus de régime spécial…), je suis pour…
      Mais j’ai la certitude que contrairement à la sécu, une boite comme Malakoff Médéric rémunère ses actionnaires, paye des salaires et des primes astronomiques à son Top management, et se paye des spots de pub à la télé… se sont ses clients qui payent, non ??
      Et une autre réflexion quand ces boites sont dans le rouge, elles augmentent leur tarif ou baisse leur remboursement, non ?? Les clients payent plus chère ou sont moins bien remboursé !! J’entends personne gueuler au vol !!!
      Par contre en tant que contribuable être contraint de payer plus, c’est du vol!!! C’est le grand tour de magie du néolibéralisme vouloir faire croire à tout le monde qu’être client c’est mieux que contribuable/usagé !!! Faire passer une partie des richesses produites (offre de soin, éducation, etc) du secteur non marchand au secteur marchand c’est bon pour le capital pas pour les clients !!

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    3. Si vous n'aimez pas Malakoff, vous êtes libre d'aller ailleurs. Pour la Sécu, c'est plus compliqué.

      Personne chez Malakoff ne menace de vous enfermer si vous refusez de payer, ce qui est bien différent pour la Sécu.

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    4. Alors, pour répondre point par point :
      1/ Oui, des boites privées font faillite, mais les clients n'en supportent pas le coût (ou en tt cas minimal) quand ça arrive. Tu changes de fournisseur. Lorsque c'est l'Etat, c'est une autre paire de manches...
      2/ Responsabilité pénale du gachis, je crois qu'on est nombreux pour, mais la définition juridique du gachis va être difficile à établir. Et puis après tout, qui vote en conscience pour ces gens là ? Sans citer de noms, je crois que nous connaissons tous des repris de justice pour detournement de fonds, escroquerie, blanchiment, largement réélus.
      3/ Selon moi, chaque boite doit pouvoir faire ce qu'elle veut avec son argent. Si le patron se surpaye et fait n'importe quoi, libre à lui. Mais si ses prix sont trop chers, la sanction doit venir par la concurrence. Le problème d'un certain nombre de boites privées n'est pas qu'elles soient privées, mais protégées injustement (par des régulateurs, par des normes, ...). En fait, elles jouissent du meilleur des deux mondes, ce qui est évidemment le pire pour les clients. Et là, on rencontre le problème des lobbies qui sont une plaie pour l'intérêt général. Ce qui souvent se termine en vol, comme tu le soulignes.
      4/ En tant que contribuable, ce n'est pas du vol de payer forcément plus. Cela dépend de ce que tu obtiens en face. Mais le problème, c'est que si tu n'as qu'un seul fournisseur, c'est lui qui dicte ses prix. Et si sa gestion est défaillante ou que la qualité du service est minable, tu n'as pas d'alternatives (à part quitter le pays). Puisque tu prends la question de l'éducation, le prix de ce service a fortement augmenté ces 30 dernières années, mais sa qualité a, elle, fortement baissé. De mon point de vue, c'est effectivement du vol.

      Au final, je résumerais la situation de la manière suivante. Les services rendus peuvent l'être de 3 manières :
      i/ Tout privé (réellement libéral). La boite veut certes maximiser son profit, mais le service et le rapport qualité prix sont nuls, les clients vont voir ailleurs.
      ii/ Tout public. L'objectif de l'état n'est pas de gagner de l'argent mais de se maintenir en place. L'objectif est de gagner les élections. La qualité du service fourni ou le prix sont des variables secondaires, qui sont heureusement parfois défendus par des fonctionnaires honnêtes (qui heureusement existent).
      iii/ Public-Privé. Le pire des deux mondes évidemment. Puisqu'un l'un maximise son profit à risque nul et l'autre remet au pot en cas de coup dur. Et ce, même dans l'hypothèse heureuse où il n'y aurait pas de corruption...
      Malheureusement, quand on parle de passer d'une gestion publique à une gestion privée, c'est souvent de ii à iii...

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    5. Allez voir cette vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=lpY8awYmOwQ
      Vous comprendrez pourquoi je suis septique sur la réforme de l'état!! Car cette réforme ne se fait pas dans l'intêret général mais au bénéfice de la ploutocratie: ce que je nomerai le capitalisme d'état (ou le socialisme pour riche)!!

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    6. Belle mise au point de l'anno de 14:49, cependant le point i mériterait plus de développement.

      Et on s'apercevrait qu'avec le temps toute libre concurrence fini par le pire des mondes.

      Pour résumer : fusion, entente, monopole et au finale, au détriment du salarié et du client.

      D'ailleurs, historiquement, toutes les sociétés humaines tendent à produire l'accumulation des pouvoirs dans les mains d'un petit nombre au détriment du plus grand nombre.

      D'où l'intérêt des guerres qui permettaient une certaine remise à plat des inégalités.

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