mercredi 5 juin 2013

Bruno Bertez : quand Volker dézingue Bernanke

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 4 Juin 2013: Dans la série tout va très bien Madame la Marquise….par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 05/06/2013 (en Français texte en français )
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Il faut, il faut, il faut que l’on vous dise que la bulle a perdu un peu d’air la semaine dernière.

Le marché phare mondial, illustré par le S&P 500 a perdu 1,1% sous la conduite des utilities.



Les taux longs ont fortement monté, le dix ans américain est passé a 2,23 pour terminer à 2,13%.



Les primes de risk se sont tendues, sur tout le high yield. Les capitaux sortent des fonds high yield et des fonds de bonds émergents. Les marchés obligataires et le devises des émergents tanguent.

Les taux hypothécaires sont en forte hausse aux USA.



Les matières premières sont à la vente.



Pourquoi?

Parce que les marchés ont subi une bouffée de deleveraging, une bouffée de crainte que l’on entre dans une phase de réduction progressive du Quantitative Easing américain.

On est dans le paradoxe, cynique en apparence que les bonnes nouvelles font baisser les marchés parce qu’elles incitent à anticiper la fin ou la réduction des largesses monétaires US.

On baisse sur les bonnes nouvelles, on monte sur les mauvaises. C’est un peu diffèrent de ce qui se passait les semaines précédentes ou l’on montait sur toute nouvelle, bonne ou mauvaise. Les semaines précédentes, on prenait en compte le déluge de liquidités japonaises et cela masquait tout le reste. Ici on est donc plus sélectif, ce qui signifie que la tendance haussière est moins assurée.

Notre sentiment: on gère, on pilote les anticipations, on teste pour pouvoir un jour, si c’est possible commencer à envisager de réduire les QE. On remet un peu d’incertitude dans un marché qui était devenu trop à sens unique.

L’intervention de Paul Volcker devant le New York Economic Club la semaine dernière, le 29 Mai, n’est pas passé inaperçue des initiés. Il a été très sévère pour Bernanke et sa politique irresponsable.





Il récuse l’idée du double mandat(dual mandate) et pense que c’est la Bundesbank Allemande qui a raison de s’en tenir à sa mission traditionnelle: "Une banque centrale est en charge de la monnaie et sa responsabilité c’est la stabilité de la monnaie"…

Il note que la Fed agit comme le plus grand intermédiaire financier du monde et que le désengagement sera long et complexe. "C’est un terrible chalenge" dit-il. Il ajoute que les effets bénéfiques de la monétisation de la dette publique et de la dette privée apparaissent limités, et qu’en plus ils se réduisent au fil du temps.

Il ne doute pas des compétences de Bernanke – il n’est pas comme nous donc- mais il se pose des questions sur sa capacité de jugement, son leadership, et en fait il se demande s’ il est bien structuré ? S’ il a une charpente! "La conviction pour agir en face d’une opposition politique et dans le cadre d’un débat important sont essentiel pour un patron de Banque Centrale, cela doit être ancré dans son ADN"- Mon dieu qu’en termes alambiqués ces choses là sont dites. Il ajoute, sévère: " Ce ne sont pas des qualités que l’on apprend dans les livres, les modèles économiques, les régressions mathématiques sont là de peu de secours". En fait Volcker éreinte Bernanke tout juste poliment.

Volcker pense qu’il faut du jugement – Ce que Bernanke n’a pas- , qu’il faut se référer à l’histoire et savoir agir avant que les déséquilibres et les risques ne soient enracinés. Le wait and see actuel est dangereux, pour parler clairement.

Il fait un dégagement sur la nécessité de la vraie crédibilité, pour la Fed: " L’indépendance ne doit pas se résumer à un slogan"- et pan sur le bec- . En clair Volcker pense que Bernanke est sous la coupe du Trésor et du Gouvernement.

Pour terminer, Volcker fait une charge contre le dual mandate, pour lui c’’est de la politique, pas du travail de banque centrale . "Il est de mode de parler de dual mandate, inflation et emploi, mais que ce soit à la mode ou non , je trouve que le, ce dual mandate est confus et tend à rendre toute analyse illusoire. le trade off entre inflation et emploi a été réfuté non seulement par de grands prix Nobel d’économie, mais aussi par l’expérience". La charge contre Bernake est sévère, voire sans complaisance et pitié, puisque Volcker soutient la conception de la Bundesbank sur ce point, contre celle de Bernanke.

Pour terminer et vous faire réfléchir, vous, et les simplets qui gouvernent la France:

« La Fed n’a qu’un instrument à sa disposition, la gestion de l’offre de monnaie et de la liquidité, si on lui demande trop, par exemple d’accommoder des politiques fiscales bancales ou par exemple compenser des déséquilibres structurels , ou par exemple de tenter la quadrature du cercle de la stabilité et du plein emploi, , alors elle ne peut qu’ échouer. »

Bref la Banque Centrale qui essaie de faire autre chose que ce qu’elle peut faire, risque d’échouer dans sa mission principale: la stabilité de la monnaie.

A noter que dans son analyse, Volcker se préoccupe de la stabilité financière au sens large:

"La stabilité doit aller au-delà de celle des prix des marchandises et des services, il faut assurer la stabilité des marchés et des institutions financières, je crains que l’on perde , collectivement de vue l’importance de la stabilité et de la robustesse des institutions et des banques" Et repan sur le bec de ceux qui gouvernent de bulles en bulles et prétendent ensuite tout manipuler " pour nettoyer".

Toute l’intervention de Volcker est passionnante, c’est une analyse et une vision prémonitoire fondée sur la vraie compétence, l’expérience , la sagesse.

“The Federal Reserve, any central bank, should not be asked to do too much to undertake responsibilities that it cannot responsibly meet with its appropriately limited powers,”

“Credibility is an enormous asset,” Volcker said. “Once earned, it must not be frittered away by yielding to the notion that a little inflation right now is a good a thing, a good thing to release animal spirits and to pep up investment.

“The implicit assumption behind that siren call must be that the inflation rate can be manipulated to reach economic objectives,” according to Volcker. “Up today, maybe a little more tomorrow and then pulled back on command. Good luck in that. All experience demonstrates that inflation, when fairly and deliberately started, is hard to control and reverse.”


C'est le problème quand on fait un coup d'État dans la continuité, comme le coup d'État babelien kleptocratique auquel on a assisté en 2000, c'est que les putschistes doivent supporter la critique des tenants de l'ancien monde...

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