jeudi 13 juin 2013

Bruno Bertez : Voyage au bout de la ruine

Mister Market and Doctor Conjoncture du Jeudi 13 Juin 2013: Voyage au bout de la ruine Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 13/06/2013 (en Français texte en français )
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Nous vous invitons à relire tous nos textes antérieurs qui se rapportent au thème de l’instabilité financière. Nous y sommes.

Ce qui est en cause en ce moment, c’est la grande vague de deleveraging qui touche les émergents.

Elle se manifeste par des liquidations désordonnées des devises émergentes sur les marchés de changes, des ventes pressantes sur les marchés obligataires correspondants et des pertes importantes sur les marchés d’actions.







Pendant des années, les capitaux ont été attirés par la croissance plus forte de ces pays, par un couple risque/rentabilité favorable; maintenant, le mouvement s’inverse. Les capitaux fuient les émergents, il faut soutenir les devises pour empêcher leur dégringolade, le risque parait majeur.

Il y a un lien entre le leveraging et la liquidité. Ce lien est à double sens. Quand la liquidité est perçue comme élevée, on prend des risques, on s’endette pour gagner plus et cela augmente la liquidité: c’est la transitivité. Quand on sent que la liquidité disparait ou menace de disparaitre, on fait l’inverse, on réduit les dettes, on vend les positions, les acheteurs se dérobent, la liquidité disparait encore plus. C’est la transitivité en sens inverse. Là-dessus arrivent les appels de marge.

On attribue, dans la presse, le sell-off, les liquidations sur la périphérie mondiale au risque de réduction progressive des quantitative easing américains. Cela joue certes, mais le nœud de causalités est plus complexe.

- il y a la perspective de récession globale, l’embellie américaine ne parvient pas à dissimuler la réalité du ralentissement global.

- il y a les bouffées de déflation sur les matières premières, l’énergie, l’immobilier localisé.

- il y a les difficultés chinoises, croissance au point mort, système bancaire en piteux état.

- il y a les erreurs de gestion terribles de pays comme l’Inde ou le Brésil ou encore l’Australie.

- il y a les craquements sociaux dans des pays comme la Turquie ou l’Afrique du Sud.

- il y a le suicide, le crime de l’Abenomics, qui a tout enflammé avant de se dégonfler en baudruche.

- il y a les rédemptions colossales de mutuals funds spécialisés dans les placements chez les émergents.

- il y a la tension générale sur les taux longs souverains ou autres.

On est en train de faire les simulations sur ce qui se passerait si le taux sur les Treasuries US à 10 ans se normalisait à 4%. Il y a même des simulations en cours sur une normalisation à 6%. Nous disons, inutile de se fatiguer à payer des gens à faire des simulations, en cas de normalisation des taux, les grands banques, c’est simple, à peine mathématique, perdent 40% de leurs fonds propres; à 6%, elles sont liquidées.

On en est au stade où, commençant à entrevoir les risques produits, créés par la politique non-conventionnelle, on se dit: il vaudrait peut-être mieux arrêter avant, avant le terme fixé, avant la reprise économique.

Que se passerait-il si, poussant encore les feux monétaires, le chômage se réduisant, l’immobilier spéculatif continuant de s’enflammer, les actions elles, flambants, l’exubérance gagnant, l’Etat se révélait incapable de réduire ses dépenses?

Réponse : soit une forte hausse des taux, soit une explosion inflationniste: BRRR!

La réalité est que nous vivons une émergence de doute, nous respirons en ce moment une bouffée de réel et cela fait mal aux poumons, l’air pur est insupportable, les marchés sont accrocs à la pollution dirigiste, à la névrose klepto.

Mais au fond, tout se résume à ceci. Sous l’influence des politiques monétaires idiotes, aventureuses et irresponsables, une myriade de bulles spéculatives se sont développées partout dans le monde et ceci rend le monde financier d’abord, bancaire ensuite et économique enfin, fragile, instable et vulnérable. Le moindre changement dans les anticipations provoque en boule de neige des bouleversements dans ce que l’on appelle « le sentiment » et, comme rien n’est soutenu par les fondamentales, c’est tout de suite la débandade. Voilà le risque des marchés suspendus dans les airs du momentum, des marchés dits, de tendance.

Attendez-vous à ce que les manipulations et interventions se multiplient pour permettre le maintien artificiel de l’édifice. Ils, le grand « ILS » ont encore beaucoup de munitions. Ils peuvent encore tricher beaucoup plus, mentir plus, contrôler plus: ils peuvent s’opposer au processus d’établissement des vrais prix sur les marchés, sur tous les marchés, puisqu’ils contrôlent tout avec une puissance de feu infinie et l’éternité devant eux et l’assurance de l’impunité.

Mais, plus ils interviennent et plus il faut de munitions, plus il faut distordre le système, plus il y a de fuites, de leaks. La neige s’accumule devant le chasse-neige, il faut repousser devant soi de plus en plus de conséquences inattendues et non voulues. Tout se disloque, les soutiens sociaux se dérobent, les bases se fissurent. Tout se passe comme si le système tenait sur une pointe de plus en plus étroite avec une masse de plus en plus lourde à tenter d’équilibrer.

Nous pensons que le système peut tenir encore, il peut repousser ses propres limites, en vous en faisant supporter le coût, bien sûr.

Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de voyou, pas d’institution ou d’Etat rogue qui dise « stop ». Il n’y a pas de Général de Gaulle pour dire, on arrête de jouer, maintenant on paie cash, par ici la monnaie, par ici, l’or.

Les Allemands qui auraient pu être l’ancrage du système mondial, avec leur « traditional banking » et leur refus des délices keynésiens, les Allemands ont préféré le jeu de profiteur égoïste à la mission de statue du commandeur: Honte à eux. Les Chinois eux, ont leur m…e à ramasser sous leur tapis.

Personne n’a intérêt à mettre une limite; donc la limite, quand elle arrivera, ce sera la limite physique, la limite du réel. Il n’y a pas de « system vigilante », ils sont neutralisés. Les boucles d’autorégulations sont détruites. On ira jusqu’au bout, pas de la nuit, mais de la ruine.



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