lundi 24 juin 2013

Charles Gave sur les hausse des taux et le changement de position de la FED

Très intéressante analyse de Charles Gave sur ce qu'il se passe sur les taux et autour du QE de la FED, obligée d'organiser une sortie en urgence...

Enfin une bonne nouvelle
Institut des libertés, Charles Gave, 23/06/2013 (en Français texte en français )
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Depuis quelques semaines, les marchés sont en plein désarroi, ce qui ne surprendra guère les lecteurs de l’Institut des Libertés ( voir mon article, « Timber », publié en Avril 2013) .Derrière ce qui commencé à ressembler à une déroute, la hausse des taux longs aux USA, déclenchant un ajustement qui est sans doute loin d’être fini …Et contrairement à nombre de commentateurs, je trouve que tout cela est une bonne, une très bonne nouvelle.

Explication. Dans un système économique, deux entités peuvent créer de la monnaie “ex nihilo”, la banque centrale et les banques commerciales.

-La monnaie de banque centrale s’appelle la base monétaire,
-La monnaie des banques commerciales le crédit (pour faire simple).

Base monétaire + crédit forment la Masse Monétaire (M).

Quand les banques ont fait n’importe quoi pendant longtemps, un certain nombre d’entre elles se retrouvent avec des emprunteurs qui ne peuvent pas les rembourser et doivent donc enregistrer des pertes.Or il se trouve que les banques prêtent en général au minimum 12 fois leur capital (et parfois bien plus).Si donc une banque doit prendre une perte de 100 parce que monsieur Dupont ne peut pas la rembourser, elle va devoir réduire ses prêts d’au moins 12*100= 1200 et donc réclamer un remboursement anticipé à messieurs Martin et Durand , ou refuser d’accorder un prêt parfaitement légitime à monsieur Smith.De ce fait, la masse monétaire créée par le secteur privé s’écroule…

Comme MV=PQ (rappel M représente la quantité de monnaie en circulation sur une période donnée.

V représente la vitesse de circulation de la monnaie/P représente les prix et/ Q les quantités.)

Si M se met à baisser et si V (l’appétit au risque) ne compense pas, le PIB nominal PQ (PRIX * QUANTITES) va se ratatiner et nous aurons une dépression.C’est ce qui s’était passé pendant la grande dépression des années 30.Milton Friedman a montré que pendant cette période, la masse monétaire aux USA avait baissé d’un tiers, la banque centrale ne faisant rien pour compenser la baisse du crédit.Et donc, depuis 2008 et le début de la grande crise bancaire, monsieur Bernanke, confronté à une baisse considérable de la masse monétaire du secteur privé s’est mis à imprimer de l’argent comme un fou pour que M ne s’écroule pas , compensant par la hausse de la base monétaire la baisse du Crédit, et il a fort bien fait.

Certes, je n’étais pas d’accord avec lui sur la nécessité de mettre les taux à zéro (pour des raisons que j’explique ci dessous), mais ceci est un débat subsidiaire…Et du fait des actions de la Fed , M , à la différence de ce qui s’était passé pendant les années 30, n’a pas baissé, ce qui est une très bonne chose et nous n’avons pas eu de dépression aux USA.

Mais Milton Friedman a aussi montré qu’une banque centrale pouvait influencer l’économie en se servant de trois outils:

- Les taux d’intérêts,
- Le taux de change et
- La masse monétaire ,

mais que la dite banque centrale ne pouvait utiliser à chaque moment que l’un de ces outils et certainement pas deux, et encore moins les trois à la fois.Et donc, depuis 2008, la Fed a ciblé la masse monétaire au travers des opérations de “quantititative easing”, avec succès et le dollar s’est baladé là ou il voulait…Mais c’est là où les choses se gâtent.Depuis quelques mois, les banques US qui ont été recapitalisées se sont remises à prêter de l’argent et donc le secteur privé se met à créer de l’argent à nouveau

Comme le disait Milton Friedman (encore lui!): “ L’inflation toujours et partout a été un phénomène monétaire ».Nous n’avons eu aucune inflation depuis 2008 parce que la masse monétaire aux USA n’a pas augmenté depuis cette date.Or maintenant, et depuis quelques mois, elle se met à monter à nouveau…Du coup, le marché obligataire Américain commence à se dire qu’un danger inflationniste se profile à l’horizon et baisse pour signaler à la Fed qu’il est temps, grands temps, d’arrêter toutes ces opérations de QE.

Je vais faire simple: le marché obligataire ne baisse pas, comme semble le croire les journalistes parce que la banque centrale va arrêter d’acheter des obligations.La réalité est exactement inverse.

La Fed va cesser d’acheter des obligations PARCE QUE le marché obligataire baisse, signifiant de ce fait qu’ils qu’il va cesser de s’intéresser à la masse monétaire pour revenir au contrôle des taux d’intérêts.C’est donc une excellente nouvelle, nous retournons dans une période où le cout du capital va être déterminé par le marché et non plus par la Fed, ce qui va remettre le système en équilibre.Hélas…

Comme la Fed a maintenu des taux zéro pendant très longtemps (trop longtemps?) et a laissé croire aux marchés que ces taux bas allaient durer toujours, des masses de capitaux absolument gigantesques se sont investis dans des opérations dites de « portage » (carry trade), du style, j’emprunte à ma banque à 1 % et j’achète une obligation « pourrie » qui me donne du 7 %, et bien sur « Je ne peux pas perdre ».Et ces opérations de portage ont eu lieu sur l’or, l »argent métal, les obligations des pays émergents en monnaie locale, les actions à fort rendement, les obligations pourries, que sais-je encore…

Au passif de ces opérations, nous trouvons toujours un emprunt en dollar, à l’actif les supports mentionnés plus haut.Et chaque fois, le dollar emprunté a été vendu pour acheter le support sur lequel on ne pouvait pas perdre, d’où la baisse du son taux de change…Et il va donc falloir dénouer toutes ces spéculations en même temps…Mais il n’y a pas d’acheteurs.Et donc le gérant qui s’est livré à ce genre d’activité téléphone à son broker pour lui dire de vendre ce qu’il a à l’actif de son portefeuille et ce dernier lui dit, « très bien, mais à qui? » Et ces marchés tombent dans un trou noir…et le dollar monte…

Résumons nous:

· La banque centrale US a perdu le contrôle des taux.
· Le monde entier a « shorté » le dollar.
· De ce fait , le Dollar va monter très fortement quand il va falloir couvrir toutes ces ventes ‘short »
· Tous ceux qui sont « short » le Dollar vont prendre une énorme culotte.
· Il y a peu ou pas d’acheteurs -aux prix actuels-pour les actifs que nos gérants ont en portefeuille.
· Nous allons donc avoir des liquidations forcées, les bons investissements baissant autant que les mauvais.
· Des valorisations incroyables vont apparaitre.
· Pour ceux qui auraient suivi mon conseil et levé un peu de cash, le moment arrive où il va falloir mettre des limites idiotes très en dessous des cours actuels sur les bons investissements, en espérant être exécutés pendant les phases de panique, qui ne vont pas manquer de se produire.

Bonne chance, il va y avoir du rodéo.

Je note notamment qu'il est très pessimiste sur les métaux, en tous cas en dollar... Sauf que si ce dernier monte comme il l'annonce depuis un moment, en euros, ça va être une autre affaire.

En tous cas, on va vite voir tous ceux qui se baignent nus...


Notamment, à noter que cette hausse des taux généralisée fait s'effondrer la capacité des emprunts immobiliers. Et l'immobilier, qui est bien plus un pari sur l'obligataire que sur la pierre, va surement se gadiner :
The Dark Side Of Soaring Rates: A Housing Market That Lost 16% Of Its Value In Under Two Months
ZeroHedge, 24/06/2013 (traduire en Français texte en anglais )
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So here is the benchmark price-rate curve updated for a reality, in which the national average 30 Year fixed has exploded from 3.40% on May 1 to a whopping (for the New Normal) 4.875% as of today for Wells Fargo customers. The matching affordability collapse: from $450K to $378K, or a stunning 16% equilibrium price drop in under two months!



So much for that wealth effect...

4 commentaires:

  1. Là je pense que Gave se trompe.

    Il semble penser que finalement, la FED serait "neutre".

    Capable à la fois :
    -de monter les taux (les 17 hausses de Bernanke)
    -et de les baisser (Bernanke encore, depuis 2008)

    Et que donc, elle pourrait passer de l'un à l'autre, dans une forme de cycle.

    Je crois qu'il s'agit d'une erreur fondamentale.

    Je crois que la FED est désormais prisonnière d'un "biais".

    Un sacré biais même.

    Résumons : l'action taux dans les chaussettes + injections à permi d'"éviter la dépression" comme le souligne Gave. Fort bien.

    Mais, aujourd'hui, toute hausse des taux... provoquerait cette même... dépression.

    Sacré conundrum !

    Corollaire : la FED ne peut pas laisser filer les taux.

    Les délires (qui durent... depuis 2009) sur les "exit strategy" relèvent de l'enfumage. C'est de la fiction. Il n'y a pas d'exit strategy, il ne peut plus y en avoir.

    La meilleure preuve : Bernanke va partir. Il est usé jusqu'à la corde (le gouffre entre son discours et ses actions devient trop voyant). Sa remplaçante est encore plus dove que lui.

    Donc des taux à 20 % comme du temps de Volcker relèvent de l'heroic fantasy et des contes de noel.

    En revanche, oui sur le flight to USD.

    Ceux qui avaient enterré le dollar vont morfler.

    Le dollar reste le roi. Appuyé par la première armée du monde, et ça ça compte, c'est du loour (là aussi Gave commet l'erreur parfois d'être trop synthétique, trop financier et de ne pas intégrer à ses raisonnements les éléments géo politiques).

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  2. Là aussi, sur ce coup là j'ai du mal à suivre Gave...
    Le retour de l'inflation ne se fait pas à partir de la base monétaire. Je ne vois pas comment la FED peut anticiper un retour d'inflation ?... C'est la relance, l'augmentation des prêts commerciaux, le retour de la confiance et de la vélocité de la monnaie dans l'économie réelle qui peut amener l'inflation. Pas l'augmentation de la base monétaire. L'augmentation de la base monétaire ne fait que former des bulles dans la sphère financière... il y a quelque chose qui m'échappe dans son raisonnement.

    Non, Bernanke joue quitte ou double et veut voir ce qu'on a dans le froc simplement.
    Donc ça provoque des tensions un peu partout.
    Et peut-être que la FED est en train de rapatrier de la base monétaire effectivement (la mer se retire).

    Je peux me tromper, mais je pense que Gave interprète mal la composante vélocité de la monnaie (ou bien c'est moi). L'avenir nous le dira... mais je pense qu'on est peut-être plutôt dans un moment déflationniste/crédit crunch.

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  3. En tout cas le motif que donne Charles est faux. Je viens de vérifier sur les chiffres du premier trimestre 2013. Les banques ne se sont pas mises à distribuer des prêts... Rien ne vient corroborer cette thèse.

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  4. L'exit stratégie de la crise maintenant, si les banques centrales ne veulent pas assumer une purge et le risque d'un effondrement du système financier, c'est que les banques centrales se coordonnent pour balancer la monnaie directement à la population (Helicopter Ben).
    Ca se fera très certainement par des virements sur les comptes bancaires, en pratique, je ne sais pas comment ni dans quelle mesure c'est possible... de manière controlée autant que possible.
    mais il devient sans doute nécessaire que les banques centrales passent au dessus des banques traditionnelles pour faire repartir un peu d'inflation, et purger le passif qui ne sera bientôt plus supportable.

    Je pense que ce serait la bonne méthode. C'est risqué, mais un petit coup d'accélérateur en sortie de virage ce ne serait pas une mauvaise chose.
    Et à mon avis c'est ce que la FED ne manquera pas de faire en dernier recours.

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