mercredi 24 juillet 2013

Bruno Bertez : La récompense du crime

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mercredi 24 Juillet : La récompense du crime par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 24/07/2013 (en Français texte en français )
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Les dirigeants européens qui ont vendu leur âme au diable, c’est à dire la souveraineté de leur pays aux maîtres allemands, ont été récompensés. Il y a quelques mois, un deal sordide a été conclu entre les souverains et les vassaux. Dans sa mansuétude, le souverain a accepté de desserrer quelque peu le carcan budgétaire de ses sujets. Il a toléré que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas tenus ; il a accepté le dérapage des calendriers. Des pays comme la France en ont été parmi les premiers, et si l’on ose dire, les heureux bénéficiaires. Hélas, quand on pactise avec le diable, chacun sait qu’il faut une longue cuillère. En échange de ce délai de grâce, les Allemands ont exigé que leurs vassaux mettent en œuvre un plan de réformes structurelles dictées par eux-mêmes. C’est ainsi que vous avez vu passer les prémices de la destruction de la politique familiale française, les ballons d’essai de la réforme des retraites, sans compter, bien entendu, le pilonnage d’artillerie lourde sur tout ce qu’il pouvait y avoir de volontariste dans les actions gouvernementales françaises, pilonnage en règle sur les incitations fiscales contenues dans les niches du même nom.





Les vassaux viennent d’être récompensés. Ils ont maintenant le droit de dire, comme Moscovici vient de le dire ce mercredi matin, que nous sommes en train de sortir de récession. L’arrêt de la dégradation de la situation économique des pays vassaux est quasi mathématique. Et sinon quasi mathématique, du moins mécanique. Si vous ralentissez les plans d’austérité, il est évident que vous arrêtez d’aggraver la récession. Pas besoin d’être keynésien pour comprendre cela, lui-même, l’homme de la rue, le comprend. Nous sommes donc dans une sorte de palier, dans une zone de stabilisation temporaire.

Les indices Markit PMI qui viennent de sortir confirment ce que l’on savait déjà au sentiment, au doigt mouillé. Les indices pour l’Europe entière sont un peu meilleurs que prévu. Sans être reluisants, pour un pays comme la France, le Markit manufacturier ressort à 48,3 contre 47,2 et le Markit des services à 49,8 contre 48,4. On est non seulement au plus haut depuis la présidence de Hollande, mais on est aussi au-dessus des attentes, ce qui, vous le savez, pour les marchés, est essentiel. L’indice européen manufacturier repasse au-dessus des 50 à 50,1, c’est la première fois depuis février 2012. Le composite services est à 49,6 contre 48,3.





En clair, la situation a cessé de se dégrader. Il y a même une toute petite ébauche d’amélioration, mais attention, le côté positif ne se trouve pas du côté des périphériques et des vassaux, il se trouve du côté du souverain allemand qui lui enregistre une véritable remontée étonnante.



Il faut admirer le sens politique et tactique de Merkel. Elle devrait prendre en stage de formation les malheureux débutants que sont Hollande et Ayrault. Elle est en campagne électorale, une campagne terrible et elle a réussi, tout en imposant ses vues à long terme aux autres pays européens, elle a réussi à se ménager une plage d’amélioration pour son pays, plage d’amélioration qui ne va peut-être pas suffire à lui donner une victoire, mais qui va lui faciliter les choses. Voilà du beau travail. C’est même un coup de maître. Lâcher un tout petit desserrement de l’austérité et obtenir en échange une perte de souveraineté à long terme de ses partenaires, le tout avec un sentiment économique légèrement porteur, il fallait le faire. Chapeau.

Ce sont les Français qui, évidemment, font les frais, ou vont faire les frais de ces transactions honteuses. Ils vont avoir un petit répit dans l’austérité, quelques mois, et en échange, ils vont favoriser la réélection (éventuelle) de Merkel. Cette Merkel et ces Allemands qui, comme vous le savez, ne leur veulent que du bien.

Si Merkel parvient à réunir une majorité, ce sera non seulement la continuité, mais le renforcement de la ligne suivie jusqu’ici. Tout ce qui n’a été qu’austérité cosmétique en Italie et en Espagne par exemple, sera dénoncé et aggravé. On sait que, dans ces pays, l’Allemagne ferme les yeux sur le caractère bidon de l’austérité et des réformes. Elle accepte de ne pas voir qu’une grande partie de l’activité échappe maintenant aux statistiques par le recours au marché noir. Elle accepte de ne pas voir que les dépenses publiques ne baissent pas et que les débudgétisations creusent les trous, loin des regards officiels.

Le secteur bancaire est totalement complice. Il est également très satisfait de cette situation. Les banques adorent la ligne Merkel évidemment puisque c’est cette ligne qui garantit la répression financière des citoyens et du secteur privé productif à leur profit. Par ailleurs, la position de Draghi qui garantit, dans ce contexte, la poursuite des largesses et des assurances, de Draghi qui multiplie les cadeaux pour obtenir un dégel du crédit leur convient fort bien. Ne croyez pas que les banques ne sont pas reconnaissantes, elles contribuent. Leur contribution au statu quo et à la reconduction de la ligne Merkel se manifeste par le comportement positif des marchés. On facilite les échéances de l’Espagne et de l’Italie. Ce qui est facile, puisque l’on sait que l’on a le filet de sécurité de Draghi, et on se permet même d’imprimer un sentiment légèrement positif sur les marchés d’actions qui, comme chacun sait, sont le baromètre de l’activité économique, n’est-ce pas.



1 commentaire:

  1. Brillante analyse. Merkel est quand même plusieurs crans au dessus de la plupart des chefs d'états du G20. Elle a le niveau d'enfumage d'Obama et l'habileté de Poutine.

    Nous en face, depuis 2007, entre un excité et un mou du genou, on fait vraiment pâle figure. Et ce n'est pas en 2017 qu'on alignera une personne capable de défendre les intérêts français.

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