lundi 15 juillet 2013

Taper or not taper...

Des articles intéressants à lire, écouter, pour ceux qui chercheraient à comprendre ce qu'il se passe sur les marchés, et le dilemme devant lequel se retrouvent les autorités monétaires mondiales, coincées entre retour de la déflaillite d'un côté, et de l'inégalibulle de l'autre... Pour ma part, je parie qu'après quelques mois de déflaillite, quand tout ça va redevenir sérieux, ils réimprimeront comme des sourds...

En tous cas, c'est très intéressant. Parce qu'à les lire, on est à peu près dans le même niveau de crise aigüe qu'en 2008. Pourtant, il n'en ressort rien dans les médias...

Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 14 Juillet 2013: Désordre sur les taux d’intérêt longs, la Fed perd-elle le contrôle ? Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 14/07/2013 (en Français texte en français )
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En l’espace d’un an, les taux du 10 ans ont doublé aux États-Unis. Au plus bas, on était à 1,38%, on a touché la semaine dernière 2,76%. Vendredi, on finit la journée à 2,6%.

Des maisons puissantes, spécialisées dans l’obligataire comme Pimco sont en difficulté. L’hémorragie des fonds obligataires est considérable, les pertes de substance pour les investisseurs sont d’autant plus douloureuses qu’ils considéraient naïvement les placements en fonds d’Etat comme sans risque. Vous savez ce que nous en pensons puisque, depuis longtemps, nous rangeons la classe des fonds d’Etat dans les classes d’actifs qui font bulle.

Que les investisseurs obligataires allaient perdre beaucoup d’argent, Bernanke et ses collègues le savaient depuis longtemps. On ne fait pas baisser artificiellement les taux sans s’attendre à ce que, un jour ou l’autre, ils rebondissent et qu’il y ait des déconvenues pour les acheteurs de valeurs à revenu fixe. Ce qui est scandaleux, c’est le fait que l’on a attiré vers ces placements des gens qui précisément fuyaient le risque et n’avaient absolument pas les moyens de le supporter. Le cas des retraités est particulièrement flagrant. Leur aversion au risque est lié à leur situation et à leur âge, c’est délibérément qu’on les a menés à l’abattoir. Au cours de ces trois dernières années, on a allègrement tondu les moutons.





La crise est un mistigri. Derrière ce raccourci, il faut bien comprendre que le cœur de la crise est constitué par le besoin de destruction. Comme ce besoin de destruction ne peut pas être assumé par les banques, puisqu’elles sont déjà en faillite, et qu’elles sont vitales comme auxiliaires des gouvernements, comme ce besoin ne peut pas être couvert par les gouvernements puisqu’ils n’ont que des dettes, il ne reste que des agents privés comme les entreprises et les particuliers. Etant entendu que les particuliers sont représentés par leurs caisses de retraite, leurs fonds d’assurance-vie, bref, par leur épargne et les revenus différés de leur travail.

S’agissant des entreprises, on ne peut pas leur prendre beaucoup, car si on leur prend trop, la conséquence en serait leur affaiblissement et elles ont, pour se défendre, l’utilisation de l’arme du chantage du chômage. Donc l’effort de destruction pèse, comme nous l’avons dit depuis le départ, et pèsera de plus en plus sur les particuliers.

Attendez-vous bien sûr à ce que les autorités manipulent les marchés de fonds d’état pour essayer de reprendre le contrôle du mouvement. Elles l’ont déjà fait verbalement, mais elles vont le faire aussi par des interventions et des manipulations de cours.

La question qui se pose n’est pas de savoir si elles vont tenter de le faire, elles le feront ; la question qui se pose est de savoir si elles en ont les moyens sans dérapage. En effet, parmi les vendeurs de Treasuries américaines, on trouve surtout les Banques Centrales étrangères. Nous n’avons pas les chiffres de cette semaine, mais la semaine dernière, elles ont vendu pour près de 35 milliards. Cela dépasse le record de ventes enregistré en 2007. Et cela fait près d’un mois que les ventes durent.

Pourquoi les Banques Centrales vendent-elles ? C’est l’une des questions importantes. Notre idée est qu’elles vendent pour deux raisons, pour plus exactement trois :

- Elles sont obligées de vendre pour faire face aux sorties de capitaux dont elles sont victimes ; les émergents sont littéralement saignés à blanc par les sorties de hot money. Nous avons expliqué ceci dans notre dernier article.

- Les Banques Centrales du monde entier sont en réalité de gigantesques hegde funds sans capitaux propres. Ce sont des hedge funds insuffisamment capitalisés. Leurs capitaux propres peuvent être balayés par une poursuite de la hausse des taux d’intérêt longs puisqu’elles ont accumulé sans discontinuer les Treasuries américaines tout au long de ces dernières années. Depuis la fin de 2007, les avoirs en Treasuries américaines détenus par les Banques Centrales ont progressé de plus de 130% pour atteindre, tenez-vous bien, le chiffre fantastique de 4 trillions. Le système repose sur les Treasuries américaines. C’est un système fragile, malsain et dangereux. C’est l’accumulation de Treasuries américaines par les Banques Centrales du monde entier qui a inflaté les réserves internationales de 5 trillions à 11 trillions en l’espace de 5 ans. Cette inflation des réserves a inflaté les économies, permis l’inflation des stocks de dettes, lesquelles dettes sont dans notre système le référent des monnaies.

- Elles veulent prendre de l’avance ; vendre avant les autres, car elles se souviennent de ce qui s’est passé dans la grande crise de 1997, ce sont ceux qui ont vendu les premiers qui s’en sont les mieux sortis. Les Banques Centrales n’existent pas. Derrière les Banques Centrales il n’y a jamais que des hommes, certes prétentieux et imbus d’eux-mêmes, mais néanmoins faillibles.

Il y a quelques jours, Martin Feldstein a écrit un article remarquable dans le Wall Street Journal. Nous ne l’avons pas commenté car il reprenait pour l’essentiel les idées de nos derniers articles, à savoir que le risque incrusté dans le système était colossal. Tous les opérateurs, y compris les Banques Centrales, sont placés risk-on pour bénéficier de la fausse rentabilité produite par la politique américaine. Tout le monde est en levier. Un levier colossal dont le montant est ignoré. Martin Feldstein écrivait : le risque n’est pas à son prix. Il est absolument mal apprécié.

Pour l’instant, on réussit à faire tenir les actions malgré le désordre sur les marchés obligataires, malgré la déstabilisation du système et le tangage des grands investisseurs. Une contagion aux actions serait systémiquement très grave. Vous connaissez ce fameux effet de richesse, c’est ce qui est recherché depuis 5 ans par Bernanke pour tenter de tenir à bout de bras le système. Un gros effet de pauvreté sur les obligations comme celui qui est en cours, effet de pauvreté qui serait accompagné par une baisse des actions, serait une véritable catastrophe qui pourrait remettre en question toute l’action entreprise jusqu’alors.



Bernanke: Avons-nous perdu le contrôle…ou pas encore ? Par Eric Sprott / Pierre Leconte et Mish
Le blog à Lupus, 13/07/2013 (en Français texte en français )
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Eric Sprott : Depuis sa première allusion au retrait graduel des mesures de relance, la volatilité s’est intensifiée partout (actions, devises et obligations) (se reporter à la Figure 1A). De plus, les capitaux fébriles des investisseurs assoiffés de rendement, qui s’étaient dirigés vers les marchés émergents, se sont précipités vers les portes de sortie, causant ainsi des chutes importantes au sein des marchés des actions et des obligations des marchés émergents (Figure 1B). Finalement, la perspective de la fin des mesures d’assouplissement monétaire a déclenché des baisses (hausses) importantes et rapides du prix (rendement) des obligations du Trésor à plus long terme (également à la Figure 1B).

A gauche, intensification de la volatilité, à droite, baisse de la valeur des obligations à 10 ans US, et des marchés émergents


Toutefois, comme la Banque des règlements internationaux (BRI) l’a si bien dit dans son plus récent rapport annuel, « […] les banques centrales ont continué à octroyer un répit aux acteurs économiques. Mais le rapport coûts/avantages de ces politiques s’amenuise inexorablement ». À cela elle ajoute : « enfin, voir dans la politique monétaire une panacée [désendettement, stabilité financière] serait une erreurlourde de conséquences »5. De toute évidence, la Réserve fédérale le sait très bien et veut mettre un frein à son programme d’assouplissement quantitatif. Mais peut-elle réellement le faire ?

Pierre Leconte : Ben Bernanke, le patron de la Federal Reserve US, l’homme à la tête de la plus puissante institution du monde, a perdu le contrôle des marchés financiers comme de ladite institution elle-même dont les membres se divisent de plus en plus sur la politique à suivre comme pour se partager les sinécures qui se libèreront au moment de son prochain départ. Ce qui signale une possible implosion de tout le Système à n’importe quel moment, comme pour n’importe quelle raison, tous deux à l’heure actuelle imprévisibles. Obligé par les grands banquiers US et l’administration Obama, qui craignent le krach des actions après celui des obligations qui a commencé, de revenir sur son projet de diminuer puis de cesser le Quantitative Easing, il a dû faire machine arrière cette semaine en admettant qu’il le continuerait.

Mais le problème de Bernanke, dont l’ultra laxisme monétaire a entrainé des anticipations inflationnistes de plus en plus fortes d’où la hausse des taux d’intérêt à moyen (10 ans) et long (30 ans) termes (faisant chuter les obligations), c’est de tout faire pour empêcher les taux en question de continuer de monter dans un contexte de faible croissance économique et de dettes publiques et privées exorbitantes. Il n’y arrivera que de deux façons: soit 1/ en faisant baisser les actions pour que les capitaux se reportent sur les obligations qui alors se reprendraient (ce qui vient de lui être interdit par ses mentors), soit 2/ en faisant remonter les taux à très court terme -Fed Funds- pour réduire ceux à moyen et long termes par le rééquilibrage de la courbe des taux (ce qui aurait un effet récessionniste supplémentaire au plus mauvais moment) et de toutes façons se terminerait par le krach des actions.

D’une façon générale, l’enlisement des économies dans la crise et l’absence de reprise viennent du fait que les gouvernements et les banquiers centraux ont choisi d’employer toutes sortes de gadgets et/ou de manipulations (comme le Quantitative Easing ou la suppression du prix de l’or) tout en déguisant les statistiques, alors qu’ils auraient dû laisser les ajustements permettant de corriger leurs mauvaises politiques antérieures se produire (comme la mise en faillite des banques supposées “too big to fail” qui de toutes façons s’écrouleront un jour ou l’autre mais en coutant alors beaucoup plus cher à la collectivité des contribuables c’est-à-dire à vous et moi). Tant que tous ces politiciens et faux-monnayeurs seront à l’œuvre, il n’y aura pas d’embellie réelle.



Jim Rickards on a September Tapering; And His Reaction to Our Chinese Currency Bait and Switch Theory
ZeroHedge, 14/07/2013 (traduire en Français texte en anglais )
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