vendredi 30 août 2013

Charles Gave : Le grand retour des baleines ou quand Jonas pêche à la dynamite

Le grand retour des baleines ou quand Jonas pêche à la dynamite par Charles Gave
Institut des libertés via Le blog à Lupus, Charles Gave, 25/08/2013 (en Français texte en français )
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« Et voila! » .

Après une longue période où, des platanes d’Avignon aux plages Américaines, je me suis laissé aller à un farniente de bon aloi entouré de jeunes têtes blondes glapissant à heures fixes, il me faut donc, comme nombre de Français, reprendre le collier et retourner à mes chaines… Mais il me faut avouer ici que j’aime beaucoup ces chaines et les liens que l’Institut des Libertés m’a permis de créer avec nombre de lecteurs qui interviennent sur notre site. Une saine émulation en somme. Donc, au boulot!

Et ici, il faut commencer par une petite revue de ce qui s’est passé d’important dans les économies et les marchés financiers depuis que l’IDL s’est laissé aller à cette grande et honorable tradition Française, ne rien faire pendant la plus grande partie de l’été…La réponse à cette question est très simple: nous avons eu une vraie débâcle sur les marchés émergents, accompagnée par une forte hausse des taux aux USA. Et derrière ces deux phénomènes, nous trouvons la même cause: ce que, dans mon jargon, j’appelle une « crise de liquidités internationale » et que j’ai souvent décrit par le passé dans ces « chroniques du temps qui passe ». Et une fois de plus, tout commence avec le dollar US.

Tout le monde sait que la monnaie Américaine est la monnaie de réserve mais peu de gens comprennent ce que cela veut dire. Parmi les économistes de renom, deux avaient compris ce que cela voulait dire :

-Jacques Rueff (Français et qui désapprouvait) et

-Robert Triffin (Belge, qui ne fit que décrire et constater) et je vais reprendre ici très largement leurs analyses.

Pour commercer entre elles, les nations ont besoin d’une monnaie que chacun va accepter en paiement et le dollar est accepté partout. De plus, les nations sont comme les individus ; il leur faut disposer d’une épargne qui sera utile en cas de coup dur et cette épargne doit être conservée dans une monnaie que tout le monde acceptera, émise par un pays qui pourra fourni de la nourriture (en cas de désastre naturel), des armes et /ou une protection militaire (en cas de guerre) et une éducation de qualité aux enfants de l’élite et là encore on ne trouve guère que le Dollar. Les réserves de change seront donc conservées principalement en dollars. Le Dollar est un peu dans la situation d’un système informatique devenu dominant (Windows). Plus les gens se servent de Windows, plus ceux qui n’ont pas encore pris de décisions sur le prochain système ne se tourneront vers Windows …

Tout le monde a donc besoin de dollars et la question essentielle est: comment s’en procurer ? La réponse est simple: en ayant un excédent commercial avec les États-Unis. Ce qui veut dire que les États-Unis ne peuvent pas avoir un excédent de leurs comptes courants sans créer immédiatement une énorme crise de liquidités internationale où les états qui ont des déficits extérieurs et des réserves insuffisantes voient leurs monnaies attaquées, leurs marchés financiers s’écrouler, leur taux d’intérêts monter très brutalement (pour essayer d’attirer des capitaux extérieurs ou retenir leurs propres capitaux) tandis que leur demande intérieure doit baisser très fortement (récession) pour que le pays dégage à nouveau des excédents extérieurs. C’est bien sur ce qui est en train de se passer en Inde, au Brésil, en Afrique du Sud, en Turquie…

Or, qu’est qui s’est passé depuis que monsieur Bernanke est devenu le gouverneur de la réserve fédérale (banque centrale) aux USA ?

Cet homme a décidé de suivre une politique de taux réels très bas, trop bas, ce qui a rendu le dollar hyper compétitif tant le taux de change de la monnaie US est sous-évalué. De ce fait, les comptes courants américains (balance commerciale) se sont améliorés de façon constante depuis quatre à cinq ans au point que les États-Unis ont aujourd’hui un solde excédentaire contre le monde entier, à l’exclusion de la Chine et des pays producteurs d’énergie (OPEP).De ce fait, TOUS les autres pays, par solde ne gagnent plus les dollars dont ils ont besoin pour commercer les uns avec les autres et doivent tirer sur leurs réserves de change qui étaient investies bien sur …en obligations Américaines émises par le Trésor US.

Ces ventes déclenchent automatiquement une hausse des taux Américains et le mécanisme infernal de la crise de liquidité internationale y trouve sa conclusion. Tout commence par des taux trop bas, se poursuit par un dollar sous-évalué, se transforme en une amélioration des comptes courants Américains, ce qui force les pays nouvellement en déficit parce que non concurrentiels à vendre leurs réserves de change, ce qui déclenche une hausse des taux aux USA, au risque d’amener les USA en récession (baisse de l’immobilier, quand le bâtiment va , tout va…) ce qui ne fait que renforcer les problèmes des tous les autres pays en général et des USA en particulier. Et tout cela se termine en général par une très forte hausse de la monnaie US, pour que le déficit extérieur US se détériore à nouveau. C ‘est ce que Triffin appelait le paradoxe de la monnaie de réserve.

Pour faire simple je n’ai JAMAIS craint un excédent de dollars tant les grandes dépressions et les graves crises financières internationales n’ont jamais lieu quand il y a TROP de dollars, mais bien quand il n’y en a PAS ASSEZ. C’est ce que j’appelle, « il faut savoir s’il y a plus d’argent que d’idiots ou plus d’idiots que d’argent ». Nous y sommes, IL N Y A PAS ASSEZ D’ARGENT (A noter que le nombre d’idiots en circulation libre permettait aussi d’arriver à la conclusion susvisée)

Les réserves de change déposées à la Fed pour le compte des banques centrales étrangères sont publiées chaque semaine (par la Fed) et pour la première fois depuis longtemps sont en baisse depuis six mois. Je n’ai jamais constaté une telle baisse sans que nous ayons de graves problèmes au niveau des nations qui présentent à la fois un déficit extérieur et un déficit budgétaire importants.

Par le passé, j’ai souvent comparé dans mes écrits une crise de liquidités internationales avec la pèche à la dynamite. On balance un bâton de dynamite dans la mer, on le fait exploser à 100 mètres sous l’eau et on attend que les poissons remontent à la surface le ventre en l’air (Cf « Libéral mais non coupable » Bourin Editions, Septembre 2009). Au début, remontent les thons et les merlans et un jour où deux après l’explosion remontent les baleines, les cachalots et les pieuvres géantes.

C’est ainsi que dans les années 80, j’ai vu remonter le Mexique d’abord, puis quelque temps après à peu près toute l’Amérique Latine, à la fin des années 90 nombre des pays d’Asie ( la Thaïlande (un cachalot)la Corée du Sud (une baleine) la Russie (une baleine bleue.). Même scénario avant que Lehmann ne saute en 2008, et chacun se souvient du maelstrom financier qui a suivi et du nombre de baleines qui sont remontées à la surface…

Bref, le dollar Américain depuis cinq ans au moins est contrôlé par des gens qui pensent qu’ils gèrent le dollar du Zimbabwe et qui ne comprennent rien au rôle du dollar monnaie de réserve, ce qui est bien ennuyeux…Devant cette triste réalité, il ne faut avoir dans ses portefeuilles que des positions en cash flow positif, aucune dette surtout en dollar et l’on peut craindre une forte hausse de la volatilité sur les marchés financiers qui semblent avoir bien commencé. Il est urgent (et je me répète) de se mettre une ceinture, des bretelles, un gilet pare balles et un casque.

L’automne risque d’être frais et Septembre-Octobre sont d’excellents mois pour commencer à porter des vêtements d’hiver.



A lire également :
L’Edito du Mercredi 28 Aout 2013: Edition spéciale, l’enterrement de Bernanke Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 28/08/2013 (en Français texte en français )
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3 commentaires:

  1. Oui mais pourtant selon JP Chevalier les US gèrent leur dollar selon l'orthodoxie monétariste ce qui leur assure une croissance optimale.
    Sans ces taux bas, leur chômage officiel serait bien pire.

    Je ne suis pas sûr qu'ils aient trop le choix.

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  2. Chevalier doit être un agent stipendié de Ben Bernanke, il trouve toujours toutes les qualités à la politique US...

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  3. Problème avec la guerre (évitée avec brio par Obama) : on passe presque à côté d'une actu truculente notre inénarrable Gave de service.
    Ziva ! que les zUSA y sont trop forts !
    L'a pas encore compris que si Obama a pris TRES TRES au sérieux les menaces russes et chinoises de représailles, c'était que ce serait là où ça fait mal : le Dollar.

    Nous le savons tous ici : les marchés dopés à l'hélium n'attendent plus qu'un signal pour faire boum !
    L'or remonte à mesure des bruits de botte (c'est malin, je comptais relouchifier cet été !).

    Bon, je vous rassure : Obama va bloquer tout ce bordel et ça va dégonfler tranquillement sous couvert de débat démocratique (faut bien dissimuler le bordel ambiant !).

    Et Gave ?
    Il continuera de nous faire du Gave, mais à la différence de certains, il ne sera plus d'aucune utilité quand il s'agira de biner ses patates.

    Je ne lui souhaite même pas d'être désavoué rapidement, car ça veut dire que mon niveau de vie va dérouiller direct.
    Triste époque.

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