vendredi 30 août 2013

Comprendre la croissance des émergents et plus généralement l'exode rural

C'est en fait l'exact inverse de la déPIBfication de l'activité dont je vous parle quand je vous parle de tomates de votre potager, qui sont des anti tomates en terme de comptabilité nationale, car à aucun moment elles ne rentrent dans le PIB (pas d'échange marchand), elles ne sont pas ponctionnables par la kleptocratie, et pire que tout, elles réduisent votre nécessité à acheter de la merdo bouffe au supermarché, qui elle, est bien PIBfiée.

Prenez par exemple un paysou qui vit en quasi autarcie dans sa campagne. C'est pas l'opulence certes, mais il vit. Il a au minimum une maison, de l'eau, de l'énergie de base, et de quoi manger. Or tout ça, il l'a sans que jamais ça ne rentre dans la comptabilité nationale. Il vit dans une économie de production pour soi même, à la rigueur de troc, mais l'échange monétaire n'est vraiment pas la norme. La monnaie, c'est une ou deux fois par an, quand il va au marché échanger ses surplus contre de l'argent et acheter disons... des outils avec...

Bref, l'horreur pour tous ceux qui ne vivent que de la ponction sur les flux de travail salarié/consommation marchande...

Maintenant, notre paysou part à l'usine. On lui donne un salaire. Avec ce salaire, et grâce à la division du travail et la productivité des machines, il produit plus, et il peut acheter plus qu'il n'avait avant avec sa vie de paysou. Il y a une croissance réelle.

Mais cette croissance est très sur estimée. Car il faudrait lui enlever tout ce qu'il doit désormais dépenser pour acheter ce qu'il produisait autrefois lui-même ou dans le cadre d'une économie de troc.

C'est pour ça par exemple qu'en Chine, ils parlent de croissance à 7% quand en réalité ils sont en stagnation. Comme si 7% était pour eux un plancher. Ces 7%, c'est en réalité en grande partie cette rentrée dans le PIB de la production élémentaire des paysans partis à l'usine.

Ce n'est pas de la richesse réelle produite en plus. C'est juste que de l'économie qui existait avant, mais non PIBfiée, passe sous la coupe de l'échange marchand ponctionnable...

Et vu qu'on est massivement dirigés de par le monde que par ceux qui vivent de la ponction, en priorité la classe des bureaucrates, jacassants et importants des hypercentres qui manient la richesse symbolique, on comprend bien que pour ces gens là, la croissance soit la clé de tout. Et peu importe sa nature. Tout est bon du moment qu'on augmente le flux travail salarié/consommation marchande. Même marchandiser des choses qui existaient auparavant, mais hors du cadre du PIB.

4 commentaires:

  1. Analyse très juste. Qui rejoint par ailleurs complètement celles de Maurice Aymard ("Autoconsommation et marchés"), Serge Latouche ("L'invention de l'économie"), Jean-Claude Michéa ("De l’ambiguïté de l’échange marchand", dans "L’enseignement de l’ignorance et ses conditions
    modernes"), Dany-Robert Dufour ("Le Divin Marché") et plus globalement tout le courant décroissant.

    RépondreSupprimer
  2. Attention s'il n'y a plus d'échanges marchands alors il y aura taxation en nature, interdictions diverses et autres règlements leonins.
    je dirais qu'il faut conserver un peu d'échanges marchands. juste histoire de faire tourner le PIB pour ne pas se faire reperer.
    perdre un doigt plutot que le bras ...

    RépondreSupprimer
  3. Dans le même genre, saviez-vous que tenir la comptabilité d'une petite entreprise ne sert qu'à une seule chose: déterminer le bénéfice annuel afin de calculer l'impôt sur les sociétés.
    J'ai toujours une immense impression de gâchis quand je vois que l'expert-comptable me coute 1400€/an, que la saisie comptable me prends 2H par semaine et tout ça pour payer 1500€ d'IS les bonnes années...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un peu caricatural non ?

      Va demander un crédit ou vendre ton activité sans bilan.

      Ton entreprise est très petite donc tu peux éventuellement piloter la boite avec la gestion commerciale mais dès que c'est un peu plus gros, la compta est la seul façon de savoir si ton activité fonctionne correctement ou pas. Et je ne parle même pas des amortissements et de la gestion de trésorerie.

      Supprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.