mardi 13 août 2013

Un vent de contestation qui monte

Moscovici pipeaute et les protestations s’empilent
hashtable, H16, 12/08/2013 (en Français texte en français )
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La France est sortie de récession, c’est Pierre Moscovici qui le dit. Cela doit donc être faux, et d’ailleurs, il en convient à demi-mots en revoyant à la baisse les estimations de non-croissance française sur l’année. Voilà qui ne va pas aider à endiguer la vague de mouvements protestataires qui se répand en France. Flûte, la France n’est décidément pas apaisée…

Et questions protestations, on en a maintenant un paquet.

Dans la société civile, si on se rappelle bien les petits airs renfrognés et les contestations plus ou moins atrabilaires des socialistes lorsque Sarkozy était parvenu au pouvoir, on a bien du mal à retrouver de la part du peuple la même contestation que celle à laquelle on assiste actuellement.

Sarkozy, on s’en souvient, a d’ailleurs été dépeint comme un président qui clive et qui aura laissé une France en bien triste état. Hollande, socialiste officiel, bénéficiera toujours d’un a priori favorable dans une presse majoritairement acquise à ses lubies, mais il cumule malgré tout, en à peine plus d’un an d’exercice du pouvoir, un nombre conséquent de manifestations et de mouvements d’oppositions vifs et médiatiques dont le nombre de participants laissent clairement rêveurs les militants du Parti Communiste (si si, il y en a encore) ou même du NPA (qui, malgré les apparences, n’a pas encore été dissout).

Ici, je fais bien sûr référence aux manifestations provoquées par le « débat » sur le mariage homosexuel, qui auront rassemblées, de façon régulière, bien plus de militants et de sympathisants que les 10 ou 15 années de manifestations précédentes. Si, à l’évidence, Hollande n’a pas réussi à apaiser la France, il aura au moins réussi à rassembler et fédérer un nombre considérable de personnes contre lui.

Pire : loin de s’essouffler, les manifestations en question ont engendré la création de mouvements indépendants de partis politiques qui ont encore à présent toutes les peines du monde à analyser ce qui se passe et à tirer autre chose qu’un embarrassant silence. Le Printemps Français, les Veilleurs n’auraient vraisemblablement jamais pu se développer sans les manœuvres policières et politiques hasardeuses de l’actuel gouvernement.

agression de manifestants contre la police

Peut-être l’utilisation massive des réseaux sociaux explique-t-elle le décollage rapide et durable de ces mouvements ; Hollande, à ce titre, subirait la montée en puissance de ces nouveaux moyens de rassemblement numérique, au contraire de Sarkozy qui, en quelque sorte, aurait été président « trop tôt » pour en mesurer les effets lors de son propre quinquennat. Peut-être. Force est de constater qu’en tout cas, ces mouvements si spécifiques n’ont jamais vraiment décollé du temps de Sarkozy, alors qu’il y avait déjà largement de quoi, compte-tenu de l’enchaînement de bêtises qu’il nous aura offertes.

Mais de nos jours, une chose est sûre : chaque tentative, de la part des aigrefins qui nous gouvernent, d’introduire une nouveauté sociale frétillante dans les lois, comme, par exemple, les saillies délicatement genrées de Najat Vallaud-Belkacem ou Vincent Peillon, aboutit à la création de l’une ou l’autre page web ou groupe Facebook.

Sur le plan social, l’acmé de ces mouvements n’est probablement pas encore atteint. Sur le plan économique, on en est encore loin, mais l’aspect douloureusement exponentiel de la progression de ces mouvements de protestation laisse augurer, un jour ou l’autre, d’une explosion pénible pour le pouvoir en place, que ce soit l’actuel ou le futur.

Ici, je pense spécifiquement au mouvement des Pigeons dont le développement donne une idée de la rapidité à laquelle on peut s’attendre lorsqu’un mouvement prend de l’ampleur, nonobstant l’issue assez ridicule de ce dernier. Or, lorsqu’on liste ce qui se mijote actuellement en France, on ne peut qu’être surpris du nombre de personnes impliquées et de la détermination dont elles font preuve.

Et au contraire des manifestations d’opposants à des aspects sociétaux (genre, mariage homosexuel, gestation assistée et autres), les protestataires des mouvements économiques mettent bien plus que leur temps et leur motivation interne dans la balance : pour la plupart d’entre eux, il s’agit réellement de leur gagne-pain, de leur source de revenus ou d’une partie non négligeable de leur vie qui va être directement impactée par leur engagement militant.

foutralys

Si, pour des mouvements associatifs traditionnels comme Les Contribuables Associés, les Moutons En Colère ou la Ligue des Conducteurs, l’engagement financier et personnel est encore relativement modeste, il en va bien différemment pour les protestations contre l’URSSAF, le RSI, la sécurité sociale en général, ou les changements introduits dernièrement dans la loi encadrant l’auto-entrepreneuriat.

Ainsi, le mouvement des Poussins, destiné à porter les revendications de dizaines de milliers d’auto-entrepreneurs dont l’entreprise est mise en péril par les dernières lubies des ministres socialistes, compte à présent pas loin de 20.000 supporters directs, avec appel aux dons et pétition.

Ainsi, les Dupés réclament, eux, un allègement du code du travail et dénoncent les dérives bureaucratiques de l’État, le paternalisme et l’excès de charges sociales.

De ce point de vue, ils rejoignent en partie les Tondus, autre mouvement d’entrepreneurs, qui estiment que le coût du travail est injuste et exorbitant et provoque directement le chômage français en imposant des coûts trop élevés aux entreprises, les empêchant d’embaucher. À ce titre, ils réclament donc la disparition pure et simple des charges patronales.

Enfin, à tous ces mouvements, on doit ajouter celui, grandissant et multiple, de ceux qui quittent la Sécurité Sociale et décident de s’assurer de façon autonome, aux prix du marché, auprès d’assurances européennes agréées. À la racine des différents groupes qui se mettent place, on retrouve bien sûr le MLPS de Claude Reichman, qui vise à informer les salariés, les employeurs et les indépendants français de leur possibilité de quitter les différents régimes de la Sécurité Sociale, tous plus ou moins en faillite et au bord de l’écroulement.

chouette, des cotisations sociales !

Dans cette vague, on trouve notamment les Libérés de la Sécu, qui rassemble ceux qui ont réussi à s’extirper du marigot putride des organismes de sécurité sociale collectivistes français ; signalons aussi le groupement des médecins qui, à leur tour, refusent de plus en plus de s’affilier aux organismes collectivistes de sécurité sociale, Les Médecins Ne Sont Pas Des Pigeons.

Bref, comme on le voit ici avec cette liste qui n’est même pas exhaustive, le nombre et la qualité des protestations auxquelles fait face l’actuel gouvernement est sans commune mesure avec ce qui a existé auparavant. On m’objectera, à bon droit, que ces manifestations de mauvaise humeur restent bien virtuelles puisque cantonnées aux réseaux numériques. Cependant, j’oserai mentionner que les rassemblements concrets, les actions effectives en cours actuellement ont toutes marquées l’opinion (et les médias) autant par le nombre de personnes concernées (et peu importe ici la bataille de chiffres), que par la détermination sans faille de ceux qui en font partie (et qui tient, en pratique, depuis maintenant plus d’un an).

Comme je l’ai déjà écrit dans de précédents billets, la France apaisée de Hollande ressemble maintenant à un champ de mine. Sarkozy avait réussi brillamment le pari de cliver à tout propos et hors de propos, sans jamais utiliser ces clivages pour produire quelque chose de concret, et sans parvenir à se faire réélire (bel exploit). Hollande, de son côté, montre une capacité insoupçonnée à monter une proportion grandissante et maintenant majoritaire de gens contre lui.

Alors que le pays s’apprête à affronter ce qui s’annonce déjà comme la pire crise qu’il devra traverser, ces nouvelles divisions profondes et durables n’invitent guère à l’optimisme.



L’Edito du Dimanche 11 Aout 2013: Le partage du travail à l’échelle de l’Europe Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 11/08/2013 (en Français texte en français )
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Atlantico nous a demandé, il y a quelques jours, un article sur le thème, formulé vulgairement: quelle est la plus grosse connerie de l’actuel gouvernement français en matière économique?

Nous avons décliné l’offre car nous considérons qu’un article ne suffirait pas. Il faudrait, soit en faire un feuilleton pour l’été, soit publier un livre de quelques centaines de pages.

Par ailleurs, aucun article ne peut exposer « la plus grosse connerie du gouvernement », car c’est l’ensemble de la politique suivie qui est incohérent, contradictoire, gribouillesque. Gribouille, nous vous le rappelons, c’est ce personnage célèbre qui se jetait à l’eau pour ne pas être mouillé.



France GDP vs PMI & jobless claims

L’objectif annoncé, mieux même, claironné par ce gouvernement, est la lutte contre le chômage. La lutte pour l’emploi. Nous n’avons aucune raison de croire que ce gouvernement, pour reprendre Platon, est méchant, fait le mal volontairement. Nous lui faisons ce crédit des bonnes intentions.

S’il n’est pas méchant volontairement, il n’y a qu’une hypothèse pour expliquer sa politique, c’est qu’il est ignorant. Nous retenons cette hypothèse car c’est notre jour de bonté, nous sommes inclinés sinon à l’indulgence, du moins à la compréhension.

Ce sont de pauvres gens, totalement dénués, à la fois de connaissances théoriques et, encore plus, d’expérience de la pratique entrepreneuriale. Et comme nous le répétons sans cesse, ce sont les Français et leurs corps intermédiaires qui sont responsables, ils les ont choisis, ils les ont eus. Maintenant, il faut boire la coupe jusqu’à la lie.


Image du Blog pauvrefrance.centerblog.net





Nous avons expliqué que le problème n’est pas la gestion de Hollande ou Ayrault, mais leur choix. Comme le dit Cioran, la seule solution au problème de la vie, ce n’est pas le suicide, non, la seule solution, c’est de ne pas être nés. Il en va de même des socialistes, ce qu’il aurait fallu, c’est ne pas les choisir. Laissons de côté la question de savoir si la fausse droite et Sarkozy aurait fait mieux, vous savez ce que nous en pensons…

Nous acceptons, facialement, la revendication gouvernementale selon laquelle la priorité est la lutte pour l’emploi, la lutte contre le chômage. Ajoutons que l’objectif, revu et remanié, par cette classe politique, n’est guère ambitieux puisque la nouvelle formulation de ce volontarisme, c’est: infléchir, ralentir. Auparavant, il s’agissait de faire régresser .





French unemployment rate by age

L’objectif mérite d’être précisé et analysé en terme de contenu. Les chiffres du chômage sont des attrapes nigauds et seule compte la réalité qui se cache derrière ces chiffres. Pourquoi? Parce que la perte ou l’absence de possibilité d’emploi ne sont pas des abstractions, derrière il y a un vécu, une souffrance, voire un ressentiment. Derrière les signes, mauvais reflet « soft », il y a toujours du « hard » et c’est lui qui compte. On va donc créer des parkings à chômeurs, plus ou moins jeunes, pour dégonfler les statistiques et on va le claironner.

Cela fait longtemps que la France s’enfonce dans cette cosmétique et, bien sûr, la pratique n’est pas propre à la gauche, elle est régulièrement aussi celle de la fausse droite. Face à l’inflation des chiffres, on déflate.

Mais la question n’est pas là. La question est que l’on marche sur la tête car, au plan réel, ce qui compte, ce sont les vrais emplois. Ceux qui sont productifs, ceux qui créent des richesses, ceux qui sont productifs de biens et services internationalement négociables. La France est endettée, elle consomme , ou plutôt gaspille plus qu’elle ne produit et ceci la conduit à la perte de souveraineté, à la dépendance vis à vis des marchés, c’est à dire des banques et bien sûr, vis à vis de l’Allemagne.

France trade balance since 1970

Ce qu’il faut, ce sont des emplois productifs. Tout le reste correspond à de la répartition, à du partage, lesquels, au lieu de traiter le mal français, ne font que l’aggraver. Tant que l’on se fixera de façon incantatoire des objectifs abstraits, poudre aux yeux, on aggravera le mal, on creusera la tombe économique et sociale.

Le changement de politique internationale et européen , qui modère jusqu’à le supprimer, l’objectif de rééquilibrage des comptes et la restructuration des budgets produit, mécaniquement, sinon une embellie passagère, du moins une apparence de stabilisation. Il n’y a là rien d’anormal, on sait qu’il y a un lien, une petite corrélation, entre l’activité et l’emploi. La pause, et peut-être même l’abandon des politiques de restructuration fiscale, devrait être mis à profit pour prendre les mesures qui s’imposent afin d’ améliorer le potentiel du pays et sa capacité a créer des emplois. Hélas, il n’en est rien, la pause est mise à profit… pour faire de la petite politique politicienne, c’est à dire tenter de remonter dans les sondages. Comme le dit le père fouettard allemand de la Bundesbank, « On gaspille la fenêtre qui a été ouverte » .



Elle ne durera pas longtemps, cette ouverture de fenêtre, car elle est artificielle. L’ouverture ne résulte pas d’une appréciation de la situation, mais d’une manipulation. La manipulation de Draghi. Ce qui s’est passé en 2012 se réduit à ceci: les banques ont pesé sur les marchés et menacé de couper les vivres aux États, afin de faire pression sur la Banque Centrale et obtenir que celle-ci accepte de fournir tout refinancement en toute quantité. Les banques ont gagné. En apparence. Car, comme les pays et les gouvernements, elles ont gâché, gaspillé le temps, le sursis obtenu par le chantage. Aucune opération de reconnaissance des pertes, aucune véritable mesure de réorientation stratégique. On traîne et on va continuer de traîner des comptes faux et des risques disproportionnés en regard des bilans et des ressources stables. L’Anglo-saxon et le FMI ne s’y trompent pas, qui réclament une restructuration d’envergure de l’appareil bancaire européen.



La pause dans l’austérité ne sera pas éternelle. Elle ne durera que le temps de la surabondance des liquidités globales. On l’a vu récemment, lorsque la mer des liquidités spéculatives a menacé de se retirer, les pays à risque, les émergents, ont trinqué. Encore faut-il tenir compte du fait que tout le monde injecte, il n’y a pas que l’Américain, les injections des pays tiers limitent en quelque sorte le reflux.

Il reste que l’Américain est central, roi ; c’est lui qui donne le « la » et l’échéance du mandat de Bernanke fait planer une lourde incertitude sur la poursuite de la politique monétaire de la Fed. On sait que Summers n’est pas tendre à l’égard de la politique monétaire actuelle et qu’il modifiera, dans un sens purement favorable aux Américains, le dosage entre politique monétaire et politique fiscale. Summers a compris et peut-être fera comprendre à Obama que l’idéalisme monétaire de Bernanke est une imbécillité en l’absence de processus, de dispositif de transmission.



Summers a compris que le seul mode de transmission de la politique monétaire, dite stimulante, passe par le déficit budgétaire. Le déficit budgétaire injecte de la demande, produit de la création de crédit d’Etat, des revenus et ces revenus, fabriqués par le crédit, font tourner la machine économique. La transmission, c’est cela, c’est là qu’elle se fait, pas dans les incantatoires effets de richesse. Une telle politique, si Summers était choisi et s’il la mettait en œuvre, bouleverserait la donne sur les marchés. Notre pari est que l’on ne peut compter sur le maintien des dispositions favorables des marchés et que les facilités -gaspillées- dont bénéficient les Européens ne sont pas garanties.

Elles sont temporaires.

Non seulement on se laisse bercer par les facilités renouvelées, mais précaires, du crédit, non seulement on gaspille le répit accordé, mais fondamentalement, on s’enferre. C’est secret de polichinelle que les banques des pestiférés, les Italiennes et les Espagnoles, font le tourniquet. Elles continuent d’aggraver leurs risques en faisant la contrepartie des emprunts d’Etat de leurs souverains. Lorsque le petit nuage crèvera, les bonds vigilantes, les vrais, pas les faux nez des banques, risquent d’imposer un peu plus de discipline.

Tout ceci pour dire que les éventuelles embellies sur l’emploi, les cosmétiques et les autres, ne représentent rien de solide, elles ne constituent pas une tendance qui pourra se développer, spontanément, dans la bonne direction.

En revanche, il y a des éléments récurrents, durables, qui vont dans la mauvaise direction. Et cela tient à la politique générale qui est suivie: la politique de solidarité à l’égard des pestiférés. On s’endette et détruit un peu plus son bilan pour leur venir en aide, on ferme les yeux sur les perversions, tricheries, et on subit leur concurrence destructrice d’emplois français. On accepte que leurs économies baissent leurs coûts salariaux par le travail au noir, on finance leurs exportations, on ferme les yeux sur les dumpings.



L’Espagne et, à un degré moindre l’Italie, utilisent les facilités qui leur sont ainsi offertes sur un plateau. La solidarité, façon socialiste français, consiste à alourdir la situation de la France et de l’économie française afin d’alléger celles des plus pestiférés. Elle consiste à aider les concurrents à détruire les emplois français. La politique de solidarité européenne du gouvernement Hollande transfère l’emploi français, le productif, à la périphérie. Nous disons bien le vrai emploi, c’est à dire celui qui rééquilibre les comptes extérieurs, paie les dettes, celui qui fait des travailleurs, non pas des assistés, mais des bread-earners. A force de penser faux, de nier la réalité des marchés et donc celle de la compétition, on fait le contraire de ce qu’il conviendrait de faire pour satisfaire ses objectifs.



L’Espagne, concurrente directe de la France dans de nombreux domaines, fait un tabac sur les marchés extérieurs. Le montant des contrats qu’elle engrange est ahurissant . Rien que dans la construction, là où elle est en concurrence directe avec la France, l’Espagne vient d’ engranger un carnet de près de 80 milliards. Le redéploiement des grands firmes espagnoles à l’exportation prend des proportions qui étonnent les Espagnols eux mêmes: de Riyad à la Mecque, on saute à Sao Polo, on passe par Londres, Liverpool, le Texas, Montréal, Panama, Ouarzazate, Macao, Nadym en Russie, Istanbul.

La liste des succès espagnols, obtenus à la faveur de la politique de solidarité prônée par le gouvernement Hollande, s’égraine comme un catalogue des échecs français. Comme le précise le gouvernement espagnol qui se glorifie, bien sûr: dans tous ces grands contrats, la part du travail proprement domestique ressort en moyenne à 84%.

Singulier gouvernement français qui, chez lui, pratique une politique d’emplois bidons et qui partage le vrai travail, le productif, avec ses concurrents stratégiques. Autre version du partage du travail?




Ah, ça ira, ça ira…
Ria Novosti, Jacques Sapir, 13/08/2013 (en Français texte en français )
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Notre Président s’est donc rendu à Clichy-sous-bois d’où étaient parties les émeutes de 2005. Il eut été plus opportun qu’il se rende à Trappes où des provocations islamistes minoritaires ont menacé la tranquillité de la population. Mais le courage politique n’est pas réellement le fort de François Hollande…

Notre Président tient depuis des mois un discours optimiste, que ce soit sur la croissance ou sur l’emploi. Mais, son Ministre des Finances, Pierre Moscovici laisse entendre que le déficit budgétaire va déraper et atteindre autour de 4% cette année, tandis que les chiffres de croissance sont constamment révisés à la baisse : de +0,8% à -0,1% pour cette année, et de +1,2% à +0,6% pour 2014. Mais, les chiffres ne sont pas le fort de François Hollande…

Notre Président annonce la création de près de 100 000 emplois d’avenir d’ici à la fin de l’année 2013. Cependant, sur le terrain, le dispositif ne se met en place qu’avec les plus extrêmes difficultés. Mais, la réalité n’est pas le fort de François Hollande. Et, à vrai dire, on ne sait pas trop où est le fort de notre Président (si ce n’est à Brégançon, mais c’est une autre histoire).

A-t-il seulement pris la mesure de ce qui est en train de se passer dans ce pays, alors que ses conseillers se gargarisent des fameux « bons résultats » ? On sait ce qu’il en est. Le processus de chute dans la crise se ralentit. Rien de plus normal, les économies ne peuvent ainsi disparaître comme dans un trou noir. Mais, ce processus de ralentissement, voire de stagnation de la dégradation ne signifie nullement le retour à une véritable croissance. En Espagne, la stabilisation du chômage est due, pour l’essentiel, aux emplois saisonniers. La Grèce connaît une timide amélioration de sa fréquentation touristique, mais elle le doit beaucoup aux problèmes politiques que connaissent la Turquie et la Tunisie. En fait, ces « bons résultats » ne sont que des faux-semblants. La zone Euro est en crise, et pour longtemps. Rien ne laisse espérer une sortie de cette dernière à court ou à moyen terme. Le poids des dettes souveraines continue de s’alourdir et Mario Draghi - et avec lui la BCE - va connaître son heure de vérité quand il lui faudra activer les mécanismes de rachat des dettes (dit OMT ou « Outright Monetary Operations »). En fait, cette heure de vérité pourrait bien sonner plus tôt que prévue. La Cour Constitutionnel allemande doit en effet statuer sur la légalité des OMT, et tout laisse à penser qu’elle va les déclarer inconstitutionnels.

L’Allemagne pourrait donc bien se révéler le cauchemar de François Hollande. Il mettait l’an dernier tous ses espoirs dans un changement de majorité dans ce pays. Or, tout laisse à penser que Mme Merkel sera reconduite dans ses fonctions, et avec elle cette politique allemande d’exploitation éhontée de ses voisins qui accélère la crise inévitable de l’Euro et conduit l’Europe à l’abîme. Mais un cauchemar plus proche menace le Président. L’Italie risque d’être secouée par les conséquences de la condamnation de Silvio Berlusconi. Que l’on ne s’y trompe pas. L’auteur de ces lignes n’a guère de sympathie ni d’estime pour l’homme, un affairiste, issu de l’entourage du socialiste Bettino Craxi, qui croula lui-même sous les scandales avant de s’enfuir chez Kadhafi, aux pratiques à l’évidence délictueuses et à la moralité plus que douteuse. Mais l’homme est une chose et la réalité politique en est une autre. La fragile alliance Gauche-Droite constituée pour faire barrage au succès du parti de Beppe Grillo, le M5S, risque de voler en éclats. De nouvelles élections se profileraient alors et avec elles la menace d’une instabilité politique et donc économique dans un des pays clefs de la zone Euro

Telle est donc la réalité. Alors François Hollande s’adapte, négocie, finasse. Il réduit le budget des forces armées en deçà du nécessaire au maintien d’une défense nationale indépendante, dont il a pourtant démontré l’absolue nécessité avec l’intervention au Mali. Il augmente subrepticement les « recettes de poches » de l’État avec une hausse des frais de mutation (et cela alors qu’il prétend relancer le marché de l’immobilier). Il coupe dans les dépenses, y compris les plus utiles, y compris avec la suppression des aides accordées à l’apprentissage, alors que cette voie est souvent une véritable solution pour des jeunes déscolarisés.

Mais, adaptation ou finasserie n’empêchent notre pays, notre « bien commun », de se dégrader. L’expression d’accident « technologique », qu’avaient créée des collègues russes, s’applique désormais à la France, comme on a pu le voir avec l’accident ferroviaire tragique de Brétigny. Et c’est un véritable miracle que cet accident ait eu lieu en été. Dans le cours de l’année, où cette station est quotidiennement fréquentée par des milliers de gens, ce serait par dizaines que l’on compterait les morts. Notre pays se dégrade aussi moralement. Toujours à Brétigny, les incidents, les vols des victimes, qui se sont produits – et que le gouvernement et les autorités avaient commencé à nier – en sont la preuve. Certes, et c’est important, ce tragique accident a aussi été l’occasion de manifestations de courage et de solidarité. Il n’y a pas eu que des voleurs et des caillasseurs à Brétigny. C’est heureux et il faut s’en souvenir. Mais il y en a eu aussi. Et cela est le symptôme d’une profonde dégradation morale du pays. Un autre signe, plus subtil, de cette dégradation réside dans le concert des « bonnes âmes » qui s’est empressé d’affirmer de manière péremptoire, et contre toutes les évidences, qu’il ne s’était rien passé à Brétigny. Le déni de réalité devient alors une ligne politique et va même jusqu’au réflexe pavlovien. Pourtant, dire les choses, les dire de manière honnête en reconnaissant ce qu’il y eut de bon mais aussi de détestable dans les comportements à Brétigny, n’est en rien une stigmatisation des habitants de cette ville des bords de l’Orge ni de ceux des quartiers. C’est simplement reconnaître que l’anomie fait de terribles progrès dans notre société.

Dire qu’une personne est malade n’est pas la stigmatiser. Mais il faut identifier les causes de sa maladie, et pour cela la décrire, si l’on veut la soigner. Plus encore que les ruptures techniques (qu’il faut préférer au terme d’accident ou de catastrophe « technologique ») imputables au sous-investissement chronique dont souffrent nombre de nos infrastructures depuis maintenant une vingtaine d’années, la dégradation morale que révèle cette montée de l’anomie est un problème tragique. Elle ne peut se comprendre que si l’on conçoit que la socialisation se fait, en priorité, sur le lieu de travail et dans les relations sociales qui en sont issues. Le chômage de masse laisse une partie de la population hors de tout cadre de socialisation, enfermée entre une télévision qui ne lui donne comme modèle que des trajectoires individuelles, en réalité inaccessibles, et une réalité quotidienne qui la ramène aux réalités de sa misère. Dès lors, l’individualisme narcissique - qui constitue en réalité l’idéologie du néo-libéralisme - tourne à vide et se transforme en anomie. Le seul remède, même si la formulation en apparaît autoritaire, est une « mise au travail » qui permettra de recréer du lien social.

On en revient ici à notre Président, à ses rêves et à ses illusions. Il est clair qu’il ne comprend pas l’état de dégradation, tant matériel que moral de notre société, qui est aussi la sienne. Il croit qu’en s’abstenant de prendre des vacances, si ce n’est une semaine dans cette dépendance du château de Versailles que l’on nomme La Lanterne, il va reprendre la main. Ce n’est même plus du niveau de l’illusion. Nous en sommes à celui d’une communication qui tourne à vide, qui s’enferre dans ses mensonges, et qui contribue en fait à le décrédibiliser encore plus. Il ne saisit pas que sa seule chance serait de créer massivement des emplois, non pas ces quelque 100 000 emplois aidés, mais de 500 000 à 600 000 emplois, et bien réels ceux-ci, par an pendant trois ans. Mais, cette chance est en train de passer elle aussi. Pour qu’elle se concrétise, il lui aurait fallu du courage politique et l’empathie, là où, sous le sourire et la bonhomie apparente, perce rapidement la suffisance technocratique. Il se révèle ce qu’il est, dur aux faibles, et faible devant les puissants.

Qu’il le sache, son lieu de vacances est hautement symbolique. Il risque bien de finir là où il a pris ses congés : à la lanterne !

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