mercredi 4 septembre 2013

A lire ! Bruno Bertez : Début de contagion, le monde des Reflets tangue

Les Clefs pour Comprendre du Mardi 3 Septembre 2013: Début de contagion, le monde des Reflets tangue Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 04/09/2013 (en Français texte en français )
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Le présent article est une sorte de point d’étape, une vue de la situation globale créée par la crise et ses remèdes. Le tout vu de Sirius. Nous y soutenons l’idée qu’il n’y a pas de mécanisme sérieux de transmission de la politique monétaire incantatoire à l’économie réelle. Nous soutenons, en revanche, qu’à l’intérieur de la Sphère Financière la contagion est extrême et que nous abordons une nouvelle phase de cette contagion.

L’échec des politiques monétaires à relancer la croissance spontanée auto-entretenue des économies depuis 2008 est fondé sur une double méprise:

- On croit que le problème est celui de l’insuffisance de la demande globale

- On croit que la foi des incantations des grands prêtres a un pouvoir

C’est toute la théorie économique sous-jacente à la gestion des affaires mondiales qui est prise en défaut. La théorie repose sur la magie. Elle postule que les perceptions et la manipulation des signes ont plus de pouvoir que les forces du réel. Elle postule que la théorie économique classique dominante, fondée sur les modèles d’équilibre, est vraie. Elle met en œuvre des modèles qui reposent à la fois sur la croyance magique et sur l’idéologie dominante, positive, mécanisme dont l’efficacité n’a été que temporaire, liée à une époque, l’époque de la croissance des endettements.

Tout ce qui a marché avant 2008 est fondé sur les postulats de négation de la rareté, sur l’extrapolation de tendances temporaires, sur la stabilité de corrélations accidentelles, sur la baisse de la part des revenus du secteur productif et donc des revenus du travail. Sur une distorsion temporaire du partage des produits de l’activité économique réelle.

Bref, sur un certain ordre. Ce que nous qualifions généralement de (dés-ordre).

Sur la négation de l’histoire. Sur l’extrapolation que cela pourrait durer toujours. Sur la négation des conséquences de l’accumulation des dettes, négation des conséquences du laminage des revenus gagnés, sur la possibilité de leur substituer à l’infini, le crédit.

La crise se définit comme l’émergence d’un ordre nouveau. Ou plutôt, la tentative. L’ancien étant devenu difficile à reproduire. Remarquez la différence de caractérisation avec le politiquement correct qui veut que ce soit un accident.

Les remèdes se caractérisent par la continuité, la volonté à tout prix de s’opposer à la venue de cet ordre neuf. Les remèdes consistent, face au blocage des rendements décroissants du modèle ancien, à faire plus de tout ce qui a produit la déconfiture. Les remèdes consistent à remplacer le jeu des forces du marché par le dirigisme, la coercition et maintenant la violence. Car il y a un lien entre les crises et les guerres.

Création monétaire accélérée, taux d’intérêt négatifs, accroissement des inégalités, pressions sur les revenus salariaux directs et indirects, stimulation de l’appétit pour la dette et le crédit et le jeu. Le tout complété au niveau politique et social par la sape des fondements des sociétés, mensonges, opacité, trucage des chiffres, perversion des règles du fonctionnement des démocraties. Le tout couronné par la volonté de restructurer le monde sous sa Loi, comme on restructure une simple entreprise.



Création par le biais de la politique monétaire d’une masse considérable d’assets qui ne rapportent rien, zéro, dont il faut se débarrasser à tout prix comme le mistigri, ce qui conduit à la recherche de rendement à tout prix, quel que soit le risque, quelle que soit l’utilité réelle en terme de production de richesses. Plus la politique est prolongée et plus elle est dangereuse car elle oblige à la spéculation.

Spéculation dont le cynique Bernanke a parlé il y a quelques semaines:

« It is very likely that the more highly levered risk taking positions might build up reflecting, again, some expectation of an infinite asset purchase program”.

Pour que vous compreniez bien, voici la déclaration à peu près concomitante d’Andrew Haldane de la Bank Of England: « Soyons clair, nous avons intentionnellement soufflé la plus colossale bulle des bonds gouvernementaux de l’Histoire. Nous devons être vigilants aux conséquences qui se manifesteront quand cette bulle se déflatera surtout si elle le fait plus rapidement que nous ne l’aurions souhaité ».

Nous avons encore en mémoire cette phrase d’avant, avant le coûte que coûte, avant les pleins pouvoirs aux Banques Centrales, elle est de Bernanke:

« Je m’inquiète des effets, sur la stabilité à long terme et l’efficacité de notre système financier si la Fed tente de substituer son jugement à celui des marchés ». Comme dans la pub d’Alain Delon pour les lunettes, mais cela, c’était avant!

Le jugement des marchés, c’est celui des agents économiques, il faut traduire. Et c’est ce jugement, cette liberté de juger, qu’il s’est autorisé à contester, à briser. Car le mot est bien choisi, on a brisé.

Nous allons choquer, cela est fréquent, mais nous affirmons qu’il y eu un jour où tout a été possible, c’est le jour, le fameux jour de Lehman. Ce jour-là, tout a été possible, on a entrevu la liberté. Le système fondé sur les pleins pouvoirs de la finance alliée aux gouvernements a failli sauter, laissant la brèche, la place, à une opportunité de faire advenir, de faciliter la venue d’un système plus satisfaisant, moins mensonger, moins spoliateur. Ce jour-là, tout a été réversible. Ce jour-là, le renversement du système klepto a été possible, les Maîtres ont eu peur. Hélas, le même jour, ils ont cessé de nous craindre quand on les a laissé mettre en place les remèdes qui nous faisaient supporter le poids du mal qu’ils avaient eux-mêmes créé. Jour d’infamie où tous les possibles ont été anéantis, alors même qu’ils venaient de naître.



A la faveur de la peur, merveilleusement orchestrée, d’un détournement infâme de l’intérêt général, à la faveur de la lâcheté des soi-disant progressistes des partis de gauche, des syndicats et des intellectuels, rien n’a basculé,

"ILS" ont mis le couvercle sur la marmite, fait le choix, soi-disant technique, avant même que les démocrates ne se rendent compte de la manœuvre. Ils ont décidé cyniquement de recréer de nouvelles bulles spéculatives comme ils l’avaient fait, de façon rapprochée, au cours des 30 dernières années; bulle des émergents, bulle des telcos, bulle du logement, bulle du crédit tous azimuts, puis re-bulle des émergents.

Toute bulle conduit à une nouvelle crise et les remèdes utilisés face à cette crise posent les fondations de la prochaine bulle, laquelle débouche sur la prochaine crise. Au stade où nous en sommes, de proche en proche, tout est en bulle, partout, le mal a gagné le planète entière en attendant de pouvoir en souffler une sur Mars.

Tout est en bulle, y compris le cash, nous faisons une digression.

Il y en a tellement dans le système qu’un jour il faudra volontairement le détruire.

Cela nous rappelle ce qui s’est passé au moment de la faillite des Assignats.

On en avait tellement émis que tout était ingérable, tout dysfonctionnait.

Parmi les propositions pour euthanasier ce cash, il y avait :

- Déprécier, dévaloriser les assignats de 1% par mois

- Multiplier les loteries spoliatrices

- Vendre les biens nationaux trois fois le prix d’évaluation, vente uniquement payable en assignats

Réfléchissez et posez-vous la question de savoir si, dans les processus en cours, il n’y en a pas qui ressemble à ceux -là.

La fabrication monétaire de bulles n’a aucun effet réel sur l’économie et la production de richesses. Elle ne procure que des dopages temporaires à la faveur de poussées spéculatives, sur les assets. Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de transmission de la monnaie jusqu’à ceux qui pourraient l’utiliser, les consommateurs. Il n’y a pas d’articulation visible, prouvée entre les incantations des grands prêtres du "camp de l’usure" et l’économie productive.

Jamais, depuis le début de la crise de surendettement, il n’y a eu de corrélation entre les prières des grands prêtres qui gèrent les mystères de la monnaie et les GDP, les productions nationales. Car la crise, c’est précisément cela, la chute de rendement des créations de crédit, puis le rendement négatif des tentatives pour en créer plus. On a ajouté 13 trillions à la Total Credit Market Debt dans la crise pour la porter à 57 trillions et cela n’a fait qu’augmenter le fardeau de la dette et les risques systémiques. Plus on crée de Base Money, plus la vélocité de la monnaie se réduit. Le rendement de la dette additionnelle dans le système est maintenant négatif. Pour payer l’intérêt de chaque nouveau prêt, il faut créer encore plus de crédit ! On comprend le forcing des Maîtres du monde pour que vous vous endettiez. Les représentations du réel ne peuvent le modifier, sauf dans le cadre de la pensée magique. Les deux sphères, sauf l’effet passager des bouffées spéculatives gonflées par la propagande qui créent un climat, véritable feu follet, les deux sphères habitent des mondes différents.

Introduisez du papier monnaie dans un pays qui ne connait pas cet usage, et tout le monde rira de vous. La richesse imaginée, supposée, de l’escroc, ne trompe qu’un temps, le temps que celui qui lui a prêté de l’argent se rende compte qu’il ne sera jamais remboursé. Nous sommes au stade où celui qui prétend pouvoir rembourser, c’est l’Etat, lui qui ne produit rien d’autre que ce qu’il dérobe, et ce qu’il dérobe n’est plus disponible pour faire tourner la machine économique. Le remboursement asphyxie, c’est la raison profonde pour laquelle, à partir d’un certain ratio de dettes, la croissance ralentit, puis disparait.

Nous avons parlé de grands prêtres du « camp de l’usure », il faut compléter et parler aussi de ces fétiches, de ces reflets qu’ils agitent pour nous tromper. Nous vous rappelons qu’à Athènes, le lien entre monnaie et religion était concret. La pièce de monnaie était frappée du sceau de Minerve. Le Temple abritait la Banque. Il y a un lien, pas seulement de vocabulaire superficiel entre : crédit, créance, croyance. Nos zozos gèrent les écrans de fumée, les reflets, les fétiches. Seule l’Histoire donne le sens des choses, elle permet de démystifier, de remonter, de décaper et de montrer les raisonnements qui se cachent derrière les superstitions.



Les taux zéro, l’argent gratuit, ne favorisent pas l’emploi, il le détruit; Pourquoi?

Parce que les firmes anciennes qui ont un coût du capital emprunté élevé, qui ont des échéances plus lourdes que celles qui ont un coût du capital emprunté récemment à coût réel nul, sont désavantagées, elles disparaissent peu à peu, s’étiolent, cessent d’être compétitives, elles disparaissent ou sont rachetées. Avec les taux zéro, on investit dans des productions moins consommatrices de main d’œuvre, on tue de l’emploi. Les idiots qui croient que l’investissement neuf crée des emplois oublient de compter les emplois anciens qui sont détruits au passage.

De même le gonflement de la valeur des actions les porte à des niveaux qui obligent, pour être soutenus et justifiés, à toujours plus de productivité, toujours plus d’abandons de productions, toujours moins d’emplois. Les managers sont obligés de « deliver », délivrer la performance incluse dans le cours de bourse.

La ZIRP, les taux zéro, non seulement tue la demande de tous ceux qui vivent de revenus, tue les systèmes de protection sociale, mais elle tue l’emploi par euthanasie des formes anciennes, celles dont la rentabilité est inférieure au taux moyen mondial en vigueur.

Nous avons dit qu’il n’y avait pas de transmission significative entre les incantations monétaires et l’économie réelle. En revanche, il y a, à l’intérieur de la sphère financière, transmission rapide, contagion de tout ce qui dysfonctionne. La sphère est éminemment contagieuse et soumise à contagion.

La politique monétaire américaine a déversé sur les économies émergentes des trillions et des trillions. Elle a inflaté leurs systèmes, favorisé la mauvaise allocation du capital, suscité des espoirs qui ne peuvent être honorés. Ces économies ont accumulé des réserves, autorisé des expansions désordonnées du crédit.

A part la Chine, elles ont des comptes extérieurs déséquilibrées, des balances déficitaires, elles dépendent, pour leur survie, de l’entrée ou du maintien de flux de hot money. La Roupie indienne, la Lira turque, la rupiah indonésienne, le peso mexicain, le réal brésilien, les monnaies d’Europe de l’Est ont très lourdement chuté la semaine dernière. En début de semaine, on a noté des flux de sorties de capitaux considérables, il a fallu recourir à des swaps d’urgence pour faire face à la débandade. Dans ces pays, la transitivité négative s’est enclenchée, les cercles entre dévaluation de la monnaie, hausse des taux, hausse des produits importés, sorties de capitaux, sont devenus vicieux. Les émergents parlent de créer des pools communs de réserves pour se défendre.

Ces pays sont déstabilisés depuis qu’il est question de réduire les politiques monétaires ultra-accommodantes. On se souvient que la crise grecque, puis crise des périphériques européens se sont enclenchées de la même façon et avec la même cause, la peur, quand la mer des liquidités se retire, de se retrouver nu. L’anticipation d’un simple ralentissement des achats de titres à long terme fait craquer le système.

La transmission dans la sphère financière, la sphère des croyances, est rapide. Elle se fait par l’intermédiaire des banques, des hedge funds, des proprietary trading, bref par la courroie de transmission de la communauté spéculative mondiale, celle qui vit dans le monde des reflets.

Vous avez remarqué la chute des cours bancaires en Europe la semaine dernière, la chute des marchés d’actions, la tension sur les taux et les spreads, même la monnaie, l’euro, a baissé significativement. Les émissions se tarissent. Le DAX a chuté de près de 4%, l’Italie idem, l’Espagne de près de 5%. Les taux des bonds souverains de la périphérie ont fait un grand bond en hauteur. Le resserrement qui se produit chez les émergents commence à se faire sentir, à se transmettre en Europe. Draghi a été obligé de réaffirmer sa détermination à fournir la liquidité et à maintenir les taux bas malgré les tensions. C’est un signe.

Bien entendu, les parcours ne seront pas linéaires, mais ce qui se passe préfigure, nous n’en doutons pas, ce qui se passera au fil du temps. Le monde des reflets va tanguer.

1 commentaire:

  1. tandis que les differents indicateurs economiques et financiers sont bousculés vers plus d'incertitude on titre ici et la sur la sortie imminente de la crise en Europe... le petit mieux avant le grand plongeon. Cela va etre compliqué pour nos falsificateurs de continuer leur spectacle... le reflet du potemkine a ses limites que la dure réalité est en train de bousculer: "la transitivité négative s'est enclenchée", qu'est ce qui pourrait l'arreter?
    MASTER T

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