lundi 2 septembre 2013

Acrithène : Retraites – Le coût de la réformette pour un jeune : 33 000€

Retraites – Le coût de la réformette pour un jeune : 33 000€
Le blog d'Acrithène, 29/08/2013 (en Français texte en français )
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Ce billet estime la valeur financière de la réforme des retraites annoncée par le gouvernement. Pour un jeune entrant sur le marché du travail en 2014, la perte a une valeur présente de 33 000€.

Tant pis pour le chômage, le gouvernement a fait le choix d’une poursuite de la stratégie de la gestion des retraites par le matraquage fiscale du travail et par la cavalerie : accroître les sommes investies par les jeunes pour rembourser les promesses faîtes à leurs grands-parents.

Un des grands avantages du système par capitalisation, c’est sa grande transparence. Au moindre changement dans les perspectives futures de l’économie, les marchés boursiers réagissent et la valeur des sommes provisionnées pour la retraite capitalisée est réévaluée par le marché. Cette transparence joue contre la capitalisation, car elle donne l’impression d’une très forte instabilité. Au contraire, comme personne ne s’amuse à calculer la variation de valeur des retraites par répartition, personne ne réalise leur volatilité.

D’où ce petit billet, dont l’objet est d’estimer combien un jeune de 20 ans a perdu dans la mini-réformette des retraites que le gouvernement nous a annoncée. Concrètement, le gouvernement propose d’augmenter progressivement les cotisations sociales de 0.6 points et d’allonger la durée de cotisation à 43 ans. Cela induit une perte totale de 73 000€ pour un jeune « moyen » entrant sur le marché du travail en 2014, répartie au cours des 43 prochaines années. La valeur financière actuelle de cette perte est d’environ 33 000€.

Hypothèses
Pour établir cette facture, faisons quelques hypothèses grossières mais simplificatrices et raisonnables sur le futur :

  • Notre jeune commence à travailler en 2014, il touche tout au long de sa vie le salaire moyen correspondant à sa tranche d’âge.
  • Le salaire moyen et le plafond de la sécurité sociale progressent de 1% par an, tandis que le salaire moyen progresse aussi de 1.65% par année d’âge (reflétant la structuration des salaires par âge donnée par l’INSEE).
  • Tous les chiffres sont donnés en euros de 2013, supposant l’absence d’inflation (les paramètres actuels du système de retraite le rende neutre à l’inflation).
  • La distinction cotisations salariales/cotisations patronales n’a pas d’existence économique réelle. Il s’agit d’un résultat basique d’économie publique (explications)

La feuille de calcul Excel est disponible en bas de page.

Facture de la hausse du taux de cotisations
L’an prochain, notre jeune touchera un peu moins de 20 000€ brut, et la hausse de 0.3 points de pourcentage des cotisations retraites ne lui coûtera que 59€. A première vue, pas de quoi s’affoler. En 2017, il gagnera un peu plus de 21 000€, la hausse aura atteint son maximum de 0.6 points, et lui coûtera 130€ par an. Rien de dramatique, tout juste de quoi payer la redevance pour regarder Plus Belle la Vie.

Enfin, en 2056, il touchera un peu moins de 60 000€ bruts, et le surplus de 0.6 points de cotisations lui coûtera 340€. Au total, d’ici qu’il prenne sa retraite en 2056 après 43 années de cotisations, la hausse des prélèvements lui aura coûté en tout 9 075€.

Facture du rallongement de la durée de cotisation
Cotisations supplémentaires
Le rallongement de la durée des cotisations implique que notre jeune, plutôt que de s’arrêter en juin 2055, ne s’arrêtera qu’en décembre 2056.

Cela lui rajoute six mois de cotisations en 2055. En supposant un salaire brut de 57 400€ et un plafond de la Sécurité Sociale à 55 687€, cela ajoute 4 636€ de cotisations au régime général, et 2 837€ de cotisations au régime complémentaire (non cadre).

Similairement, en lui ajoutant une année complète en 2056, on lui ajoutera 9 365€ de cotisations au régime général, et 5 973€ au régime complémentaire.

Soit une facture totale pour le rallongement de la durée de cotisation de 22 781€.

Perte de pensions
Par ailleurs, notre jeune perd les pensions qu’il aurait dû recevoir entre juin 2055 et décembre 2056, vu qu’il continue à travailler.

Avec une moyenne des 25 meilleures années (sous plafond) à 42 526€, et un taux de liquidation de 50%, il aurait reçu une pension de 21 263€ au titre du régime général. Comme il perd cette pension pour une année et demie, sa perte totale à ce titre est de 31 895€.

A la perte de pension du régime général faut-il encore ajouter la perte de la pension du régime complémentaire. Pour faire simple, en estimant qu’un non-cadre reçoit une pension complémentaire égale à 30% de sa pension générale, la perte est de 9 568€

Perte totale et valeur actuelle
Si nous faisons les comptes, on arrive à une perte totale, sur l’ensemble des 43 prochaines années, et juste au titre de la réformette, de 73 319€.

Evidemment, ce chiffre n’est pas révélateur de la valeur actuelle de la perte. 1€ perdu dans 40 ans ne vaut pas 1€ perdu aujourd’hui, à cause de la composition des intérêts. A supposer un taux d’intérêt réel (après soustraction du taux de l’inflation) égal à 2%, la valeur actuelle de la perte s’établit à 33 149€.

C’est-à-dire que si un couple de retraités choqué par la traite des jeunes voulait ouvrir un compte bancaire rémunéré à 2% au-dessus de l’inflation afin de compenser la perte financière infligé au notre nouveau travailleur, il faudrait qu’il lui fasse un don de 33 000€ au 1er janvier 2014. Le capital et les intérêts perçus permettront de payer exactement les coûts de la réforme.

Lien vers la feuille de calcul

9 commentaires:

  1. Et encore étant donné que le nombre de retraités est infiniment inférieur au nombre de jeunes, il devrait payer bien plus que 33 000€ par jeune !
    Peut-être pourraient-ils faire gracieusement don de leurs biens immobiliers ...

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  2. Autant d'argent qui ne rentrera pas dans le système et qui ira se perdre dans les différents trous noirs de l'administration Française.

    Préparez-vous l'hiver fiscale arrive !

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  3. Et encore c'est dans 43 ans et encore avec un salaire qui monte qui monte mais c'était très drôle.

    La retraite c'est pour ceux qui y crois encore c'est à dire ce qui la touche actuellement en tout connaissance de cause.

    J'ai l'impression que quand le seuil de 3% de la population touche la rente des retraites c'est la fin du système.

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  4. Sauf que dans un système de retraite par répartition, c'est pas du tout comme ça que ça fonctionne.

    La seule certitude, c'est que si vous gagnez 1500 euros, vous allez payer 9 euros de plus par moi pour que le système de retraite apparaisse plus ou moins tenir la route.

    CECI NE PRÉJUGE EN RIEN DE VOS COTISATIONS FUTURES, NI DE L'AGE, NI DE VOS DROITS A LA RETRAITE.

    Mon père est mort à 78 ans en ayant toujours cru que le système de retraite par répartition ne marcherait jamais. Ça a pourtant très bien fonctionné pour lui, tous les bénéficiaires de la retraite par capitalisation ne peuvent pas en dire autant.

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    1. la seule certitude et que comme a détroit quand l'état ne pourra plus emprunter les certitudes des anciens sera comfirmé

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    2. Oui pour Détroit et un système par capitalisation.

      Dans un système par répartition, on se fout du défaut ou de l'hyperinflation.

      Il y aura toujours du travail, des revenus dont une part pourra aller à la retraite.

      D'ailleurs, il n'y a qu'à lire Wikipedia :

      Historiquement, les systèmes de retraite par répartition ont été créés ou se sont généralisés lorsqu'un événement grave (guerre, crise financière) ne permettait pas à une fraction importante de la population de disposer d'un capital qui lui assurerait une retraite décente(Laffargue 2008, p. 316).Face à ce qui était perçu comme une instabilité du capital, les retraites par répartition assoient leur financement sur la croissance de la masse salariale, qu'on peut sur la longue période considérer comme similaire à celle du PIB(Laffargue 2008, p. 316).

      Oui, je sais ça calme :-)

      Et rien ne t'empêche de penser comme moi que plutôt que d'augmenter les cotisation, on pourrait baisser les retraites, ça ne remets pas en cause le système.

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  5. "La distinction cotisations salariales/cotisations patronales n’a pas d’existence économique réelle"

    Ah bon ? Je te propose de transférer tout les charges salariales du coté patronal, on verra si ça ne change rien.

    Ça ne change tellement rien, que cette augmentation de 0.6, si elle augmente les charges pour le salarié, elle n'augmente pas le coût du travail.

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    1. Révision de mon commentaire, ce n'est pas 0.6 pour les salariés comme le suggère Acrithène mais 0.3 salarié, 0.3 entreprise.

      Bref toute la démo tombe à l'eau.

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  6. "Enfin, en 2056, il touchera un peu moins de 60 000€ bruts, et le surplus de 0.6 points de cotisations lui coûtera 340€"

    On est bien à inflation 0% et Acrithène vous promet 60 000€ brut en 2056 ... ça va les 33000 euros sur 43 ans ne devrait pas être trop dur à digérer.

    On signe où ?

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