jeudi 19 septembre 2013

Bruno Bertez : Fed, No Exit, encore une fois. Le bonheur c’est toujours pour demain

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mercredi 18 Septembre 2013: Fed, No Exit, encore une fois. Le bonheur c’est toujours pour demain Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 19/09/2013 (en Français texte en français )
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Sans surprise, la Fed a reconduit sa politique monétaire ultra-accommodante au terme de la réunion qui s’est achevée ce 18 Septembre.

Sans surprise, ce n’est pas un paradoxe, c’est simplement de la constance dans l’appréciation de la politique qui est mené et de sa dangerosité.

Depuis 2009 puis en 2010 et 2011 nous affirmons que dans la voie suivie, celle de la fuite en avant dans l’inondation de la crise par les liquidités, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Nous avons utilisé une image : ils ont brulé leurs vaisseaux; Il y aura toujours une bonne raison de continuer, ce ne sera jamais le moment d’arrêter. Même si on avait, ce jour, fait le geste symbolique de réduire les achats de titres à long terme, cela n’aurait nullement signifié la fin de l’expérience car, comme il est précisé depuis le mois d’Avril, puis répété en Juin, le "taper" aurait été réversible en fonction des conditions suivantes :

- Croissance

- Emploi

- Taux

- Stabilité financière

- Négociation budgétaire

Etc… etc…



Ceux qui ont été surpris, ce sont les médias et les gourous. Ils croyaient dur comme fer que la Fed avait piloté dans le sens d’une préparation des esprits au taper et qu’elle aurait à cœur de ne pas prendre le consensus à contrepied.

Les raisons invoquées par Bernanke , citons les par conformisme:

- Croissance révisée en baisse, la Fed s’est une fois de plus trompée dans ses prévisions économiques en péchant par optimisme. Elle n’a pas anticipé dit-elle un ralentissement de la productivité qui a pesé sur la croissance. Ah bon! Pourtant si le chômage se réduit plus que prévu , comme on l’a vu ces derniers mois alors que l’activité et les ventes restent atones c’est que la productivité baisse….

- Hausse des taux hypothécaires plus forte que prévu, ce qui a pesé sur les dépenses des ménages. On l’a vu et on s’en serait douté.

- Baisse des dépenses fédérales du fait des affrontements politiques sur le budget et la dette.

Nous pensons qu’il faut ajouter la crise récente des émergents, les menaces de déstabilisation financière globale du fait du début d’éclatement de la bulle chez ces pays.

Nous pensons même que c’est la raison essentielle. On n’a pas tenu le cap du tapering parce que la menace de réduction des liquidités a provoqué des réactions non prévues, très négatives: Sorties de hot-money chez les émergents, ventes de Treasuries par ces mêmes émergents, ventes de titres corporate US, et donc hausse des taux, même sur les safe haven. Bref le monde a tangué quand il a été question de réduire les achats de titres à long terme. Au passage notons que ceci va, faussement, accréditer l’illusion de leur efficacité: Les marchés chutent quand on parle de les réduire et montent quand on les maintient. Quelle meilleure preuve de leur efficacité n’est-ce pas !

Personne n’avait prévu cet enchainement. Au début, face aux difficultés des pays victimes de sorties de capitaux, les États-Unis ont fanfaronné, ils leur ont clairement dit : Ce n’est pas notre affaire, vous n’auriez pas du empêcher vos devises de monter et accumuler des réserves dangereuses et déstabilisantes. Débrouillez-vous ! Puis voyant que cela se retournait contre eux, les Américains ont changé leur fusil d’épaule. Il y a manifestement eu un deal international. C’est la raison pour laquelle la crise des émergents s’est interrompue il y a une quinzaine de jours. En somme fausse alerte, tout est rentré dans l’ordre ou le désordre comme on veut.

C’est dans cette ligne qu’il faut interpréter, objectivement, nous ignorons les aspects subjectifs bien sûr, le retrait de Summers. Summers était peu favorable à la poursuite des QE et des politiques monétaires ultra accommodantes, il avait compris que la balance des risques/récompenses était devenue négative; Il savait que la fameuse transmission ne pouvait être faite qu’au niveau budgétaire et non au seul niveau monétaire. Les idées de Summers n’étaient pas très favorables aux marchés, même si elles étaient plus valables au niveau des économies réelles.

Yellen si c’est elle, n’a pas la pointure politique de Summers, mais elle plait aux marché c’est à dire aux grandes banques TBTF. Elles croient être assurées, avec Yellen, du maintien de l’argent gratuit, surabondant et surtout du "Put", feu vert à la spéculation. Obama avait annoncé il y a quelques semaines un virage politique, finies en quelques sortes les bulles et les régulations malsaines qui favorisent les inégalités, on allait tourner la page. Mais c’était certainement avant que l’imprévu, la déstabilisation des émergents ne vienne perturber le jeu.



Le non-taper va favoriser certaines prises de conscience:

- On peut entrer dans le jeu des QE, mais difficilement en sortir!

- La croissance est toujours remise au lendemain, ici 2014 et 2015.

- La crédibilité et la transparence de la Fed ont été écornées.

- Les effets anti déflation des QE sont nuls, on révise à nouveau en baisse les prévisions officielles de hausse des indices de prix officiels à 1, 2% en 2013 et 1,7% en 2014.

Donc attendez-vous à une recrudescence de "guidance" pour faire rechuter les taux longs, les taux hypothécaires; à une offensive pour la reprise en mains des anticipations, à des efforts pour retrouver cohérence et crédibilité après cette ridicule valse-hésitation.

2 commentaires:

  1. Bertez est spot on.

    En effet, seuls les crétins (mais dieu qu'ils sont nombreux) ont pu croire un seul instant dans la parole corrompue de Bernanke. Il est impossible de réduire le QE.

    Mais également, il s'agissait de porter un coup d'arrêt à l'hémorragie des émergents qui souffraient depuis plusieurs mois (ce qui par ricochet commençait à se voir sur les US : achats des bonds).

    Bref. La FED prouve une fois de plus qu'elle n'est pas le bras armé du Système, mais bel et bien le Système lui-même !

    Bernanke est un clown, un menteur, un tricheur, comme Draghi et les autres.

    Mais usé jusqu'à la corde, il va donc être remplacé par un autre clown qui aura l'avantage de paraître "différent" (comme Obama semblait "différent" de Bush).

    Et en plus c'est une femme. Ca occupera les gogos bobos pendant quelques mois. C'est toujours ça.

    Il n'y a pas d'alternative, pas de sortie de QE...

    Il n'y a que la poursuite de la course vers le zéro.

    Le mur se rapproche. Et on vient d'appuyer sur l'accélérateur.

    Dernier point : chaque "surprise" supplémentaire nous éloigne d'une solution pacifique, rationnelle, et rend encore plus brûlante cette évidence : le bout de la route, la fin d'un tel conundrum... sera FORCEMENT une guerre/conflagration violente.

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  2. On pourrait appeler ceci un optimisme sans nom !
    Mais je suis d'accord.
    A la différence qu'aujourd'hui nous avons Internet, qui permet aux gens de savoir ce qu'il se passe. Bien plus qu'on ne le croit. A savoir que l'occident, ses retraites, sa mainmise sur le système, etc... vont en prendre plein la face.
    J'aimerai voir un super réseau démocratique se lever sur le web, qui prendrait en quelque sorte le pouvoir afin de mettre des gens désintéressés aux commandes. Ce système arrive au bout, le problème est de ne pas se laisser piloter vers une guerre absurde par les cols blancs qui nous gouvernent mais de virer ces derniers en interdisant, dès désormais et à partir de dorénavant, la spéculation.
    Que les réseaux alternatifs se mettent ensemble, fassent l'union sacrée, hors politique, pour former une énorme pression réunie qui les fasse plier, ATTAC pourrait établir un noyau de coordination.
    Oui c'est utopiste mais il devient de plus en plus nécessaire de l'être.
    C'est à nous de les casser et pas à eux de nous casser.

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