dimanche 15 septembre 2013

Comment le salaire minimum rend des emplois hors-la-loi

Je vous renvoie à mes articles sur le sujet... Mais je suis de ceux qui sont convaincus que le concept de salaire minimum est une connerie sans nom, et qu'il vaut bien mieux des systèmes redistributifs, après coup (un peu comme la prime pour l'emploi) pour augmenter les salaires, que d'interdire le travail sous un certain salaire horaire.

Comment le salaire minimum rend des emplois hors-la-loi
Contrepoints, 15/09/2013 (en Français texte en français )
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Par Murray Rothbard.

Traduction Benoît Malbranque/Institut Coppet.

Il n'y a pas de démonstration plus éclatante de l'identité fondamentale des deux partis politiques [Parti Républicain et Parti Démocrate, NdT] que leur position relativement à la question du salaire minimum. Les Démocrates ont proposé de relever le salaire minimum légal de 3,35 $ l'heure jusqu’au niveau où il avait été élevé par l'administration Reagan lors de ses prétendus jours de jeunesse libéraux, en 1981. Le camp républicain souhaite lui la création d‘un « sous-salaire-minimum » pour les jeunes, qui, en tant que travailleurs marginaux, sont ceux qui, en effet, sont les plus durement touchés par les minima légaux.

Cette position a été rapidement modifiée par les Républicains au Congrès, qui se sont mis à plaider en faveur d'un salaire minimum pour les jeunes qui ne durerait que pour une période de 90 jours, après quoi le taux s'élèverait au minimum le plus élevé des Démocrates (4,55 $ l'heure.) Il a donc été permis, ironie du sort, au sénateur Edward Kennedy, de souligner l'effet économique stupide de cette proposition : inciter les employeurs à embaucher des jeunes, pour les renvoyer au bout de 89 jours, et en réembaucher d’autres le lendemain.

Au final, et c’est peu étonnant, George Bush a fait sortir les Républicains de ce trou en jetant complètement l'éponge, et en se rangeant tout simplement au programme des Démocrates. Nous avions donc les Démocrates proposant une forte augmentation du salaire minimum, et les Républicains, après une série de propositions illogiques, avançant finalement de pair avec ce programme.

En vérité, il n'y a qu'une seule façon de considérer une loi sur le salaire minimum : c'est un chômage obligatoire, tout simplement. La loi dit : c'est illégal, et donc criminel, pour quiconque d'embaucher quelqu'un en dessous du niveau de X dollars de l'heure. Cela signifie, purement et simplement, qu'un grand nombre de contrats salariaux libres et volontaires, sont désormais interdits, et, par conséquent, qu'il y aura une grande quantité de chômage. Rappelez-vous que la loi sur le salaire minimum ne fournit pas d'emplois, elle les proscrit, et que les emplois hors-la-loi en sont le résultat inévitable.

Toutes les courbes de demande sont décroissantes, et la demande pour l'embauche de main-d'œuvre ne fait pas exception. Par conséquent, les lois qui interdisent l'emploi à n'importe quel salaire pertinent pour le marché (un salaire minimum de 10 cents de l'heure aurait peu ou pas d'impact) doivent conduire à proscrire l'emploi et, ce faisant, provoquer le chômage.

Si le salaire minimum est, mettons, porté de 3,35 $ à 4,55 $ l'heure, la conséquence est le licenciement permanent de ceux qui ont été embauchés à des niveaux entre ces deux valeurs. Puisque la courbe de demande pour toute sorte de travail (comme pour tout facteur de production) est fixée par la productivité marginale perçue de ce travail, les personnes qui perdront leur emploi et seront dévastées par cette interdiction seront précisément les travailleurs « marginaux » (les plus bas salaires), par exemple les Noirs et les jeunes, les travailleurs que, précisément, les partisans du salaire minimum disent favoriser et protéger.

Les partisans du salaire minimum et de son augmentation périodique répondent que tout cela n’est que des mots pour faire peur, et que le salaire minimum ne cause pas et n'a jamais causé de chômage. La bonne réponse est de l’élever ; très bien, mais si le salaire minimum est une telle mesure merveilleuse anti-pauvreté, et ne peut avoir aucun effet sur le chômage, pourquoi êtes-vous si mesurés ? Pourquoi aidez-vous les pauvres qui travaillent avec des montants si dérisoires ? Pourquoi s'arrêter à 4,55 $ de l'heure ? Pourquoi pas 10 $ l'heure ? 100 $ ? 1 000 $ ?

Il est évident que les partisans du salaire minimum ne suivent pas leur propre logique, parce que s’ils la poussaient à de telles hauteurs, la quasi-totalité de la main d’œuvre serait sans emploi. En bref, vous pouvez avoir autant de chômage que vous voulez, simplement en plaçant le salaire minimum légal à un niveau suffisamment élevé.

Il est normal pour les économistes d’être polis, et de supposer que les sophismes économiques sont uniquement le résultat d’erreurs intellectuelles. Mais il y a des moments où la politesse est gravement trompeuse, et ou, comme Oscar Wilde l’a écrit : « Dans certaines occasions, dire ce qu’on pense est plus qu’un devoir : c’est un plaisir. » Car si les partisans de la hausse du salaire minimum ont fait tout simplement fausse route malgré leur bonne volonté, ils ne seraient pas arrêtés à 3 $ ou 4 $ l'heure, mais poursuivraient leur logique imbécile dans la stratosphère.

Le fait est qu'ils ont toujours été assez malins pour arrêter leurs revendications salariales minimales au point où seuls les travailleurs marginaux sont touchés, et où il n'y a pas de danger de chômage, par exemple, pour les travailleurs adultes, masculins, blancs, avec ancienneté syndicale. Quand on voit que les plus ardents défenseurs de la loi sur le salaire minimum sont en fait l'AFL-CIO [1], et que l'effet concret des lois sur le salaire minimum a été de paralyser la concurrence des bas salaires des travailleurs marginaux à l'encontre des travailleurs à salaires plus élevés et avec l’ancienneté syndicale, la vraie motivation de l'agitation pour le salaire minimum devient apparente.

Ce n'est qu'un des nombreux cas où une persistance dans un sophisme économique sert de masque pour cacher des privilèges au détriment de ceux qui sont censés être « aidés ».

Dans l'agitation actuelle, l'inflation – soi-disant stoppée par l'administration Reagan – a diminué l'impact de la dernière hausse du salaire minimum en 1981, réduisant l'impact réel du salaire minimum de 23%. En partie à cause de cela, le taux de chômage a chuté de 11% en 1982, à moins de 6% en 1988. Peut-être chagriné par cette baisse, l'AFL-CIO et ses alliés font pression pour remédier à cette situation, et pour augmenter le taux de salaire minimum de 34%.

De temps à autre, les économistes AFL-CIO et d'autres sociaux-démocrates bien informés vont laisser tomber leur masque de sophisme économique et franchement admettre que leurs actions provoquent le chômage. Ils se justifient ensuite en affirmant qu'il est plus « digne » pour un travailleur de bénéficier de l'aide sociale que de travailler à un salaire bas. C’est bien sûr la doctrine de beaucoup de gens sur le fonctionnement de l’aide sociale. C'est vraiment un concept étrange de « dignité » qui a été favorisé par le système verrouillé du salaire minimum-aide sociale.

Malheureusement, ce système ne donne pas aux nombreux travailleurs, qui préfèrent encore être des producteurs plutôt que des parasites, le privilège de faire leurs propres choix.

15 commentaires:

  1. un grand nombre de contrats salariaux libres et volontaires

    voila , "libre" et "volontaires"

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  2. Et voilà le travail. C'est officiel : Summers renonce à la FED.

    Janet Yellen, la cinglée Bernanke x2 über dovish, est assurée maintenant de diriger la FED.

    Summers a parfaitement joué son rôle de "bad cop", pour donner l'illusion d'une "compétition". Du théâtre. Du pur théâtre.

    De la même manière que Draghi n'a pas été nommé par hasard, à la place de Weber, à la tête de la BCE.

    Le plan se déroule comme prévu.

    La course vers le zéro va se poursuivre.

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  3. les russes font sûrement mieux le salaire via un travail utile , vraiment utile genre un RSA utile, à mettre au chômage tout les syndicalistes de France ceux qui sont contre le FN pas pour defendre les vrais travailleur mais pour les enfoncés jusqu'à la retraite surtout la leur .

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  4. Soit, on enlève les salaires minimum. Mais les gens peuvent-ils vivre avec des salaires si bas ? (je pose la question, je n'ai pas de points de repère aux USA).

    Mais disons en France qu'on enlève le SMIC. Peut-on vivre avec un salaire de ... disons, 800€ ? pas partout, pas à Paris, ça c'est sûr. Ailleurs peut-être mais je n'en suis pas sûr. Il ne faut pas tomber malade, ni avoir de voiture, vivre dans 10m2 et manger chichement à ce stade...

    Après, avec les aides aujourd'hui, on peut s'en sortir même avec un salaire bas, ça fait un peu double emplois.

    Je ne sais pas trop ... je suis mitigé pour l'instant je dois dire.

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    1. L'idée c'est pas de laisser les gens sans le sou. Mais que chacun travaille au salaire qu'il peut trouver, et ENSUITE, l'Etat limite la tendance inégalitaire du libéralisme et redistribue.

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    2. Pour simplifier, plutôt que les riches payent des impôts pour filer 400€ d'allocs à des chomeurs, il vaut mieux que le chomeur bosse pour 700€ par mois, qu'on complète ensuite de 300...

      Le chômeur a un travail et passe de 400 à 1000€ par mois. Le riche n'a plus à payer que 300 au lieu de 400 d'allocs.

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    3. "ne pas tomber malade" ici, il existe la CMU, couverture maladie universelle, en d'autre terme, même sans le sous, la protection maladie est assuré.

      le rsa va dans le sens du complément de salaire,

      ce qui empêche d'embaucher, c'est ce P*** de code du travail + les zorganismes socio qui sont sensés collecter les cotisations avec leur règles débiles et rigides d'un autre temps.

      je ne suis pas socialo, mais si le chèque emploi service avait été développé à l'ensemble des activités, ça aurait été un vrai choc de simplification, mais là on touchait au lobby des syndicos et de l'intérim...

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    4. L'important n'est pas le montant du salaire en numéraire mais ce qu'on peut s'acheter avec.

      Mettons que vous gagniez 1000 € et qu'un frigo coute 800 €. 1 frigo = 4/5 du salaire mensuel.

      Si votre salaire baisse jusqu'à 500 € et que le frigo (avec les économie de salaire) coute 200€.

      Alors un frigo coute 2/5 de salaire.

      La salarié est donc gagnant.

      Donc ce qui est important n'est pas le numéraire mais la capacité d'accès au bien.

      N'oublions pas que le progrès, c'est avoir plus en travaillant moins.

      SJA




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  5. Le marché du travail est comme tous les autres marchés, non-libre et faussé. Aucun économiste ne nie l'avantage de la taille quand il s'agit des négociations avec la grande distribution. Il est alors 'étonnant' que certains d'entre eux ne voient pas le déséquilibre qui existe quand un travailleur doit négocier un contrat de travail face à un employeur qui emploie des centaines ou des milliers de gens. En dehors des qualités du travailleur, il y a toujours un rapport de forces, qui n'est pas en faveur du travailleur. Le seul moyen qu'il a pour reéquilibrer la négociation est de se regrouper avec d'autres travailleurs, soit par l'action syndical (accord de branches, guildes...), soit par l'action politique (loi d'un revenu minimal, RSA...)

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    1. La différence entre l'action syndicale et l'action publique, c'est que l'action syndical ne coute rien au contribuable.

      Alors que l'action publique suppose que l'Etat prenne de force l'argent du contribuable.

      Par ailleurs, il faut se demander si le fait qu'un employeur en arrive à avoir des milliers d'employés n'est pas le fait de loi liberticides de l'Etat (capitalisme de connivence, système des brevets, primes diverse, tarifs imposés, etc).

      SJA

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    2. 1) J'ai écrit action politique (pas action publique): les lois qui imposent un revenu minimum ou des congés payés ne coûtent rien au contribuable.

      2) Loi liberticides? Qu'est-ce que vous avez fumé? Les grosses entreprises sont nées avec la révolution industrielle, la standardisation et le capitalisme. Il y en a partout dans le monde, et pas seulement dans l'enfer étatique que serait la France. Il y a des secteurs où on a besoin de beaucoup de capital financier et humain. Par exemple, une usine d'Intel coûte plusieurs milliards de dollar.

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  6. A mon sens, la condition minimale pour faire sauter le salaire minimum serait qu'une entreprise ne pourrait payer des salariés en-dessous d'un certain seuil que si elle ne fait aucun bénéfice (et peut-être aussi une condition sur le salaire de l'encadrement et de la direction). Ou redistribution sous forme de primes de l'excédent comptable.

    Cela pourrait éviter les dérapages comme on le voit dans le fast-food. Actuellement, il y a une grève en cours aux USA, car les chaines usent et abusent du salaire minimum, il n'y a pas d'évolution salariale à l'ancienneté et les employés n'arrivent pas à joindre les deux bouts avec ce qu'ils touchent.

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  7. Baisser le salaire minimum, pourqoi pas ?
    Mais dans ce cas, il faut que , si cette baisse de salaire permet de creer de la richesse, les entrepreneurs acceptent de payer l'impôt sur cette creation de richesse. Afin d'assurer a chacun un revenu minimum de revenu dans le foyer.
    Sinon c'est un marché de dupes .

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  8. Prenons un peu du revenu du tres capital pour completer ...

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  9. Murray Rothbard a une belle plume (c'est mon libertarien préféré et Dieu sait que je n'aime pas les libertariens) mais ce n'est pas un économiste : c'est un moraliste et un philosophe. Un de ceux pour qui le juste prime sur le bien en toute circonstance.

    L'idée de redistribution sans salaire minimum (ou au minimum de salaire minimum négocié par branche sur fond de codétermination à l'allemande) que tu avais esquissé sur ton blog bis me plait et j'aimerais bien la voir expérimentée quelque part pour savoir si ça marche. Mais comme il ne faut jamais négliger nos biais cognitifs, gare à certains effets bien connus en théorie des jeux (cf travaux de Merrill Flood par exemple, ce bouquin est très bon en première approche : http://www.amazon.fr/Le-dilemme-prisonnier-Neumann-th%C3%A9orie/dp/2842251431 ). Exemples des enchères à la baisse. Mais t'es quand même au courant que ta proposition est taboue pour tes copains "libéraux" puisqu'elle fait appel à la redistribution honnie et au grand Satan Léviathan ? :D

    J'exagère à peine, il y a tout de même en France des libéraux authentique et moins imbéciles que les trolls pavloviens à la H16. Eux par exemple : http://www.collectifantigone.fr/
    On ne peut pas dire que je sois libéral, je ne suis partisan que de quelques principes libéraux, mais au moins ils sont aux antipodes du néo-libéralisme imposé par le haut par nos élites éclairées (aka communisme de marché). Et il y a une critique de l'utilitarisme et de l'"économisme" (l'école néoclassique qui sert de pensée unique) qui n'est pas pour me déplaire. Il manque encore une critique du monétarisme et de Friedman.

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