mardi 29 octobre 2013

Charles Gave : Avoir confiance ou pas

Avoir confiance ou pas
Institut des libertés, Charles Gave, 28/10/2013 (en Français texte en français )
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La semaine dernière, quelques amis Anglais ont donné pour mon soixante dixième anniversaire une petite fête dans la City à Londres, cet anniversaire correspondant peu ou prou au cinquantième anniversaire du moment où j’ai commencé à étudier l’économie à Toulouse, en automne 1963.

Ce genre de fête ressemble un peu à une réunion d’anciens combattants et est fort propice à l’évocation d’anciens souvenirs marqués soit par des victoires éclatantes soit par des retraites piteuses, la réalité étant malheureusement que l’on apprend beaucoup plus lors des déroutes que lors des succès, pour peu bien sur que l’on soit toujours en vie.Car dans la finance, le but essentiel n’est pas de mener LA charge héroïque qui décide de la victoire ou de la défaite, mais bien d’être là, toujours en vie, pour la prochaine bataille.

Entre le Marechal Lannes qui disait » un hussard encore en vie à trente ans est un Jean Foutre » (il fut tué à vingt neuf ans) et Sieyès à qui on demandait où il avait été de 1792 à 1794, époque de la Terreur, et qui avait répondu » J’ai vécu », le financier choisira toujours Sieyès.Depuis cinquante ans, j’ai donc « ‘vécu » au travers d’une période qui n’a pas été facile, loin de làSoyons honnête: je ne connais pas une seule période de cinquante ans dans l’Histoire financière qui ait été « facile ».Un financier qui aurait commencé sa carrière en 1913 n’aurait pas vraiment eu la tache aisée de 1913 à 1963 et je ne pense pas que celui qui aurait commencé en 1863 ou en 1813 se serait particulièrement amusé non plus.

Bref, quels sont les règles à appliquer pour survivre, comme Sieyès le fit ?

La première des règles c’est de bien se rendre compte que dans la vie il y a deux sortes de problèmes, les miens et pas les miens.

Par là je veux dire que mon rôle en tant que financier n’est pas de proposer un plan pour que l’harmonie, l’altruisme et la beauté règnent enfin sur terre mais de gérer l’épargne que l’on m’a confiée pour qu’à la fin de la période elle soit plus élevée qu’au début, et de le faire dans le cadre des lois qui s’imposent à moi.

Mon problème est donc d’analyser ce que propose tous les gens qui veulent améliorer le monde pour savoir si ce qu’ils vont faire va marcher ou non et de m’ajuster en conséquence, et c’est tout.

J’entends d’ici les hurlements de mes chers « Oints du Seigneur » qui vont immédiatement m’accuser du crime affreux d’égoïsme, mais à ca je voudrais répondre que mon DEVOIR est de transmettre à la génération suivante plus de CAPITAL que je n’en ai reçu et que tout système qui prend aux générations futures pour entretenir les générations actuelles dans un confort qu’elles n’ont pas gagné est profondément IMMORAL.

Gaspiller le Capital que nous avons reçu de nos ancêtres et hypothéquer celui de nos enfants et de nos petits enfants qui n’ont pas voté sur ces dépenses, ce qui a toujours été la grande spécialité des Oints du Seigneur, est insupportable à tout père ou grand père (ce que je suis).A ce propos, je réitère la question que j’ai posée il y a un certain temps déjà.

Un grand nombre d’Oints du Seigneur Français , inscrits à toutes les associations bidons qui sévissent en France pour y toucher des subventions et professeurs payés par nos impôts (l’un n’excluant pas l’autre) ont signé pétitions sur pétitions pour nous dire que comme ils conseillaient Hollande et qu’ils étaient compétents, il fallait voter pour leur candidat qui ne pouvait mener qu’une bonne politique.

Et la question est donc: Ou sont ils? Que sont ils devenus? On ne les entend plus, ils ont disparu des ondes, on ne les voit plus sur les étranges lucarnes. Ayant puissamment contribué à ce que la France retourne à la prospérité et à la paix civile, ce que chacun peut constater, ils ont décidé sans doute de laisser les résultats de la politique qu’ils ont recommandé être assumée par leur candidat et par lui seul.

Comme le dit la sagesse populaire, le succès a plusieurs pères, l’échec est orphelin. Si on en juge par leur silence assourdissant, nous sommes sans doute en train de connaitre l’un des échecs les plus extraordinaires que le système politique Français ait connu… Et les rats ne quittent pas le navire, ils essaient de nous faire croire qu’ils n’ont jamais été à bord…

On est contents de vérifier une fois de plus que les économistes « officiels » de notre beau pays peuvent être aussi modestes et que leur compétence n’a de pendant que leur courage.

Donc quand un politique ou pire encore un économiste me dit que ce que je fais est ‘immoral », voila un commentaire qui ne m’intéresse, alors, mais pas du tout. En réalité, entendre les politiciens d’aujourd’hui parler de « morale » est l’une des choses les plus surprenantes auquel le citoyen de base se trouve confronté. Tout ce que leur a jamais demandé le Peuple a été de gérer l’Etat de façon efficace, et comme ils n’y arrivent pas, tant ils sont incapables, ils expliquent que c’est parce que je ne suis pas « moral » et que j’ai fâché les Dieux, selon la bonne veille technique du bouc émissaire ( Voir René Girard).

Voila une vieille astuce qui ne trompe plus personne depuis Savonarole ou Lénine et les Koulaks, mais ca n’empêche pas ces gens pétris de moralité et vêtus de probité candide et de lin blanc, qui seuls sont désintéressés comme chacun le sait, de nous la ressortir à chacun de leurs échecs.

Il est par contre tout a fait évident que je ne dois jamais faire quelque chose d’illégal, ce qui n’a rien à voir avec la moralité. La morale est affaire individuelle et volontaire, le respect de la Loi affaire collective et obligatoire sous peine de sanction.

Et si je ne peux pas gérer mon épargne dans mon pays en respectant la Loi, eh bien cela veut dire que je vis dans une Tyrannie et que je dois envisager de quitter le pays, pour le bien de mes enfants et de mes petits enfants ou mieux encore agir politiquement pour renverser ce pouvoir tyrannique.

La deuxième chose que je dois faire c’est de ne JAMAIS prêter la moindre attention aux intentions de ceux qui gouvernent. La seule chose qui compte, c’est les MOYENS qu’ils vont utiliser.

Comme le disait Aldous Huxley, ce qui définit la moralité ce sont les moyens utilisés et non pas les buts affichés. Et la, c’est très simple.

Tout pouvoir qui s’appuie sur des moyens qui réduisent la Liberté individuelle et sur la coercition doit être considéré avec la plus grande suspicion. « La force injuste de la Loi, » pour utiliser l’abominable formule de Monsieur Mitterrand peut tout à fait s’appliquer à moi et me forcer à faire des choses que je n’ai pas du tout envie de faire. La Loi peut bien sur être utilisée pour spolier des biens que j’ai acquis tout à fait légalement et sans que je puisse me défendre. A ce pouvoir là , il ne faut faire aucune confiance et essayer d’être sans arrêt en avance d »un coup sur ses tendances prédatrices, mais encore une fois, légalement.

En revanche, si le pouvoir en place se met en tète d’accroitre ma liberté d’action au niveau individuel, alors, il n’y a aucune raison que je ne lui fasse pas confiance. En termes simples, ceux qui veulent se servir du bâton ne m’intéressent pas, ceux qui veulent se servir de la carotte bénéficient immédiatement d’un préjugé favorable de ma part.

Bref, gérer de l’argent est très facile.
  • D’abord, je suis convaincu que gérer mon épargne est mon problème et ne regarde personne d’autre.
  • Ensuite, si les autorités me font confiance, j’ai tendance à leur faire confiance. Si elles ne me font pas confiance, je me méfie. Et comme la croissance économique n’a lieu que dans les sociétés de confiance , pour reprendre l’expression de Xavier Fontanet, mon épargne ne pourra prospérer que dans les sociétés de confiance et nulle part ailleurs.
  • Dans le premier cas, celui du pouvoir prédateur, je dois essayer de limiter les dégâts. Dans le deuxième, je peux espérer gagner de l’argent et donc augmenter mon capital et rendre service aux générations futures.
  • Dans cet esprit, et après cinquante ans de pratique, je suis arrivé à la conclusion qu’il y a des gens à qui l’on peut faire confiance, parce qu’ils ont un jugement sur et qu’ils sont honnêtes et je me tourne vers ces gens là quand j’ai besoin d’un conseil.

Quant au reste, il ne s’agit que de détails.

Réflexions de bon sens qui vaudraient pleinement si on n'était pas dans un monde groucho capitaliste où le capital financier est très très largement fictif, car assis sur des créances totalement inremboursables. A partir de là, tout est pourri, vermoulu. Plus personne n'est légitime dans sa propriété.

8 commentaires:

  1. Oui enfin le mec il ne sait mêmepas regarde rune fiche wiipedia piur vérifier l'age de la mort du marechal lannes.

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    1. Pas faux et ça ne serait pas "Gave" si ce n'était pas symbolique du monde fantasmé dans le quel vie Gave, comme le dirait Tonio : "Plus personne n'est légitime dans sa propriété"

      Hors la propriété, c'est la base du raisonnement de Gave.

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  2. Tonio tu vas finir par remettre en cause la base même de la société que les marxiste qualifirait de bourgeoise: Le droit de propiétés!!
    Oui les possédants ont fait inscrire dans la constitution (héritée des lumières que tu chéris tant) comme droit naturel le droit de propriété!
    Et ce droit inalienable comprend l'usage ( de mon point de vue légitime: on doit possédé la maison où l'on vit, le champs que l'on cultive, l'outil de production avec lequel on travaille) et le droit d'abus (acheter du foncier ou des matières pour spéculer, louer des appartements et vivre de ses rentes, acheter des société pour les démenteler)...
    C'est la réflexion sur la notion de propriété (et surtout la propriété des moyens de production) qui est à la base de la pensée socialiste...

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  3. Le général hussard qui disait ça, c'est Lasalle (http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Charles_Louis_de_Lasalle), mort à 34 ans.

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    1. Même si notre gâteux a confondu, ça ne marche pas quand même.

      Double fail, champion le Gavteux !

      Avec de tel base, on ne s’étonnera pas du reste de ses raisonnements simplistes.

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  4. Excellent Gave, pour une fois (la Guiness lui aurait-elle donné des idées ?).
    Je le cite : " mon DEVOIR est de transmettre à la génération suivante plus de CAPITAL que je n’en ai reçu et que tout système qui prend aux générations futures pour entretenir les générations actuelles dans un confort qu’elles n’ont pas gagné est profondément IMMORAL. "

    Ok.
    Il veut transmettre plus de capital.
    Mais la population vieillit, et les ressources diminuent. Donc, mécaniquement, l'activité globale.
    Dans ces conditions, comment transmettre PLUS de capital se ferait-il aux dépens de MOINS de travail ? (je vous renvoie à la théorie des systèmes dynamiques pour la démonstration, qui est relativement intuitive toutefois)
    Toujours la même rengaine : on prend aux jeunes pour donner aux vieux, lesquels se drapent de l'alibi de vouloir transmettre à LEURS jeunes...
    Pffff....
    Ne pourrait-on pas juste leur foutre la paix, aux jeunes, et leur laisser le soin de penser le monde de demain ? Celui que nous leur léguons est tout pourri. Ils ne pourront que faire mieux, car eux ont l'énergie créatrice.

    Gave est un précieux dinosaure du monde d'avant. Précieux car ses témoignages nous permettent d'analyser les raisons de la faillite de ce monde.

    Espérons que ces leçons seront entendues par les générations futures.

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  5. J'ajoute un truc.
    Ce serait intéressant de confronter Gave (ultra orienté) à Berruyer (technique et objectif).
    L'UMP : 1.000 milliards de dettes (sous le seul Sarko).
    Le PS : sûrement plus en fin de mandat.

    Ces additions il faudra les payer, et ne faisons pas les niais style "on-ne-savait-pô".
    On le sait très bien ; on a voté pour ces lâches ; nous allons encaisser cette dette odieuse.

    Soit on prend ses responsabilités soit on les nie.
    Et si on est responsable, on fait la révolution et on vire les dirigeants politiques et les banquiers MAINTENANT.
    Sinon on ferme sa gueule et on sort le chéquier.

    Question de cohérence.
    Il faut que quelqu'un paye à la fin.

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  6. Gave: "Bref, quels sont les règles à appliquer pour survivre...? [...] La première des règles c’est de bien se rendre compte que dans la vie il y a deux sortes de problèmes, les miens et pas les miens. [...] J’entends d’ici les hurlements de mes chers « Oints du Seigneur » qui vont immédiatement m’accuser du crime affreux d’égoïsme. [...] Si les autorités me font confiance, j’ai tendance à leur faire confiance. Si elles ne me font pas confiance, je me méfie."

    Gave, oint du seigneur Darwin (le plus réducteur, celui du "struggle for life"), récite une fois de plus son bréviaire. Un ultra-darwinien comme lui aurait dû titrer son papier "Être méfiant ou pas?".

    Or beaucoup d'espèces animales suffisamment évoluées ont des comportements altruistes et de confiance (par exemple dans certaines communautés animales certains membres de la communauté avertissent les autres membres d'un danger au risque de se faire repérer par le prédateur, autres membres qui font donc confiance en l'altruisme des guetteurs pour assurer la survie de la communauté). Et il ne me semble pas inconcevable qu'il en aille de même pour l'espèce humaine, paraît-il la plus évoluée.

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