vendredi 18 octobre 2013

L'aberration du ponzi éducatif

Je parlais ces derniers jours avec une collègue qui vient d'arriver sur le projet. Elle a un fils de 20 ans qui adore le jardin et rêve de se créer sa boîte de paysagiste.

Elle a 3 enfants qui arrivent tous en âge de faire des études, et elle tire le diable par la queue, malgré (ou à cause de) sa maison avec piscine (à crédit).

Elle m'expliquait que son fils futur paysagiste était en licence de marketting   

Tout ça parce que pour rentrer dans la formation de paysagiste de la fac d'archi, il fallait une licence...

Bref, si je comprends bien, ce garçon va perdre 5 ans de sa vie, ses parents se saignent, pour obtenir un papelard, prouvant qu'il est vaguement incompétent en paysagisme.

Car il ne faut pas se leurrer, je sais pertinemment comment fonctionnent les études "supérieures". De tout ce qu'il va apprendre sur le paysagisme en 5 ans d'études, il n'y a rien qui pourrait tenir en 6 mois d'apprentissage bien fait.

Sauf que voila, sans ce papelard, impossible de se faire embaucher dans toute grosse entreprise. Entreprises, qui, pourtant, de toutes façons, toutes "paysagistes" qu'elle soient, n'en sont pas moins des golgoths, et n'ont rien d'autre à offrir concrètement que des boulots prolétarisés spécialisés, mais en extérieur.

Le graal à atteindre, restant naturellement de se faire embaucher comme fonctionnaire d'un État en faillite.   

A aucun moment, il n'est venu à l'idée de ce petit monde que ce gamin pourrait commencer par créer sa petite boîte, en auto entrepreneur. Prospecter le voisinage pour proposer divers services, comme :
   la tonte de gazon et la taille de haies (certes plutôt un travail ingrat, mais qui donne du chiffre d'affaires et permet de se faire un petit nom),
   mais aussi proposer d'arracher les affreuses haies en thuyas de ces quartiers pavillonnaires pour les remplacer par des haies variées,
   de proposer la mise en place de potagers (terrassement puis initiation),
   de se lancer dans la production de compost avec les déchets verts récupérés,
   de faire pépiniériste et de produire des plants...

Et de grossir doucement, comme ça. Le terrain couplé à Internet et des livres bien choisis valant alors toutes les formations du monde.

Non. Au lieu de ça, il est en train de perdre 5 ans.

Tout ce petit monde continue à jouer le jeu d'un système en faillite.

Quand l'URSS s'est effondrée, ceux qui s'en sont le mieux sortis parmi les petits, sont ceux qui ont tout de suite compris qu'il fallait abandonner les dogmes d'avant, qui ne valaient plus.

Et il y a ceux qui se sont acharnés...

12 commentaires:

  1. Pour nuancer un peu, il faut dire que le métier de paysagiste regroupe 2 aspects sous un même terme. Voir 3 . Un aspect bureau d'étude/dessin, un aspect création (qui touche aussi à la maçonnerie) et un aspect entretien.

    Maintenant le petit soucis est que du boulot de concepteur, y'en aura pas pour tout le monde. La France ne pourra plus se permettre autant de projets paysagers publiques à l'avenir, malgré ce qui est dit sur la dépense et les gaspillages. Et le nombre de riches propriétaires qui peuvent se payer un beau jardin, ne va pas vraiment croitre. Bon, tant que la courbe de vente de BM/Merco tient le coup, ca ira. Pour le reste, et bien le métier, pour beaucoup, consistera à aller tondre le verger chez les mamies et tailler les haies. Ce qui n'est pas un travail ingrat, d'essayer de faire beau mais simple. Mais clairement à l'avenir, les paysagistes ne pourront pas faire un jardin de Versailles à chaque coin de rue. C'est la criiiiiiiise...

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  2. Commentaire comique de la part d'un ingénieur qui palpe 2500 euros par mois (un rêve pour un ingénieur, là aussi).
    Juste une petite pique.
    Pourquoi ce môme n'aurait pas le droit au même rêve ?

    Perso, j'ai faits des études car j'étais bon pour ça, et surtout j'ai vu la galère de mes cousins ouvriers... ceci dit, ça n'a rien changé mis à part me faire perdre ma vie, car je galère moi aussi, en plus de devoir changer de ville tous les 3 ans...
    Docteur chômeur après ingénieur chômeur, magnifique... surtout quand je compare à mon frère pâtissier, qui lui n'a presque pas besoin de torcher un CV pour trouver du boulot, a pu fonder une famille et acheter une baraque.

    Effectivement, c'est du ponzi éducatif, et une manière de retarder l'entrée sur le marché du travail des jeunes.
    Je passerai également sur la dégradation des emplois. Aujourd'hui, un ingé de base se fait le travail d'un technicien, et un technicien fait le boulot d'un agent de labo...

    Pour votre idée, je suis moyennement convaincu : les baraques sont entre les mains des vieux, et les vieux n'aiment pas le changement, c'est connu...

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  3. Les Etudes supérieures ...
    Mon fils, en 1ère année de licence en Droit à Pau, vient de découvrir avec effarement l'obligation d'assister à des TD de français. Au programme, révision du passé composé, ...
    Selon la Direction, le niveau général de base était trop mauvais.
    Mais le plus affreux, c'est que sur 30 élèves de son groupe, plus de la moitié était incapable de se dépatouiller avec les conjugaisons.
    La réalité est là : L'école républicaine produit en masse des analphabètes. Constat effrayant annonçant toutes les catastrophes.

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    1. Bah, de toute façon, il n'en resterai que moins de la moitié.
      La 1ere année est remplie de glandus. Mais ne vous en faites pas, l’écrémage se fera tout seul.

      @Disco
      Il y a aussi la perte de savoir faire des ouvriers.
      Avant, ils avaient un vrai savoir faire manuel, maintenant c'est plutôt du jeu vidéo et de la manœuvre...

      Bine sur, il y a des exceptions : métiers de bouche et travail dans le haut de gamme...

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    2. Production d'analphabètes.

      Nouvelle armée de réserve du Système.

      Idiocracy.

      On a les preuves chaque jour. Hier encore avec les "manifs" de lycéens... pour faire revenir des clandos voleurs, menteurs.

      C'est parfait.

      Quel est l'avenir pour ces crétins ? Aucun. A part assistés, comprendre serfs, de l'Etat.

      Ils voteront ce qu'on leur dira de voter (alternativement UMPS).

      Et ce sont les mêmes idiots utiles qui se reproduisent le plus, et le plus vite.

      Le film Idiocracy fait figure d'oracle.

      Ajoutons à ce cocktail l'import massif de familles de Somalie, et autres joyeux pays africains où l'éducation est bien entendu une priorité, et qui ne parlent pas le français.... le cocktail est complet.

      Mélange détonnant.

      On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas, qu'on ne pouvait pas savoir.

      Démographie + immigration de basse qualité + abrutissement général + faillite économique = game over.

      C'est bien la fin de notre civilisation.

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  4. C.A.P/B.E.P puis bac pro, ya rien de tel. Mais bon, ca fait pas "hype", C.A.P c'est pour les gueux. J'ai un bac techno, j'ai trouvé du boulot de suite dans une banque (édition et mise sous plis du courrier), j'ai repris des étude par la suite (boite privé) passé 2 bts (telecom et réseau informatique, ma formation technique m'a bien aidé) et aujourd'hui ca roule.Une personne de ma famille, cap cuisine, 2 ans d'étude de 14 ans à 16 ans, supposé cancre de classe et échec scolaire total. Dernièrement il bossait en suisse a 3k euros mensuel et 4 mois de vacance ( demi salaire maintenu hors saison été/hiver), bon par contre tu taf dur en saison d'hiver notamment noël/nouvel an (travail à mi-temps : 12 heures par jour pour reprendre une blague de coluche certains jours) et tes vacance c'est hors saison (se qui a son avantage en terme de tranquillité et prix sur les lieux touristique). Comme il dit, salaire de cadre pour investissement de 0 euros dans les études (aller on peut rajouter l'abonnement de bus pour se rendre dans le collège) un ratio cout/salaire imbattable.

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  5. J'en connais un qui s'acharne dans sa SSII.

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  6. Si le gars veut se mettre à son compte il doit se former sérieusement à la compta (1ere cause de défaillance d'entreprise dans les 3 ans après création) en RH (à cause de la règlementation qu'il vaut mieux apprendre à froid qu'à chaud) et en vente et non marketing (parce qu'il faut savoir vendre ce que l'on fait.
    Autrement dit réorientation urgente vers un BTS et exit les licenses d'illuminatis.
    Ensuite seulement vient l'apprentissage du métier. deux axes, la curiosité, visites de sites, de jardins remarquables, livres de références, poser des questions aux professionnels (c'est un état d'esprit, s'il ne l'a pas c'est foutu) et taper dans la butte pour bien maîtriser la pratique ce qui donne la légitimité tans vers le client que vers l'employé. Il sait de quoi il parle parce qu'il l'a fait. C'est une vision qui n'existe plus dans les écoles de management mais c'est encore comme ça que fonctionne le monde. Là le mieux est de le faire chez les autres en choisissant bien sa boite et en en changeant pour apprendre différentes techniques (notion de "tour de france").
    On est d'accord, il a très très très peu de chances d'avoir un chantier à Versailles ou equvalent. Mais il lui reste tous les particuliers et pour peu qu'il n'ait pas un goût de chiottes il aura l'occasion de se faire une clientèle.
    On est bien d'accord que ça va passer par de la tonte, de la taille, mais le petit conseil pertinent, le petit truc en plus fera que ça pourra marcher.
    Il faudra aussi qu'il trouve une bonne zone de chalandise, même à Roubaix Tourcoing (coin-coin) il y a des gens suffisamment fortunés mais il faut taper à la bonne porte.
    Et puis, important, parce que ce n'est pas dans l'air du temps il faut du courage, de la patience et de la persévérence.
    Ah j'oubliais, quand on crée son entreprise il faut dès le début prévoir le moment où on devra la larguer en vol sans trop de dommages. On en voit trop qui découvrent qu'ils ont tout perdu, à vie.



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  7. Sinon, il reste les valeurs sures :
    - métier des armes (un homme armé ignore la faim).
    - médecine, véto.

    En règle générale, tous ceux qui savent trucider des gens, fabriquer ou réparer des choses ou réparer les gens s’en sortent bien.

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  8. Mon fils fin grande école me dit : "En 5 ans, j'ai travaillé sérieusement pendant la prépa. A l'école d'ingénieur, ce que j'ai appris aurait pu être enseigné en 3 mois."
    Pourquoi 3 ans d'école hautement subventionnée ?

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  9. Pour rappel, des études statistiques ont montré que les populations les moins diplômées avaient une espérance de vie de plus en plus courte, au contraire des populations diplômées.
    Grosso modo, même si le salaire ne suit plus, étudier offre au moins une perspective de ne pas crever comme un con juste en arrivant à la retraite, ou pire, juste avant !

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  10. l'école abêtit par perte d'autonomie des gens, Ivan Illich l'avait vu venir dès le début des années 1970
    "l’hétéronomie n’est ici qu’un détour de production au service d’une fin qu’il ne faut pas perdre de vue : l’autono­mie. Or l’hypothèse d’Illich est que la « synergie positive » entre les deux modes n’est possible que dans certaines conditions très précises. Passés certains seuils critiques de développement, la production hétéronome engendre une complète réorganisation du milieu physique, institutionnel et symbolique, telle que les capacités autonomes sont para­lysées. Se met alors en place ce cercle vicieux divergent qu’Illich a nommé contreproductivité. L’appauvrissement des liens qui unissent l’homme à lui-même, aux autres et au monde devient un puissant générateur de demande de substituts hétéronomes, qui permettent de survivre dans un monde de plus en plus aliénant, tout en renforçant les condi­tions qui les rendent nécessaires. Résultat paradoxal : passés les seuils critiques, plus la production hétéronome croît, plus elle devient un obstacle à la réalisation des objectifs mêmes qu’elle est censée servir : la médecine corrompt la santé, l’école bêtifie, le transport immobilise, les communi­cations rendent sourd et muet, les flux d’information détrui­sent le sens, le recours à l’énergie fossile, qui réactualise le dynamisme de la vie passée, menace de détruire toute vie future et, last but not least, l’alimentation industrielle se transforme en poison."
    http://auxinfosdunain.blogspot.fr/2013/04/dechainement-de-la-matiere.html
    http://en.wikipedia.org/wiki/Deschooling_Society

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