dimanche 2 février 2014

Jean-Claude Michéa : la gauche, sa vie, son œuvre

[Reprise] La gauche, sa vie, son œuvre, par Jean-Claude Michéa
claude-rochet.fr via Les-Crises.fr, 19/05/2013 (en Français texte en français )
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Dans son dernier essai, Les Mystères de la gauche, l’auteur de L’Enseignement de l’ignorance et d’Orwell, anarchiste tory explique pourquoi la gauche est le meilleur allié du libéralisme moderne.

Vous écrivez que le ralliement de la «gauche officielle» au culte du marché concurrentiel et de la croissance illimitée n’est pas une parenthèse mais «l’aboutissement logique d’un long processus historique» dont le moteur n’est autre que cette métaphysique du Progrès et du «Sens de l’histoire» héritée des Lumières. Le capitalisme est-il selon vous l’enfant des Lumières ?
La réponse est donnée par l’histoire ! Loin d’être une idéologie «conservatrice» ou «réactionnaire», le libéralisme économique d’Adam Smith est né au cœur même de la philosophie écossaise des Lumières. Et la plupart des Encyclopédistes (de Voltaire à Turgot) étaient persuadés que le «doux commerce» apporterait au monde entier la paix, la liberté et la prospérité matérielle. C’est tout aussi vrai, bien sûr, du libéralisme politique et culturel. C’est pourquoi on ne peut pas comprendre la modernité capitaliste sans mobiliser les idées de Progrès (la «mondialisation» comme avenir inéluctable de l’humanité), de Raison (le primat du calcul économique et le culte de l’innovation technologique à tout prix) et de liberté individuelle (le droit de chacun à vivre selon ses seuls caprices, qu’elles qu’en soient les conséquences sur la vie commune). C’est ce qui explique que la gauche – dont l’ennemi originel n’était pas le capitalisme naissant, comme pour les socialistes, mais l’Ancien Régime et le pouvoir traditionnel de l’Eglise («le cléricalisme, voilà l’ennemi !») – a toujours eu le plus grand mal à se démarquer de l’idéologie libérale des Lumières.

La «croyance religieuse en un sens de l’histoire et du progrès matériel illimité» cherchant à faire table rase du passé, que vous imputez au libéralisme, n’est cependant pas son apanage. Elle caractérise parfaitement, par exemple, l’expérience communiste en URSS.
Cette croyance naïve (puisque les ressources de la planète sont limitées) est précisément celle qui a rendu possible, au lendemain de l’affaire Dreyfus, l’alliance tactique contre les puissances de l’Ancien Régime (encore très actives jusqu’en 1945) entre la gauche au sens originel du terme (autrement dit, celle qu’incarnaient, sous la troisième république, le parti radical et la franc-maçonnerie voltairienne) et cette fraction importante du mouvement ouvrier qui, dans le sillage de Marx, considérait la grande industrie capitaliste comme la «base matérielle» logique de la société socialiste (la plupart des marxistes – à l’inverse des populistes – rejetaient, en effet, l’idée que l’agriculture paysanne, l’artisanat, la petite entreprise voire le mouvement coopératif puissent jouer le moindre rôle dans une telle société).

C’est pourquoi la mise en pratique par Lénine, Trotsky et Staline (dans des circonstances historiques de surcroît très défavorables) de cette croyance «progressiste» (alors même que nul autre que Marx n’avait su analyser la dynamique aveugle du capital avec autant de lucidité) ne pouvait logiquement aboutir qu’à une sinistre imitation d’Etat du mode de développement capitaliste. Imitation évidemment très éloignée des aspirations émancipatrices du socialisme des années 1840.

Vous faites l’éloge des gens ordinaires et des classes populaires, y compris du «petit peuple de droite», rétifs au «culte de la modernisation à outrance», à «la mobilité obligatoire et généralisée » ainsi qu’à la transgression morale et culturelle». Ces gens, qui pour la plupart se réfugient dans la «grève des urnes» ou le vote FN, peuvent-ils être les acteurs de la construction d’une société décente ?
On ne peut rien comprendre à la situation politique actuelle si on «oublie» que l’idéal des libéraux (de gauche ou de droite) est celui d’un monde où la liberté des individus aurait pour condition première la neutralisation de toutes les valeurs communes – qu’elles soient morales, religieuses ou philosophiques (le marché concurrentiel et le droit abstrait étant supposés capables de créer à eux seuls tout le lien social nécessaire).

Or la plupart des «gens ordinaires» – dont l’ambition première est de vivre décemment d’une activité ayant un sens humain – sont encore massivement attachés à l’idée qu’«il y a des choses qui ne se font pas» (Orwell) et, en particulier, à l’idée que la générosité ou l’esprit d’entraide – ne serait-ce qu’à l’intérieur de la famille – sont des vertus humaines fondamentales. Plus attachés à cette idée, en tout cas, que les membres de l’élite dirigeante pour qui – chacun peut le constater quotidiennement – tous les moyens sont bons pour accumuler de la richesse (business is business), du pouvoir et de la «célébrité». C’est pourquoi cet attachement des gens ordinaires à un certain nombre de valeurs morales minimales (il ne s’agit évidemment pas de rétablir un quelconque «ordre moral») constitue, à mes yeux, un point de départ privilégié pour quiconque entend mobiliser l’ensemble des classes populaires (qu’elles votent à gauche, à droite ou préfèrent s’abstenir) contre un système dont l’amoralité de principe conduit précisément à détruire tout ce qui donne encore un sens à leur vie.

Quant à l’exaspération spécifique du «petit peuple de droite» (je ne parle évidemment pas ici de cette droite d’affaire que symbolisent Jean-François Copé et Christine Lagarde) je reconnais bien volontiers qu’elle prend des formes ambigües quand – du fait de sa diabolisation rituelle par les belles âmes de la gauche bourgeoise – elle en vient à tourner sa colère légitime contre des cibles secondaires et inadéquates.

Mais ceci nous rappelle seulement que l’indignation morale n’est que le point de départ de la critique politique. Le simple fait d’être un individu décent dans sa vie quotidienne ne protège évidemment pas contre les effets de l’aliénation, ni ne rend spontanément intelligible l’essence de la société capitaliste (d’autant que la désinformation médiatique – notamment dès qu’il s’agit d’économie ou de réforme «sociétale» – a atteint aujourd’hui un stade industriel). Mais pour aider ce petit peuple de droite à surmonter ses confusions idéologiques, il est d’abord nécessaire de comprendre les racines réelles de sa colère. Or ce n’est certainement pas la gauche de Christiane Taubira et de Pascal Lamy – celle qui a définitivement échangé le socialisme de Jean Jaurès contre l’affairisme de Pierre Bergé – qui pourra s’acquitter d’une telle tâche. Surtout si elle persiste à juger des problèmes qu’affrontent quotidiennement les classes populaires à travers le seul prisme de la vie parisienne ou de celle des beaux quartiers.

Le libéralisme s’appuie notamment sur le relativisme moral, la transgression et la destruction des liens traditionnels. A ce titre, «le droit au mariage pour tous» vous paraît-il un basculement décisif ou n’est-il qu’anecdotique ?
Dès lors que la gauche partage les mêmes illusions que la droite en matière d’économie (l’idée que la seule politique possible est celle qui consiste à «rassurer les marchés financiers») il était évident qu’elle chercherait, dès son retour au pouvoir, à masquer cette complicité sous le nuage d’encre des questions «sociétales».

Tant que les Français ne s’affrontent que sur la seule question du mariage gay (et, demain, de la «dépénalisation» du cannabis ou du vote des étrangers) le système capitaliste peut effectivement dormir sur ses deux oreilles. Cela ne signifie pas, pour autant, que ces questions «sociétales» soient toujours une diversion électoraliste. Certaines réformes représentent, à coup sûr, un véritable progrès. Une fois admis, par exemple, que l’orientation sexuelle d’un individu n’a rien à voir avec son degré de décence personnelle (Pierre Bergé vomit le petit peuple, Pasolini le défendait) ce serait un progrès humain évident que de proposer un nouveau pacte d’union civile accordant à tous les individus, quels que soit leur orientation sexuelle, les mêmes droits protecteurs (notamment en matière de séparation ou de décès de l’un des conjoints) que ceux qui sont garantis par le mariage traditionnel. A partir du moment, en revanche, où l’une des fonctions anthropologiques de ce mariage traditionnel est d’organiser officiellement la filiation (et, à travers elle, un nouveau système de parenté entre deux familles à présent alliées) il était clair que la volonté politique de substituer au projet d’un véritable «pacte pour tous» celui – purement libéral – du «mariage pour tous», allait faire surgir aussitôt toute une série de problèmes connexes, comme la procréation assistée, la «location» de «mères porteuses» ou l’élargissement du marché de l’adoption.

Et ce n’est qu’à partir de ces problèmes apparemment connexes qu’il est possible de comprendre qu’avec cette revendication libérale d’un «mariage pour tous» il s’agissait beaucoup moins – pour la gauche – de lutter contre l’«homophobie» que de déstabiliser un peu plus tout ce qui, dans l’organisation familiale existante, fait encore obstacle au déchaînement des rapports marchands (la famille est, en effet, l’une des dernières institutions où la logique du don prend encore le pas sur celle de l’échange économique).

Avec, à la clé, la possibilité d’un monde encore plus inégalitaire – comme celui que décrit Andrew Niccol dans Bienvenue à Gattaca – dans lequel finiraient un jour par coexister – sur fond de marchandisation généralisée de l’existence – deux races distinctes d’enfants : les «enfants de la nature» et ceux (supposés génétiquement plus «parfaits») de la science et des nouvelles technologies. Nous sommes, certes, encore très loin de ce rêve taubirien. Mais nous savons aussi, malheureusement, que la dynamique aveugle du marché ne possède aucun principe interne de limitation. Ce n’est que du dehors qu’elle pourra être remise à sa place.

13 commentaires:

  1. Filippetti continue de vous cracher à la gueule.

    Vous paierez encore plus... afin de pourvoir aux besoins de ses complices et amis.

    "Taxe sur la musique: assiette élargie (Filippetti)"

    http://tinyurl.com/mw46nun

    La mafia se cache de moins en moins

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  2. Décidémment ce Michéa, je ne peux pas m'y faire.
    Le libéralisme mit à toutes les sauces, c'est gonflant. Qu'il essaie au moins d'être précis. Quand il parle d'économie entrecoupé des sujets sociétaux en insérant à chaque fois le mot Libéral, on finit par ne plus rien comprendre à ce qu'il raconte.
    Marre de cette diabolisation du Libéralisme économique.... et marre du libéralisme sociétal...
    J'avais renoncé à le lire et l'écouter.... je vais m'en tenir à ça.

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  3. encore un aigri qui n'a rien compris a la culture RAP et aux excellentes comédies produites en série par le cinéma français!

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  4. Encore un nouveau scandale !

    Et encore la bande de "la promotion Voltaire" de l'ENA : François Hollande, Ségolène Royal, Frédérique Bredin, Jean-Maurice Ripert, ...

    Tous ces copains sont issus de la même promotion de l'ENA.

    Lundi 3 février 2014 :

    Quai d'Orsay : primes généreuses pour un diplomate ami de Hollande.

    Proche du président et ambassadeur en Russie, Jean-Maurice Ripert a perçu des primes durant un an alors qu'il était sans affectation.

    Près de 37 000 euros de primes et indemnités sur l'année 2011, soit un peu plus de 3 000 euros par mois : pour le diplomate Jean-Maurice Ripert, de quoi singulièrement améliorer l'ordinaire de son traitement brut de ministre plénipotentiaire hors classe qui s'élève alors à 5 880 euros.

    http://www.lepoint.fr/societe/quai-d-orsay-primes-genereuses-pour-un-diplomate-ami-de-hollande-03-02-2014-1787234_23.php

    A propos de cette bande de copains et de coquins :

    Entre 1978 et 1980, une flopée de jeunes gens usaient leurs pantalons chics sur les bancs de l'ENA. François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Renaud Donnedieu de Vabres, Michel Sapin, Frédérique Bredin, ou encore Henri de Castries et Jean-Pierre Jouyet, ambitionnaient déjà de devenir l'élite de l'élite. Leur jeunesse, comme celle de leurs camarades, fut marquée par une concurrence exacerbée pour obtenir les « grands corps » de l'Etat grâce au classement de sortie, par un engagement politique souvent marqué, par une contestation du fonctionnement de l'école, ou par une distinction entre une majorité d'enfants de grands bourgeois et une petite minorité de fils de prolos.

    "Le roman de la promotion Voltaire", de Martin Leprince, édition Jacob-Duvernet.

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  5. Michéa, ou la démonstration que lire beaucoup n'implique pas comprendre. Hors de France, il y a un nom pour ce genre de personne : "french scholar"...

    Kelnoz

    PS: le passage sur Marx trahi est tellement énorme et traditionnel.

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  6. trebord écrit : "J’aimais autant l’histoire hier de l’avion qui s’écrasait"

    Non.

    Je n'ai pas dit que l'avion symbolisant l'économie mondiale allait s'écraser. J'ai dit que c'était une des deux possibilités.

    Quand il n'y a plus de kérosène, l'avion descend et reprend contact avec le sol.

    1- Soit l'avion reprend contact avec le sol en s'écrasant.

    2- Soit il reprend contact avec le sol tout en douceur, en planant, en atterrissant gentiment, sans aucune casse.

    Maintenant, à 18 heures, nous pouvons faire le bilan de la journée de lundi : sur les marchés, c'est la baisse.
    Rome : baisse de 2,63 %
    Tokyo : baisse de 1,98 %
    Madrid : baisse de 1,96 %
    Bruxelles : baisse de 1,63 %
    Taïwan : baisse de 1,58 %
    Bombay : baisse de 1,48 %
    Paris : baisse de 1,39 %
    Francfort : baisse de 1,29 %
    Séoul : baisse de 1,09 %
    Londres : baisse de 0,69 %
    Moscou : baisse de 0,60 %

    Pour la Bourse des Etats-Unis et la Bourse du Canada, le suspens est insoutenable.

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    1. On y verra clair que vers la fin du mois de mars. Soyez patient, çà va "viendre"

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    2. Clair en quoi ?

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  7. Tu te perds, Tonio...

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  8. le grand PIPOSOPHE Michéa, typique du prof donneur de leçon qui a passé sa vie au lycée et qui comme tout idéologue ne connait la société et le monde que par les écrits de Karl Marx (c'est à dire par grand chose du monde actuel).

    effectivement l'homme a un coté collectiviste, car aucun homme ne peut vivre totalement seul il a donc besoin du collectivisme pour ce dont IL NE PEUT PAS CE PASSER et cela dans un groupe humain suffisamment cohérent pour accepter un échange qui n'est pas équilibré (le groupe humain le plus grand qui fonctionne comme ça étant la nationalité, et le groupe le plus intangible étant la famille, par contre le groupe humain universel planétaire au delà de la nationalité ça reste à prouver car pour l'instant ça n'a jamais fonctionné). or le nécessaire n'est pas le même pour tout le monde ce qui explique pourquoi il ne peut pas y avoir de consensus.

    mais il est aussi individualiste pour tout le reste, si dans un immeuble tous le monde laisse ses clefs de portes, voitures, vélos à la disposition de tous (tous le monde partage tous ses biens) chacun connait le résultat une catastrophe certain vont jouer le jeu mais rapidement certains vont abuser ce qui ne peut que couler le système. L'individualisme permet de récompenser le travail, sans individualisme tout travail volontaire cesse.

    bref il y une société doit trouver l’équilibre entre collectivisme et individualisme et être uniquement pour l'un ou pour l'autre n'a pas de sens, les frontières étant floue entre les 2, il y aura toujours des débats et des rapport de force sur où placer le curseur.

    quand à Michéa, je vois que dans les commentaires un consensus se dégage dans les commentaire: partager son logement, son salaire et ses biens avec cette andouille: non merci!
    :8)

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  9. d'accord avec kelnoz. y'en a marre de ces crétins qui pour se déresponsabiliser de l'échec du communisme disent que c'est parcequ'on n'est pas aller assez loin dans le communisme et qu'on était encore trop capitaliste. ce genre de discours est honteux. c'est de la propagande

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  10. Tonio, ne te laisse surtout pas abuser par les commentaires les plus irréfléchis parmi ceux ci-dessus ! Pour ma part je n'ai pas encore trouvé quelqu'un qui soit davantage en phase avec ton rêve de vie au vert (que je partage) que ce Michéa : c'est pas du Babel, c'est pas du nationaliste au front bas, pas de la gôche dégoulinante, pas de la droite financière...

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